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Littéraires - Grande Nouvelle

Grande Nouvelle "Littéraires " est une grande nouvelle mise en ligne par "urgal56"..

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Littéraires

  Un élève de terminale L doit produire "un travail littéraire" ainsi qu'un journal suivant sa progression. Cependant, il n'apprécie pas la littérature, ne voyant aucune utilité à l'écriture. Pourtant, par crainte de son professeur - et peut-être pour d'autres raisons plus sombres - il va se dédier au moins pour une seule fois dans sa vie à l'écriture d'une oeuvre.

(Nouvelle basée sur ma propre terminale L, j'avais la même consigne que mon personnage, il y aura donc un "Journal des Littéraires" que je posterai ultérieurement et qui fera donc partie de cette nouvelle même en lui étant extérieur.)

Journal De Vincent

18 Janvier 2018

      Je m'appelle Vincent, et voici le début de mon journal. Ne croyez pas que ça me fait plaisir de perdre mon temps sur ce genre d'activités pour fillettes. Ma vie, je la garde pour moi, je suis un individu normal et inintéressant. Enfin bref... si je débute ce journal c'est sur la demande de mon professeur de littérature. Mais il faut que je commence par préciser comment je me suis retrouvé dans cette situation.

      Ça doit faire la moitié de l'année que je suis en terminale L. Pourquoi ? Bonne question.

Je dirais que c'est la conséquence de mon dégoût pour les mathématiques. Non mais sérieusement... les mathématiques c'est bon pour les coquilles vides, ceux qui ont une bonne mémoire sans savoir réfléchir font les meilleurs matheux. Je veux dire, il faut être sacrément stupide pour passer son temps à dériver des fonctions, pour s'occuper à fabriquer des bombes nucléaires ou d'autres objets jugés « utiles » pour la société dans un monde qui n'a même pas de sens universel.

L'autre jour un S m'a dit : « La L c'est bien beau mais ce qui compte dans notre société, c'est l'argent. Et pour avoir assez d'argent il faut être scientifique. » Quel abruti.

Moi au moins je sais profiter de la vie.

      Après je dis pas que les classes littéraires sont trépidantes, c'est bien le problème, néanmoins pas besoin de se battre pour avancer, et puis même si je ne suis pas les cours, parfois je peux y trouver de l'intérêt.

      Enfin le truc c'est que j'ai toujours été un flemmard, j'ai jamais eu peur de ne pas travailler dans ce qui me désintéressait. En revanche j'arrivais à m'en tirer quand le travail était amusant, ou quand il ne l'était pas mais que c'était ça ou bien l'ennui.

Cette année c'est différent, je ne fais que rêvasser ou gribouiller sur mes cahiers comme j'ai toujours su le faire, mais il se trouve y avoir une matière dans laquelle je n'ai pas ce luxe : la littérature.

      Le professeur de littérature est un monstre.

Rien qu'en attendant dans le couloir avant l'heure fatidique, on entend raisonner sa voix grave à faire trembler les murs... tout comme ses interlocuteurs.

Ensuite la sonnerie retentit, et un troupeau de brebis apeurées nous bouscule en quittant l'étroit enclos qui sera le nôtre pendant les longues dix-mille-huit-cents secondes qui suivront et qui se répètent chaque vendredi.

      Ce prof, personne ne l'aime, il ne parle pas beaucoup mais s'exprime avec un ton tellement monotone que le temps s'étire un peu plus à chacun de ses mots. Même le week-end paraît moins étendu que ses trois heures de littérature.

Quand il ne dit rien il se tourne et écrit au tableau la leçon, ou une consigne d'écriture qui sera notre activité durant la séance.

Personne n'ose broncher même quand il est de dos. Il paraît que ce taré a déjà frappé un élève insolent ; mais pas besoin des rumeurs pour avoir peur du bonhomme, parce que personne ne le connaît vraiment. On dirait juste une sorte de masse sombre absorbant tout courage et toute bonne-humeur autour d'elle.

      Ma hantise en cours, c'est de me faire interroger. À chaque fois qu'un de mes camarades l'est, le prof de litté se débrouille pour dévaloriser sa prestation, l'humilier. Ça va de soi que personne n'est assez fou pour participer de lui-même.

      Jusque-là j'avais réussi à m'en tirer à peu près, seulement cette fois-ci je suis dans une impasse. Ce sadique nous a donné une tâche irréalisable : on est sensé produire un travail littéraire qui se mettrait en abyme, tout en contenant notre propre univers littéraire...

      Donc voilà, la consigne nous dit de commencer par tenir un journal qui suivra le déroulement de notre réflexion.

