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La fée du lac aux noyés - Roman

Roman "La fée du lac aux noyés" est un roman mis en ligne par "Astiacle"..

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La fée du lac aux noyés

Roman

Une fée est en général une créature paisible... sauf elle.

La fée du lac aime noyer les passants (on s'amuse comme on peut),

jusqu'au jour où un prince lui échappe.

Curieuse, elle va le suivre (qui a l'idée de suivre un inconnu, enfin).

De fil en aiguille, elle se retrouvera impliqué dans la mort d'un roi, dans la recherche

d'une fiancée, des bals, des souliers, des mensonges, des secrets...

cela fait décidément beaucoup pour une si petite fée.

 

1- La rencontre

Bien installée dans la vase, la fée arrangeait les corps boursouflés et à moitié dévorés qui tapissaient le fond de son lac. Changer la décoration lui prenait des heures, mais c’était une occupation qui lui plaisait. Tandis qu’elle déplaçait un squelette, encore vêtu de sa cotte de mailles, des résonances se propagèrent dans l’eau. La fée sourit et remonta vivement vers la surface. Elle sortit à peine la tête hors de l'eau pour observer les alentours sans se faire repérer.

Un groupe de cavaliers s’était arrêté pour faire boire leurs montures. En relevant la tête, l’un des hommes plissa les yeux, car il lui semblait apercevoir quelque chose à la surface de l’eau. La fée captant son regard, sourit, puis sortit un peu plus de l'eau sous l'apparence d'une jeune fille nue. L'homme sourit à son tour et se tourna vers ses camarades :

-Les amis, je crois que je viens d'apercevoir un poisson des plus plaisants.

Tous levèrent les yeux vers elle et elle les salua. Les hommes se rapprochèrent de l'eau souriant niaisement, riant. Dans son esprit, la fée visualisa l'eau du rivage et les bottes des hommes qui s'y trouvaient. L'eau devint une multitude de petits tourbillons qui s'enroulèrent autour de leurs jambes. L'un des hommes s'en aperçut et murmura :

-Attendez, c'est quoi ça ?

Il était trop tard cependant, la fée ferma les yeux et ramena l'eau à elle. Sur la terre, les hommes hurlèrent de surprise et d'horreur en se voyant entraînés dans le lac. Certains tentèrent de s'accrocher aux branches, aux herbes à leur portée, mais en vain. Les tourbillons se renforcèrent évoluant inexorablement vers leur tête. Les hurlements de terreur et les appels au secours se transformèrent en gargouillis quand l'eau s'engouffra dans leur bouche. Leur corps, traînés inexorablement vers les profondeurs, ne laissèrent bientôt sur le rivage que des marques de pas, des ongles et des plantes arrachés comme seuls preuves de leur passage. Ils furent engloutis en quelques secondes.

La fée s’approcha d’eux, alors qu’ils se débattaient encore pour remonter à la surface. Elle rit aux éclats en leur tournant autour. Un à un, ils sombrèrent comme de lourdes pierres provoquant des remous qui chamboulèrent sa nouvelle décoration. Elle fit la grimace et croisa les bras d’un geste boudeur. Avec mauvaise humeur, elle fit le tour des dégâts pour finalement juger que ce n’était pas si grave. Après tout, il lui fallait intégrer les nouveaux trophées et elle n’avait rien d'autre à faire de son temps. C'est donc avec un sourire retrouvé qu'elle reprit son œuvre, grignotant un peu les cadavres lorsque la faim lui prenait. Puis, quand ses eaux s'obscurcirent avec le coucher du soleil, elle creusa un trou dans la vase et s'en recouvrit. Elle s'endormit rapidement, fière de son travail et espérant que le lendemain lui amènerait d'autres proies.

Le soleil vint chauffer imperceptiblement les eaux du lac. La créature ouvrit les yeux, bailla et quitta son lit de vase. Le liquide marrônnatre qui l'entourait était opaque, mais elle y voyait clairement. On pouvait y percevoir la moindre vibration venant du rivage et lorsque les rayons du soleil perçaient à travers les arbres, l'eau s'éclaircissait légèrement de lueur dorée. La fée s’amusa un moment à faire tout le tour de son lac sous différentes formes. Alors qu’elle tentait de se faire sirène, des vibrations reconnaissables se propagèrent. Jaillissant de l’eau avec impatience, oubliant de reprendre forme humaine, elle aperçut un cavalier qui descendait de cheval.

