Donald Ghautier Le 18-03-2026 à 8:34
Bonjour Albert, je suis étonné d'être le seul à commenter cet article mais bref, passons. Au-delà de ce film puissant qui comme vous le soulignez à juste titre défie l’effacement du temps (mais pas forcément des mémoires, d’où la nécessité de le rappeler) c’est la qualité de cet article que je tiens à saluer. Il est plus long que ceux que j’ai lu de votre plume sur DPP jusque-là. Il est plus complet. A l’instar des autres articles, il traite de la forme utilisée par le cinéaste, du pourquoi de ce choix en fonction du message véhiculé, du contexte dans lequel ce film a été tourné. Il ne tourne pas autour du pot quant à la thématique, colorant cette dernière d’un avis sans équivoque mais pour autant n’ouvre pas la voie à une quelconque polémique. Parce que de nos jours, ce film est redevenu d’actualité. Adenoïd Hynkel a fait des adeptes dont le plus connu et le plus emblématique est confortablement installé à Washington pendant que son jumeau maléfique se pavane à travers des sosies sur le territoire russe, pour les deux plus connus et plus terrifiants. Dans les deux cas, la question essentielle va au-delà de ce que Chaplin filme : comment de tels gouvernants ont-ils pu être élus ? Existe-t-il une forme de morbide dans les choix des électeurs ? Parce que ni Hanna Arendt ni Raymond Aron, les deux grandes références sur le monde totalitaire, n’ont répondu, dans mon souvenir d’étudiant de la chose politique, à cette question. Bref. Revenons à cet article. Je ne connais pas assez l’œuvre de Charlie Chaplin pour dire si c’est là son meilleur film ou pas. Toujours est-il que c’est celui qui m’a le plus frappé. Et c’est quand même fort qu’un Anglais, expatrié depuis des lustres aux USA, réalise un tel film sur le sujet alors que pas mal d’élites américaines et non des moindres étaient favorables à Berlin et ses sinistres pantins, à commencer par le propre père de John F. Kennedy. Mille mercis pour le partage, pour la qualité de l’analyse, pour le rappel de ce qui fait de ce film un incontournable. Bien cordialement. Donald.
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Albert B Le 18-03-2026 à 8:56
Bonjour Donald, merci infiniment pour votre commentaire, il m’a vraiment touché. Je suis ravi que l’article vous ait plu et que vous y ayez trouvé matière à réflexion. Ce que vous soulignez sur la manière dont ce film, malgré les années, reste pertinent et puissant, me semble essentiel : Chaplin n’a pas seulement créé une comédie, il a forgé une œuvre qui interpelle, qui questionne et qui nous rappelle l’importance de la liberté et de la dignité humaine. Je partage totalement votre remarque sur le courage qu’il a fallu pour réaliser ce film à ce moment-là. Qu’un Anglais expatrié aux États-Unis ose critiquer ouvertement le nazisme, alors que certaines élites américaines fermaient les yeux, est remarquable. On peut penser, par exemple, à Henry Ford, le célèbre industriel américain, qui a entretenu des liens et manifesté des sympathies avec le régime nazi. Dans ce contexte, le geste de Chaplin devient encore plus audacieux : dénoncer le totalitarisme par l’humour et le burlesque, alors que des personnalités influentes, puissantes et respectées côtoyaient ou cautionnaient ces régimes, relevait presque de l’acte de résistance artistique. Vous évoquez aussi des questions plus larges sur la nature humaine et le choix des électeurs face à des régimes totalitaires. C’est vrai que Chaplin ne répond pas à tout cela, et que même les grandes références comme Hannah Arendt ou Raymond Aron restent silencieuses sur certaines de ces interrogations. Mais c’est précisément ce qui rend le film intemporel : il ouvre la réflexion, il pousse à se demander comment des sociétés peuvent en venir à soutenir ou tolérer de tels dirigeants, et quelles leçons nous pouvons en tirer aujourd’hui. J’apprécie également votre observation sur le contraste entre le rire et la gravité dans l’œuvre. Chaplin réussit à mêler humour et critique sociale avec un équilibre subtil, faisant passer un message universel sans verser dans la polémique. Ce mélange de satire, d’humanisme et de réflexion historique est ce qui rend ce film toujours d’actualité, et c’est ce que j’ai essayé de transmettre dans l’article. Enfin, je vous remercie pour vos encouragements concernant la qualité de l’analyse. C’est toujours un plaisir de partager ces films et de susciter des échanges comme le vôtre, où l’on peut aller au-delà du simple visionnage et réfléchir à ce que le cinéma nous apprend sur l’histoire, la morale et l’homme. Vos mots me poussent de continuer à analyser ces films et à partager des réflexions qui, je l’espère, toucheront et feront réfléchir ceux qui les découvrent. Bien amicalement, Albert.