Connexion : supprimer Ou

Après la pluie, le beau temps ! - Histoire

Histoire "Après la pluie, le beau temps !" est une histoire détente mise en ligne par "Deogratias"..

Venez publier une histoire détente ! / Protéger une histoire détente

Après la pluie, vient le beau temps !

 

 

Elsa avance sans trop y croire, l’appartement que sa propriétaire lui loue pour un loyer modeste, cet endroit sombre, dans une ruelle étroite, avec une hauteur de plafond démesurée, bref, voilà qu’il a pris l’eau ! Tout d’un coup, le voilà avec des traces d’eau partout sur les murs, à hauteur de son cou.  Elle s’était absentée ces trois derniers jours pour un temps de vacances chez des amis éloignés et voilà qu’à son retour, son deux pièces pleure de partout. Les sols sont encore inondés, les papiers peints se détachent tout seul, sa douche est une pataugeoire, ses fringues sont trempées dans l’armoire posée près de son lit. Que s’est-il donc passé ? Elle n’en sait rien Elsa, elle ne sait plus rien d’ailleurs.

 

Depuis quelque temps, elle ne sait même plus ce qu’elle fait là, pourquoi elle est ici, en ce lieu précis qu’elle a choisi sans vraiment le désirer. Ce domicile à bas prix pour aller travailler non loin dans un bureau triste et sans sourire. Au milieu des posters qui flottent au sol, des bouteilles de lait renversées, des amours déçus, des crevasses qui serpentent sur les façades de ce vieil immeuble, Elsa se tient debout. Debout au milieu de ce désastre.

 

Que va-t-elle faire ? Aller chercher sa propriétaire pour lui montrer les dégâts ? Elle ne savait pas comment réagir. Statufiée qu’elle était par les torrents de chagrin qui se répandaient tout autour d’elle. « À quoi bon après tout ? Que puis-je y faire ? Ce bâtiment est naze, insalubre. Je le savais bien dès le départ. Il me faut partir tout simplement ». Sa décision prise, Elsa prend sa valise gorgée de l’eau blanchie à cause des coulures du plâtre non loin de là. Elle la remplit de quelques affaires encore humides, elle tasse bien le tout. Elle emporte surtout ses photos, ses souvenirs, sa solitude. Elle emballe ses regrets et ses déchirures. « Comme si la vie était un cadeau ! Qui a dit ça ? Est-ce si sûr ? ». Elle fait ses paquets indigestes de trahisons, d’efforts inutiles et de séparations trop violentes. C’est décidé, Elsa change de vie. « Qu’ai-je à perdre ? Je suis sans famille, mes amies le resteront, je n’ai plus de travail dans une semaine ! ».

 

Elsa veut s’en aller, elle s’y prépare. C’est alors qu’elle voit au loin passer sous sa fenêtre une amie qui n’avait jamais été bien proche d’elle. Elle la voit qui marche dans la rue, juste en dessous. Tout d’un coup, avait-elle senti le regard d’Elsa ? Elle lève la tête et la remarque. Elle s’invite. Elsa n’a rien contre. Quand enfin elle est près d’elle, au milieu de la débâcle mouillée de sa pauvre existence, elle se met à se moquer : « Bien dis donc, c’est terrible ! Mais c’est ainsi, c’est la vie, on n’y peut rien et blablablabla… ». Elsa l’écoute sans l’écouter. Elle déteste sa morale à trois balles, ses conseils soi-disant avisés pour affronter les épreuves, son jean troué pour faire jeune, son allure, ses paroles. Tout lui donne envie de vomir. Cette fille a toujours été méprisante, elle le sait bien. Pourquoi avoir accepté qu’elle monte la rejoindre en ce moment compliqué ? Elle ne sait pas. Elle ne fait rien comme il faut de toute façon. Tout lui échappe, c’est une dérive sans fin : les autres, les projets, les amoureux, les relations.

 

Elsa n’en peut plus. Son amie de dénigrement s’en va. Ouf, elle respire un peu mieux. Avec le sourire d’un chat qui a piégé une souris, Nathalie (c’est son nom) lui a dit : « Bon, je te laisse, quels que soient tes projets, si tu as besoin malgré tout je serai là ! ». Évidemment, elle n’en pense pas un mot. Dans son monde à elle, on ne dit jamais ce qu’on pense. On dit même le contraire. Elsa ne s’y fera jamais à ces fausses phrases, à cette insincérité de convenance, à ces mots fugaces qui s’envolent dans l’oubli sitôt franchi les seuils. Elle ferme un instant ses yeux, son cœur, son âme, ses bras contre elle. Elle ferme tout à double tour juste quelques minutes, assise sur le bord de son lit. Elle ne pleurera pas. Non. « À quoi cela sert d’abord ? À rien du tout ! ».

