Chrismath Le 02-01-2025 à 11:25
Bonjour Briséis. Grand amateur de Barjavel, j'ai cliqué avec curiosité quand j'ai vu défiler dans le bandeau une critique de ce roman. Des remarques intéressantes et très justes dans l'ensemble. Pourquoi cette modalisation ? Car il me semble que votre point de vue nécessite d'être nuancé par quelques précisions d'ordre chronologique. Même si j'arrive plus de dix ans après votre chronique. Vous reprochez au roman le manque d'originalité dans le choix du thème, le voyage temporel. En effet, Barjavel a un grand prédécesseur en la personne de Wells. En effet, il a reconnu ce qu'il devait au maître britannique. Mais c'est à peu près tout. Les autres œuvres qui traitent du même sujet sont postérieures. Donc, à la date de la parution du "Voyageur imprudent", 1943, le thème n'est pas si commun. Il est même d'une incroyable originalité et modernité. Ce sont les autres qui seront moins originaux, au point de parfois galvauder ce thème passionnant et riche. De plus, ce roman marque l'invention, par la rencontre de Pierre avec son ancêtre, du paradoxe temporel, aussi dénommé "paradoxe du grand-père", que Barjavel théorise dans une postface essentielle à l'édition de 1958, un texte fondamental pour tout amateur de SF. Bien sûr, les auteurs américains, entre 1943 et 1958, auront aussi découvert ce thème, même s'ils n'ont pas lu Barjavel et qu'on ne peut pas, en conséquence, lui attribuer la paternité conceptuelle de toutes les œuvres qui ont suivi et traité du paradoxe temporel. "Retour vers le futur" ne doit sans doute rien à Barjavel, même si j'aimerais que cela fût le cas ! Il n'empêche, Barjavel est l'inventeur de ce thème. Un peu de chauvinisme mérité... Enfin, j'ai ressenti un manque dans le commentaire, très juste, j'insiste sur ce point, que vous faites, chère Briséis. Dans les voyages vers le futur de Pierre, il se trouve un clin d'œil au roman précédent de Barjavel, "Ravage", puisque le voyageur traverse la société contemporaine de l'intrigue de ce roman apocalyptique, traverse seulement, c'est très rapide. Le lecteur averti ne peut manquer de le remarquer néanmoins. Barjavel crée ainsi une cohérence, une continuité entre les deux œuvres que j'estime bienvenue et intelligente. Je ne peux qu'inciter tout lecteur amateur de SF à lire ce "Ravage", qu'aucun des autres contributeurs n'a cité, et qui est pourtant un roman incontournable dans l'histoire de la littérature de SF française, malgré les relents pétainistes du dénouement (Barjavel et Denoël ont d'ailleurs eu maille à partir avec le Comité national des écrivains à la Libération). On pourra y lire des pages qui résonnent étrangement à notre époque, entre méfiance vis-à-vis du progrès technologique et écologie, spécisme et véganisme... Voilà chère Briséis, qui ne lira peut-être jamais ces lignes. Mais si un autre utilisateur a, comme moi, la curiosité de venir faire un tour par ici, je serai heureux d'apporter ma contribution à l'enrichissement du débat. Amitiés respectueuses, Christophe. P.S. : Avez-vous pardonné Achille ? ;-))
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Chrismath Le 02-01-2025 à 11:33
Oups ! Je m'aperçois que j'ai oublié quelque chose ! Il se trouve que j'ai vu le téléfilm quand il est passé à la télévision en 1982. Certaines images sont encore gravées dans ma mémoire tellement j'avais été impressionné par l'histoire. Il fait partie de mon Panthéon des œuvres qui ont forgé mon imaginaire et mon appétence pour la SF (qui m'a ensuite conduit à la littérature en général). Je ne l'ai pas revu depuis. Je ne saurais donc dire s'il a bien vieilli ou non. J'imagine qu'il nous paraîtrait un peu suranné, daté. J'avais douze ans en 1982. Peut-être que le spectateur cinéphile de 2025 porterait un regard condescendant sur ce téléfilm (cette étiquette elle-même a quelque chose de dépréciatif). Mais, me connaissant, je crois que ma vision serait surtout empreinte de nostalgie.