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Ascenseur B - Grande Nouvelle

Grande Nouvelle "Ascenseur B" est une grande nouvelle mise en ligne par "Jack Prince"..

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Ascenseur B

 

Petite nouvelle qui traîne depuis octobre, et dont les trois-quart ont été rédigés la semaine dernière. Comme quoi, il y a des moments avec et des moments sans... au final, l'histoire n'a plus grand chose à voir avec l'idée de départ, mais j'espère qu'elle plaira quand même. Bonne lecture!

Mes yeux fixent le cercle brun imprimé sur la table. Presque impeccablement dessiné, la figure géométrique semble me narguer. Une fois encore j'ai perdu et le cercle a gagné. Mais je dois bien avouer n'avoir pas fait très attention, n'avoir pas été suffisamment concentré. J'ai dû poser ma tasse de café un peu trop vite, permettant à quelques gouttes du précieux breuvage de couler le long du récipient, et d'en épouser le contour une fois la surface du bureau atteinte. Et maintenant que je la tiens dans la main, l'empreinte de la tasse est visible. Mon regard voyage lentement du café jusqu'à la tâche, avant de revenir sur le liquide sombre. Certains pensent qu'on peut lire l'avenir dans le marc de café. Mais pour le moment, ma tasse est encore pleine, et je compte bien prendre mon temps pour la savourer. N'en déplaise aux voyants et autres gourous du monde moderne, je les emmerde. Comment faisaient tous ces charlatans avant que l' Homme ne tire une boisson de la graine de caféier ? Les entrailles des animaux, le vol des oiseaux... Il faut bien reconnaître que le café, c'est moins glauque. Mais il s'agit de mon café, et je n'ai pas l'intention de l'avaler d'un trait. L'avenir devra attendre.

Je porte la tasse à mes lèvres et bois une petite gorgée. Je sens la chaleur s'écouler dans mon œsophage et laisse échapper un soupir de satisfaction. Je savoure encore une fois le goût du café, puis repose la tasse. Sans y prendre garde, je dépose le récipient à l'intérieur de la tâche, comme si cette dernière faisait office de piste d'atterrissage. Réflexe étrange et impossible à expliquer. Le cercle de café séché qui me narguait quelques instants auparavant m'apparaît maintenant comme un repère, quelque chose de rassurant. Et c'est sans doute pour cela qu'instinctivement, j'ai reposé ma tasse dessus. Mes yeux dérivent jusqu'à l'écran éteint de mon ordinateur portable. L'appareil s'est mit en veille et attend une stimulation pour se rallumer et m'offrir de nouveau son univers de possibilités. Un objet pratique, l'ordinateur, surtout couplé à internet. Il peut faire office d'outil de travail, de détente, d'information, et bien d'autres encore. Mais pour le moment, ce n'est qu'un écran noir qui me fait face, et qui m'offre un reflet sombre et imparfait de mon visage. Ça ne vaut pas un miroir, mais je n'ai pas besoin de plus que ça pour les voir. Les cicatrices.

Il fut un temps où je sursautais encore dès que je m'apercevais dans une glace ou une vitrine de magasin, mais plus maintenant. Les balafres qui me traversent la figure ne m'inspirent même plus de l'horreur ou du dégoût. J'imagine qu'on se fait à tout, même à ça. Elles ne me dérangent plus car je sais pertinemment qu'il ne s'agit pas seulement de ma tête, mais qu'elles recouvrent mon corps tout entier. Brûlures sur les avant-bras, entailles sur les mains et les doigts, longues cicatrices sur les jambes, lacérations sur les épaules, marques de fouets dans le dos et hématomes sur le torse. Mais surtout, le trou profond à l'endroit où devrait se trouver mon cœur. La première fois que j'ai vu cette crevasse me déchirant la cage thoracique, mon premier réflexe a été d'y plonger la main pour vérifier que le précieux organe s'y trouvait toujours. Mais mes doigts se sont tout simplement heurtés à mon épiderme et à mes os, puisque le trou n'avait jamais existé. Si toutes ces blessures ne me dérangent plus, c'est aussi parce qu'elles n'existent que dans les reflets, dans l'eau des miroirs. De toute façon, les autres ne les voient pas. Je suis le seul à pouvoir admirer l’œuvre de Charlie, les scarifications qu'il m'a infligé à coups de couteau, de rasoir, de barbelés ou de morceaux de verre.