Le jeune homme se tenait sur la rive, penché au-dessus de l’eau, tenant d'une main les rênes et utilisant l'autre pour boire. Lorsque la fée sortit de l’eau, le cheval effrayé se cabra, reculant de plusieurs pas, forçant son cavalier à le suivre ou de lâcher les rênes. L’homme réussit à le maintenir en place au bout d’un certain temps et lui flatta l'encolure en lui parlant doucement. Puis il porta son attention sur le lac et aperçut la jeune femme, ainsi que la queue-de-poisson qui sortait à moitié de l'eau à ses côtés.

La fée réfléchit. L’animal avait retiré son maître trop loin des eaux pour qu'elle puisse l’entraîner et il lui fallait donc trouver un moyen pour qu'il s'approche. Elle le salua, laissant apparaître ses formes à la surface d'une manière avenante. Pourtant l'homme n'avança pas pour autant et de sa place, il se contenta de lancer :

-Bien le bonjour, belle sirène.

La fée fronça les sourcils, se demandant de quoi il pouvait parler avant d’apercevoir sa queue-de-poisson. Elle éclata d’un rire cristallin qui fit sourire l’homme :

-Veuillez me pardonner si je trouble votre repos.

-Aucun repos n'est troublé quand l'homme est beau.

Elle sortit un peu plus de l'eau, son corps découvert jusqu'à la taille. Il eut un sourire gêné et détourna le regard.

-Puis-je demandais ce qu’un guerrier fait près de mes eaux ?

-Je me suis perdu, en vérité. J’ai voyagé longtemps et souhaite à présent rentrer chez moi. Mais tout a tellement changé depuis mon départ.

La fée tendit les bras vers lui :

-Eh bien, pourquoi ne pas vous baigner, pour vous détendre.

-L’invitation est plaisante, mais une Dame m’attend chez moi.

-Pourquoi se contenter d’une, quand on peut en avoir deux, murmura-t-elle en s’approchant du rivage.

-Pourquoi en avoir deux, quand on risque de se retrouver seul.

Ils se sourirent. La fée baissa les bras avec perplexité. Elle ne comprenait pas ce qui n’allait pas avec celui-là. Personne n’avait jamais détourné le regard devant elle. L'homme la salua galamment et remonta à cheval :

-Sachez, belle sirène, que cette rencontre restera gravée dans ma mémoire.

Il s’en fut, laissant la fée sans voix. Aucun homme ne lui avait jamais résisté, aucun ne lui avait jamais échappé. La chose était fort déplaisante. Elle retourna bouder au fond de son lac pour se remémorer, encore et encore, leur rencontre cherchant où avait été son erreur.

-Non, s’exclama-t-elle finalement, je n’ai fait aucune erreur. C’est lui qui est étrange.

Elle reprit sa forme initiale pour pouvoir donner un coup de pied rageur, soulevant un nuage de vase qui se mut lentement, obscurcissant l’eau. Elle fixa la surface où le reflet du soleil ondulait doucement. Le guerrier l’avait rendu curieuse. Sans doute, y avait-il là de quoi faire passer le temps. Elle éclata d’un rire qui fit fuir tous les poissons.

La fée nagea jusqu’au rebord de son lac et se fondit dans la boue, trouva une racine et se laissa aspirer. Une fois dans l’arbre, elle monta le long du tronc, poussa jusqu’aux plus hautes branches. Là, elle atteignit une des feuilles les plus élevées et ressortit en goutte de rosée. D’ici, la fée chercha le guerrier. Elle finit par le retrouver sur la route qui longeait le lac, en direction du royaume voisin. Elle eut un sourire de contentement et se laissa rouler jusqu'au bout de la feuille.

