Connexion : Ou
Mode Application Mode Site

Escalade - Grande Nouvelle

Grande Nouvelle "Escalade" est une grande nouvelle mise en ligne par "Noureddine "..

Venez publier une grande nouvelle ! / Protéger une grande nouvelle

Page : 1 2 3 4 5 Lire la suite

 

 

Escalade

 

1.

 

A la Mare des Gueux, partout où vous jetiez le regard, l’innocence s’extirpait des cœurs et la miséricorde s’immolait sur l’autel de l’horreur par des oracles mensongers, qui ne sauraient s’accommoder de cet amour, dont la rose s’affuble de mille pétales.

Sur ces entrefaites, l’enfance vieillissait à vue d’œil et la jeunesse, si prompte aux affronts de l’apprentissage, se revêtait de haillons diffamatoires que lui octroyait, sous des masques de laideur, quelques légats mineurs, dont la cupidité échaudait maints crânes.

Progressivement, dans le commerce de l’abjection en cours, ces âmes éteintes, si habiles à manier l’épée, pour l’exécution des basses besognes, se nourrissaient de vices et de sacrales orgies.

Depuis le lever du jour, de longues files de badauds s’attroupaient dans les ruelles, attentifs aux préparatifs de guerre, qui s’activaient de leur bel entrain. Par adhérence aux devoirs d’une mesquinerie, que scelle le poids de l’outrage, la soldatesque agitée faisait montre d’une excitation morbide, avec un zèle destructeur, à même les aires de génuflexions. Pareils à des criquets, ces essaims de fantassins, assoiffés des rondelettes pucelles, se sustentaient de denses pâtées verdâtres, déversées dans d’énormes bassines. Avec une concupiscence de bœufs, devant l’auge, ils dévoraient leurs pitances avec une telle voracité que l’on entendait le fracas des mandibules, qui broyaient les ossements et le grésillement des bouchées carnassières, qui galopaient dans les entrailles.

En ces temps de folie, où les repères s’embrumaient et où les itinéraires se confondaient, l’oligarchie, qui goûtait aux plaisirs du sceptre, dans la belliqueuse bourgade, se mettait à l’heure des grandes intrigues, sous les clameurs de la foule. Incessamment, lorsque les greniers de la Mare perdaient leur valeur persuasive auprès des masses, dont ils peinaient à maintenir les rênes, le clan des serfs désignait une antique métropole, à l’aveuglette, dans la révolte de la disette.

Dare-dare, dans une immense vacuité, aux allures de guet-apens, de vieux eunuques, entre autres impertinents noceurs, se relayaient de pathétiques rengaines, dont ils entretenaient le cynisme, au cours de spectacles insensés. Soit que l’oisiveté fût au point mort à la Mare ou que le l’honneur clanique eût besoin d’entretien, de fanatiques manades s’attroupaient dans les sanctuaires, où l’on se devait de courber l’échine, cérémonieusement, avec des allures simiesques.

A coups d’oracles souteneurs, qui se noyaient dans l’euphorie des boucheries, ce ne fut que châtiment et géhenne, que torrents de feux et de flammes, que diables terrifiants et que terreurs partisanes, à l’encontre du Val impie !

Pour soutenir la conquête de la somptueuse cité, suspecte de toutes les confusions, des collectes s’organisaient, bientôt, parmi les dunes, où campaient ces bandes de coupeurs de têtes. Dès lors, sous le concert des paradisiaques voluptés, promises à la postérité, derrière le voile d’opulents harems, la populace de cette race primitive se soumettait à l’ordre de l’union par une force que régente la menace des sabres.

Mines défaites, bretelles débraillées, ces adorateurs de Satan, qui se vautrent dans la fange de leurs superstitions païennes, se délestaient de leurs mille soucis, dans un grand tumulte de piété filiale. Durant les troubles d’une telle arrogance, ces pourvoyeurs des catacombes devaient faire montre de sacrifices et se prêter corps et âmes à d’ancestrales manigances, dont l’humeur forgeait les insignes. Quant aux édiles et aux dignitaires de la farouche communauté, ils étaient prodiges en lénifiantes causeries, lesquelles aiguillonnaient les impavides ouailles, jaugées à l’aune des patrouilles équipées et des armes sollicitées.

D’habitude, sur un signal de quelque chef de guerre, dont les lèvres s’investissaient d’excroissances et de plaies, des hordes tumultueuses se déployaient aux alentours du Val, avec des cris de chacals.

