Connexion : Ou
Mode Application Mode Site

La reconnaissance du gamin - Domaine Public

Domaine Public "La reconnaissance du gamin" est un texte du domaine public mis en ligne par "Honoré de Balzac".Vous voulez partager avec la communauté de DPP, un texte appartenant au domaine public. C’est ici !
Chacun peut ressentir l'envie de faire découvrir les œuvres de certains auteurs.
Alors n'hésitez pas à le faire, les auteurs et textes à découvrir seront mentionnés sur votre profil.

Venez publier un texte du domaine public ! / Protéger un texte du domaine public

Honoré de Balzac

(La caricature, 11 novembre 1830)

BALZAC enfant

La reconnaissance du gamin

 


Un jeudi gras, vers les trois heures après midi, flânant sur les boulevards de Paris, j'aperçus au coin du faubourg Poissonnière, au milieu de la foule, une de ces petites figures enfantines dont l'artiste peut seul deviner la sauvage poésie. C’était un gamin, mais un vrai gamin de Paris ! ...  Cheveux rougeâtres bien ébouriffés, roulés en boucle d'un côté, aplatis ça et là, blanchis par du plâtre, souillés de boue, et gardant encore l'empreinte des doigts crochus du gamin robuste avec lequel il venait peut-être de se battre; puis, un nez qui n'avait jamais connu de pacte avec les vanités mondaines du mouchoir, un nez dont les doigts faisaient seuls la police ; mais aussi une bouche fraîche et gracieuse, des dents d'une blancheur éblouissantes; sur la peau, des tons de chair vigoureux, blanc et bruns, admirablement nuancés de rouge. Ses yeux, pétillants dans l'occasion, étaient mornes, tristes et fortement cernés. Les paupières, fournies de beaux cils bien recourbés, avaient un charme indéfinissable... Ô enfance ! ....

Vêtu à la diable, insouciant d'une pluie fine qui tombait, assis sur une borne froide et laissant pendre ses pieds imparfaitement couverts d'une chaussure découpée comme le panneton d'une clé, il était là ne criant plus : – 'A la chienlit ! ... lit ! ... lit ! ..., reniflant sans cérémonie. Pensif comme une femme trompée, on eût dit qu'il se trouvait là – chez lui. Ses jolies mains, dont les ongles roses étaient bordés de noir, avaient une crasse presque huileuse... Une chemise brune, dont le col, irrégulièrement tiré, entourait sa tête, comme d'une frange, permettait de voir une poitrine aussi blanche que celle de la danseuse la plus fraîche figurant dans un bal du grand monde...

Il regardait passer les enfants de son âge ; et toutes les fois qu'un petit bourgeois habillé en lancier, en troubadour, ou vêtu d'une jaquette, se montrait armé de la batte obligée, sur laquelle était un rat de craie... Oh ! alors... les yeux du gamin s'allumaient de tous les feux du désir !... L'enfance est-elle naïve ? me disais-je. Elle ne sait pas taire ses passions vives, ses craintes, ses espérances d'un jour !...

Je m'amusai pendant quelques minutes de la concupiscence du gamin. Oh ! oui ; c'était bien une batte qu'il souhaitait. Sa journée avait été perdue. Je vis qu'il gardait l'empreinte de plusieurs rats sur ses habits noirs. Il avait le cœur gros de vengeance... Ah ! comme ses yeux se tournaient avec amour vers la boutique d'un épicier dont les sébiles étaient pleines de fusées, de billes ; et où, derrière les carreaux, se trouvaient deux battes bien crayeuses placées en sautoir.

-Pourquoi n'as-tu pas de batte ? ... lui dis-je.
Il me regarda fièrement, et me toisa comme M. Cuvier doit mesurer M. Geoffroy-Saint-Hillaire quand celui-ci l'attaque inconsidérément à l' Institut.
-Imbécile ! ...  semblait-il me dire, si j'avais deux sous, ne serais-je pas riant, rigolant, tapant, frappant, criant ? ...  Pourquoi me tenter ?...

J'allai chez l' épicier. L'enfant me suivit attiré par mon regard qui exerça sur lui la plus puissante des fascinations. Le gamin rougissait de plaisir, ses yeux s'animaient... Il eut la batte...

Alors, il la brandit ; et, pendant que je l'examinais, il m'appliqua, dans le dos d'un habit tout neuf, le premier exemplaire d'un rat, en criant d'une voix railleuse :
-'A la chienlit!...lit !...lit !...
Je voulus me fâcher. Il se sauva en ameutant les passants par ses clameurs rauques et perçantes... -'A la chienlit !...lit !...lit !...

Dans cet enfant il y a tous les hommes !...

Partager

Partager Facebook

Point(s)

+11

Proposé par

Deplume

Auteur

Blog

Honoré de Balzac

21-12-2016

Couverture

"Soyez un lecteur actif et participatif en commentant les textes que vous aimez. À chaque commentaire laissé, votre logo s’affiche et votre profil peut-être visité et lu."
Lire/Ecrire Commentaires Commentaire
La reconnaissance du gamin n'appartient à aucun recueil

 

Domaine Public terminé ! Merci à Deplume.

Tous les Textes publiés sur DPP : http://www.de-plume-en-plume.fr/ sont la propriété exclusive de leurs Auteurs. Aucune copie n’est autorisée sans leur consentement écrit. Toute personne qui reconnaitrait l’un de ses écrits est priée de contacter l’administration du site. Les publications sont archivées et datées avec l’identifiant de chaque membre.