Je suis un doux songe d'été qui se dissipe sitôt les yeux ouverts, sitôt les rêves envolés dans un monde inatteignable et intangible. Je suis ces cauchemars glaçants, qui, malgré l'aurore qui perce à travers les volets, ne meurent jamais. Je suis la vérité, plus tranchante qu'une épée, plus cuisante que la peur. Je suis le mensonge, fourbe dans sa parure dorée sertie de mille joyaux, plus vicieux que le serpent qui se dresse, langue dardée, prêt à se jeter sur sa proie. Je suis la joie, vieille amie qu'on retrouve avec émotion après l'avoir perdue de vue tant d'années. Je suis la peine, petite voix qui exhorte à la haine, et qui se rappelle à ton bon souvenir chaque fois que tu chutes. Je suis les rires, qui jaillissent presque désinvoltes, incontrôlés, saccadés, sentiment d'insouciance retrouvé. Je suis les larmes, qui viennent ruisseller sur tes rires et tes espoirs, larmes de sang, larmes de douleurs, parfois larmes de joies. Je suis l'amour, confiant, les pieds bien encrés au sol, bras enveloppants et chaleureux, étreinte réconfortante. Je suis la haine, repoussante dans sa beauté glacée, petite enjôleuse qui enrobe d'attrait ses mots noirs et laids. Je suis l'ordre, engencé dans son manteau austère, fier et guindé. Je suis le chaos, vêtu seulement d'idées d'anarchie et de folie, exubérant et malicieux. Je suis le courage, flamboyant, hardi, qui vient ébranler toutes les convictions. Je suis la lâcheté, apathique et paralysée, qui se terre dans un trou de chuchotements dévalorisants. Je suis la force brute, scindée de son épée, balayant ses ennemis d'une chiquenaude nonchalante. Je suis l'extase, soustraite au monde sensible, une jouisseuse éperdue. Je suis le désespoir, chape de plomb, cage dans la poitrine, pas traînant et lent, désagrégation de l'âme. Je suis la faiblesse, petite chose tremblotante et chancelante sur ses jambes maigres et fragiles. Je ne suis pas la demi-mesure. Je ne suis pas la retenue. Je ne suis pas saine d'esprit, mais je suis saine dans mon esprit. Je ne suis pas folle, je suis folle de vivre et d'aimer. Mais surtout je suis moi, sans nuance, sans fard.