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Le Vide, la Rose et le Zéphyr - Texte court

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Le Vide, la Rose et le Zéphyr

 

 

J’ai cueilli une rose. Elle me souriait depuis que j’étais entrée dans la boutique. Le vendeur me présenta ses fleurs les unes après les autres, même les fausses, en tissu, en plastique, en je ne sais quoi, qui avaient l’air si vraies.

La rose épanouie se moquait, sous mes doigts, de mon hésitation à la serrer dans la main. Si fragile et arrogante à la fois. Si jeune, déjà fière. Comme nous.

Le téléphone ne sonne plus. Le silence flotte dans l’air, celui de l’absence. Les prières restent muettes dans ma bouche fermée. Mais j’ai une rose à présent, debout, bien droite, dans son soliflore auprès de moi.

Est-ce que tu vas bien ? Je pose la question si souvent. Je reste la seule à le faire. De mon côté, personne ne m’interroge, pas même la rose sur la table, qui connaît la réponse.

J’ouvre la fenêtre pour que le vent entre un peu rejoindre la rose achetée. L’impertinente sans parfum. Car, oui, c’est ainsi, les belles, élevées sous serre, ne sentent plus grand-chose.

J’ai acheté une fleur. J’ai compté : dix-sept pétales. C’est beaucoup. Peut-être. Je ne sais pas. Quel est son âge ? Je vois bien qu’elle ne me le dira pas, elle se vexerait. J’ai refermé la fenêtre. Le vent est reparti rejoindre les autres, les groupes, les ensembles, les grappes de gens. Ceux qui ne parlent pas aux roses, qui ne disent pas bonjour au vent. Ouvrent-ils leurs fenêtres ? Je ne crois pas. Tant de portes restent closes. Les fenêtres sans doute aussi. Chacun chez soi.

La rose vaniteuse m’observe encore. Elle cherche mon sourire, un début de rictus, quelque chose. Je lui dis, agacée, qu’elle n’a qu’à ouvrir au vent, le bavard sans mots, le souffle de vie. Elle hausse les épaules. Elle répond qu’il ne sait pas parler, pas plus qu’elle.

Là, elle marque un point. Elle a raison, et elle le sait.

J’ai ramassé le vide, une rose et un peu de zéphyr. J’ai crié au-dedans, car je ne crie jamais dehors. J’ai dit à l’orgueilleuse, dans son vase, que je vais arrêter d’écrire, que cela vaudra mieux, que la vie est cruelle et qu’il est peut-être temps d’en finir. Elle n’a pas répondu.

J’ai rouvert la fenêtre. Le vent sans visage n’est pas revenu. Lui non plus n’a rien trouvé à me dire. J’ai fermé les volets, et la rose s’est refermée, elle aussi. Comme tout le monde.

J’ai cueilli une rose. Elle ne me sourit plus. J’aurais dû choisir une fleur de soie, colorée, qui jamais ne meurt et ne parle pas.

Les vraies ne savent pas consoler.

 

 

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Deogratias

31-03-2026

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