Je ne saurais décrire Charlie. Non pas que j'ignore à quoi il ressemble, mais plutôt parce que je serais incapable de savoir par où commencer. Et quand bien même j'y arriverai, aucune personne douée de bon sens ne me croirait. Et comment leur en vouloir, à tous ces gens ? Ils ne savent pas. Je crois que ma rencontre avec Charlie a été l'une des expériences les plus traumatisantes de ma vie. Comment réagiriez-vous, si vous vous retrouviez soudain coincé dans un espace confiné avec pour seule compagnie vos doutes, vos craintes, vos cauchemars ? Vous auriez sans doute envie de griffer les parois pour vous échapper, jusqu'à avoir les doigts en sang, de prier, de supplier des dieux en lesquels vous ne croyez même pas, et ce jusqu'à ce que la seule chose qui vous reste soit d' hurler comme un dément. Tôt ou tard, lorsque la peur nous tord les entrailles, un cri de terreur fini toujours par s'échapper de notre gorge. Le mien a juste mit trop longtemps à sortir.

1/ La descente

*

Tues ! Butes ! Est ce que tu la sens, la puanteur du mensonge?Elle est incrustée dans ta chair Rouky, au plus profond de toi. T'en es imprégné jusqu'à la moelle. Ça t'enveloppe cette saloperie, ça s'accroche, ça s'agrippe. Laves toi mille fois, ça sera toujours là. Il faut éliminer la source du problème, décrasser, purger, anéantir cette odeur. Tu pues Rouky, c'est une infection. Arraches ! Égorges ! Ils t'ont roulé dans la farine, ils t'ont traîné dans la merde. Tous ! Aucun ne s'est arrêté pour te tendre la main. Ils t'ont craché à la gueule pour mieux t'amadouer, et toi tu les as laissé faire, brave bête. Ils t'ont menti, à chaque instant, à chaque respiration. Ils se sont joué de toi tout ce temps. Ils t'ont infecté, ils t'ont fait sentir comme eux. Ils t'ont fait schlinguer, mon Rouky ! Pire qu'une poubelle crasseuse, pire qu'un charnier. T'en as pas marre d'empester comme ça ? Sors les crocs, mon salaud ! Mords ! Croques !

*

Je travaillais dans une grande surface à ce moment là. Je me levais tôt le matin pour mettre des produits en rayon avant l'ouverture du magasin. Rien d'extraordinaire ni de passionnant, un simple job d'été, en attendant la reprise des cours. Le travail n'était pas trop dur, les horaires arrangeants, me permettant de profiter de la plupart des après-midi ensoleillées du mois de juillet. C'était surtout l'occasion de mettre un peu d'argent de côté, pour plus tard. Je ne sais pas d'où me venait cette inquiétude quant à l'avenir, cette manie de toujours vouloir être prévoyant. Mais elle était là, et j'estimais devoir me constituer une petite épargne histoire de palier à d'éventuels imprévus. « Les coups de pute potentiels de la vie », disait une chanson dont je ne me souviens plus du titre. Chômage, accident, perte de logement, les possibilités étaient vastes. Mais je pense que même avec la plus grande prévoyance du monde, je n'aurai pas pu prévoir celle ci.

Une journée comme une autre, j'avais attaqué le travail à cinq heures comme à l'accoutumée. Désormais habitué au maniement du tire-palette, outil indispensable mais qui m'avait donné un peu de fil à retordre au début, je tirais derrière moi une pile de cartons contenant produits d'entretien, lessives et autre désodorisants en tout genre, du sapin odorant qu'on accroche au rétroviseur de la voiture à l'aérosol parfum lavande dont on presse généreusement le bouton après avoir fait sa grosse commission. Un reflet parfait de l'apologie de la consommation de masse, une multitude de produits différents pour un usage identique. Sans même parler des marques, est-ce vraiment nécessaire de proposer du liquide vaisselle à la lavande, au citron, au citron vert, aux fruits rouges ? De même, où est l'intérêt de s'essuyer avec un papier toilette double épaisseur « ultra confort » parfumé aux agrumes ? La sensation est-elle à ce point irrésistible, la différence palpable ? Tant de questions qui n'avaient bien sûr pas de réponse. C'était ainsi et il fallait s'y faire, relayées par les publicités, les différentes marques et sortes de produits devaient être visibles et disponibles, afin que le client tende la main vers l'un d'entre eux sans même savoir qu'il obéissait aux messages subliminaux relayés par sa télévision.

