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Tout et son contraire - Commentaires

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Ancolies

Ancolies Le 14-07-2026 à 13:41

Chère Alma, Votre faille. Ma ou mes failles. Et ma Joie Mélancolique. Sans vous raconter toute ma vie, j'ai bossé comme créatif et directeur de création dans les grandes agences de publicité parisiennes, de mes 20 à 30 ans. Puis j'en ai claqué la porte ayant peu à peu découvert que c'était un métier à vocation de merde fait par 90% de menteurs et retourneurs de veste. Donc j'ai planté là les mille millions que j'y gagnais chaque mois pour monter un groupe rock avec mes propres chansons de combat, révolte, humanisme, espoir, liberté. Dans ma dernière agence, mon patron m'a offert tous les livres de Cioran, que vous connaissez ou pas. C'est un très brillant essayiste, philosophe et pamphlétaire du XXème siècle. Le problème c'est que c'est un demi-imbécile parce qu'il n'est que cynique, ce qui est le contraire de la vie et l'amour. Or si l'on accepte de vivre, si on est toujours là, le b.a.ba n'est-il pas d'être heureux, autant que faire se peut ? Cioran avait créé le concept du Pessimiste Jubilatoire. Mon patron m'a offert ces bouquins parce qu'il pensait que j'étais exactement ce pessimiste jubilatoire. Naturellement j'ai accepté et remercié, gardant pour moi mes réserves négatives. Non, moi je suis La Joie Mélancolique. C'est le titre du second volume de ma série "Nouvelles de nos Vies", série qui en compte 10. Je ne vais pas vous énumérer tous les titres mais le premier s'appelle Plutôt la Vie. Je vous souhaite un excellent défilé.

AlmaVeyre

AlmaVeyre Le 13-07-2026 à 10:55

Cher Ancolies, Votre réponse m’a fait réfléchir plus longtemps que je ne l’aurais cru. Je crois que ce qui m’a le plus arrêtée n’est finalement ni le néant blanc, ni même l’iridescence, mais cette phrase presque glissée au milieu des autres : vous dites que vous ne renoncez jamais à faire l’effort pour l’autre. Je ne sais pas pourquoi, mais c’est elle qui est restée. Peut-être parce qu’elle donne soudain une clé de lecture de vos textes. J’y vois moins une quête du néant qu’un immense désir de dépouillement : enlever ce qui encombre pour ne garder que l’essentiel. Et, parmi cet essentiel, il reste encore la relation à l’autre. Nous ne partageons sans doute pas exactement la même vision du monde. Vous semblez croire que l’autre renonce le plus souvent à cet effort. J’ai envie, malgré tout, de continuer à croire qu’il existe des rencontres où chacun avance d’un pas vers l’autre. Les vôtres et les miens en sont peut-être la preuve. Quant à « La Joie Mélancolique »… ce titre m’intrigue énormément. J’y entends quelque chose qui me parle sans que je sache encore l’expliquer. Une joie qui ne nie jamais la faille, peut-être. Ou une lumière qui accepte de cohabiter avec elle. Et puisque vous me confiez que votre néant est blanc, je vous confierai en retour que mes blessures, elles, ne sont jamais noires. Elles sont traversées de lumière, même lorsqu’elles brûlent encore. Je crois que c’est là que nos chemins se croisent. Merci de prolonger ainsi la conversation. Elle nourrit bien davantage que nos seuls commentaires de lecture. Bien à vous, Alma

Ancolies

Ancolies Le 12-07-2026 à 16:27

Bonjour Ted. Heureux d'avoir de vos nouvelles. Et que ce texte vous ait plu. J'explore une nouvelle voie dans mon écriture, dans son fond et sa forme. Ce texte fait partie de cette nouvelle démarche. Toutes mes amitiés, je vous souhaite une très bonne continuation.

Ted

Ted Le 12-07-2026 à 10:11

Bonjour Ancolies, J'ai beaucoup aimé ce texte. Il traduit très subtilement cette lassitude que l'on peut ressentir face aux contradictions du monde où chaque vérité semble aussitôt contredite par une autre. Le voyage vers le néant (blanc!) apparaît alors comme une quête d'apaisement. La dernière phrase est magnifique : "Désormais, dans cette disparition définitive, enfin je pouvais vivre." Bravo pour ce partage. Amicalement Ted

Ancolies

Ancolies Le 11-07-2026 à 23:28

Ma chère Alma, croyez-le ou non, mon néant est blanc, mon cafard concert est blanc, ma mélancolie originelle et éternelle est blanche. Oserai-je dire que je suis un être de lumière ? Mon orgueil me l'interdit mais je peux vous garantir que c'est bien le cas de mon fils de 30 ans. Il attire les autres à lui comme le fait la lampe avec les insectes de nuit. Je peux cependant dire de moi que je ne renonce jamais, que je fais toujours et quoiqu'il arrive l'effort pour l'autre car dans l'immense majorité des cas dont vous ne faîtes peut-être pas partie, l'autre ne le fait pas l'effort. Aussi, même si c'est mal foutu, bancal, tout ce que vous voulez, il faut le faire, ou alors renoncer à être un être de lumière. J'ai écrit une série de 10 livres, sous-titrée Nouvelles de nos Vies. Chacun a naturellement son titre spécifique mais j'attire votre attention sur le second qui s'appelle La Joie Mélancolique. Voilà ce que je souhaitais vous dire. Bonne nuit ou journée, je ne sais.