Tenaillés par la convoitise et par la soif de la conquête, des cohortes de bohémiens, de saltimbanques, de fanfarons, de prestidigitateurs, d’usuriers, de contrefacteurs et de nécrophiles experts, en lorgnaient les avant-postes, qui les jaugeaient du haut de fastueux miradors.

Le bruit se répandait que des amphores, remplies de toutes sortes de parchemins, qui entretiendraient de grands mystères, échouaient sur les côtes de la splendide retraite. A en croire les bigoteries de la Mare, ces anciens trésors, désarçonnés par les cataclysmes de la nature, en œuvre dans les règnes, seraient déposés le long du littoral, au cœur d’immenses grottes, où d’énigmatiques figures interpellent l’intelligence des mortels.

                                                                          2.

 

Coup sur coup, la raison terrassée, l’esprit obnubilé, à bras ouverts, quelque part au milieu des cohues, quelque illuminé accueillait l’assemblage des calamités, qui s’abattaient sur la Mare, comme des gages sublimes.

De sa silhouette dépenaillée, maigrichonne et fantasque, qui gesticulait sur les places et les marchés et qui avait je ne sais quoi de dithyrambique, cet heureux élu de la démence s’extasiait de l’approche d’une glorieuse apothéose, qu’annonçaient de vieux manuscrits. En la circonstance, au milieu des dédales, son encensoir, orné d’amulettes à tous services, enivrait de somnolents fidèles, dont il gavait l’amour propre, résonnantes pièces à l’appui.

Avec sa longue chevelure blanchie qui flottait en tresses épaisses sur ses épaules volumineuses et sa barbe hirsute où une colonie de puces élisait demeure, cet espèce de prophète claudiquait, d’une sibylline démarche, dans le commerce du sauve-qui-peut.

Ses saillantes pommettes, qu’assaisonnaient maints crachotements de la racaille, au détour des grouillantes ruelles, réverbéraient d’une pâleur acide, qu’il édulcorait de prophylactiques lotions. Sous le poids de l’âge, son menton évasé, parsemé de tâches glauques, aux corrosifs contours d’où suintaient, en teigneux cercles, des nervures de pus, s’apparentait à ces heurtoirs des maisons vides. Son torse nu, véritable steppe aride où des bourrelets de poils prenaient des allures de buissons, acquerrait toutes les nuances de la paillette, si bien que les saisons, dans leur enfilade, se brisaient les dents, sur sa cuirasse de mutant.

Descendant d’une vieille famille de caravaniers, que le rebondissement des lignages amadouait à peine, il s’enorgueillissait de compter parmi ses ancêtres d’augustes guerriers, qui bravèrent des déserts et saccagèrent des empires.

Les douleurs vives qu'il ressentit, au niveau de la prostate, aux premières phases de son affection, n’étaient, de l’avis de ses confrères, que les stigmates d’une usuelle fatigue, dont la sénilité accable les organes de reproduction. Dès lors, par orgueil, il enveloppa son mal de secret, avec une rituelle présomption. La crédulité lui fit acquérir des lotions de tous les acabits, auprès d’herboristes de tutelle, qui n’ont des sciences médicinales que d’absconses notions.

En cette déplorable circonstance, on l’informa, dans une honorable bâtisse, qu’il lui fallait se procurer, stricto sensu, des documents identitaires, auprès des services vétérinaires, en vue de pouvoir se prémunir contre les fléaux de mère nature. Sitôt, de ses sandales mutilées, où s’agglutinait la poussière des dunes et d’où pointaient, tuméfiés et teigneux, des orteils massifs, il sillonnait les ruelles agitées de la Mare, qui résonnèrent de sa course à pied, derrière la pathétique enseigne.

Quelle ne fut son humiliation, dans l’antre animalier, parmi une multitude de cages, où toutes sortes de créatures piaillaient, à la recherche de quelque signataire pour sa saugrenue requête, affublée d’un cachet officiel ! De service en département, de bureau à officine, l’éthologie s’avouait vaincue devant le cas singulier de cet anthropoïde, qu’un manufacturier hilare, à la pusillanime glose, consignait au savoir, à titre de cobaye.

