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Le moindre mal - Grande Nouvelle

Grande Nouvelle "Le moindre mal" est une grande nouvelle mise en ligne par "emmalys".. Rejoignez la communauté de "De Plume En Plume" et suivez les mésaventures de Ned, Decke, Faren et cie...

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 Toujours pour le fun ! Deuxième volet d'une série de nouvelles dérivées de l'univers de "Dans l'Ombre"...

 Science-Fiction

 Le Moindre Mal

                      

 

 

 

Système Asphodèle- 2185

  Neidhart Vaetghern, plus couramment surnommé Ned, sut qu'il allait détester son séjour sur Tantale à la seconde où il posa le pied sur la station. Pour tout dire, ce bout de métasilicium volant au blindage aussi rapiécé qu'une vieille chaussette en méritait à peine le nom. Ned avait souvent voyagé dans les territoires de l'Hydre et écumé bien des endroits sordides mais, à sa connaissance, seule Tantale avait le don de lui flanquer le cafard à sa seule vue.

Il y était déjà venu et en était vite reparti, sans un regard en arrière, avec la certitude absolue qu'aucune raison ne serait assez bonne pour l'y renvoyer. Oui, mais voilà, il y avait parfois des ordres difficiles à contester...

  Dire qu'il n'avait pas eu le choix serait pourtant faux. Si Tantale ne lui avait pas laissé un souvenir mémorable, une personne, en revanche, avait suffisamment marqué son esprit pour qu'il consente à y retourner sans faire d'esclandre. Enfin, pas trop...

Il fallait dire que la personne en question s'était faite remarquer,Tantale n'avait pas vu d'aussi beau crash depuis au moins une decennie ! Qui pourrait croire qu'une simple navette pouvait semer tant de débris dans son sillage ? Tous les badauds en mal de sensations fortes s'étaient alors agglutinés autour de l'épave, attirés par l'odeur de brûlé, se delectant à l'avance du sort des passagers... avant de réaliser qu'il n'y en avait qu'un et qu'il avait survécu !

Réchapper d' un tel accident relevait du miracle, Ned s'y connaissait suffisamment en mécanique pour le savoir. S'il avait parié, comme beaucoup de gens autour de lui, sur la race du pilote, il n'aurait certainement pas misé sur la frêle carcasse d'un simple humain, si fragile et si sensible aux chocs. Les dieux, s'ils existaient, veillaient probablement sur celui-là, à moins qu'ils ne le détestent assez pour l'expédier sur Tantale... On ne savait jamais, avec eux !

  Séli, la tête la plus haïe de l'Hydre, n'avait pas perdu une miette du crash depuis la tour de contrôle et il s'était empressé de récupérer le pilote, sonné, un peu roussi sur les bords, mais indemne, pour l'interroger. Plus que le crash lui-même, ce détail avait intrigué Ned: Séli ne l'aurait pas gardé en vie sans penser pouvoir l'utiliser d'une façon ou d'une autre. Les humains se traînaient pourtant une réputation de catastrophes ambulantes dont les autres espèces se méfiaient comme la peste. Au yeux de Ned, ils ressemblaient trop aux Hespéros, pour être honnêtes. Ceux-là, avec leur têtes d'anges et leurs manières sirupeuses, étaient aussi fourbes que l'océan stellaire. Dire qu'ils étaient réputés pour leur sagesse...

 Pourquoi Séli s'encombrerait-t-il d'un représentant d'une espèce détestée par les autres races intelligentes ? Peut-être était-il en mal d'effectifs ? A moins qu'il n'espére s'en faire un allié... Les plans de l'Hydre étaient parfois tellement tordus... Séli n'échappait pas à la règle, malgré la précarité de son statut.

  Exilé sur Tantale pour ingérence, il devait se racheter une conduite en faisant de cette partie de la galaxie un territoire aussi agréable que les autres systèmes de l'Hydre, défi impossible pour une région gangrenée par le vice. Séli voyait son sursis se réduire à vue d’œil et la rumeur courait qu'il réunissait une armée pour affranchir son système de l'emprise de l'Hydre afin de sauver sa tête.

Non, Séli n'était pas un bon dirigeant mais on pouvait au moins lui accorder une chose : il n'avait pas son pareil pour former ses hommes à lui obéir au doigt et à l’œil. Faren, son lieutenant, en était le parfait exemple : un vrai chien de garde, docile et fidèle, qui le suivait comme une ombre alors qu'il aurait pu écrabouiller son employeur d'une seule main.

Ned ne se serait jamais intéressé à l'humain si Séli ne l'avait pas fait. Après tout, c'était son rôle de le surveiller pour ensuite exploiter ses failles.

Il avait regardé les sbires de Séli le ramasser au milieu des débris encore fumants de la navette, petite chose à deux jambes qui tenait à peine debout, encadré par deux énormes Sysyfes en armure qui l'avait traîné sans ménagement toute la durée du chemin. Bon, c'était vrai, question gabarit, Ned n'avait pas grand-chose à dire mais ce comité d'accueil lui avait semblé drôlement démesuré pour cueillir un seul homme, mal en point, qui plus est.

