Je suis incapable de vous dire qui est LeSanglier...
Comme si décrire était arrêter d'écrire, comme si dépeindre était arrêter de peindre. La narration m'est difficile, pénible. J'ai longtemps vécu cette incapacité à raconter des histoires comme une infirmité qui m'a tenu éloigné de l'écriture.
Je n'ai pas d'idées, je suis du seul monde des mots ; j'aime suivre leurs courbes, les sucer, les embrasser. Charnellement, je les organise en colliers, en cheveux de vent, en ondes, en murmures.
Est-ce que j'écris ? Est-ce que j'écris pour être lu ? Je ne le sais pas. Je sais seulement que je veux partager les mots et dans le même temps les garder et qu'ils m'échappent. J’ai avec eux un rapport pudique et lubrique. Il me semble que, à l'abri de leur bauge, les sangliers femelles et mâles doivent rêver un peu comme j'écris, passant sans se réveiller de la délicatesse d'un délice aux cerises à la fureur du rut.
Sanglier à plumes ?
J'essaie d'écrire sans me réveiller.
Je laisserai ici, près des jardins d'ancolies, quelques parfums de mes nuits de solitaire.