AlmaVeyre Le 13-07-2026 à 10:55
Cher Ancolies, Votre réponse m’a fait réfléchir plus longtemps que je ne l’aurais cru. Je crois que ce qui m’a le plus arrêtée n’est finalement ni le néant blanc, ni même l’iridescence, mais cette phrase presque glissée au milieu des autres : vous dites que vous ne renoncez jamais à faire l’effort pour l’autre. Je ne sais pas pourquoi, mais c’est elle qui est restée. Peut-être parce qu’elle donne soudain une clé de lecture de vos textes. J’y vois moins une quête du néant qu’un immense désir de dépouillement : enlever ce qui encombre pour ne garder que l’essentiel. Et, parmi cet essentiel, il reste encore la relation à l’autre. Nous ne partageons sans doute pas exactement la même vision du monde. Vous semblez croire que l’autre renonce le plus souvent à cet effort. J’ai envie, malgré tout, de continuer à croire qu’il existe des rencontres où chacun avance d’un pas vers l’autre. Les vôtres et les miens en sont peut-être la preuve. Quant à « La Joie Mélancolique »… ce titre m’intrigue énormément. J’y entends quelque chose qui me parle sans que je sache encore l’expliquer. Une joie qui ne nie jamais la faille, peut-être. Ou une lumière qui accepte de cohabiter avec elle. Et puisque vous me confiez que votre néant est blanc, je vous confierai en retour que mes blessures, elles, ne sont jamais noires. Elles sont traversées de lumière, même lorsqu’elles brûlent encore. Je crois que c’est là que nos chemins se croisent. Merci de prolonger ainsi la conversation. Elle nourrit bien davantage que nos seuls commentaires de lecture. Bien à vous, Alma
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Ancolies Le 14-07-2026 à 13:41
Chère Alma, Votre faille. Ma ou mes failles. Et ma Joie Mélancolique. Sans vous raconter toute ma vie, j'ai bossé comme créatif et directeur de création dans les grandes agences de publicité parisiennes, de mes 20 à 30 ans. Puis j'en ai claqué la porte ayant peu à peu découvert que c'était un métier à vocation de merde fait par 90% de menteurs et retourneurs de veste. Donc j'ai planté là les mille millions que j'y gagnais chaque mois pour monter un groupe rock avec mes propres chansons de combat, révolte, humanisme, espoir, liberté. Dans ma dernière agence, mon patron m'a offert tous les livres de Cioran, que vous connaissez ou pas. C'est un très brillant essayiste, philosophe et pamphlétaire du XXème siècle. Le problème c'est que c'est un demi-imbécile parce qu'il n'est que cynique, ce qui est le contraire de la vie et l'amour. Or si l'on accepte de vivre, si on est toujours là, le b.a.ba n'est-il pas d'être heureux, autant que faire se peut ? Cioran avait créé le concept du Pessimiste Jubilatoire. Mon patron m'a offert ces bouquins parce qu'il pensait que j'étais exactement ce pessimiste jubilatoire. Naturellement j'ai accepté et remercié, gardant pour moi mes réserves négatives. Non, moi je suis La Joie Mélancolique. C'est le titre du second volume de ma série "Nouvelles de nos Vies", série qui en compte 10. Je ne vais pas vous énumérer tous les titres mais le premier s'appelle Plutôt la Vie. Je vous souhaite un excellent défilé.