Leurs yeux s'étaient croisés. Dans ses iris au bleu transparent, Ned avait vu le ciel d'une existence déjà obscurcie par les coups de la vie. Son cœur s'était serré pour cet inconnu au regard si familier, d'autant plus en sachant ce que Séli allait lui faire subir. Ned avait entendu parler de ses méthodes et rien que d'y penser, un frisson lui remontait le long de la colonne vertébrale. Il en fallait pourtant beaucoup pour l'impressionner.

  Depuis, ce regard le hantait sans qu'il parvienne à comprendre pourquoi et il n'avait cessé de chercher à le recroiser au cours des jours suivants, dans le but d'obtenir des réponses. En vain. Séli avait commencé à le "former" et le tenait cloîtré dans la caserne, le temps qu'il abandonne toute idée de fuir.

  Ce n'est que plus tard que Ned l'avait aperçu, déambulant sous bonne garde dans les rues de Tantale. Il était devenu taciturne, détaché, petit soldat au garde-à-vous que Séli déplaçait à sa guise sur l'échiquier géant qui lui servait de terrain de jeux. Mais pas toujours aussi facilement qu'il le voudrait, d'après les rumeurs.

  Pour une obscure raison, l'humain, qui se faisait dorénavant appeler Decke, avait su préserver une infime partie de son libre-arbitre en abandonnant le reste de sa liberté. Il était d'ailleurs connu pour se mettre joyeusement sur la gueule avec Faren, le lieutenant et plus proche collaborateur de Séli, dès que l'occasion se présentait.

C'était pour lui ou plutôt à cause de lui que Ned avait accepté de revenir sur Tantale. Pour une raison qu'il ne comprenait pas, il se sentait coupable de n'avoir rien fait... pour quoi, d'ailleurs ? Le sauver ? La galaxie grouillait d'âmes en peine qui tendaient les mains dans l'espoir d'être secourues, alors pourquoi lui plutôt qu'un autre ? Plus y pensait, plus cette question l'obsédait...

Cependant, il ne devait pas oublier le véritable motif de sa présence sur Tantale. Si les rumeurs se révélaient juste, il était temps de frapper.

Bien sûr, les informations obtenues en tendant simplement l'oreille étaient à prendre avec précaution. Dans un endroit comme Tantale, les gens étaient souvent plus bavards quand on ne les interrogeait pas directement mais leur perception des évènements différait parfois beaucoup de la réalité. Quelques vérifications s'imposaient avant de passer à l'offensive...

L'Apocalypse avait la réputation d'être le pivot central de Tantale. Le club appartenait à Séli. Il y avait également ses appartements privés. C'était là qu'il recevait les membres de son réseau de trafiquants en tous genres et qu'il dirigeait la station. Il avait fait construire une caserne pour son service de sécurité sous la structure principale et s'il refusait que les vaisseaux abordent Tantale, la rumeur voulait que des plates-formes dissimulées dans les derniers niveaux abritent des véhicules afin que Séli puisse évacuer avec son personnel en cas de problème.

Le contraire n'aurait pas étonné Ned. Séli avait beau faire un piètre dirigeant, il était loin d'être stupide.

Il n'y avait pas foule en ce début de soirée et Ned voulait éviter de se faire remarquer. Il se posta dans une alcôve qui offrait une vue d'ensemble sur le club mais rien de ce qui se disait autour de lui ne valait vraiment la peine d'être entendu. Alors qu'il se levait pour changer de point d'observation, un groupe plutôt bruyant fit son entrée par une porte de service. Des agents de la sécurité de Séli en permission, d'après leurs tenues, certes décontractées mais toutes identiques, ornées du blason de Tantale.

Ils se congratulaient à grand renfort de claques dans le dos et d'humour potache tout en se dirigeant le plus naturellement du monde en direction du bar. Faren était avec eux mais conservait une attitude digne. C'était le seul à ne pas avoir quitté son uniforme de service.

Ned n'eut pas besoin de beaucoup de concentration pour écouter ce qu'ils disaient.

- N'empêche, je vois pas pourquoi le boss a dépêché toute une escouade pour un malheureux cargo ! On ne sait même pas ce qu'il y avait dedans...

- Et vous n'avez pas à le savoir, rétorqua Faren. J'en ai déjà assez avec l'autre bipède, toujours à fourrer son nez partout et à poser des questions ! Je vais finir par le faire pister, si ça continue.

- Euh, techniquement, chef, nous aussi, on est des bipèdes...

- Toi, Jareck, ferme-la avant de te retrouver unijambiste !

- Il doit aimer se prendre des beignes pour continuer à l'ouvrir quand il devrait la boucler. Euh, je parle de l'humain, bien sûr...

- Non, il aime me provoquer. Manque de chance pour lui, le jour où un misérable humain pourra rivaliser avec un Sysyfe, il y aura du soleil sur Tantale.

