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Professeur des écoles ! Témoignage - Article

Article "Professeur des écoles ! Témoignage" est un article mis en ligne par "Julie.M"..

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Professeur des écoles

Témoignage

 

 

professeur des ecoles

 

  

Bref, je suis professeur des écoles !

...et j’ai appris à en baver pour essayer de faire juste mon boulot :

enseigner !

 


 

 

  Je suis entrée dans ce métier la fleur aux dents car je réalisais un rêve. Un métier auquel je croyais depuis gamine ! Dès ma formation à l’IUFM, j’ai déchanté et compris que la seule formation que j’aurais, c’est la poussière que je mordrais quand je serais envoyée au front (terme souvent employé entre-nous). Première année, j’apprends en septembre que je suis envoyée à une heure de route de chez moi. Heureusement, j’avais en plus d’un vélo, une voiture capable de me pousser jusqu’à mon lieu de travail. Je découvre que les enseignants se sont débarrassés de leurs têtes brûlées pour les refiler à la bleue qui se pointe. Je récupère une classe constituée de fauves masculins principalement. Un niveau déplorable, une classe de CM1 qui ne sait pas ce que veulent dire les mots : bonjour, silence et travail. Je dois improviser, réviser ma pédagogie, inventer des techniques de communication et c’est seulement en janvier qu’on commence le programme. Enfin, pour ceux qui sont capables d’en comprendre les grandes lignes.

Pour ma part, en douze ans, je n’ai connu que des batailles à mener dans une extrême désolation. Cette année, j’ai même dû me démener pour trouver du matériel informatique pour pouvoir enseigner ce qui est au programme CM2 ! L’informatique au programme, c’est merveilleux, mais si la mairie n’a pas le budget, on fait comment ? On prend sur son temps personnel et on se mobilise pour trouver des solutions. Je suis devenue une experte en solutions à trouver, en portes à pousser, en enfants à réconforter parce que : pas de père, pas de si, pas de ça…

Il faut savoir qu’il suffit d’une forte gueule dans la classe pour que toute une classe soit dans l’impossibilité de travailler. Combien de fois n’ai-je pas eu à gérer des élèves, qui veulent apprendre, exaspérés de ne pouvoir entendre. Alors quand ils s’y mettent à plusieurs pour former un clan de rebelles pour démontrer leur virilité, il faut chercher leurs failles pour qu’ils redeviennent de simples enfants qui veulent, bien souvent, se faire remarquer pour exister. Leur besoin d’amour est parfois si grand qu’ils n’ont que la violence pour exprimer leur souffrance. J’ai appris qu’il fallait éviter de répondre par la violence à la violence, car cela apporte de l’eau à leur moulin. Un enfant qui dit dès le début de l’année : « de toute façon, j’t’aime pas et j’m’en fiche des mauvaises notes » est un enfant qui ne demande qu’à être aimé et à réussir. Un enfant qui n’aime pas l’école ne peut pas bien apprendre, et un enfant qui ne comprend pas à quoi sert la lecture n’aura aucune envie de buter sur des mots pour entendre rire ses camarades. Il faut tout négocier, tout expliquer pour que, petit à petit, l’envie prenne le pas et que le plaisir de l’effort soit supérieur au désir de semer la zizanie. Il faut regarder un enfant dans les yeux pour lui dire pourquoi il prendra du plaisir à savoir-faire, il faut lui expliquer qu’apprendre, c’est un cadeau qu’il transmettra à tous ceux qui ne savent pas. Il faut qu’il devienne fier, non pas du bordel qu’il est capable de mettre, mais de l’ordre qu’il peut faire régner par son seul pouvoir. Il faut inverser les processus, il faut prendre sa main et lui dire, je ne la lâcherai pas et si je tombe, tu* me rattraperas. Car, moi, je t’accorde ma confiance même si tu ne veux pas me la donner.

Les enfants sont tous les mêmes, j’en ai adouci des plus terribles que d’autres et uniquement en me tenant sur leur chemin à chaque fois qu’ils pensaient que je les abandonnerais. Certains enfants se savent rejetés alors, ils mettent le paquet pour se faire détester. Contre leur rébellion et leur haine, je n’ai toujours eu qu’un seul remède, faire le contraire de ce qu’ils attendaient de moi. Je ne dis pas que j’ai toujours réussi, mais je suis assez fière de mes succès.