Ma palette donc, comportait plusieurs cartons de tailles et poids variés, si bien que les empiler en une structure droite et équilibrée relevait presque du génie. Mais chacun était motivé par la crainte de voir la pile de carton s'effondrer dans l'allée centrale durant son acheminement jusqu'à la réserve et afin d'éviter quelque chose d'aussi embarrassant, tout le monde prenait la tâche très au sérieux. J'étais l'un des derniers employés dans le magasin, beaucoup ayant déjà mis les voiles. Un samedi à 13h, juste avant le repos hebdomadaire bien mérité, quoi de plus normal ? C'était à présent mon tour de remonter la marchandise dans la réserve, et je traversais les différents rayons, traînant derrière moi ma précieuse cargaison. J'arrivai finalement au pied des ascenseurs qui menait à la réserve, située au premier étage. Ils étaient au nombre de trois, le A, le B et le C, mais sans que personne ne sache pourquoi, leur position ne respectait pas l'ordre alphabétique. L'ascenseur C avait été construit entre le A et le B. Je m'étais souvent demandé pourquoi après les travaux, ils n'avaient pas tout simplement changé les lettres de place, pourquoi ils avaient tant tenu à ce que l'ascenseur C, le plus récent des trois, se trouve au milieu des deux autres ? Superstition ? Flemmardise aiguë ? Ou simplement réflexion idiote de ma part ? J'en avais rapidement conclue que c'est moi qui pensais trop, et qui faisais une inutile fixette sur cet ascenseur C. Aucune importance en vérité, puisque c'est le B que j'empruntai.

Je m'arrêtai devant la porte métallique et appuyai sur le bouton d'appel, qui devint rouge un instant avant de s'éteindre. Je me retournai et m'accoudant avec précaution sur ma pile de carton, je sifflotai en attendant l'arrivée de la cage. Laissant dériver mon regard, j'observai un vieil homme tenant dans chaque main une bouteille de vin. Regardant d'un air savant les étiquettes, il semblait être en proie à un véritable dilemme. Je m'étais longtemps demandé comment faisaient les passionnés de vin pour s'y retrouver parmi les différentes provenances, les différents cépages, et savoir quel vin accompagnait quel plat. Je haussai les épaules et regardai plus loin, en direction du rayon des conserves où un jeune couple semblait en proie à un désaccord. Mais ils étaient trop loin pour que je puisse les entendre. Dommage.

Sortant de ma rêverie, je fis volte-face vers l'ascenseur et levai un sourcil en constatant qu'il n'était toujours pas arrivé. Me rapprochant de la porte, j'appuyai de nouveau sur le bouton d'appel. Deux fois. Il reprit un instant sa lueur rougeâtre puis s'éteignit. J'eus soudain une étrange vision. Je vis un homme dans un costume à paillettes sous le feu des projecteurs. Après quelques petits pas de danse, il se figea et dévoila toutes ses dents en un sourire idiot. Après une pause, il s'écria joyeusement :

-Hey ! Vous avez jamais remarqué que quand les gens appellent l'ascenseur et qu'il ne vient pas, ils appuient de nouveau sur le bouton ? Ha ha ! Hey mais les gars ! Vous croyez vraiment qu'il va venir plus vite ? Ha ha ! Okay c'est tout pour moi !

Une petite musique énervante se mit à résonner et l'humoriste exécuta de nouveau des pas de danse sous les applaudissements du public. Je secouai la tête pour enlever cet horripilant spectacle de mon esprit, et insultai intérieurement cet humoriste aussi minable qu'imaginaire. Et comme par provocation, j'appuyai une nouvelle fois sur le bouton d'appel. Geste effectivement inutile puisque quelques secondes plus tard, la porte coulissa lentement dans un grincement sinistre. Telle une bouche difforme et démesurée prête à me happer, l'ascenseur B s'ouvrit. Attrapant la poignée du tire-palette, je traînai ma pile de carton à l'intérieur de la cage.

