AlmaVeyre Le 15-06-2026 à 9:17
Ancolies, Il y a dans ce texte une manière d’aimer sans exiger l’avenir qui me touche profondément : l’instant, la trace, le visage aimé, le refus des promesses fausses, la beauté qui ne sauve pas mais qui éclaire quand même. J’y vois une parenté de climat avec des choses que j’explore moi aussi : la mélancolie, l’amour sans garantie, le refus des consolations faciles, l’attention au corps comme lieu de mémoire. Mais dans votre écrit, la douleur semble déjà transfigurée par une forme d’acceptation presque solaire. Même lorsque cette femme parle du froid, il y a une confiance dans le passage, dans le mouvement, dans l’instant. Chez moi, l’écriture reste souvent plus près de la brûlure initiale. Elle ne cherche pas tout de suite l’apaisement. Elle demeure dans la question, dans l’adresse, dans ce qui insiste. C’est peut-être pour cela que votre texte me touche autant : il ne m’éloigne pas de ma maison, mais il ouvre une fenêtre sur une possibilité voisine. Il me fait entendre qu’une même matière peut aller vers une autre lumière. Ce passage est particulièrement fort : « Je ne veux pas de promesses. Pas d’avenir. Je ne veux pas de faux soleils. » C’est simple, mais très juste. Vous ne romantisez pas l’éphémère comme une légèreté. Vous en faites presque une éthique : ne pas mentir avec demain, ne pas fabriquer une consolation artificielle. Le motif des deux épaules est très poétique : l’épaule nord, froide, traversée par ce qui a abîmé ; l’épaule sud, chaude, vivante, tournée vers le feu. C’est une belle image parce qu’elle donne un corps à l’histoire intérieure. Ce n’est pas seulement “elle a souffert”, c’est : une partie de son corps garde le froid, une autre porte encore le soleil. Par moments, j’ai eu le sentiment que le texte était presque trop habité, tant il porte d’images, de formules, d’élans sensibles et métaphysiques. Certaines phrases pourraient peut-être respirer davantage. Mais c’est aussi le risque naturel d’une écriture très lyrique, très pleine, et cela n’enlève rien à la beauté de l’ensemble. Ce que je retiens surtout, c’est cette sagesse presque cosmique qui traverse votre texte : l’instant, les saisons, la lune, les branches, les paysages, le mystère. Vous tendez vers une sorte de philosophie sensible de l’éphémère, là où je travaille plus souvent l’endroit où l’éphémère laisse une brûlure dans le corps. Vous habitez une maison proche de la mienne, avec les fenêtres ouvertes sur un autre paysage. Merci pour ce doux partage. Bien à vous, Alma
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Ancolies Le 15-06-2026 à 10:44
Voyez-vous Alma, lorsque j'écris je ne réfléchis pas. Je laisse sortir les émotions ou les pensées de ma plume. Et puis je lis vos et les autres analyses et commentaires et cela quelque peu m'éclaire. En tout cas, en ce texte pour moi c'est très clair : tous tous les jours à faire l’éphémère, il n'y a rien d'autre. Et, sauf drame imprévu, faire l’éphémère ne pose aucune difficulté particulière. La somme de tous ces éphémères auxquels on ne prête souvent pas suffisamment attention fera la vie d'une femme, d'un homme. Je crois qu'en effet nos préoccupations quelque peu se rejoignent. Quand même pour moi, la beauté sauve. Mais à mon âge, il y a belle lurette que les brûlures ne m'atteignent plus, m'indiffèrent. Tout comme la douleur. Tout comme le mystère. Je laisse le mystère au mystère et je fais mon travail c'est tout. Et c'est très simple. Je ne souhaite ni ne demande rien de plus. Par la fenêtre ouverte je vois le paysage. Même dans l'obscurité il brille de clarté. Je vous souhaite une bonne semaine.