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Morphée - Texte

Texte "Morphée" est un texte détente mis en ligne par "Deogratias"..

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Morphée

 

 

« Je suis tombée dans les bras de Morphée ! ». Le nombre de fois où j’ai entendu cette expression dans ma vie sans jamais m’interroger sur qui était réellement ce « Morphée » dont les bras sont si connus et si attirants ! Il doit être très sympathique ce type de la Mythologie grecque !

Alors cette nuit, lasse, j’ai regardé sur le net et voilà ce que j’ai trouvé : « Morphée est un homme. Il s’agit plus exactement du fils d’Hypnos, dieu du Sommeil, et de Nyx, déesse de la Nuit...Morphée est un illustre personnage représenté avec des ailes de papillon, et effleurant le visage des hommes et des femmes avec une feuille de pavot ». 

Ah ! Me voilà renseignée.  Bon, ce que je trouve intéressant c’est qu’il ait des ailes. J’adore les papillons. Et les bras. Sympa. Cela doit rendre bien des services. Plus besoin de métros, de voitures, de bus. Bref, l’autonomie complète. Pas mal ! Ce n’est pas pour ça cependant que je désire lui écrire. « Revenons à nos moutons » comme on dit. Ces fameux moutons que je ne vois pas, pas plus que les bras de Morphée.

 

« Cher Morphée,

« Cette nuit, une fois de plus, j’ai espéré le secours de tes pouvoirs si célèbres. Tu dois être fatigué parce que les vertus qu’ont t’attribue, je ne les vois guère ! 

Tout a commencé vers 21 h 30. En général, c’est mon heure. Celle où tu déboules pour me serrer dans tes bras. Comme ça. D’un coup. Et plouf ! Me voilà partie pour le pays des rêves pour 6 à 8 heures. Sauf, que, va savoir pourquoi, tu as tendance à te faire attendre ! ».

22 h 30 : Je ne dors toujours pas. « Qu’est-ce que tu fous bon sang ? Pas plus de bras que de sommeil ! ». Je finis par me lever. Je bois un truc chaud, des fois, ça aide ! « Allez Morphée, sois-pas bégueule, viens vite qu’on roupille dans les bras l’un de l’autre ! Je t’attends ».

23 h : Pas moyen. « Tu ne viens pas. Tu es en retard. Pff ! ça va être coton demain matin pour commencer ma journée ! Tu devrais revoir ta formation mon gars. A pôle emploi, je crois qu’ils proposent des stages de mise à niveau pour les métiers « en tension ». 

J’allume une bougie, j’essaie de prier. Devant mon icône de Marie, Mère de la tendresse, je commence à réciter une suite de « Je vous salue Marie ». Je me concentre sur les mystères de sa vie pour les méditer.  On appelle cela : le Rosaire.  Au beau milieu de ma prière, me voilà embarquée dans la liste non exhaustive de toutes les tâches qui m’attendent demain : courses, couture, promenades du chien, visite de ma mère…Nom d’une pipe, non mais c’est pas vrai, la Sainte Vierge est bloquée dans les embouteillages, entre Nazareth et Aïn Karim, elle n’arrive pas à arriver !  C’est pas faute d’essayer de la voir marcher sous le soleil en route pour voir sa cousine Elisabeth. Mais peine perdue. Là voilà avec moi à pousser mon caddie dans le Carrefour du centre ville  : « Je dois pas oublier le pain surtout, ça fait deux jours que je n’en ai plus ! ».  Non, décidément, Marie n’avance pas. Pas plus que le sommeil. Je laisse tomber les dévotions. Marie n’a rien à faire ici. « Désolée, Sainte Vierge, quand ça veut pas, ça veut pas ! ».