Le règlement intérieur du magasin était très strict, et comportait de nombreux paragraphes sur la sécurité. Non pas que la direction de l'entreprise se soucie réellement du bien-être de ses employés, mais plutôt pour éviter tout problème judiciaire en cas d'accident. En signant un exemplaire du règlement, chacun se retrouvait responsable de toute mésaventure et de toute blessure qui y serait liée. Toujours est-il que parmi les nombreuses règles de sécurité, une d'entre elles concernait les ascenseurs. Les puissants appareils, plus semblables à des monte-charges industriels qu'à des ascenseurs d'hôtel, étaient réservés aux marchandises. Les employés devaient donc y déposer leurs palettes, appuyer sur le bouton pour faire monter l'ascenseur et grimper les escaliers menant au premier étage afin de récupérer leurs colis. Ainsi, en cas de panne, seule la marchandise se retrouvait coincée, et il suffisait d'utiliser l'un des deux autres ascenseurs en attendant le dépanneur, lequel pouvait mettre jusqu'à quarante huit heures pour intervenir. Et la dernière chose dont avait envie la direction, c'était de faire déplacer une demi douzaine de pompiers pour faire sortir un stupide crétin qui n'aurait pas respecté le règlement. Évidemment, les règles étant faites pour être enfreintes, beaucoup ne se gênaient pas pour s'offrir un petit voyage de temps en temps. Et jusqu'à présent les ascenseurs avaient eu la délicatesse de ne jamais tomber en panne lorsqu'un employé s'y trouvait. Il m'était moi-même arrivé de le faire, une ou deux fois, en fin de semaine surtout. Des jours comme ce jour là où en fin de service, mes jambes me faisaient amèrement payer de m'être accroupi et relevé des centaines de fois pour ranger les produits en rayon.

Les risques du métier sans doute, courbatures et tendinites, rien de très exaltant. Et ce jour là justement, une sensation désagréable s'était installée à l'arrière de mon genoux droit. Je m'imaginai un instant montant la trentaine de marche me séparant du premier étage, pliant et dépliant la jambe, et grimaçai. Tant pis pour le règlement, j'étais éreinté après une dure semaine de travail et de toute façon, les patrons devaient être en réunion. Posant un pied hors de la cage, je jetai un rapide coup d’œil aux alentours, tendant l'oreille à l’affût d'un quelconque bruit de pas. Rien. Je souris et rentrant dans l'ascenseur, j'appuyai sur le bouton. Les portes se refermèrent lentement avec leur couinement habituel, et je vis une dernière fois ce jeune couple, se déchirant pour une boite de petits pois. Je ne pus contenir un petit rire moqueur. Le rideau métallique obstrua finalement mon champ de vision et claqua en se verrouillant. Le bruit sembla résonner un instant, comme la dernière note d'un champ funèbre, puis laissa place au silence et aux ténèbres. Quelques secondes plus tard, l'ascenseur s'ébranlait doucement.

*

Trucides ! Égorges ! Tu brûles Rouky, tu crames ! Tes yeux fondent, ta peau se désagrège, elle se décompose. Elle se détache lambeau par lambeau, et bientôt tu ne seras plus qu'un tas d'os. Tu n'es déjà plus qu'un bout de viande en putréfaction.Tu ne sens pas combien ça te ronge ? Le poids de la culpabilité, du remord. Ça te bouffe lentement, ça pince, ça tire, ça perce ! C'est un acide qui se répand lentement. T'as pas honte d'être resté là ? D'être resté là à avoir honte ? C'est faux tout ça, comme les spectacles de marionnettes. C'est une illusion de vie. Broies ! Craques ! Ils t'ont fait culpabiliser trop de fois, pour rien. Ils t'ont fait te sentir coupable, tu étais juge et ils t'ont fait condamné. Et tu n'as rien dis pour protester, gentil toutou. Ils t'ont manipulé, trompé ! Ils ont ri de toi pendant que tu pleurais, pendant que tu te lamentais. Ils t'ont rabaissé mon Rouky, ils ont fait de toi une bête docile. Mais tu vas pas les laisser faire, pas vrai ? Tu vas sortir les griffes ! Lacères ! Écorches !

