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Sylvie - Texte

Texte "Sylvie" est un texte mis en ligne par "Deogratias"..

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Sylvie

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Je me sens seule, tellement seule.

C’est ainsi.

J’avance dans cette allée de la forêt. La lumière éclaire chaque feuille, chaque miette de terre, chaque chemin.

Tout est baigné, irradié, illuminé par la clarté de ce jour ensoleillé.

J’avance.

 

Je touche l’écorce d’un arbre solitaire. Je pose ma tête sur son tronc dressé vers le ciel. Je l’écoute.

C’est un arbre ou c’est un cœur ? Je ne sais.

J’ai ressenti la force  de sa direction verticale. Oui, j’ai perçu le frémissement de sa solidité. Tout tendu vers le haut, sans jamais se fatiguer, il fait grincer l’archer sur son feuillage violoncelle.

Que dis-je ?

Il chante sans fausse note l’harmonie de la terre où ses racines le plongent.

Il est fier, vous voyez, fier d’être debout.

C’est qu’il en a traversé des saisons, des tempêtes et des gelées nocturnes à vous fendre le sol !

 

Je me sens seule, tellement seule.

C’est ainsi.

Mon âme endolorie, isolée, en absurdie.

Mon esprit ankylosé de douleurs ne reconnait plus le sens des choses.

Mes pourquoi, mes comment, tout se perd sous mes pieds.

Tout fond avant que je n’ai pu saisir les réponses.

Je deviens une eau qui glisse sans retenue sur le pavé meurtri de ma vie.

Que dis-je ?

Je n’ai plus rien de fer, ni de bois, ni de cuivre, ni de pierre, rendue liquide à force de regrets.

Je m’écoule, voyez-vous, comme un ruisseau que personne ne peut plus suivre.

 

Je me sens seule, tellement seule.

C’est ainsi.

Je regarde les ombres, elles parsèment la forêt toute embellie par le soleil.

Je les observe, mouvantes, ces tâches qui restent fidèles devant chaque arbre éclairé. On dirait le pelage d’un petit chat noir et blanc. Tout aussi bigarré, tellement coquet. La forêt a mis sa veste. A moins que ce ne soit une couverture à pois, toute douce, à me recouvrir les épaules. Je frissonne. Les petits chatons à la robe tachetée pourchassent tout ce qui bouge, mêmes les ombres.

 

Seule. Si seule.

Je m’assois au pied d’un de ces arbres. Juste là, sur une ombre intangible que rien ne peut chasser. Hormis la nuit. Je ferme les yeux. Je respire.

L’odeur de l’humidité de l’herbe encore humide.

Les fragrances invisibles toutes emmêlées. Impossibles à imiter sans les dénaturer.

Je me dilate. A chaque inspire je quitte la solitude angoissée d’une vie sans finalité. A chaque expire, la forêt me prend dans ses bras. Elle m’encercle d’une tendresse inégalée. Je me blottis en elle. Nous respirons ensemble. A l’unisson. C’est un échange immobile et voyageur.

On s’amuse, on se rit l’un de l’autre. La forêt  m'emmène sur son épaule comme une enfant trop faible pour marcher. Je la vois qui me porte sans rien me reprocher. Elle me lance en riant dans l’air embaumé puis je retombe dans ses bras puissants. Elle me regarde droit devant. Je rouvre les yeux.

 

Seule. Absolument.

C’est ainsi.

La forêt s’ébroue de rire maintenant avec moi. Les feuillages au sommet, tout là-haut, ont secoué si fort ma tristesse. Jusqu’à plus soif. Je me lève maintenant. Je n’ai pas envie de la quitter ma forêt berceuse, mon trésor caché, mon amie consolatrice. Mon jardin sylvestre.

 

Toute enfouie dans la beauté de sa nature apaisée, je titubais enivrée par son nectar. J’ai puisé dans ses arbres tant de sourires, tant de mélodies, autant que je voulais !

 

Plus si seule.

 

Le temps avait fini de s’écouler. La forêt et moi. Juste nous deux. Sans entrave. Sans heures. Rien d’autres qu’elle et moi. Comme un chant lyrique, elle vibrait de vocalises. Je l’ai bien écoutée. A en pleurer.  Ah mon Dieu, si vous aviez pu l’entendre avec moi. J’en étais si touchée !

 

En vérité, je regardais l’image d’une forêt qu’un artiste avait photographiée.

Il l’avait mise en ligne depuis peu.

Je n’ai jamais arpenté les chemins sinueux de cette forêt magnifique.

Tout ce que je sais, voyez-vous, c’est que, là, immobilisée dans le fond de mon lit, je n’ai plus été empêchée !

 

J’ai couru d’un coup dans l’allée qui me guidait.

Je ne sais pas comment, je me suis promenée au milieu.

Aucun obstacle.

Plus d’hésitations, plus de privations.

Oublié mon lit de solitude, les actualités, les fatigues...

 

Nous avons couru ensemble en se tenant la main. Je me suis vue haletante du bonheur trouvé par elle.

La forêt et moi.

Nous deux comme une île perdue dans les tourments du monde.

Jamais je n’oublierai.

Ni la forêt.

Ni cette photo.

 

Plus si seule.

Elle est en moi. Je suis en elle.

Même mystère, même grotte, même oiseaux.

Nous sommes une vie à part.

 

Nous nous aimons.

En vrai.

Même vérité. Même secret. Même prénom :

 

Sylvie.

 

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Auteur

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Deogratias

11-05-2023

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Sylvie appartient au recueil Textes et poésies

 

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