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Un âne et un boeuf, vite ! - Conte

Conte "Un âne et un boeuf, vite !" est un conte mis en ligne par "Montagnon"..

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Un âne et un bœuf, vite !

Conte de Noël

 

 

La nuit était tombée depuis longtemps. Il faisait froid et le ciel était menaçant. Les premiers flocons avaient fait leur apparition dans la montée du col. Pas de quoi s’inquiéter. Ils voletaient avec une certaine grâce mais semblaient ne pas atteindre le sol. Le macadam, d’ailleurs, restait bien visible. Et l’antique 2CV n’avait aucune difficulté à poursuivre sa route. Lentement mais sûrement.

Engoncé dans un anorak qui avait dû être à la mode avant les jeux olympiques de Grenoble, l’homme tenait le volant fermement, attentif au bruit si caractéristique du petit moteur. Il ne fallait pas le bousculer s’ils voulaient arriver à bon port avant la nuit.

A ses côtés, le visage souriant malgré les paupières fermées, la femme semblait s’être assoupie en offrant toute sa confiance à son compagnon de voyage. Elle portait des vêtements amples et chauds, mais au look bien éloigné des canons de la mode actuelle; très certainement confectionnés à la même époque que ceux de son compagnon.

Le conducteur jeta un regard doux à sa voisine. Il sembla rassuré. Les mains posées sur son ventre arrondi, elle rayonnait de bonheur. La naissance était prévue dans un mois. Il attendait avec autant d’impatience qu’elle la venue de ce tout-petit longtemps espéré.

La voiture poursuivait son ascension. Lentement. En raison du dénivelé mais aussi de l’âge vénérable du moteur. La « Deux pattes » affichait plus de 85 000 km au compteur mais le conducteur ne savait pas vraiment combien il avait fait de tours complets. Une chose était sure, elle était sortie des chaines de production bien avant sa naissance. Et il allait avoir bientôt 30 ans !

L’homme savait qu’elle les conduirait à bon port. Pourtant son inquiétude grandissait au fur et à mesure qu’il approchait du col. Dans les virages de plus en plus prononcés, la voiture tenait bien la route, se balançant à droite ou à gauche mais les quatre roues restaient comme collées au sol. Les quelques flocons du début de l’ascension tombaient dru désormais et formaient un rideau très dense qu’il avait peine à percer. Après chaque « épingle » il lui fallait faire un effort pour retrouver la bonne direction.

Le col n’était plus très loin mais la neige se fit plus dense. La voiture ralentit. La musique lancinante du moteur changea de tonalité. Puis s’arrêta La femme sortit de son sommeil.

- Josep, on est arrivés ? interrogea-t-elle.

- Non Maria. Mais la route est de plus en plus difficile. Dans les phares, la neige a un vrai pouvoir hypnotique. J’ai l’impression d’avoir perdu mon chemin alors que je sais pertinemment que nous suivons la bonne route.

- Nous n’aurions pas dû partir au dernier moment. Rouler en montagne un 24 décembre, c’était risqué.

- Sans doute, Maria, mais nous sommes attendus justement ce soir.

- Je sais mon Josep, mais cette neige imprévue m’inquiète.

- C’est beau, non ?

- Peut-être. Angoissant, aussi…

Elle se lova dans les bras de son homme.

- Josep, j’ai peur, avoua-telle.

- Attendons que le temps se calme avant de repartir, tempéra Josep.

Maria plongea son regard dans les yeux de Josep et sans un mot lui redit tout son amour. Le jeune couple était originaire d’Espagne. Un petit village de Catalogne qu’ils avaient quitté dans l’espoir d’une vie meilleure. Ils vivaient chichement sur les Causses où Josep était berger. Maria l’aidait dans son travail, surtout au moment de l’agnelage. Accompagner la vie était leur plus grand plaisir. Ils n’avaient d’autre richesse que celle de leur cœur mais elle était leur lien le plus fort. Et lorsque la vie s’installa entre eux dans le ventre de Maria, ils bénirent le ciel de cette joie immense. Une joie qu’ils voulaient, ce soir de Noël, partager.

Le temps allait-il leur jouer un mauvais tour ? La neige continuait de tomber effaçant toute trace, estompant le relief. On ne devinait la route que grâce aux piquets de balisage. Et encore fallait-il bien repérer ceux de gauche et ceux de droite afin de rester dans le droit chemin ! L’inquiétude grandit dans l’esprit de Josep mais il garda son visage rieur pour ne pas affoler sa compagne. Il fallait vite trouver un abri, mettre Maria et leur petit en sécurité.

