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L’ai-je bien descendu ? - Commentaires

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Ancolies

Ancolies Le 29-11-2025 à 11:27

Bonjour Abdellah. Merci pour commencer de votre lecture. J'aurai passé une bonne partie de ma vie à démonter, encore et toujours démonter. J'y ai gagné plus de plumes que j'en ai laissé. Pour tenter de mettre un peu la main sur ce qu'on appelle vérité, mot qui peut prendre bien des sens mais qui pour moi est inaliénable. Vérité, liberté, le raccourci s'effectue seul. En ce monde déliquescent (je me répète avec cet adjectif), que peut-il nous rester d'autre que cette vérité/liberté. Le prix à payer est élevé, bof, encore une fois on y gagne bien plus que l'on n'y perd, et l'on accède au riche chemin du dépouillement de soi. Je ne peux aller aussi loin que Deo sur cette voie, totalement se donner, totalement s'oublier, voilà qui relève me semble t'il de la sainteté. Je ne tente nullement d'être un saint, réussir à être un homme est déjà bien ardu. Quant à la lucidité je la vois à double-tranchant. 1 / Elle révèle immédiatement les limites, l'impossible, rendant ainsi toute tentative d'action vaine. 2 / En poussant un peu plus loin elle révèle que l'on peut repousser ces limites, faire reculer cet impossible. Me contentant simplement de faire mon travail, de remplir mon contrat humain, j'ai bien des fois déclaré la guerre à l'impossible. Une nouvelle fois j'y ai gagné plus que perdu. Au sens spirituel s'entend car s'il faut compter comme les monnayeurs, là j'ai faux sur toute la ligne. Mais je ne suis pas un monnayeur. Ce que dans ma prétention je vise est sans prix. Merci de vos remarques. Curieusement il me semble que plus je suis obscur plus je suis clair. Je vous souhaite un bon week-end.