      Bien sûr si je me suis permis de parler aussi franchement de mon professeur de littérature, c'est que ce journal n'est pas celui qui sera rendu.

Je le tiens parce que je compte m'inventer une image de littéraire assidu dans l'autre, et ça sera marrant pour moi de garder un suivi franc à côté de la fiction finale.

      Je vais donc réécrire un faux journal, que je vais rendre, qui traitera de mon « œuvre » tout en m'inventant un point de vu intéressé sur le sujet.

Le fait d'avoir un vrai suivi personnel me rassure aussi, je veux mentir au prof, pas à moi-même.

      Faisons donc le point : Quel est mon monde littéraire ? Comme je l'ai sûrement fait sentir plus haut, je n'apprécie pas particulièrement la littérature. La première fois que j'ai touché à un roman c'était en cinquième, « Le Horla » de Maupassant. Une nouvelle glauque, ça m'a empêché de dormir pendant au moins une semaine.

Du coup je n'ai pas lu beaucoup après, peut-être quelques pièces de théâtre et romans classiques étudiés en classe mais rien de plus. J'étais plutôt dans le monde des bandes-dessinées et des films.

      Pour moi, la littérature est synonyme d'ennui, les grands auteurs qu'on nous balance depuis le collège m'ont dégoûté de toute lecture. Leur style vieilli, complexe, la moindre de leurs lignes devait être analysée durant des heures pour enfin y trouver un « message implicite »... Au final on a appris à assimiler les livres au labeur, et on est loin de penser que la lecture puisse être un divertissement.

      Qu'est-ce que la terminale L pour moi ? J'en ai déjà un peu parlé, je vois cette classe comme une voie plus facile que la scientifique, et plus digne qu'une filière professionnelle. Je n'ai aucune idée de ce que je ferai après, ça m'effraie d'y penser alors je n'y pense pas. Malheureusement il arrive que je sois confronté à cette réflexion douloureuse quand je suis victime d'insomnies... ou alors c'est cette réflexion qui me rend insomniaque.

      Je ne sais pas ce que je fais en L, en cours je m'ennuie et les devoirs maison ne me passionnent pas, mais je m'en sors. Je cherche à avoir une moyenne correcte sans trop faire d'efforts. Et ce qui m'énerve dans ce nouvel exercice c'est que son but est de justement trouver une origine, un sens, à ma présence en terminale L. Je vais donc être forcé de mentir.

Je n'aime pas mentir, je ne peux pourtant pas dire au prof que je me fiche de sa matière, il prendrait ma franchise pour une provocation et je ne veux pas savoir quelle horrible sanction il m'infligerait alors.

      Quelle forme prendra ma production finale ? Je vais bien sûr commencer par tenir un faux journal qui me donnera un profil de féru de littérature, dans lequel je vais exposer mon œuvre.

Le faux moi va donc dire vouloir inventer un personnage. Un personnage qui lui ressemble, quelqu'un qui aime sa filière et qui doit faire le même travail de mise en abyme sur son monde littéraire.

Ainsi ma production finale prendra la forme d'un journal, celui de disons... Guillaume, qui se demande comment procéder pour son œuvre.

Pour le moment je ne sais pas trop quel aboutissement Guillaume pourra trouver à son exercice, mais je n'en suis pas là.

Faux Journal De Vincent

18 Janvier 2018

      Ainsi se présente mon journal, je dois noter mes idées au fur et à mesure, concernant mon

« travail littéraire ». Si j'ai bien compris ce travail consiste à faire une mise en abyme de lui-même mais aussi de mon monde littéraire de terminale L.

Il faut donc que je commence par me poser quelques questions sur mon rapport à la littérature et ce que représente pour moi un tel projet.

      Si je me demande ce qu'est mon univers littéraire depuis toujours, il y a de quoi réfléchir.

      La lecture, c'est ce qui m'a construit tout le long de ma courte vie.

Ayant commencé à lire des romans quand j'avais sept ans, j'étais le seul de ma classe à le faire et j'en éprouvais une certaine satisfaction.

Tous les autres ne savaient lire que des bandes-dessinées et moi, par défi, j'empruntais les plus gros romans et les lisais intégralement avant de les rendre le plus vite possible.

Toutefois ce jeu m'a accidentellement fait basculer dans l'attrayant monde de la littérature, et lire n'était plus un effort pour moi mais une libération.

La lecture était ma première drogue, elle passait avant les repas, avant le lien social, avant toute chose réelle.

      Mes parents n'ont pas eu d'autre choix que de surveiller mes activités. Il a aussi fallu que je consulte un psychologue pour le simple fait que j'étais trop souvent arraché au concret par mes rêveries.