Josep consulta la carte. Quelques kilomètres seulement les séparaient d’un village, caché derrière le col. Il résolut d’y arriver  au plus vite, sollicita la vieille 2 CV dont le moteur refusa tout net de partir. Avant de vider complètement la batterie, Josep sortit dans le froid et tenta de démarrer à la manivelle. En vain.

En reprenant place dans l’habitacle glacial il avait le visage fermé. Ce qui n’échappa pas à Maria. Il lui sembla qu’elle tremblait. De froid ou d’inquiétude ?

- Certainement les deux, lâcha-t-il à haute voix

Et avant que Maria ait pu réagir et s’inquiéter, il prit la décision de rejoindre le village à pieds

- On ne peut pas rester là dans le froid. Nous trouverons un abri dans le village. Il n’est plus très loin.

Une chance, ils n’étaient point de la ville et l’un et l’autre étaient habitués à la rudesse des montagnes. Equipés de solides chaussures, chaudement vêtus, ils affrontèrent la neige et le vent.

- Il n’y a pas que chez nous que souffle la burle, osa Maria avec un sourire triste.

- Pas sûr qu’ils appellent ainsi le vent du nord, mais il fouette et transperce autant que le nôtre. Ne lambinons pas. Il faut arriver au plus vite.

Josep sentait que Maria se fatiguerait vite. Il l’encouragea du regard et lui prit la main avec tendresse.

Ils parcoururent ainsi, s’arc-boutant  contre les bourrasques, les quelques centaines de mètres qui les menèrent au col. Dès les premiers pas engagés dans la descente ils entendirent les cloches d’un village proche. Puis aperçurent à travers le mur de neige quelques lumières. Enfin le village sortit de la nuit. Saint-Amand-les-Anges ! Un bon présage. Ils allaient pouvoir s’abriter et se reposer.

La neige avait arrêté la marche du temps. Josep regarda sa montre. Il pensait avoir gravi le col plus vite. Ils étaient loin  de leur destination. Qu’ils n’atteindraient pas ce soir.

- 22  h ! Tout le monde doit être au lit !

- Josep, c’est Noël. Ils attendent minuit.

Cette fois, c’est Maria qui le rassurait. Mais il n’y avait personne dehors. Personne qui puisse les aider à trouver un toit.

Sur la place, devant l’église, venait de s’arrêter une 2 CV. Moins brinquebalante que la leur, mais Josep y vit un signe. En sortit une sorte de géant barbu qui ajusta ses vêtements, s’emmitoufla et prit la direction de l’église, brassant la neige avec d’énormes bottes d’hiver

Josep le héla, poussant la voix pour contrer le vent.

- Monsieur, Monsieur. Savez-vous où l’on pourrait trouver un lit pour la nuit ? Nous sommes en panne et ma femme est enceinte. Elle n’en peut plus.

-Excusez-moi, je suis un peu pressé. Je dois préparer la veillée de Noël et dire la messe de minuit. Je suis en retard. Pas vraiment le temps de m’occuper de vous. Je ne vous invite pas à rentrer dans l’église, je n’ai pas encore mis le chauffage. Et les bancs ne seront guère accueillants pour une femme enceinte. Frappez aux portes. Vous trouverez bien.

Et sans plus d’encouragements, le curé s’enferma dans l’église.

Josep entoura Maria de ses bras pour la réchauffer et plus encore pour lui transmettre son énergie. Il la sentait s’abandonner. La première maison était une grande ferme. Ils sentirent l’étable de loin et entendirent les vaches en passant à côté. Une petite lumière éclairait faiblement une grande pièce. La famille était réunie autour du repas. Josep frappa à la porte. Doucement d’abord, puis avec conviction. A travers le carreau il vit les visages se tourner. Mais personne ne bougea. Josep insista

- S’il vous plait, nous sommes en panne. Nous avons longtemps marché contre le vent. Ma femme est enceinte. Elle est fatiguée. Pourrions-nous nous réchauffer ?

Le plus âgé des convives se leva, ouvrit la fenêtre. Il détailla les deux ombres qui lui faisaient face. Leur accoutrement ne plaida pas en leur faveur.

- Des mendiants, un tel soir ! Vous nous prenez pour des attardés. Passez votre chemin. Ce n’est pas chez nous que vous ferez main basse sur nos économies. Allez, ouste !

Josep n’eut même pas le temps d’ouvrir la bouche pour esquisser une réponse. Il était furieux. Maria le calma avec douceur.

- Josep, je me mets à leur place. Il a raison ce paysan. Dis, on a l’air de quoi ? De vrais vagabonds…

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Montagnon

04-12-2017

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Un âne et un boeuf, vite ! appartient au recueil Images pieuses

 

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