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Câblage neurologique - Tranche de Vie

Tranche de Vie "Câblage neurologique" est une tranche de vie mise en ligne par "Deogratias"..

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Câblage neurologique

 

 

Je suis allée voir la psychiatre en charge de m’aider à accepter mon diagnostic. Si ce dernier m’a permis de mieux me connaître, j’en ai même fait un roman, je cherche encore à en comprendre tous les contours.

La séance d’aujourd’hui m’a laissé un goût amer. Je posais des questions sur les difficultés que j’ai à créer des relations et à les conserver. Je lui donnais des exemples de ma vie passée, les déceptions et les atouts de ma vie relationnelle. Elle m’écoutait attentivement. Puis, devant ma demande, elle m’a expliqué avec des mots bien à elle le pourquoi du comment de ma solitude.

 Selon ses dires, et ceux de la littérature experte : « Je n’ai pas les codes sociaux ». Jusqu’ici je pensais que les codes sociaux, c’était l’apprentissage de la politesse : « Bonjour, merci, à bientôt etc.… »

 Et bien non, figurez-vous, ce n’est pas cela du tout. C’est un câblage neurologique qu’on a de façon innée. Mon éducation, bonne ou mauvaise, n’a rien à voir là-dedans. Donc, ce fameux câblage explique que, dans mes relations, je n’ai ni la délicatesse (que je crois pourtant déployer avec moult efforts), ni la compréhension du contexte social. Je n’ai pas la fluidité ni l’adaptation que, d’ordinaire, les gens ont entre eux.

 

Elle m’a donné un exemple : « À chaque fois que vous venez me voir, vous me dites : « Vous ne pouvez rien faire pour moi » et bien, si j’étais votre amie, je le prendrais très mal. Une fois, deux fois, trois fois, au bout d’un moment je vous dirai, même en tant que psy : « Et bien, puisque c’est ainsi pourquoi venez-vous me voir ? » et je ne vous reverrai pas. Mais je suis formée à l’autisme et je sais que vous ne vous en rendez-même pas compte ».

 

Son exemple m’a interpellée, j’ai répondu : « Mais vous savez, j’ai une expérience habituelle de ne pouvoir être rejointe par personne ou presque. Et de mauvais souvenirs de psychothérapeutes. Voilà pourquoi je vous dis cela. Je ne remets absolument pas en cause vos compétences quand je dis cela ».

Ce à quoi elle a répondu : « Oui, je le sais très bien. Mais beaucoup d’autres ne le peuvent pas. Plusieurs raisons sont en cause dans votre solitude. Il y a les autres qui ne sont pas toujours faciles, la vie etc. Mais aussi votre câblage neurologique. C’est presque une fatalité pour vous. Vous ne pourrez jamais avoir les mêmes relations que les personnes neurotypiques. Il y aura toujours un manque de fluidité, de continuum dans la relation. ».

J’étais là sur ma chaise. Elle expliquait très bien. Moi, dans ma tête, je parcourais toutes mes relations passées, celles qui ont capoté, celles qui se sont interrompues du jour au lendemain sans explication, celles auxquelles j’ai mis fin, celles qui ont été marquées du sceau de l’abandon, de la trahison, du manque de sincérité.

Je relisais tout.

La psychiatre m’expliquait avec beaucoup d’empathie : « Vous commettez des maladresses nombreuses sans vous en rendre compte. Vous n’y êtes pour rien. Ce n’est pas votre faute. Jamais vous ne pourrez changer cela. Vous n’avez pas les codes sociaux. C’est souvent quelque chose de très subtil dans la relation, de micro subtil même parfois. Vous, vous ne percevez pas le contexte, les échanges, les attentes des autres. C’est propre à votre autisme. Moi, je suis une professionnelle. Je peux comprendre mais une personne lambda ne le pourra pas ».

 

Une envie de pleurer indescriptible m’avait saisie. L’entretien dans sa longueur est impossible à retranscrire ici. La psychiatre était convaincante, amicale même. Elle rajoutait : « Vous ne vous en rendez pas compte n’est-ce pas ? ». Je lui ai répondu : « Oui, en effet ». Elle m’a dit alors : « C’est normal. Vous ne pouvez pas le percevoir.  Avec les exemples que vous m’avez donnés, je vois bien que vous avez quelquefois une bonne réaction face aux autres, c’est parce que vous n’avez pas fait d’AVC au niveau de votre cortex frontal ». J’ai ri jaune.

Je suis donc un phénomène atypique. Un câblage neurologique différent, un cerveau neurodivergent. Mon fonctionnement n’est pas le même que les autres. Voilà. Je dois relire en ce moment toute ma vie à la lumière de ces nouvelles données. Je reste comme sidérée par toutes ces nouveautés qui me permettent à la fois d’éclairer le passé mais qui me font aussi comprendre que mes difficultés  perdureront toujours.

 J’ai de la peine. Je reste un peu en état de choc. J’ai du chagrin. De la tristesse. J’ai un poids sur ma vie, sur mon cœur. Mon câblage, ma neuro-atypie explicative de ma solitude, il faudra faire avec. Ma différence ne pourra jamais être en adéquation avec le monde environnant.

Voilà ma conclusion.

Je pèse une tonne.

Pour finir, autant mettre une touche d’humour : Dans le film : « La 7ème compagnie », je me souviens qu’à un moment donné un des soldats doit faire sauter un pont avec de la dynamite. Il porte sur lui le détonateur. Tout au long du chemin, il récitait pour s’en souvenir : « Le fil rouge sur le bouton rouge. Le fil vert sur le bouton vert ».

Et bien vous savez quoi ? Mes câbles se sont emmêlés. Le fil rouge n’est pas sur le bon bouton. Ma tête a fait des nœuds. J’me suis pris les pieds dedans ! Voilà ! La belle affaire ! Les pieds dans les fils, j’me casse la figure sans arrêt !  

 

Mes connexions sont déglinguées.

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Deogratias

27-11-2023

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Câblage neurologique appartient au recueil Tranches de vie

 

Tranche de Vie terminée ! Merci à Deogratias.

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