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J'aime la vie ! - Tranche de Vie

Tranche de Vie "J'aime la vie !" est une tranche de vie mise en ligne par "Deogratias"..

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J’aime la vie !

 

J’ai bientôt fini de lire un livre intitulé : « J’ai pas les codes ». Depuis que j’ai appris que mon « câblage neurologique » était différent des autres personnes, j’ai le désir de m’informer sans retard.  J’avais entendu parler de ce titre, alors j’ai acheté bien vite cet ouvrage.

 

Je pensais mieux comprendre le monde qui m’entoure avec les  connexions amicales qui se lient entre les personnes. J’espérais aussi mieux appréhender la réalité des relations humaines,  devenir plus apte à la socialisation. Sans maladresse. Sans blesser. Sans me tromper.

 

Je crois qu’après avoir fermé ce contenu riche en réflexions philosophiques, en données psychologiques, en paroles pleines de bon sens ;  Je crois, sans risquer de dire des sottises, que je me sens envahie d’une profonde tristesse.

 

Tout ce qu’elle dit des personnes neurodivergentes : leur besoin de sens, leur questionnement sur les interrogations existentielles, leur intolérance massive à l’injustice, leur désir de partager, leur ignorance du contexte social, leurs manquements aux figures de style, leur naïveté foncière sur les jeux de pouvoir, leur méconnaissance des positionnements hiérarchiques dans le monde du travail, leurs difficultés à se faire des amis etc..etc..

Tout cela me projette dans un univers que je découvre comme étant uniquement le mien et non pas celui de tout le monde. Et c’est bien cela qui m’étonne le plus. J’étais convaincue jusqu’ici que tout être humain partageait mes propres difficultés. Je découvre que non. Je pensais que ma vision du monde n’était pas trop tordue, que les ramifications qui s’établissent dans les dialogues, les communications, les partages étaient de toute façon assez similaires à mon propre fonctionnement. Pas du tout. Même s’il est vrai que certaines expériences, à des degrés divers, peuvent, parfois, s’en approcher.

 

Je comprends ce soir que je suis très réellement non pas sur une autre planète. Non. Ce serait faux. Abusif même. C’est plutôt comme si je découvrais que je vivais à la fois dans ce monde et en même temps dans un autre. Je me fais l’effet d’une marionnette suspendue par des fils que l’artiste tient dans ses mains. Rien ne m’est naturel, simple et fluide. Je saute tantôt à pieds joints sur la mappemonde de cet univers, tantôt sur une autre.

 

Je me sens triste. À la fin de ce livre, il y a toutes sortes de conseils pour contrecarrer ma pente naturelle. Toutes sortes de codes de « bonne conduite » pour mieux vivre. Ce qui est atroce en vérité, c’est qu’à bien écouter, je sais, au plus intime de moi, que je ne saurai jamais agir comme elle le recommande. C’est trop violent. Trop exigeant. C’est presque une mutilation. Je suivrai bien sûr quelques-unes de ces recommandations, j’en vis déjà beaucoup ayant appris à compenser, à me suradapter au milieu des autres. Mais je le sens bien, je serai toujours maladroite. Surtout, je m’en rends compte, j’ai peur de ne pas y arriver.

 

J’ai l’impression d’être dans une grande salle de cinéma. J’aimerais participer au tournage du film alors qu’il est déjà projeté devant moi. Je ne peux pas aller dans l’écran. Je ne peux m’y rendre pour changer le scénario, les dialogues et l’intrigue. Je ne peux que regarder. Immobile dans un fauteuil plongé dans l’obscurité.

Quand la séance sera terminée, je me frotterai les yeux, j’aurai du mal à m’acclimater de nouveau à la lumière du jour. Il me faudra retourner dehors, dans la rue, en plein dans les décors du tournage que j’aurai regardé. Là je constaterai que j’ai bel et bien traversé l’écran, que je joue moi aussi dans le film, mais ce sera une sensation étrange : j’aurai l’impression d’être toujours dans la salle de cinéma, à regarder autour. Comme si j’étais pour toujours étrangère à ce film que pourtant j’aime à regarder et dans lequel j’aurai eu tant de plaisir à jouer.

 

Me voilà redevenue une petite enfant qui voit la jolie pâtisserie derrière la vitrine du boulanger. Elle espère la manger mais elle sait que c’est impossible. Quand enfin elle aurait l’occasion d’y goûter, rien qu’un peu, elle aura l’expérience, qu’à la première petite cuillère dans ce si joli gâteau, toute la  décoration sera  abîmée.

 

J’ai cependant un atout : Malgré tout, je recommencerai encore et encore à manger des gâteaux. Malgré tout, je recommencerai, encore et encore, à construire des légos. Malgré tout, je recommencerai encore et encore à sauter à pieds joints dans les flaques des mappemondes, et même, allez savoir comment, je me surprendrai encore et encore à me baigner dans l’eau de ses océans.

 

J’ai pas les codes, certes, mais j’aime la vie.

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Deogratias

05-12-2023

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Tranche de Vie terminée ! Merci à Deogratias.

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