*

Après que les portes se soient refermées, je m'étais retrouvé un instant dans le noir. Puis la lumière verdâtre et pâle, semblable à celle des issues de secours, s'était allumé quand l'ascenseur s'était mit en marche. La cage était mal éclairée mais c'était tout à fait naturel, puisque seules des piles de cartons étaient censées y transiter. Et pour l'employé téméraire, il ne s'agissait que d'un voyage de quelques secondes, pas de quoi paniquer. Bien sûr cela donnait une ambiance un peu glauque une fois qu'on se trouvait à l'intérieur, mais je trouvais cela plutôt amusant. À vrai dire, le simple fait que cette lumière rende l'atmosphère inquiétante donnait envie de faire un petit tour. Tout comme les gamins meurent d'envie d'aller au train fantôme en sachant d'avance qu'ils vont sursauter et crier. Je souris en pensant qu'un squelette en plastique allait peut être surgir d'un de mes cartons, ou qu'une araignée en polystyrène allait descendre du plafond.

-Non, c'est l'ascenseur qui va soudainement se décrocher, murmurai-je avec un sourire amusé.

Entre le film d'horreur et le film catastrophe, les scénarios les plus simples sont souvent les plus efficaces. Et hop, une chute de plusieurs dizaines de mètres... encore une fois, chose impossible, puisqu'il n'y avait pas assez d'étages dans le magasin. Dommage, tant pis pour le grand frisson. De plus, la cage progressait silencieusement et sans encombre, à peine pouvait-on entendre un petit grincement de temps en temps, sans doute les poulies ou autre mécanisme, rien d'anormal. Je réalisai soudain que l'ascenseur aurait dû déjà être arrivé. Combien de temps m'étais-je perdu dans mes pensées ? Difficile à dire, une ou deux secondes peut être, les pensées peuvent fuser à une vitesse impressionnante. Dans le doute, je contournai la palette pour vérifier que le bouton pour le premier étage était bien allumé. Une lumière rouge entourant le numéro 1 me confirma que c'était bien le cas. Étrange. Il y eu un grincement au dessus de ma tête et l'ascenseur ralentit, mais ne s'arrêta pas. Je fronçai les sourcils, une étrange inquiétude s'emparant progressivement de moi. Il y eu une légère secousse et la cage reprit son allure initiale, en silence. Ce qui n'était qu'une simple sensation au départ se transforma en une boule, un nœud dans mon ventre, qui commença à grossir au fur et à mesure que je réfléchissais.

-Y a un truc qui cloche...

Encore une fois mes pensées avaient dépassé la frontière de ma bouche. Mais effectivement, quelque chose ne tournait pas rond. L'ascenseur mettait beaucoup trop de temps pour monter d'un étage, mais ce n'était pas cela qui me préoccupait. Je sentais en moi que quelque chose n'allait pas. Sans pouvoir expliquer pourquoi, je le sentais au plus profond de mes tripes. J'avais eu tout d'abord cette impression l'espace d'une seconde lorsque l'ascenseur avait démarré, puis lorsqu'il avait ralenti avant de reprendre sa course en silence. Quelque chose s'était passé dans mon ventre. Une secousse, un frémissement. Oui, c'était ça ! La drôle de sensation que l'on ressent lorsqu'un ascenseur se met en marche, la petite chatouille dans le ventre, elle n'avait pas été la même que d'habitude. Et soudain je réalisai ce qui était anormal. L'ascenseur ne montait pas, il descendait ! J'avais pourtant appuyé sur le bouton du premier étage, mais la cage semblait avoir ignoré l'ordre électrique et progressait lentement vers le bas. Paniqué, je me penchai vers les commandes et appuyai plusieurs fois sur l'interrupteur déjà entouré d'un halo rouge. Et c'est en posant les yeux sur les boutons que je réalisai ce qui clochait vraiment. Je suspendis mon geste, tétanisé, et sentis un frisson me parcourir la colonne. Mes yeux s'agrandirent pour capter le maximum de lumière verdâtre et me confirmer ce que mon cerveau avait déjà comprit. L'ascenseur B n'avait aucune raison de descendre car les seuls boutons du tableau de commande étaient ceux du rez de chaussée et du premier étage. Le magasin n'avait jamais eu de niveau souterrain, jamais. Il était clairement impossible que l'ascenseur descende !

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Blog

Jack Prince

01-04-2015

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Ascenseur B appartient au recueil Monstres

 

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