 

Alors pourquoi est-ce que je ne veux plus exercer ce métier épuisant au quotidien ? Parce que le combat use et parce que si j’arrive à me motiver, la plupart du temps, je sais que je ne m’habituerai jamais à l’inaction, la désaffection et toutes les techniques d’humiliation discrètement menées en coulisse par tout un corps de l’inspection académique, qui nous plonge la tête sous l’eau pour justifier leurs fonctions plus nuisibles qu’utiles. Quand j’ai débuté, un conseiller péda m’a prédit qu’il ne me donnait pas six mois de survie dans ce métier, il a tenté par tous les moyens de me briser pour que sa prédiction se réalise. Je l’ai revu, il n’y a pas si longtemps et lui ai dit bonjour : « je suis Julie M, il y a 12 ans […] je suis toujours là, fidèle au poste, et je n’ai jamais manqué une seule journée de travail ! Aujourd’hui, je suis toujours enseignante et je milite, non pour me blinder face à des classes difficiles, mais pour que notre travail soit respecté par une équipe pédagogique rémunérée pour nous soutenir ».

Embarrassé, il cherchait dans mes yeux qui j’étais. Il est vrai, qu’il en a tant brisés dans sa carrière qu’on comprend que sa mémoire soit défaillante et qu’il passe le plus clair de son temps en arrêt maladie. Lui aussi est usé, mais pas pour les mêmes raisons.

Certes enseigner à des enfants qui ne reconnaissent pas le bénéfice du mot discipline, qui en ignorent même la signification, pose des problèmes considérables. Cependant, enseigner en subissant les aberrations qu’un système nous impose avec des règles souvent incohérentes et contradictoires ne peut que nous pousser vers toujours plus d’envie d’une autre vie !

Bref, je suis professeur des écoles, j’aime mon métier et je sais que dès que je le pourrais je le quitterai pour ne jamais devenir une enseignante aigrie.

 

 

 

 ▀▄▀▄▀

 

Morceaux choisis :

 

Accueil rentrée des classes :

« J’ai fait pleurer la maîtresse de l’année dernière, je ferai pareil avec toi cette année »

« T’es bonne ! »

- J’suis bonne à quoi ?

« Bonne quoi ! Tu sais pas ce que c’est bonne ou quoi ? »

« T’es mariée ? Mon frère non plus… »

« T’as des enfants ? »

- Non

« T’as un copain ? »

- Oui

« Donc, tu vas pas tarder à accoucher »

 

Toute l’année :

« J’ferai pas ! »

« J’veux pas faire ! »

« J’sais pas faire ! »

« J’ai pas envie ! »

« C’est chiant ! »

« On pourrait pas faire aut’chose ? »

« C’est nul ! »

« Ça sert à rien ! »

« J’aime pas le français ! »

( doigt levé)…

 - Oui ?

« c’est quand la récré ? »

 

Conflit :

« T’es une pute ! »

« Si tu fais pas ce que j’te dis, je te taperais ! »

« Si tu me cherches, je le dirais à mon père qui te cassera la gueule ! ».

« De toute façon mes parents vont me changer d’école ! »

 

Délation :

« X a fait ceci, tu vas pas oublier de le punir ? »

- Je vais lui parler.

« Nan ! Faut que tu le punisses ! »

 

Extrait de cours :

A quoi sert l’électricité ?

«  A aller sur les sites de rencontres ? »

- Comment cela ???

« Si y’a pas d’électricité, tu peux pas allumer ton ordinateur »

- Euh, en effet…

« Et tu peux pas aller chatter sur les sites de rencontres »

- Tu vas sur les sites de rencontres ?

(rire général)

« Nan, mes parents… » rire

Bon, qui peut me dire à quoi sert l’électricité ?

Silence général

« A faire des jeux en réseaux ! »

« A mettre de la lumière quand y’en a plus  »

« A mettre la nourriture dans le frigo »

« A faire la vaisselle parce que quand y’en a plus, faut la laver »

Est-ce qu’on peut se passer d’électricité ?

« Faut avoir des bougies ! »

 

Fin de l’année :

« Tu seras là l’année prochaine ? »

- C’est pas moi qui décide, on ne me demande pas mon avis.

« Moi, j’veux que tu sois là, t’as qu’à leur dire ! »

- Ils s’en fichent !!!

 

 smiley


 

A noter :

Pour ceux que ça intéresse, j’ai également publié dans la partie commentaires de la chronique que j’ai mise en ligne, quelques témoignages en plus : 

http://www.de-plume-en-plume.fr/histoire/les-desarrois-d-un-jeune-instit

  

* oui, j'ai mis "tu" et non "je".

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Auteur

Julie.M

10-05-2012

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Professeur des écoles ! Témoignage n'appartient à aucun recueil

 

Article terminé ! Merci à Julie.M.

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