Minuit : Morphée est coincé lui aussi. Ça m’étonne pas, les taxis la nuit, « ça coûte une blinde » comme on dit. A tous les coups, le chauffeur s’est paumé. Son GPS n’a pas fonctionné. Ah bonjour le progrès ! Morphée a dû en prendre un, sans aucun doute, forcément, il a oublié ses ailes. « Ceci explique cela ». Encore une expression étrange. Pourquoi Cela serait-il expliqué par Ceci ? Y en a-t-il un plus intelligent que l’autre ? Ceci et Cela sont dans un bateau. Cela tombe à l’eau. Qu’est-ce qui reste ? …pff ! « ça va mal, Morphée, tu vois pas que j’ai besoin de dormir ? »

Minuit trente : J’allume la télé. Je tombe sur un reportage très captivant.  La psychadelle verte, petit insecte tout joli, posé sur une feuille dans une forêt de Chine. La gamine est mignonne. Genre vert pomme fluorescent. Oh bazar ! Le chroniqueur détaille : « Voici l’araignée à quatre yeux. Totalement aveugle. Elle ne voit pas l’insecte. Mais à la moindre vibration de celui-ci et l’araignée pourra le détecter ». Tu parles d’un truc ! C’est commode. Je me demande bien pourquoi la nature l’a pourvu de deux paires d’yeux l’araignée, puisque ça ne lui sert à rien. Pas plus que les ailes à Morphée d’ailleurs ! Je serre les fesses. Me voici en train de bloquer ma respiration devant mon écran : « Pourvu qu’il ne bouge pas ! Bouge pas ! ». Oust ! Il a remué ses petites pattes. L’araignée l’a bouffé. C’est trop con !

Je ne dors toujours pas. Cette histoire me plonge dans des abîmes de pensées profondes. C’est ma spécialité. « Pourquoi la vie est si fragile ? Un frémissement et hop ! Te voilà dévorée par une vilaine araignée avec quatre pupilles inutiles mais plusieurs pattes pour t’attraper ! C’est trop triste ! ». Je reste là à débattre sur le sens de la vie : les bons et les méchants. Les innocents et les tueurs.

Bon, je me ressaisis. Ce reportage finalement, bof. «  Morphée tu viens ? ». Pas de réponse. J’éteins la télé. Je me tourne et retourne dans mon lit. J’ai mal au dos à force. Encore un tour de rein en perspective. « Un tour de rein. Un tour de rien. Un tour de rien du tout, rien de rien, non, je ne regrette rien ! Ni le bien qu’on m’a fait ! Ni le mal ! Tout ça m’est bien égaaaaal ! ». La chanson de Piaf dans mes cordes vocales, je réalise que ce n’est pas une berceuse. « Morphée, tu entends ! Je chante là, en général, chez moi, c’est pas bon signe ! ».

Morphée est sourd. A tous les coups. Le chauffeur de taxi a dû le planter là, au milieu des périphs, il est paumé. Ses ailes sont en panne. Le voilà à déambuler quelque part…

2 heures : Je rallume la télé. J’ai tenté quelques secondes de recontacter Marie, je crois qu’elle me regarde sans parler. Dommage. Ses mots m’auraient peut-être aidée. Pas grave. Il y a beaucoup d’autres personnes à aider ici-bas. A la prochaine !

Dans l’écran : James Bond. Avec Roger Moore. J’ai toujours trouvé complètement stupide les aventures de ce 007. Beau gosse mais au niveau dialogue : Pas besoin de réfléchir. Il zigouille, il vole, il tire, il conduit, il drague. J’ai toujours pensé qu’il souffrait d’hyperactivité. Alors, bien sûr, je n’ai jamais réussi à le suivre. Je le trouve un peu « agité du bocal ». Bon, cette fois, vu le retard énooorme de Morphée, je regarde. Il était beau gosse cet acteur. Pas mal du tout. Me voilà plongée dans sa mission secrète. Il conduit à toute vitesse une voiture super rapide avec à ses côtés une femme à la beauté certaine. Tout d’un coup, dans sa fuite des méchants qui le poursuivent, le voici sous l’eau. La bagnole s’est transformée en sous-marin !  « Waouh ! Trop bien ! J’veux la même ! ». 