Celle-ci pencha lourdement et la goutte finit par tomber. La fée hurla de joie en se voyant chuter. Elle atterrit sur le sol boueux, sans quitter son aspect. Se mélangeant à la terre, parcourant les petites flaques, la fée trouva sans peine le ruisseau qu’elle cherchait. Tout le monde sait que chaque sources, ruisseaux et rivières possèdent leur propre fée et que toutes sont sœurs. Aussi, murmura-t-elle en se glissant dans l'eau :

-Petite sœur, puis-je empruntais ton courant pour mon voyage ?

-Mon courant est tien, ma sœur, répondit la fée du ruisseau.

Elle s’y laissa couler. Le ruisseau longeait la route empruntée par le guerrier. Mêlée à son eau, elle se glissa en avant de son passage. Puis, elle sortit en prenant la forme d’une vieille femme. Les transformations hors de l'eau lui coûtaient énormément de forces, mais sa curiosité était grande. Elle s'avança sur le chemin, voûtée, marchant à petits pas. Elle avait pris soin de se charger de deux énormes bûches. Bientôt, le son des sabots ferrés du cheval claquant sur le sol lui parvint derrière elle. Elle se voûta un peu plus et se mit bien au milieu de la route. Tête baissée, comme affligée de son lourd fardeau. La fée releva à peine les yeux lorsque le guerrier la dépassa sans ralentir l'allure. Elle s'avança encore, souriant intérieurement :Pas si exceptionnel que cela. Il ignore cette pauvre vieille femme, quel goujat.

Un fou rire lui monta aux lèvres. Elle se retint avec difficulté et s’apprêtait à s’écarter du chemin, lorsque le guerrier arrêta sa monture quelques mètres au-devant d'elle pour lui lancer :

-Vous avez besoin d’aide, vieille femme ?

La fée stoppa en grimaçant avant de répondre d’une voix éraillée :

-Oh, oui. Ces bûches sont bien lourdes pour mes vieux os.

D’un bond agile, le guerrier descendit de cheval, s’empara des rênes et s’approcha de la fée.

-Donnez-moi ça.

Il prit les bûches et les posa au sol, puis lui prit la main et l’aida à grimper sur la selle, avant de s’emparer du bois. La fée était furieuse, trop de gentillesse finirait par la faire craquer. Pourtant, elle le laissa faire sans rien dire car d’un autre côté, elle se demandait jusqu'à quel point il pouvait être bon.

-Où allez-vous ?

Prise au dépourvu alors qu’elle ruminait ses sombres pensées, elle ne sut que répondre. Elle n’avait qu’une vague idée de ce qu’étaient les villes et villages et aucune des noms qui leur étaient donnés. Aussi pointa-t-elle du doigt la direction que le guerrier semblait prendre.

-Par-là ? Mais, vous sembliez aller dans le sens inverse quand je suis arrivé.

-Vraiment ? Oh je devais rêvasser, je ne faisais pas attention.

Il sourit avec douceur :

-Vous ne devriez pas voyager seule alors. On ne sait pas ce qui se cache dans ces forêts.

La fée soupira, exaspérée, la limite du trop-plein de gentillesse était presque franchie. Mais elle se reprit en se disant qu’elle pourrait l’observer durant le trajet et celui-ci fut long et silencieux. Le cheval suivant docilement son maître. La fée cherchait ce qui n’allait pas chez lui. C'était quelque chose d'invisible à l'œil nu apparemment, car il ne se différenciait en rien des autres hommes qui peuplaient son lac. La fée bailla passant de la curiosité à l'ennui en une fraction de seconde. Il fallait qu'elle fasse quelque chose.

-Et vous, jeune homme, où allez-vous ?

-Je rentre chez moi.

Il ne dit rien de plus. La fée grimaça. Que devait-elle faire pour lui délier la langue ? Elle en était là de ses réflexions, lorsque, au détour d’un chemin, apparut un château entouré d’une large et puissante muraille, construit au bout de la falaise. Celle-ci avait été creusée jusqu'à la mer et ainsi, le château se trouvait sur une sorte d'îlot à plusieurs centaines de mètres de hauteur. Seul le pont-levis permettait d'y accéder sans danger. Sur la droite, la falaise descendait en pente douce jusqu'à une petite plage.

-Voilà, c’est chez moi.

La fée ouvrit des yeux ronds :Une bien grande maison en vérité, pensa-t-elle.

