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Une mer apaisante - Grande Nouvelle

Grande Nouvelle "Une mer apaisante" est une grande nouvelle mise en ligne par "Benadel".. Rejoignez la communauté de "De Plume En Plume" et suivez les mésaventures de Amours et cie...

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Une mer apaisante

 

                     Jean, dix-huit ans, habitait en haute Normandie dans une maison à colombage au milieu d'une vaste campagne peuplée d’ormes, non loin des côtes atlantiques. Il y vivait seul comme un vieux hibou et se rassérénait aux sons de la nature. L’alléluia d’un coq annonçant l’aube nouvelle, le bruissement des feuilles dentelées et même le croassement des corbeaux, répandaient une réalité à mille lieues de la sienne. Les pleurs du ciel qui crépitaient sur la tôle recouvrant le toit de l’appentis apaisaient le bouillonnement de ses pensées. A la belle saison, le chant des grillons et le bourdonnement d’une ruche d’abeilles le berçait de notes insouciantes. A la morte saison, le cri des mouettes le rendaient puéril : il prenait un malin plaisir à imiter leurs cris. Se promenant au bord de l’océan, le clapotis des vaguelettes lui murmurait une douce cantilène. Cependant, quand le temps était perturbé, et en observant, assis, la bave des vagues, symbolisant dans son esprit l’écume de la colère, le démon ravageur surgissait des profondeurs de son amertume. Mais ne voulant pas se laisser submerger par le désespoir, il fermait alors les yeux et s’imaginait écouter l’onde qui dansait aux mains du vent. Cela rassérénait ses tourments.

    ...Depuis qu’elle était jeune adolescente, Sophie, la future jeune mère de Jean, adorait se promener, seule, dans les bois, en pleine nature. Elle s’y absorbait de tout son être. Le désir de  rencontrer le créateur de toutes les merveilles la taraudait depuis sa tendre enfance. Plus jeune, il lui était arriver de pleurer à chaudes larmes devant le silence mortifiant du Tout Puissant quand elle se promenait. Puis plus tard en devenant adulte, prenant à témoin les arbres, elle avait prié le Seigneur qu’il lui mît sur son chemin un sage le guidant dans une vie semée d'embûches spirituelles, au travers d’une guerre exacerbant tant de passions haineuses. N’ayant pas été exhaussée, elle avait dit à l’homme fraîchement épousé, qu'en compensation, la fée sylvestre lui avait dénicher l'âme sœur.
           
    De corpulence moyenne, le nez grec, les lèvres minces et le menton en galoche, Sophie recouvrait souvent ses cheveux acajou relevés en chignon d’une coiffe blanche. Elle portait habituellement une collerette de même couleur. Cette manière de s’habiller, sa façon de rarement sourire et l’intonation souvent psalmodique de sa voix, lui donnaient l’apparence d’une nonne prude et austère. Pourtant, ses yeux bruns rieurs, plein de malice, contrastaient avec ce personnage.
       
    Sophie croisa pour la première fois, son futur époux, Pierre, un homme solidement charpenté, à la lisière d’une forêt en Haute-Savoie, non loin de Bellegarde, sa ville natale et son lieu de domicile. Absorbée dans ses pensées, elle faillit le heurter. Il jeta sur elle un regard appuyé qui colora ses pommettes. Sa silhouette pensive et de sainte-nitouche le frappa du foudre amoureux. Pour faire diversion à son trouble, il fit de l’ironie grinçante : « Mademoiselle, on pourrait aller ensemble vous acheter une paire de lunettes »  Elle ne releva pas la raillerie, tant elle fut, elle aussi, foudroyé du même émoi. La tonalité grave et suave de cette voix d’homme, dont les paroles avaient été accompagnées d’un sourire illuminant le minois, lui était allée droit au cœur. Alors, les yeux bleus brillant de l’éclat d’un firmament de saphir rejoignant la profondeur brune des siennes, ensemble ils entrevirent le septième ciel. Et rapidement la passion naissante des deux jeunes gens se concrétisa en actes fusionnels.

    Pierre et Sophie saisissaient la moindre occasion pour s'ébattre dans l'alcôve. La femme avait grand plaisir à tâter avec ses doigts fins les gros biceps de son mari, cela la rassurait. La pilosité abondante, dont la poitrine masculine était recouverte, dégageait une odeur qui excitait ses sens. Aussi bien adorait-elle se glisser entre ses cuisses de fer pour goûter à la béatitude. Et lui jouissait de la voir se débarrasser de ses allures religieuses avec une voix et des yeux langoureux. En  serrant contre lui ce corps frêle et nu, il savourait  la soumission d'une âme mystique aux caprices de la chair. Le fruit de leur passion ne tarda pas à germer dans les entrailles de Sophie et vint à maturité neuf mois plus tard.
   
    L’enfant que les parents prénommèrent Jean naquit une années après la Seconde Guerre mondiale, lorsque ses parents se grisaient encore de la victoire contre le mal. La naissance de ce fils leur asseyait l’optimisme d’une  humanité nouvelle. Ils pensaient naïvement que leur progéniture allaient peupler un monde nouveau, un univers éclairé de bon sens, débarrassé de toutes doctrines dévastatrices.

