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Madame Sarah Bernhardt - Chronique

Chronique "Madame Sarah Bernhardt" est une chronique littéraire mise en ligne par "Marcel Moreau".. Vous aussi, n'hésitez pas à proposer vos chroniques littéraires sur l'une de vos lectures.

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Madame Sarah Bernhardt

« Il faut haïr très peu, car c'est très fatigant ».

Je ne connaissais pas du tout Sarah Bernhardt… En entrouvrant un pan de rideau suite à la lecture d’une lettre qu’elle a écrit à Edmond Rostand, j’ai découvert une femme fascinante et talentueuse. D’un caractère de « poing sur la table », elle basculait tout sur son passage pour arriver à la perfection de son art. C’était un être sensible avec un grand cœur, remplissant sa vie de part en part, ne laissant aucune case de vide, même pour ses souffrances et pour son asthénie. Laissons de côté son excentricité et gardons d’elle l’image d’une madone que nous aurions voulu aimer.

***

Henriette Rosine Bernard, dite Sarah Bernhardt ou Henriette Marie est née le mardi 22 octobre 1844 à Paris, rue de l’École de Médecine. Du fait de la destruction des archives officielles lors des évènements de la Commune de Paris, il n’a pas été permis d’établir précisément la date de naissance de Sarah Bernhardt ni le lieu. Certains évoquent le 25 septembre, rue de la Michodière, d’autres le 22 octobre, boulevard saint Honoré. Cette divergence est un peu incompréhensible, car sa mère était encore là pour authentifier sa date de naissance et son lieu.

La mère de Sarah, Judith-Julie Bernhardt (1821-1876), était une courtisane parisienne connue sous le nom de « Youle ». Elle voyage beaucoup. Sarah à deux sœurs : Jeanne BERNARD née en 1842 et Régina BERNARD née en1850.

On ne saura jamais qui était son père : certaines sources évoquent un officier de marine havrais, du nom de Paul Morel, d’autres Édouard Bernhardt, juriste français ou étudiant « Mon père était en Chine depuis deux ans. Pourquoi ? je n’en sais rien, disait-elle dans son livre : ma double vie.

À sa naissance, Sarah est confiée par sa mère à une nourrice en Bretagne avec un mari malade. Elle ne reçoit aucune éducation. Ses jeunes tantes promettent de venir la voir, mais ne tiennent pas parole. Elle ne reçoit pas non plus la visite de ses parents. Il a fallu qu’un accident sans conséquence fâcheuse survienne que tout le monde accourt : ses tantes, sa mère.

Sa mère décide d’amener la nourrice, le père nourricier à Paris où elle les loge dans une maison à Neuilly au bord de la Seine et repart pour ses voyages.

Placée en pension à 7 ans à Auteuil, chez madame Fressard où elle reçoit enfin une scolarité. Elle est heureuse et y reste deux ans. Puis, accompagnée de ses parents, elle intègre le couvent des Grands Champs à Versailles. Elle y reste six ans et envisage de rentrer dans les ordres. Elle joue son premier rôle de l’ange Gabriel dans une pièce écrite par une religieuse pour la visite d’un archevêque. Avant son baptême, elle apprend la mort de son père. Elle rêve d’être nonne, mais son attitude excentrique et atrabilaire n’a pas donné lieu à une vocation religieuse. Sur une recommandation du Duc de Morny, amant d’une de ses tantes et demi-frère de Napoléon III, elle est orientée vers une carrière artistique.

Attirée par le théâtre, elle rentre en 1859 au conservatoire d'Art dramatique, grâce à la récitation d’une fable de la Fontaine : les deux pigeons. Elle obtient dans la foulée le seconde prix de tragédie en jouant une scène de Zaïre de Voltaire. Le premier accessit de comédie dans La Fausse Agnès, une comédie en prose de Néricault Destouches lui est également décerné.

Elle intègre la Comédie Française en 1862 où elle fait ses débuts dans Iphigénie de Racine le 1er septembre de la même année. Elle n’y reste pas longtemps après avoir collé une paire de gifles à une sociétaire. Elle refuse de faire des excuses et résilie son engagement sur le champ.

Quelques jours plus tard, elle rentre au théâtre du Gymnase. Puis elle fait une fugue et amène sa servante en Espagne. Sa mère, malade la rappelle. Rentrée à Paris, elle revient de temps à autre au couvent revoir les religieuses ; elle assiste à l’agonie d’une ancienne institutrice. Elle fait un tour au théâtre de la Porte Saint Martin, sans trop de succès.

De la relation avec Henri-Joseph Lamoral de ligne, de Belgique, est né Maurice. Celui-ci deviendra dramaturge et directeur de théâtre. Après la naissance de son fils en1864, Sarah embrasse la profession de sa mère et là, elle est soupçonnée de prostitution clandestine, comme l'indique son inscription dans le « fichier des courtisanes » établi par la Préfecture de police de Paris.