-Est-ce ici que vous alliez ?

-Heu…oui. Bien sûr.

-Vous n’avez pas l’air sûr. Je peux vous mener autre part si vous le souhaitez.

-Non, non, je veux aller là.

Il lui jeta un regard curieux avec un sourire en coin, puis repris la marche. Ils passèrent le pont-levis pour découvrir, entre les bras protecteurs de la muraille, tout un village. Des gens circulaient en tous sens, criant, riant. La fée frissonna d’horreur. Elle n’avait jamais été en contact avec autant d’Hommes à la fois. Elle en vit s'incliner devant son guide. Celui-ci s'arrêta sur la place centrale en pavés blancs, déposa son fardeau et se tourna vers elle. Il la prit par les hanches et la fit descendre en douceur.

-Cela vous convient-il si je vous laisse ici ?

La fée jeta des regards effarés alentour, mais trouva la force de dire :

-Oui, ce sera très bien.

Il l'observa encore un temps, incertain de ce qu'il devait faire, avant de reprendre sa route, tenant son cheval par la bride. La fée n'était pas satisfaite. A vrai dire, cela allait de pire en pire, mais elle refusa d'abandonner. Elle voulait connaître la particularité de cet homme et pour cela, elle devrait se mêler à tout ce chahut. Elle respira profondément avant de s'engouffrer dans une ruelle et de se changer en fillette. Ensuite, elle tenta de retrouver le guerrier. Cependant elle dut se tromper, car elle se trouva cernée d'Hommes qui se pressaient autour d'étals en bois, échangeant du métal contre divers objets. Elle ne se souvenait pas avoir vu cela en arrivant. Se faufilant tant bien que mal, elle finit par retrouver la place aux pavés blancs. En son centre se tenait une petite fontaine qui semblait bien ridicule, vu la grandeur de la place. La fée alla droit dessus et se pencha sur la margelle :

-Ma sœur, j’aimerais savoir où va l’homme qui vient d’arriver.

La fée de la fontaine lui répondit :

-Quel homme ?

-Celui avec un cheval et qui porte l’armure. Il revient d’un long voyage m’a-t-il dit.

-Oh, je vois. Les Hommes en ont parlé près de mes eaux. Le prince rentre de sa quête, c’est ainsi qu’ils le disent.

-Le prince ? Et où vit-il ?

-Dans un château.

-Quel château ?

-Celui derrière ma fontaine.

La fée releva la tête pour apercevoir une large rue qui quittait la place et, à son bout, de grandes portes de bois sculptées de formes étranges et alambiquées qui n’avaient aucun sens pour elle. Celles-ci servaient d’entrée à un haut palais tout en tours. Elle ne s’attarda pas sur cette vision, l’architecture n'avait aucun intérêt pour elle. En revanche, elle scruta avec attention, les Hommes qui se pressaient dans la rue qui menait aux portes. Elle bondit sur ses pieds et sans un au revoir à la fée de la fontaine, elle courut parmi la foule. Elle se demanda si elle avait choisi la bonne forme car petite comme elle était, elle se faisait aisément marcher dessus. Cette rue lui parut interminable, sans doute à cause des détours qu'elle s'imposait pour éviter de toucher les Hommes, entreprise fort difficile. Enfin, il reparut devant elle. La fée le suivit un moment, n'ayant pas réfléchi à ce qu'elle comptait faire ensuite.

Elle avait déjà remarqué les sacs attachés sur la croupe du cheval et connaissait l'importance que les Hommes attachaient à leurs biens. Sans vraiment savoir où cela la mènerait, elle s'en approcha. Encore une fois, elle maudit la forme qu'elle avait empruntée, car elle dut se mettre sur la pointe des pieds pour atteindre le sac. Le prince ne s'en aperçut pas, trop heureux de retrouver sa demeure, il ne pensait à rien d'autre. La fée réussit à atteindre son but, mais se trouva déçue en découvrant que le sac était solidement attaché. Essayant d'en défaire les nœuds, une voix l'arrêta :

-Hé là !

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Astiacle

31-05-2017

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La fée du lac aux noyés n'appartient à aucun recueil

 

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