AlmaVeyre

AlmaVeyre Le 11-07-2026 à 22:14

Ancolies, Vous voyez que vous avez bien un cœur tendre : vous êtes allé jusqu’à rendre votre néant iridescent pour me rassurer. Je comprends mieux, à vous lire, que ce blanc n’est pas celui d’un effacement désespéré, mais celui d’un dépouillement enfin accompli. Une paix sans bruit, sans contradiction, sans tout ce qui encombre et retient. « Iridescent » change pourtant quelque chose. Le néant reste blanc, mais il n’est plus tout à fait vide : selon l’angle, une lumière y apparaît. Cela me conforte, oui, mais surtout cela me plaît beaucoup. Et puis, je reconnais volontiers que voir le néant blanc quand tout le monde le voit noir est une manière assez cohérente d’être un emmerdeur en rond. Bien à vous, Alma

Ancolies

Ancolies Le 11-07-2026 à 11:25

Alors là je rétorque de suite cher Donald. Il n'y a pas de coquille. Parce que et son contraire, c'est bien ce que je veux dire. A force de pratiquer la vie, j'en suis arrivé à la conclusion que Pourquoi était l'unique réponse valable à la sempiternelle question du Parce que. J'en avais discuté dans le temps, juste quand nous avions 27 ans, avec le roi lézard et il partageait mon avis. Parce que et son contraire sont dans le même panier, tout heureux et lointains des environs lointains. Et moi je suis partisan de demander un effort au lecteur ou à l'auditeur, il n'en sera que plus riche ensuite s'il a pu réaliser ses propres découvertes. Bon we Donald.

Donald Ghautier

Donald Ghautier Le 11-07-2026 à 10:58

Bonjour Ancolies, ce n'est plus de la crise existentielle à ce niveau, surtout pour en arriver au néant ! Bon, je relève une petite coquille - ou alors, j'ai abusé des poèmes de Jim Morrison - dans la dernière phrase du deuxième paragraphe "parce que et son contraire" où je suppose qu'il manque le "tout". Ceci étant dit, j'aime bien ce texte dont la structure logique amène une forme non dissertée de philosophie. Bien vu. Amitiés. Donald.

Ancolies

Ancolies Le 11-07-2026 à 2:18

Re et même re re Alma. Merci pour ce commentaire fourni. Bien sûr, ici tout s'annule, tout s’annihile. Et oui tout et son contraire nous fatiguent, nous épuisent. Et il semble qu'il en est de même dans cet éventuel au-delà auquel en fait je ne crois pas. Je crois au néant. Que l'on voit en général noir mais comme je suis un emmerdeur en rond, moi je le vois blanc. Réellement. Vous vous demandez si ce texte est sombre ou apaisé. Pour moi il est le second. Car je suis détaché de toutes les conneries précitées. Et il s'inscrit dans ma démarche terrestre de dépouillement. Moins j'en ai plus je suis libre. J'ai ajouté un mot, un seul, à la fin du texte. Un mot qui ouvre sur la lumière. J'espère qu'il vous confortera un peu. A bientôt.

AlmaVeyre

AlmaVeyre Le 11-07-2026 à 0:52

Ancolies, Vous avez décidément une façon bien à vous de transformer une crise existentielle en promenade métaphysique. On part de la cacophonie du monde, on traverse l’au-delà, et l’on finit au bord d’un lac blanc, presque soulagé d’avoir échappé au vacarme. Trêve de taquinerie, votre texte m’a ramenée à une fatigue très particulière : celle de devoir entendre en permanence une chose et son contraire, comme si tout finissait par s’annuler dans le même bruit. Il y a des moments où ce n’est même plus la douleur qui épuise, mais la cacophonie autour d’elle : les avis, les injonctions, les discours, les consolations, les contre-discours, les vérités qui se contredisent et qui pourtant prétendent toutes tenir debout. C’est cela que j’ai entendu dans cette fuite progressive : quitter ici-bas, tenter l’au-delà, puis finir par choisir le blanc. Non pas forcément par désir de mort, mais par désir d’un lieu enfin silencieux. Un endroit où plus rien ne tire dans tous les sens. Où l’on n’a plus à trancher, à croire, à se méfier, à répondre. Sœur Âme m’a arrêtée. Elle porte un nom presque consolateur, mais elle ne console pas vraiment. Elle voit “la peine qui poudroie, la peine qui verdoie”, et cette image me reste. La peine n’est pas seulement un poids : elle devient une matière en suspension, quelque chose qui circule, qui repousse, qui change de forme sans disparaître tout à fait. Les deux frères, eux, m’ont presque fait sourire par leur absurdité triste. Même dans l’au-delà, chacun désigne l’autre comme suspect. Même là, rien n’est sauvé du doute. On voudrait trouver une parole fiable, et l’on retombe encore sur le soupçon. C’est drôle, mais d’un drôle assez désespéré. Le blanc final est troublant. Il apaise autant qu’il inquiète. Ce lac immense, immobile, sans mouvement, sans être, sans chose, ressemble à une paix parfaite, mais aussi à un effacement total. Et pourtant, c’est là que le texte bascule : « Désormais, dans cette disparition définitive, enfin je pouvais vivre. » Cette phrase m’a suivie après lecture. Elle dit quelque chose de vertigineux : parfois, ce que l’on appelle vivre ressemble tellement à une lutte, à une saturation, à une obligation d’exister dans le bruit, que l’effacement peut apparaître comme le seul refuge possible. Je ne sais pas si je lis ce texte comme un texte sombre ou comme un texte étrangement apaisé. Peut-être les deux, justement. Tout et son contraire, encore. Un mot m’a surprise : “dysfonctionne”. Il tranche avec le reste, plus allégorique, presque métaphysique. Mais finalement, cette cassure dit peut-être très bien notre époque : même au milieu de l’âme, de l’au-delà et du néant, on emporte avec soi un vocabulaire de panne. Un texte mélancolique, lucide, un peu joueur aussi, avec cette manière bien à vous de faire entrer le désespoir par une porte presque souriante. Bien à vous, Alma