Deogratias

Deogratias Le 29-11-2025 à 5:55

Bonjour Ancolies, Abdellah a raison : chaque strophe dit quelque chose de ce que vous apprenez à déposer, vous le décrivez ici, en effet, de façon lucide et franche, comme à votre habitude. En vérité, nous ne descendons jamais assez. La pauvreté intérieure est un puits sans fond. Plus on descend, plus on voit encore une autre marche à franchir vers cette descente sans fin. Une fois placé dans l'ascenseur vers le bas, hormis quelques escales de temps en temps, on descend toujours plus bas. Ce n'est pas tant un dépouillement qu'une façon de vivre désencombré de soi. C'est un long chemin, toute une vie, et même une vie n'y suffit pas. La kénose est une exigence pour notre égo surdimensionné. Le mien, comme le vôtre, comme nous tous. Mais quel est le but de cette descente ? Une perfection illusoire ? un triomphe de victoire sur soi ? Sur le monde ? Une revanche sur la méchanceté des hommes ? Si ce n'était que cela, mieux vaudrait remonter un peu. ...Le but c'est d'aimer. D'aimer comme on n'a jamais jamais aimer. Débarassé, autant que faire se peut, de notre égo autour duquel tout tourne. Le pivot "égo" est une toupie qui nous donne le vertige, le mieux c'est de s'oublier. L'oubli de soi est la descente par excellence, elle libère nos forces d'amour, nos capacités à se donner, à s'ouvrir. Elle nous libère de notre labyrinthe intérieur pour nous rendre capable d'aimer. "Fais toi capacité, je me ferai torrent". Le but, c'est d'aimer. L'oubli de soi est le pivot de l'humilité véritable et donc une ouverture à l'amour. Au don véritable de soi, qui consiste à ne plus s'appartenir mais à se livrer corps et âme à cette belle vocation première : Aimer. Le but n'est pas de descendre mais c'est cette descente qui nous fait monter. Monter les marches d'un escalier vers le haut nous fatigue et demande un héroïsme qui me semble illusoire. Alors que la simplicité de l'enfant nous montre autre chose : s'ouvrir, regarder l'autre, être dépendant de lui, dans la confiance...C'est un long chemin exigeant. Et puis surtout, on est très mauvais juge de soi. Au lieu de savoir, de jauger le niveau de ma descente, d'ausculter mes hypothétiques avancées ou reculades, mes freins et mes élans. S'oublier comme un enfant lorsqu'il regarde la première fois les yeux de sa mère. Il est tout petit. Il est dépendant. Il est dans la confiance absolue. Je me souviens de ma maitresse des novices qui me disait : "Sylvie, vous manquez de foi. Oubliez vous un peu. Ne cherchez pas la perfection. C'est de l'orgueil. Laissez vous conduire" et cette citation me revient : "Voilà bien longtemps que je ne cherche plus à savoir où j'en suis, ou bien à comprendre ce que le Bon Dieu fait en moi, je suis bien trop petite. Je lui ai remis les clefs". Tout est là : dans la simplicité du coeur dépouillé de son moi bien trop boursouflé. ...Le but, l'unique doit être l'amour, à donner, encore et encore dans une totale dépossession de soi. Voilà la réponse que m'aurait sans doute fait le carme qui me suivait. Mais rassurez vous Ancolies, je suis sur le même chemin, sur le même bateau. Vous n'êtes pas en retard, je ne suis pas en avance, nous sommes petits. Bien petits. Sur ce chemin, nous sommes tantôt le Pharisien dans son faire valoir et le publicain dans son humilité. La descente est un réalisme spirituel mais aussi humain. C'est une lucidité qui va croissante : nous sommes grands mais aussi des petits "néants". A vrai dire, il n'y a qu'à regarder la marche du monde pour s'en rendre compte. Nous avons nos talents à déployer, nos charismes à offrir, nos qualités à utiliser. En même temps, je me dis souvent : "Et pourtant, cela n'est rien si je n'aime pas vraiment"...(Et pour moi, qui suis croyante : "Ce n'est rien sans Dieu)...la fécondité de nos actions est bien plus importante que l'efficacité...Elle est le propre de l'amour. Je pourrai en dire encore bien davantage Ancolies mais je crains les réactions "urticantes" (je ne sais si ce mot existe) de certains lecteurs à mon propos à cause de ma foi, de ce qu'ils appelleront "mes utopies", "mon idéalisme"...La vie nous dépouille de bien de nos tours d'orgueil, de nos tours d'égocentrisme, de nos tours de vanité...Je vais vous donner un exemple : vous savez que j'ai dû donner à ma mère mon petit Tagada à cause de ma santé fragile...Lorsque ma mère a été chez la vétérinaire, elle a dit : "C'est désormais moi sa propriétaire". La véto a répondu : "Votre fille a bien de la chance de vous avoir". soulignant ainsi mon inaptitude et mon "abandon"...Je me suis sentie très blessée. J'aurai pu répondre quelque chose comme : "Ce n'est pas ma faute. Je n'y arrive plus etc...". Je n'ai rien dit. J'ai protesté un peu auprès de ma mère lui faisant remarquer que cette précision n'était pas si utile...Et puis dans un second mouvement, j'ai accepté le regard de jugement...Me souvenant de cet adage : "Il faut beaucoup d'humiliations pour faire un peu d'humilité"...Je n'aurais pu accéder à ce mouvement il y a quelques temps...Mais cette petite victoire n'est rien tout aussitôt gâchée par un autre réflexe qui a suivi : "C'est malin !"...Eh oui, on est petits, notre réputation, notre image de soi, nos revendications, on y tient bien plus qu'on ne le croit...On s'illusionne tant sur soi...Le mieux est de s'oublier "Je me nie chaque fois que je me rencontre" disait une carmélite, cela mène à la paix des profondeurs, "Je ne m'occupe plus que d'aimer"...tant pis pour mon égo...pardonnez moi Ancolies, j'ai été un peu longue, c'est que le sujet est vaste, sans fin...Comme la pauvreté intérieure qui n'est pas la première béatitude pour rien...mais soyez certain d'une chose, comme me disait ma maitresse des novices : Une chose est de comprendre les réalités spirituelles, une autre est de les vivre"...Et j'ai quitté le monastère...C'est dire à quel point je suis un petit piou piou... Et que sur ce chemin de kénose, j'en suis bien éloignée encore..."Je croyais être arrivé en haut, je me rends compte que je suis encore en bas de l'échelle" disait Thérèse...Et à une soeur qui lui disait : "Quand je pense à tout ce que j'ai encore à acquérir !", Thérèse avait répondu du tac au tac : "Vous voulez dire à perdre !"...C'est le réalisme de l'amour...En me pardonnant pour ma très longue réponse...Bien à vous et bonne journée. Sylvie.

Abdellah

Abdellah Le 29-11-2025 à 4:32

Bonsoir Ancolies, votre texte avance comme un démontage méthodique de tout ce qui pèse sur une vie : habitudes, faux remparts, ego, réflexes, illusions. La répétition de la question crée un rythme qui ouvre chaque fois une autre facette de ce que l’on doit apprendre à déposer. Ce que je retiens, c’est cette lucidité sans détour, parfois dure mais juste, où chaque image sert à nommer une lutte intérieure. Les objets, les gestes, les peurs prennent forme pour mieux être confrontés. Un texte franc, ample, qui interroge la manière dont on se débarrasse de ce qui encombre, et jusqu’où on peut aller pour retrouver un peu d’espace en soi. Amicalement Abdellah