Au cours d’un léger glanage, au sein de poussiéreuses archives, où des bocages en tous genres se déposaient dans un désordre royal, on le confia aux soins d’un émérite chiromancien, oracle cybernétique de la maison, qui boitait légèrement. Aux yeux de cette sublime référence, rompue aux tétaniques anomalies et dont les honoraires étaient d’abordables tournures, au gré des soubresauts de son humeur, la médecine serait le parent pauvre de la science.

Cette vielle entêtée, myope et arrogante de surcroît, nécessiterait quelque lunette de correction, à même de lui faire percevoir la véritable origine du mal, au-delà de ses notions étriquées, que les ultimes découvertes battent en brèche. A l’entendre deviser, si habile fût-elle pour le confort de la chair, elle demeure insuffisante et mesquine, sans l’aval de la foi, cette dame suzeraine, dont l’élan est capable de soulever des montagnes, dans la gloire de la force morale.

Sur ce, d’une mauve et bedonnante blouse, que parcouraient, en double rangée, des pochettes inégalées, grouillantes de toutes sortes d’insectes, l'émerite guérisseur soutira une bourse décolorée, garnie de pelures et d’écailles, à la piquante odeur. Ce célèbre thaumaturge, détenteur de tonifiantes panacées, dont le retentissement aléatoire, aux entrailles du menu peuple, confirmait les visées curatives, fournit à notre patient d’autres bases de données, à titre opérationnel. 

Préparée à la belle étoile, une mixture concoctée de bave de salamandre, d’ongles de marsouin et de rate de gavial, éloignerait désormais tous les maléfices et neutraliserait tous les sortilèges du mauvais oeil. Des tisanes de glaïeul, annotées d’hémostatiques percées, avec force larves et sangsues, dans la moiteur des bains maures, s’avéraient également d’une urgence circonstancielle, sous le concert des invocations et des prières.

Ainsi donc, au fil des recettes qu’on lui concocta, promptement, en guise de remèdes, sous l’augure d’éphémérides lunaires, l'inconsolable client des arracheurs de dents abîma tellement son estomac, que ses reins, à la merci de tous les rebus, pompaient, incessamment, de saumâtres giclées, dans ses entrailles. Corrélativement, sa vessie, dont les digues se réduisirent en miettes, au commerce des fermentés acides, déversait, instantanément, de minces filets de sang gâché, le long de son urètre, qui perdait la rigidité requise pour tous les besoins.

Au début de ce travail de sape, qui le surprit un certain matin d’hiver, particulièrement cinglant, ce festif batailleur couvrait son phallus de coton et de toutes sortes de tissus, cisaillant même les draps et les oreillers, quand les toiles en arrivaient à manquer. Or, ces occasionnels manèges, qui absorbaient, tant bien que mal, le pernicieux liquide, sous quelque semblant de pudeur, n’en conféraient pas moins des allures d’iceberg, à son dévergondé organe, dont la gageure invalidait maintes ablutions.

Torse incliné, jambes entrouvertes, pas lourds et endoloris, que de fois grignotait-il les empans, le long des tonitruantes ruelles, où d’honnêtes compères lui témoignaient les plus vives compassions ! Et chaque nuit, dès que les regards, derrière les persiennes, vaquaient à de plus intimes affaires, le bonhomme jetait ces pansements de la honte, au creux des poubelles.

Par la suite, l’ingénieux forcené confectionna un original exutoire à sa gêne, l’idée lui étant suggérée par une fantaisie, sur la conquête du monde céleste, où les météorites prennent des allures de flagelles et les comètes de savonneux ovules.

Avec expertise, il cala sur ses testicules, sortes de foyers de combustion, un flocon décapuchonné, en guise de sonde détachable, qu’il ficela, le long de sa verge, espèce de fusée charnelle, en propulsion vers le vide.

Ce ne fut que le jour où l’on vint rincer sa dépouille, selon les rites d’usage, que l’on découvrit, cachée au fond de métalliques coffrets, derrière une porte de secours, une panoplie de récipients en verre, remplis de caillots.

A longueur de journées, ses crasseuses braies, que renflouaient les bourrasques et dont les poches, véritables boîtes de Pandore, recelaient toutes sortes d’herbages sauvages, le désignant de loin. A l’entendre crier à tue-tête, bouche tordue, yeux exorbités, devant les temples et les nécropoles de la Mare, où reposaient les ossements des aïeux, on croirait voir poindre, de la grange des nues, de séraphiques banderoles.