Elle signe un engagement à l’Odéon en 1866 et débute dans le jeu de l’amour et du hasard de Marivaux. Dans ce théâtre, prenant son travail à cœur et connaissant tous les rôles, elle est heureuse de pouvoir remplacer tout le monde. Elle joue dans deux pièces de George Sand : le Marquis de Villemer et François Le Champi.

Sarah, nous décrit aussi George Sand : « Mme George Sand, douce et charmante créature, était d’une timidité extrême. Elle parlait peu et fumait tout le temps. Ses yeux étaient toujours rêveurs. Sa bouche, un peu lourde et vulgaire, avait une grande bonté. Elle avait peut-être une taille moyenne, mais elle semblait tassée. »

Le passant du jeune poète François Coppée est joué en 1869 par Sarah Bernhardt et Marie Léonide Charvin dite Agar. Cette pièce est jouée plus de cent fois avec un public toujours nombreux. Coppée devient célèbre en quelques heures. Puis Ruy Blas de Victor Hugo. L’Autre de George Sand.

En 1870 et 1871 nous sommes en plein siège de Paris. Sarah, femme impressionnante et dévouée, transforme le théâtre en hôpital militaire. Elle soigne les blessés, accompagne les agonisants, se bat à cœur perdu pour obtenir les vivres et tout le nécessaire pour son ambulance.

Après ces moments difficiles, l’Odéon ouvre ses portes en octobre 1871. La pièce d’André Theuriet « Jeanne-Marie » obtient un grand succès. C’est à cette époque, qu’elle rencontre Victor Hugo aux répétitions de Ruy Blas et aux représentations.

En1872, suite à la réussite à l’Odéon, on la rappelle à la Comédie Française. Elle excelle par son étonnante intonation anglaise et par sa voix suave et chantante dans les grands rôles du répertoire classique et romantique : Mademoiselle de Belle-Isle de Dumas, le Mariage de Figaro de Beaumarchais, Dalila de Feuillet, Phèdre de Racine et Zaïre de Voltaire 1874-1877. Puis dégoutée du théâtre, elle se met à la sculpture et à la peinture. Son appartement étant petit, elle met un cercueil devant la fenêtre pour apprendre ses rôles et laisser sa sœur Régina, malade, dormir dans son lit. Elle revoit Victor Hugo aux répétitions d’Hernani et à la première du 21 novembre 1877. Un triomphe d’où cette lettre de Victor Hugo à Sarah Bernhardt accompagnée d’un bracelet-chaînon, auquel pend une goutte de diamant :

Madame,

Vous avez été grande et charmante ; vous m’avez ému, moi le vieux combattant et à un certain moment, pendant que le public attendri et enchanté par vous, j’ai pleuré. Cette larme que vous avez fait couler est à vous et je me mets à vos pieds.

En1879, Sarah Bernhardt part d’abord pour Londres avec l’accord de la Comédie Française. Sur le bateau, elle rencontre Oscar Wilde…

Phèdre et L’Étrangère sont joués au Gaiety Theatre. Elle expose aussi ses sculptures et ses tableaux au Piccadilly qui connaissent un vif succès. Elle revient à Paris avec des animaux sauvages qu'elle a achetés á Liverpool : un bébé guépard, un chien-loup et six petits caméléons.

En 1880, après les démêlés avec la direction, elle claque la porte de la Comédie Française après avoir payé trois cent mille francs de dommages et d’intérêts pour rupture abusive de contrat et cent mille francs de dédit. Trois jours après sa démission, on lui propose un contrat pour l’Amérique où elle doit donner huit pièces au total dont Hernani et Phèdre. Dans l’attente du départ outre Atlantique, elle crée sa compagnie, comprenant plusieurs artistes dont sa sœur Jeanne et fait une grande tournée : Angleterre, Belgique, Danemark.

Sarah Bernhardt, sa troupe, M Jarret Agent et interprète et son amie Marie Colombier, écrivaine et actrice qui remplace sa sœur Jeanne malade se sont donnés rendez-vous au Havre. Le domestique est composé d’un valet de chambre, maître d’hôtel à Paris et une femme de chambre. Tout ce petit monde prend le bateau le 15 octobre 1880 á destination de l’Amérique…

Douze jours plus tard, le bateau arrive sur l’Hudson gelé. Fatiguée après un accueil triomphal et un discours de bienvenue, elle se réfugie à son hôtel. La douane lui réclame un dépôt de 28 000 francs pour les quarante-deux malles de costumes de scène. À New York, la troupe a donné vingt représentations. À Boston, où Sarah retrouve sa sœur, elle donne quinze représentations. À Montréal, malgré la colère de l’évêque, les représentations passent quand même et ont un large succès : Adrienne Lecouvreur, Froufrou, la Dame aux camélias et Hernani. Pendant cette grande tournée, elle apprend par un télégramme la mort de Gustave Flaubert.