Ma bouche est pâteuse. Il m’a fatiguée l’agent secret hyperactif. Comment il drague la fille ! Roooo ! C’est pas sérieux. Clash ! On les voit s’embrasser, il éteint la lumière. C’est l’heure de l’étreinte. 

Ce film est trop long. Mes yeux se ferment. Je voudrais dormir. « Viens Morphée ! Allez quoi !  Ne soit pas méchant ! Prends un autre taxi ! Ou fais sécher tes ailes ! Mince, fais quelque chose ! ».

Je reprends ma télécommande. Pendant quelques minutes, me voilà experte de la zapette. Je regarde défiler tous les programmes de la nuit. Rien ne m’attire. James Bond couche avec sa copine, l’araignée digère sa proie, Marie s’occupe de tous les autres. Et moi et moi et moi…

4 heures du matin : J’allume mon ordinateur. Youtube. Chaine d’un ami prêtre que j’aime bien. Il parle justement de l’insomnie : « Dormir, c’est se désintéresser ! ». Tiens, pas mal comme définition. J’ai mal aux paupières. Ça me gratte. Mes jambes sont lourdes. J’ai un peu la nausée. J’ai chaud. Je me lève, j’ouvre ma fenêtre. « Ouh Ouh ! Morphée ! t’es là ? ». Il ne répond pas. Comme toujours. L’air frais me fait du bien. Je respire à fond. Je me recouche. Je ferme la lumière et les yeux. Au bout d’un quart d’heure, j’ai froid. Je n’ai pas envie de me lever. Trop fatiguant. Le froid me saisit. Je me relève, c’est fou comme mon corps est lourd. Il pèse deux tonnes. Je referme la fenêtre.

 4 heures 15 : Mon chien se réveille. Il est encore dans les vapeurs du sommeil. Il baille. Comme moi. « Ah j’ai compris, Morphée, tu as tes préférences ! Le chien d’abord ! ». Je prends TAGADA dans mes bras (C’est son petit prénom à mon chien, pour fêter l’enfance).  Je le caresse, je l’embrasse. Je le serre dans mes bras.  « Alors Morphée ! Tu vois bien que c’est pas compliqué ! ».

Je ferme les yeux. J’enfouis mon visage dans la petite fourrure de mon toutou. Il n’a pas l’air d’apprécier. Il veut redescendre du lit. Il retourne se coucher. Me voilà de nouveau seule. Je ferme les yeux. « Dormir c’est se désintéresser » : Je chasse chaque pensée, chaque souvenir, chaque douleur, chaque question, chaque tout….J’ai beau chasser, tout revient en boucle. On dirait une armée de petits soldats qui me fait face.

Je reprends la zapette. L’écran se rallume sur les actualités. J’écoute. Trop de nouvelles. Pas de nouveauté. Ça va pas m’aider toute cette violence à regarder. J’éteins.

Soudain, vous n’allez pas me croire, je vois Morphée qui déboule ! Il est tout content le mec aux ailes qui ne servent à rien. Mon icône de Marie en arrière-plan, l’araignée méchante qui bouffe sans se servir de ses yeux, l’insecte mort sur une feuille de thé, perdu en Chine et James Bond qui cavale tout le temps. « Vos paupières sont lourdes ! lourdes ! Tu vas t’endormir à mon signal ! Tu es tout à fait désintéressée ! ».

Et Vlan, la livraison du premier camion pour le restaurant du dessous arrive dans le parking. Je vis juste au-dessus. Il est 6 heures. Morphée est là. Enfin ! Je dormirai bien maintenant. Trop tard. Je dois me lever. C’est à l’aurore qu’il se pointe ! Trop naze ! Je dois promener le chien. Adieu zapette ! Adieu la nuit !

Je te prie, Cher Morphée, de ne pas prendre en considération un quelconque sentiment dévoué.

                                                                                                                                                                                                                                                                       Sylvie ».

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Deogratias

21-09-2023

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Morphée appartient au recueil Textes et poésies

 

Texte terminé ! Merci à Deogratias.

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