"Ma foi ? Un Doudou émotionnel ?" est un coup de gueule mis en ligne par
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Note : Ce texte s'adresse à une personne de mon entourage mais j'ai pensé que, finalement, il pourrait faire l'objet d'un texte littéraire...pour des anonymes...pour d'autres... Ma foi ? Un Doudou émotionnel ?
Tu dis, tu penses, tu écris : « La Foi est un Doudou émotionnel ». Psychologiser ainsi mes élans spirituels pour les qualifier « de refuge affectif » est aussi éloigné de la vérité que le ciel est au-dessus de la terre. Nous avons tous besoin d’affection. Tous. Je ne connais pas un être humain qui en serait dépourvu. Parmi les plus rationalistes d’entre nous, beaucoup ont cette même faim : être aimé, choyé, consolé. Parfois même avec une férocité silencieuse dont ils n’ont pas conscience. De surcroît, la foi qui est la mienne n’est pas qu’une pratique anesthésiante. Loin de là. Qui a déclaré que pardonner relevait de la facilité ? Aimer ses ennemis ? Se confronter au réel de la violence ordinaire ? A la souffrance et, parfois, au silence de Dieu ?
Il existe une manière élégante de mépriser, celle de se moquer de ma foi jusqu’à désirer la dissoudre. Pourtant, tout homme a ses appuis. Pour certains, c’est leur carrière, la reconnaissance de leur statut, pour d’autres, une idéologie quelle qu’en soit la matière, ou bien le rationalisme lui-même. Personne ne vit sans absolu. Certains ont une soif irrépressible d’être admirés, d’autres utilisent le sarcasme comme abri. Un peu comme on ferme les volets à la réalité du monde si difficile. Pourquoi le cynisme serait-il plus adulte que l’Espérance ? La foi implique la mort à soi, cette fidélité-là est ce qu’il y a de plus pénible pour notre nature pétrie d’orgueil. Elle oblige à détruire l’égo. Ou plutôt à le laisser brûler lentement dans une vie d’amour. Notre inclination naturelle cherche à imposer sa loi, sa domination en toutes choses. L’Exaltation du moi ne saurait cohabiter avec l’Amour Transcendant. Ma foi fait traverser les silences, me demande de nous aimer et me confronte au mal. A chaque instant. Elle ne garantit ni le confort psychologique ni la réussite. Bien au contraire. Un « Doudou émotionnel » ne demande pas de porter sa croix. Plus d’une fois, je demeure seule mais debout dans la nuit. Avec pour seule aide une lampe que vous appelez illusion. Nous vivons dans un monde incapable de penser le mystère sans ironie, qui catalogue les fervents croyants toujours du même côté : celui des abîmés, des vulnérables et des coincés. Comme si le scientifique, le philosophe ou la bonne instruction protégeaient de la rigidité, du sectarisme et du désir d’être aimé. On réduit l’âme à la chimie ou aux besoins. On ramène l’amour à de simples exaltations sentimentales sans volonté, on confond dénuement extérieur, effort de décroissance avec l’exigence intérieure de pauvreté et de dépouillement. Ce n’est pas parce qu’une vérité console qu’elle est fausse. Ce n’est pas parce que vivre d’amour vous a tant manqué que vous devez me mépriser. Décrédibiliser ma vie de prière, mon union d’amour à Dieu, la fidélité à sa Présence même au-dedans de tous les abandons, c’est injuste et c’est un mensonge. La lucidité stérile ou le cynisme élégant protègent peut-être de se confronter à soi-même, à ses propres aspirations les plus profondes. Peut-être même, protègent-ils de regarder en face ses blessures, sa culpabilité ou ses manques. En tout cas, ils ne permettent plus une véritable rencontre avec l’autre. Voulez-vous que je vous dise ? Vous me faites parfois penser à ces maisons sans fenêtres où rien ne blesse plus, mais où plus rien ne chante non plus. Des lieux parfaitement protégés du vent, mais privés d’aube. Le scepticisme a quelque chose de très confortable, ma foi ne l’est pas. La froideur analytique vous rassure, elle me sidère. Ma foi est un feu, un Amour brûlant, non pas une ceinture de sécurité pas plus qu’une dépendance. Il m’est arrivé de prier avec une gorge pleine de cris muets, sans consolation, sans réponse, dans des nuits où même Dieu semblait s’être retiré derrière une porte fermée. Aucun doudou émotionnel ne survit à ce genre de silence. Parlons-en des dépendances, la critique acerbe formerait-elle un bouclier contre les addictions ? Ces dernières ne seraient-elles pas plutôt la preuve d’une soif inextinguible de vie spirituelle et d’amour véritable ? La recherche de l’intensité ne serait-elle pas la manifestation tragique d’un manque originel qui en dit long sur la nature de l’homme ? A savoir : Le besoin de Sacré. « Nous ne sommes pas des êtres humains vivant une expérience spirituelle. Nous sommes des êtres spirituels vivant une expérience humaine. » (Teilhard de Chardin) Oui, il existe bel et bien une dimension affective à ma foi. Bien sûr que oui. Mais l’amour n’invalide pas la vérité. Ceux qui reprochent à la foi de consoler semblent oublier que l’être humain cherche partout de quoi survivre à son angoisse. Cessez donc vos implicites qui se veulent taquins, arrêtez de me prendre pour une imbécile heureuse, gentille naïve, autiste et rêveuse. Je suis façonnée de la même pâte que vous. Avec les mêmes failles, les mêmes soifs, les mêmes épouvantes devant l’abandon et la mort. La seule différence peut-être, c’est que je n’ai pas honte de tomber à genoux devant ce qui me dépasse. Je connais la souffrance et le manque, la douleur, la mort et les blessures. Pas moins que vous. Peut-être même, malgré les apparences, davantage encore. Simplement, je refuse de faire du désenchantement une preuve d’intelligence. Cessez de me considérer comme un objet de foire, tout juste digne de votre rejet. Je vous dérange. Voilà tout. Ce n’est pas très grave dans le fond. Je sers au moins à cela.
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Ma foi ? Un Doudou émotionnel ?
appartient au recueil coups de gueule
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Coup de gueule terminé ! Merci à Deogratias. |
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