Après ce grand circuit américain, la compagnie revient à Paris, plus riche que jamais. Sarah achète un théâtre qui l’a plus ou moins ruiné. Le succès de Théodora de Victorien Sardou n’ayant pas permis de renouveler sa fortune, Sarah et sa compagnie repartent pour l’Amérique.

Sarah se marie en 1882 à Londres avec un acteur d'origine grecque. Cet homme est dépendant de la morphine. Elle restera cependant avec son époux légitime pendant sept ans jusqu'à la mort de celui-ci, à l’âge de 34 ans.

Puis, c’est l’Australie qui offre à la Divine Sarah un accueil triomphal en Juillet 1891. Le Parlement de l’État australien l’a reçue avec les honneurs extraordinaires. Le port est décoré et la ville est éclairée la nuit.

À Sydney, elle rencontre le docteur Adrien Loir, neveu de Louis Pasteur, avec lequel elle a une courte histoire d’amour. Le couple s’isole une semaine sur Rodd Island près du port de Sydney.

Elle s'installe á Paris en 1893, prend la direction du théâtre de la porte St Martin puis celle du théâtre de la Renaissance.

En 1898, elle crée le théâtre Sarah Bernhardt qui deviendra le théâtre de la Ville. Elle y joue la Dame aux camélias, la Princesse lointaine, Hamlet, et crée deux pièces d'Edmond Rostand : La Samaritaine et l’Aiglon. Elle met en scène et joue pour la première fois Lorenzaccio d'Alfred de Musset.

En 1905, Sarah Bernhardt et sa compagnie effectue une longue tournée en Amérique Latine et aux États-Unis.

Au final de la Tosca á Rio de Janeiro, Sarah fait une chute. Cette chute est tellement grave qu'une terrible douleur lui fait perdre ses esprits et l'empêche de monter à nouveau sur scène pour présenter les salutations au public. Malgré cet accident, la troupe reprend la route vers les États-Unis où les représentations sont déjà programmées.

Elle écrit trois pièces en 1888 qu'elle joue elle-même : l’Aveu, un cœur d’homme et Adrienne Lecouvreur.

En 1914, elle reçoit la Légion d’honneur. Son accident de Rio (beaucoup de divergences sur cette histoire) développe une gangrène au niveau du genoux. Sarah est opérée le 22 février 1915 à Bordeaux. La jambe est coupée à la clinique Saint-Augustin de Bordeaux par le professeur Denucé. Une crise d’urémie faillit terrasser la comédienne après l’opération. Elle revient à Andernos en mars 1915. Et le 10 août 1915, elle participe à une manifestation patriotique où elle lit deux poèmes. Puis elle quitte le Bassin en octobre 1915 et retrouve les scènes parisiennes. Elle ne reviendra plus à Andernos.

Mais les disgrâces de l'âge et de la maladie ne l’empêchent pas de paraître au théâtre aux armées, jouant assise. A 76 ans, elle crée encore Athalie de Racine. Elle tourne dans les premiers films muets comme actrice dramatique (l'Aveu, Adrienne Lecouvreur, 1907).

Sarah prend aussi sa plume pour écrire prose, poésie et pièces de théâtre : dans les nuages 1878, les impressions d’une chaise 1877, Jolie sosie l’Art du théâtre,1923.

La tragédienne meurt le 26 mars 1923 dans les bras de son fils Maurice. Elle aurait voulu être ensevelie près de sa maison, à Belle-Île en mer, au lieu-dit « la Pointe des Poulains » face à l’océan. Là, où elle a acheté un fortin désaffecté en 1894 et construit une villa à coté portant le nom de sa petite fille Lysiane. Elle est inhumée dans le caveau de famille, au cimetière du Père Lachaise, à Paris.

On s’en doute bien qu’il faut plusieurs mains pour compter ses amants. Des politiciens, des princes, des poètes, des artistes de tous bords sont à ses pieds. La prospérité et la courtoisie sentimentale de ces hommes ont contribué, sans doute, une part prépondérante à la gloire et la notoriété de madame Sarah Bernhardt.

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Source principale : Ma double vie de Sarah Bernhardt(BnF).

Un livre plein d’anecdotes, de sensibilité, de larmes et d’humanité surtout pendant le siège de Paris.

Elle fait souvent un arrêt sur image pour décrire un lieu, brosser le portrait d’un personnage.

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À propos de la peine de mort, elle dit :

« Tout être humain a une seconde d’attendrissement, une larme douloureuse, et cette larme peut féconder une pensée généreuse qui mène au repenti. »

 

 

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Blog

Marcel Moreau

30-03-2017

Auteur public

Sarah Bernhardt

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Madame Sarah Bernhardt n'appartient à aucun recueil

 

Chronique terminée ! Merci à Marcel Moreau.

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