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Naïve - Texte

Texte "Naïve" est un texte mis en ligne par "Deogratias"..

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Naïve

Je n’anticipe pas les abus, les mauvais actes et les mensonges.

 

L’âge passe et je reste ce que je suis. Une inaptitude foncière à me méfier, à douter des autres.

Oh bien sûr, après coup, force est de constater qu’une fois de plus, ce qu’on m’a dit n’était pas vrai, ce qu’on m’a promis ne s’est pas réalisé, ce qu’on m’a annoncé était un mensonge, ce qu’on m’a ordonné était une tricherie.

Oui, je finis bien par m’en rendre compte. Mais toujours trop tard.

 

Bientôt j’avancerai sur le chemin de la maturité. L’âge de la sagesse et du recul. L’âge de la contemplation paisible, du regard qu’on pose derrière soi, sur sa vie, sur le monde, sur les personnes.

Et pourtant, le croiriez-vous ?

 

Je suis toujours comme une enfant qui croit que le ciel peut devenir bleu à minuit,

Que le soleil brûle les épis de blés même les jours de pluie  ou qu’une météorite venue de l’espace serait à même de nous dire quelque chose de la grandeur du cosmos.

Je suis toujours cette enfant qui se penche sur les fourmis pour connaitre le chemin qu’elles empruntent sur les écorces de bois jonchés sur le sol.

J’écoute le rossignol me chanter la mélodie des amours perdus et ses larmes volatiles me blessent encore le coeur comme au premier jour.

Qui pourrait penser que je n’en reviens toujours pas que l’herbe aujourd’hui totalement jaune paille par la sécheresse de l’été sera demain redevenue verte espérance, comme ça, d’un coup, après quelques averses ? Ce qui m’étonnera le plus c’est que personne n’en sera surpris hormis les amoureux des prairies et de la nature.

Qui serait étonné d’apprendre que je cherche encore une main secourable d’une maman céleste dont je crois à la Beauté Souveraine, moi qui aime tant son visage porcelaine sur les statues inanimées des églises esseulées ?

Que j’envie encore les éclats de rire des petits garçons qui jouent à la guerre avec des pistolets à eau. Eux qui s’écrient : « T’es mort ! t’es mort ! ». Seul l’innocent se réjouit de la mort car il en ignore l’aiguillon. Il n’y voit que le parfum possible des naissances à venir, des improbables résurrections que les grands méprisent.

 

On dirait que je n’arrive pas à grandir moi qui pourtant sait déjà qu’il y a plus d’années derrière moi que devant !

J’aime la candeur des vols, ceux des hirondelles, quand elles traversent le ciel azuré du mois d’août.

Je vois les vagues des chagrins qui refluent tandis que l’écume de nos colères s’échouent paisibles enfin ! Oui, après tant de remous. A force de cogner contre les rochers de la vie, voilà que toute rancœur, toute amertume a comme disparu.

Oui, être autiste c’est découvrir qu’une part de soi n’arrive pas à vieillir.

Quelque chose comme ça.

 

Quand on est autiste Asperger, une des caractéristiques chez la femme adulte sans déficience intellectuelle, c’est la naïveté sociale. J’en sais quelque chose.

J’ai beaucoup de mal à croire qu’on puisse être malhonnête avec moi.

Je n’arrive pas à envisager qu’une personne est en train de m’arnaquer, de me « mener en bateau » comme on dit. C’est quelque chose qui me passe complètement au-dessus de la tête !

 

A priori, je crois à la sincérité des personnes quand elles me disent : « Je n’ai pas le temps », « Je suis débordée », « j’ai besoin de connaitre votre compte pour vous payer », « je suis honnête, j’ai toujours eu de bons résultats », « je pense venir tel jour »…

Les exemples nombreux jalonnent mon existence.

Je crois à ce qu’on me dit.

Je n’arrive pas à douter de la bonne volonté de l’autre.

 

C’est cela qui gêne ma vie relationnelle : Je ne vois rien.

Ni les mauvaises intentions. Ni les coups bas. Ni les jeux de pouvoir. Ni les duperies. Ni les faux-semblants.

Oui, être autiste c’est découvrir qu’une part de soi n’arrive pas à vieillir.

Quelque chose comme ça.

 

J’attendais la livraison de mon nouveau petit chien depuis deux semaines. J’aurais pu attendre encore longtemps si une voisine n’avait pas pris les choses en main.

L’éleveur, peu consciencieux, ne me répondait plus au téléphone. Il partait en vacances et refusait de me l’annoncer. Il se dérobait à mes appels pour me faire encore attendre  plus de 10 jours.

Après deux piratages en ligne de mes comptes.

Après la fin d’une relation trahie par une amie trop dure qui s’arrogeait le droit de commander ma vie.

 

Je suis fatiguée.

Fatiguée par l’ineptie de la vie et tous les malhonnêtes.

 

Enfin, heureusement, grâce à la bonté de quelques êtres qui au lieu de se moquer de moi viennent à mon aide, je vais enfin avoir mon petit chien. La personne va m’emmener le chercher plutôt que d’attendre une improbable livraison.

 

 

Heureusement, il y a des gens sincères, honnêtes, bienveillants qui savent prendre soin des autres plus faibles, plus malheureux ou plus inaptes.

Merci à eux.

Merci à la Vie.

 

Et puis, après tout, Merci aussi à l’enfance en moi qui ne sait pas mourir.

  

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Deogratias

11-08-2023

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Naïve appartient au recueil Tranches de vie

 

Texte terminé ! Merci à Deogratias.

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