Connexion : Ou
Mode Application Mode Site

Leilani - Texte Court

Texte Court "Leilani" est un texte court mis en ligne par "Berndtdasbrot"..

Venez publier un texte court ! / Protéger un texte court

Leilani

 

Leilani sourit, mais ses lèvres ont disparu sous les froncements de ses rides.

C’est dans ses yeux fripés que se dessine son plaisir.

Ma question, mon étonnement, de la voir ainsi courbée en deux, à son âge, l’ont amusé.

 D’un rire d’oisillon, d’une voix fluette, mais tonique, elle explique, à ses trois amies qui l’accompagnent dans cette rizière, quelques mots qui déclenchent l’hilarité sur le visage des autres femmes.

 Leilani a 90 ans.

Les vieilles, dos à l’équerre, boue jusqu’aux genoux, petits seins nus pendants, mains décharnées, bouches édentées lui doivent le respect pour une dizaine d’années.

 Les cheveux gris aux vents, sous les montagnes en escaliers qu’un soleil tenace accable,

elle chantonne à sa barbe en plantant le riz.

Elle rit à ses rayons. Il peut bien brûler. Elle est plus brillante que lui.

Manille et ses trottoirs arpentés ne sont pas si loin, mais sa rumeur, sa laideur, sa tristesse

ne franchissent pas les montagnes.

Les hommes sont à la ville, à l’usine. Les enfants sont à l’école ou plongent dans les torrents.

Il faut bien quelqu’un pour semer le riz, si l’on veut manger.

 

Orné de tatouages en guise de bijoux éternels, son corps est une peinture, une oeuvre, une histoire.

Leilani est la tatoueuse des Kalinga. D’une épine empruntée à un arbuste, de la suie de charbon en encre immortelle, Leilani dessine sur la peau de sa tribu les symboles des bonnes familles.

Personne ne se plaint quand le petit marteau perfore le cuir.

 

— Leilani, j’ai vu sur ton bras… c’est un prénom... Bayani ?

 

Je devine la peine dans son regard. Je discerne l’amour égaré, abandonné.

Les anciens n’acceptaient pas. On n’unit pas une fille des Kalinga aux étrangers.

Son petit nez épaté.

Son visage creusé jusqu’à l’os.

— Je suis laide, personne n’aurait voulu de moi.

 

Sa main dans la mienne.

Sa tête dans ses mains.

Ses veines saillantes.

Ses pupilles éclairées.

Elle baisse le regard au souvenir de cet amour.

La pudeur, l’honnêteté.

Mais de quelle laideur parle donc cette poupée ?

Leilani pleure comme elle rit, d'un regard.

Partager

Partager Facebook

Point(s)

+14

Auteur

Blog

Berndtdasbrot

10-08-2017

Couverture

"Soyez un lecteur actif et participatif en commentant les textes que vous aimez. À chaque commentaire laissé, votre logo s’affiche et votre profil peut-être visité et lu."
Lire/Ecrire Commentaires Commentaire
Leilani n'appartient à aucun recueil

 

Texte Court terminé ! Merci à Berndtdasbrot.

Tous les Textes publiés sur DPP : http://www.de-plume-en-plume.fr/ sont la propriété exclusive de leurs Auteurs. Aucune copie n’est autorisée sans leur consentement écrit. Toute personne qui reconnaitrait l’un de ses écrits est priée de contacter l’administration du site. Les publications sont archivées et datées avec l’identifiant de chaque membre.