Parfois, assis à même le sol, les lèvres tremblantes, les larmes aux tempes, cet espèce de rabatteur sous ces latitudes, levait subitement les mains vers le ciel, aux alentours des lieux de culte, qui regorgeaient de clientèle, aux heures de pointe. Devant l’assemblée hagarde, en guise de seuil à toutes les frivolités, il se déliait péremptoirement la langue, d’une voix grave et sulfureuse, comme venant d’un autre monde.

Bâton en main, avec des airs grandiloquents, en pleine fête foraine, il leur criait en substance :

« Prenez soin de vos demeures, aussi longtemps que le souffle divin entretient sa flamme dans vos corps, car les clefs qui sont les vôtres ne sauraient trop vous y donner accès, tant que les clauses de vos contrats n’ont pas été honorées !

« Munissez vos portes de serrures et préservez quelque fenêtre ouverte, dans des recoins isolés de votre âme, afin que les hôtes qui sillonnent les sentiers y viennent loger de leur plein gré !

« Méfiez-vous du Malin, car ses voies sont tortueuses et ses desseins perfides et cruels ! Les scorpions et les vipères sont ses suppôts et les monstres de la Géhenne ses valeureux alliés ! Détournez vos yeux de ses atours, car le mensonge est sa parole et le mal sa devise glorieuse !

« Il vous couvrira d’éloges, vous élèvera des statuts, vous intronisera sur des empires et vous rendra l’égal des dieux, afin que vous demeuriez ses esclaves, dans le royaume des ombres !

« Cachez vos trésors loin de ses serres, afin que les racines de vos biens s’affermissent et que les hautes ramures que renferment vos graines tendent vers le soleil !

« Riez dans l’éclat de votre innocence ! Enivrez-vous de la tiédeur des lilas et de l’ineffable douceur des sycomores ! Que vos vœux soient exaucés et que l’espoir qui guide vos pas vous raffermisse dans la joie et l’endurance ! »

Bien souvent, pour quelques poignées d’exaltées diatribes, des tenanciers d’échoppes lui cédaient, avec une sournoiserie de biais, des culottes fripées, d’usitées flanelles, ainsi que des fez bon marché. Quelques uns, pour attiser sa convoitise, lui promettaient l’épée d’Ali, avec laquelle il trancha la tête de l’Ogre ou celle d’Antar, qui guida sa tribu sur les sentiers de la victoire et que l’amour, braise indélébile, hissa au rang des immortels. De sitôt, l’illuminé redoublait d’ardeur et, fidèle à l’hilarante verve de ses pairs, il leur rendait grâce de cette générosité légendaire, dont la bienfaisance est sœur de concupiscence, dans l’entortillement des communs sentiers.

Dans l’almanach de ses lubies, par les fournaises d’une somptueuse géhenne, exécutive des secrètes besognes, qui n’épargnerait aucun foyer, les mandataires du clan des serfs honoreraient les tâches sermonnaires auquel le destin les convie. A l’ombrage des oasis du salut, en quelque fatidique journée, qui les ensevelirait sous son linceul, les peuples damnés de la terre, passibles de toutes les hérésies, viendraient rendre compte de leurs forfaits et se voueraient, corps et âme, pour la triomphante orthodoxie.

Avec force pleurs, les diaboliques phalanges de toutes les nations de la terre exhorteraient les sublimes rhéteurs de la Mare, qui ne cessent de donner de la voix, aux pas des terribles dromadaires. Dare-dare, sous le charme des célestes anathèmes, toutes ces armées infidèles se jetteraient sous le fil des sabres justiciers et glorifieraient en chœur la foi des vrais dévots, auxquels les divines troupes sont acquises.

Partager

Partager Facebook

Point(s)

+15

Auteur

Blog

Noureddine

23-01-2017

Téléchargement

PDF Certifié Ebook gratuit
Lire la suite
"Soyez un lecteur actif et participatif en commentant les textes que vous aimez. À chaque commentaire laissé, votre logo s’affiche et votre profil peut-être visité et lu."
Lire/Ecrire Commentaires Commentaire
Escalade n'appartient à aucun recueil

 

Tous les Textes publiés sur DPP : http://www.de-plume-en-plume.fr/ sont la propriété exclusive de leurs Auteurs. Aucune copie n’est autorisée sans leur consentement écrit. Toute personne qui reconnaitrait l’un de ses écrits est priée de contacter l’administration du site. Les publications sont archivées et datées avec l’identifiant de chaque membre.