    Jean était un garçonnet dodu et plein d’espièglerie. Il était sage comme une image lorsqu’il était repu, capricieux et teigneux quand il n’obtenait pas ce qu’il voulait. Sophie, sa maman, s'imprégnait de son fils en pinçant affectueusement les petits bourrelets au menton et au poignet. Et Pierre, son papa ne cessait de vider son trop-plein d’affection sur lui en le cajolant avec des jeux de son âge. Dans ce cocon affectueux, l’enfant aurait dû s’épanouir. Cependant, à l’âge où il fut scolarisé,  trop de rêves foisonnaient dans la tête des parents. Ils l'imaginaient en même temps en grand savant, en grand artiste, en grand politicien, en homme répandant le bien autour de lui et prêchant la bonne parole, ou encore en archevêque gravissant tous les échelons de la hiérarchie vaticane. Cette pléthore d'ambitions parentales débouchaient sur l'horizon flou de l'éducation. Un jour, on lui ordonnait de réciter toutes sortes de prières, quinze jours plus tard, on  l’assommait  avec le langage des chiffres et des lettres. Lorsque le père était d’humeur sportive, il incitait son fils à courir dans les bois ; quand la mère était remuée par une émotion artistique, elle faisait appel à un dénicheur de talents pour savoir si son petit garçon avait des dons en la matière. Il s’avérait alors qu'il avait certaines prédispositions pour le piano. Mais déjà, après quelques mois de cours, son paternel l'inscrivit dans un club d'échec pour poussins. Et les progrès accomplis dans la précédente discipline se perdaient dans la pratique de la nouvelle activité. Lorsque le papa se rendit compte que son enfant n’était pas fait pour ce jeu et qu’il le remit au piano, l’enfant ne voulut rien savoir car le ressort s’était cassé. Et à force d’avoir été trimballé d’un loisir à l’autre tout finissait par le dégoutter. Vidé de toute envie, sans violon d’Ingres, il déchargeait son mal-être sur tout ce qui l’agaçait. A la moindre contrariété, il trépignait du pied en poussant des hurlements qui ameutaient les voisins. Les parents décidèrent de faire examiner leur fils par un psychologue. Celui-ci mis assez rapidement le doigt sur la cause du mal. Il leur fit rudement comprendre que Jean n’était pas un enfant de laboratoire sur lequel on fait des expériences d’orientations extra-scolaires, et que seul son consentement à la pratique d’un loisir pourrait le pérenniser.. Alors, les parents aux mines contrites avouèrent à leur fils leurs fautes et lui promirent de ne plus jamais interférer dans ses goûts. Cependant, ne désirant pas que leur fils s’éloignât trop de ce qui bon leur semblât, ils le supplièrent de choisir entre la planche à voile, la pratique d’un instrument de musique et le catéchisme. La fibre filiale titillant en lui, il ne s’opposa pas à leurs sélections. Et préférant, à tout prendre, une activité de tout repos, il opta pour le catéchisme.
   
    Malgré les turbulences des disputes liées à l’utilisation du temps libre de leur enfant, l’amour conjugal les traversait sans encombre. Un regard chaleureux, un sourire charmeur tuait dans l’œuf toute velléité  rancunière.


    L’élan d’obéissance concernant l’utilisation du temps libre ne tenait pas sur la durée. Jean avait l’esprit trop critique et trop autoritaire pour se soumettre à la foi religieuse et à la discipline que lui imposaient le catéchiste. Celui-ci était souvent confronté à ses questions incrédules : «  Si Dieu est, bon, pourquoi parfois j'ai mal ? » « Que fait Dieu toute la journée ? » » Pourquoi ne vient-il pas nous rendre visite ? » « Pourquoi y-a-t-il des enfants qui sont pas comme les autres ? » et ainsi de suite. Et il sautait de plus en plus souvent les prières et les célébrations. Exaspéré, le catéchiste l’exclut des cours. Les parents s’essayèrent alors au lourd sacrifice financier en l’inscrivant dans une école privée catholique. Entourée d’une équipe de prêcheurs émérites et de psychologues religieux, ils espéraient y voir leur fils épouser la chrétienté.  Mais ils durent assez vite déchanter, car trois mois après qu’il y fut inscrit, il leur déclara : « Je ne croirai en Dieu que lorsque je le verrai ». Ils demeurèrent assommés de déception durant quelques bonnes minutes. Reprenant les esprits,  ils avaient beau lui faire des remontrances, d’user de persuasion, rien n’y fit : l’enseignement d’une religion se perdait dans les limbes de l’hérésie. C’était donc la mort dans l’âme qu’ils se résolurent à ne plus jeter de l’argent par les fenêtres et de réinscrire leur rejeton dans une école publique.
   

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Benadel

04-10-2017

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Une mer apaisante n'appartient à aucun recueil

 

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