- Pourtant, si je me souviens bien chef, il a réussi a vous coller une trempe, une fois...

- Ok, les gars, tenez le-moi, le temps que je lui arrache le pied !

-   Ça va, ça va, je me tais... Aïeuh !

-   Pffff, ce que t'es con, Jareck... Tu le sais, qu'il faut pas emmerder le chef avec l'humain. Il est déjà assez susceptible comme ça !

-   Tu veux aussi que je te refasses le portrait, Kirrahe ?

-   M'en fous ça repousse...

-   Le jour où je ne pourrais vraiment plus t'encadrer, Jareck, je te couperai un membre qui ne repousse pas. Ah, et puis merde ! Je viens ici pour me détendre et tout ce que vous trouvez à faire, c'est me mettre en rogne ! Je vous laisse picoler entre mous du bulbe mais je vous avertis : le premier qui dégueule sera de corvée de nettoyage alors allez-y mollo, vu ?

-   On sait se tenir, chef.

-   C'est ce qu'on verra !

A peine Faren s'était-il éloigné que les commérages reprirent de bon train.

-   L'est sur les nerfs, Môsieur Longues Dents, ce soir, commenta le dénommé Jareck, manifestement déjà remis de son altercation avec le chef de la sécurité.

A le voir aussi désinvolte, on aurait pu croire qu'il en avait l'habitude.

-   Comprends-le : jouer les nounous pour un type incapable de suivre les ordres, ce n'est pas très valorisant. J'arrive pas à comprendre pourquoi le boss s'entête à le garder. Ok, il se débrouille mais il n'a rien d'exceptionnel.

-   Je crois qu'il l'amuse. Un humain, sur Tantale, ce n'est pas courant. Ils ont la réputation d'être de vrais chiens enragés avec une arme dans les mains. Je crois qu'il essaye de le dresser.

-   Celui-là n'a pas dû hériter des bons gènes, alors. C'est un bon tireur mais on peut compter le nombre de cartouches qu'il a grillées sur les doigts de ma main.

-   Et comme tu n'en a plus que deux, c'est vachement limité... Au moins, il ne coûte pas cher en munitions .

-   Peut-être qu'il a encore trop de neurones dans la boîte crânienne... Faut pas trop réfléchir pour suivre les ordres et lui, il pense trop.

-   Ça, c'est sûr, comparé à toi...

-   De toute façon, Faren lui fera passer l'envie d'intervenir quand il le devrait pas.

Ou alors, il le tuera.

-   C'est possible... Au fait, vous savez où il est passé ?

-   Qui, Faren ?

-   Non, Decke !

-   Ah... Il n'est pas rentré. Il a dû aller se faire soigner quelque-part, je l'ai vu partir dans le secteur des Halles. Il faut dire que le chef ne l'a pas raté !

La prochaine fois, j'aimerais bien le laisser se débrouiller tout seul, pour voir ce que ça donnerait...

-   Qui, Decke ?

-   Lui, il se débrouille déjà tout seul, abruti !

-   Fais ce que tu veux, mais ne compte pas sur moi. La vie ici est déjà assez pourrie pour que je me mette Faren à dos.

  La suite de la discussion dériva sur des sujets beaucoup plus graveleux que Ned préféra ne pas entendre. Il venait peut-être de trouver un allié qui l'aiderait bien volontiers à transformer ce bout de métal insignifiant en torchère géante.

Les Halles de Tantale étaient en réalité un immense blocs d'allées bordées de comptoirs regroupant les principaux secteurs d'activité de la station. Les armuriers, les dealers de Quarvis et les vendeurs d'alcool de contrebande côtoyaient les marchands d'épices, les ferrailleurs et les guérisseurs. Des échoppes ambulantes stationnaient dans le moindre recoin laissé vacant et proposaient des mets à déguster sur le pouce. L'odeur de nourriture se mêlait aux effluves de métal chaud et aux relents acides qui montaient des profondeurs de la station. Les négociations allaient bon train, emplissant l'air d'une cacophonie assourdissante qui s'accordait aux ronronnements réguliers de la ventilation.

Il y avait du monde dans les rues mais pas autant que Ned l'aurait cru. Il ne tarda pas à comprendre pourquoi. Sur une station spatiale telle que Tantale, les heures de la nuit appartenaient à une catégorie d'individus bien particulière, du genre qu'il valait mieux éviter de croiser au détour d'une ruelle sombre. La lumière jaune sale qui baignait la station en continu ne changeait rien à l'ambiance particulière, propre à l'heure tardive, qui flottait dans les Halles.

Ned fit son possible pour éviter les bandes qui se regroupaient devant les étals. Les élans belliqueux des mercenaires ne lui étaient pas étrangers et ces derniers n'hésitaient jamais à provoquer quiconque osait croiser leur regard. Si Decke se trouvait bien dans ce dédale infesté de bandits, ce n'était certainement pas pour sa tranquillité !

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emmalys

27-03-2012

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Le moindre mal appartient au recueil Marche à l'Ombre

 

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