      Les romans ont eu un tel impact sur mon imagination que la réalité me paraissait trop fade au présent, et concevoir le futur m'angoissait.

J'avais donc fait le choix par la lecture de quitter le réel au présent, en occultant complètement l'idée d'un futur hors des livres.

Quand je lisais, le temps s'arrêtait , mon esprit devenait immortel et pouvait survoler, même posséder, une infinité d'histoires extraordinaires.

      Hélas l'éducation m'a séparé de cette passion suffisamment longtemps pour que ma propre volonté s'en écarte peu à peu. Cela ne m'a bien sûr pas empêché de lire, mais moins. Je sais pourtant que je suis capable à tout moment de retomber dans cette frénésie des romans. D'autres addictions m'en empêchent un peu, toutefois elles sont bien fragiles comparées à ce que la lecture représente pour moi.

      Il va de soi, par rapport à ce que je viens de dire, que je suis destiné à une orientation littéraire. J'ai toujours eu ce profil et j'ai bien conscience que je ne l'ai pas dévoilé de manière explicite durant tout mon parcours scolaire. Ma timidité en est la cause.

Il m'arrive souvent d'écrire des essais , des nouvelles, à mes heures perdues. Bien entendu j'écris pour moi-même.

      En cette dernière année de lycée j'ai confiance en ma vocation littéraire. Je considère que je n'ai rien à prouver, que je n'ai pas à exposer de grands projets, je veux seulement me laisser guider par mon amour des lettres.

      Quelques idées spontanées me viennent concernant ce « travail littéraire » que j'ai à fournir. Je compte me mettre dans la peau du personnage de Guillaume qui, élève de terminale L, aurait le même exercice que moi et tiendrait un journal sur son œuvre principale.

Guillaume est un élève qui veut exprimer du mieux qu'il peut son approche de la littérature, cependant son travail sera très difficile car son propre univers le dépasse.

Journal De Guillaume

18 janvier 2016

      Un travail littéraire ? C'est quoi ? D'ailleurs c'est quoi pour moi la littérature ? À chaque fois que j'y songe je me perds dans un tourbillon d'idées qui semble s'étirer à l'infini dans toutes les directions possibles. Il faut malgré tout que je rende quelque chose à ma professeure de littérature.

      Ce qui est étonnant c'est que j'ai toujours su que j'étais à ma place en L, cependant je ne me rends compte que maintenant d'une chose : je suis perdu, il m'est impossible de pointer du doigt mon attache à cette section.

      J'ai d'excellentes notes, mes devoirs d'écriture suscitent toujours de bonnes appréciations de la part des enseignants. Or pour cet exercice de « travail littéraire » je me sens incapable de m'en sortir, le sujet est bien trop vaste pour être traité en si peu de temps.

      Les livres, impossible de m'en passer. J'écris aussi, des pensées fugaces, des poèmes qui n'ont de sens qu'en mon for intérieur.

      J'aime véritablement une seule personne, un ami qui a grandi avec moi, qui m'accepte et me comprend à sa manière. On ne se rencontre pas souvent, peu importe. Notre relation ne subit ni les ravages du temps, ni la grande fissure de l'éloignement.

Si j'évoque cette personne c'est qu'elle a son importance dans mon rapport au monde de la littérature, elle m'inspire, elle m'aide à me voir différemment, à percevoir les choses d'une autre manière. Si je peux écrire, c'est parce que j'ai d'abord pu parler. Si j'ai pu parler, c'est grâce à cette personne.

      Cet ami s'est présenté à moi quand j'étais seul, victime de mon père qui n'avait de cesse de me considérer comme un bon à rien, comme un raté sans avenir... comme lui.

Au moins ce défoulement sur moi l'empêchait peut-être de frapper ma mère, j'étais son

« scoldinball » quotidien.

Quand je ne me trouvais pas à la maison je me faisais torturer par les grands du collège, et si mon seul ami n'avait pas été présent, j'aurai sûrement opté pour la seule solution en mon pouvoir dans le but de mettre un terme à cette continuelle souffrance...

      Je pense qu'on ne peut pas vivre sans le rapport à autrui, sans au moins un confident, se retrouver face à soi-même c'est se figer, c'est mourir.

      C'est pourquoi les livres sont comme un miraculeux rapport au monde quand il n'y a physiquement personne pour nous soutenir.

Les livres sauvent de la solitude, de l'ennui, de l'emprisonnement, c'est une première étape vers la liberté.

      Mais cela ne suffit pas, il faut pouvoir échanger avec une autre personne qui considère notre existence sans la définir à notre place.

Mon premier rapport à la littérature, c'est qu'elle m'a protégé de mon père, et de moi-même.

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urgal56

25-10-2017

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