 

Elle a beau faire, la digue lâche et des grosses larmes coulent sur ses joues. « Que je suis sotte ! ». S’injurier ne sert à rien, l’eau de son âme s’échappe pour rejoindre les flaques à terre. Ses larmes creusent un sillon qui s’en va couler avec tout le malheur du monde. C’est fou comme le monde est liquide, rien de solide, tout qui fout l’camp. Tout qui s’essore sous les soubresauts des abandons, des trahisons et des amitiés perdues. C’est fou comme tout fout l’camp. Elle ruisselle notre Elsa comme les petits ruisseaux qui serpentent dans les clairières esseulées, les matins du printemps.

 

La voilà prête à partir maintenant. Les joues rougies de chagrin, elle décide de quitter ce lieu . Quand, tout d’un coup, elle se dit que ce serait bien inutile de refermer la porte. Mieux vaut la laisser ouverte aux quatre vents. Aux yeux indélicats. À l’avenir. Aux futurs locataires. À la vie des autres qui ne s’arrête pas de se verser dans le vase de l’histoire. « pfff ! La belle histoire : « Il était une fois…Ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants ! ». Elsa renifle. Il était une fois une vie mouillée que le soleil ne vient plus assécher. Elle part enfin avec la porte laissée grande ouverte : « C’est mieux ainsi ! ».

 

Après quelques pas, elle rencontre soudain le souvenir de son amie morte il y a quelques mois à peine. Elle la voit encore qui la prenait dans ses bras pour l’embrasser. Elle pourrait même renifler ses vêtements. Son odeur est encore sur elle. Son parfum de tendresse qui envahissait comme une cascade entêtée tous les rebords de sa solitude, elle le sent, là, maintenant. Son amie d’antan, elle ferme de nouveau les yeux comme pour mieux la revoir et la respirer. Elle hume, en effet, dans cet escalier qu’elle descend lentement, les yeux du souvenir, la chaleur de ses bras, les mots qui la requinquent : « Je serai toujours là pour toi. Ce n’est rien Elsa. Ce n’est rien. Tu vas t’en sortir. Tout est bien ». Elle revoit son sourire joyeux au regard pétillant. « Bien sûr, elle avait raison ! Elle est sans doute près de moi. Spontanée et pleine de mystère ! ».

 

Dans la rue, Elsa marche sans se presser. « Pourquoi le ferais-je d’ailleurs ? Qui m’attend ? Qui me veut ? Qui me cherche ? ». Elsa est une âme errante sur la terre, elle navigue sur les flots de la mer agitée de la vie sans bien comprendre ni le sens, ni la direction. Elle est comme en terre perdue. C’est sa terre à elle. Elle flotte entre deux mondes, le sien et celui des autres. Ce n’est pas bien grave. On vit bien des naufrages entre deux averses, ce n’est pas bien nouveau, ni pour elle, ni pour personne. Ce qui importe c’est de continuer toujours à marcher même sous la pluie.

 

Quand enfin elle arrive là où ses pas la mènent, au domicile d’une autre amie pas plus fidèle mais plus riche. Elle pose sa valise. Elle aura le temps de se poser un peu chez Nadège, dans une chambre prêtée. « Tu restes autant que tu le veux ! ». Elsa sait bien que c’est faux mais l’intention est bonne. Enfin, pour l’instant, elle est bien trop fatiguée pour discerner le  mensonge et la vérité dans les propos de son amie généreuse. « Je ne dormirai pas dehors. C’est l’essentiel. Le reste, je verrai plus tard ! ».

 

De nouveau au sec, sans plus rien d’humide autour d’elle, dans un lit douillet, Elsa s’est endormie. Des tonnes d’eau la recouvrent qui avance sans répit vers elle. Des vagues entières qui la submergent arrivent près de son oreiller. Elle voit sans comprendre toutes les capillarités de ses jambes dessiner leurs sinuosités. On dirait des petites varices qui connaissent leur chemin. Elles voient les petits traits bleutés parcourir avec audace le dessous de sa peau, là, juste sous la surface. Puis, dans un éclair de feu, elle voit surgir ces petits vaisseaux en un geyser d’amour. Elle regarde plus attentivement, ses jambes n’avancent plus, les petites veines seules continuent à cheminer jusqu’à ce jaillissement de lumière. Des mains lui caressent les joues avec douceur. Elle reconnaît son amie du ciel. Elle sait qu’elle sera toujours là. Elle tient toujours ses promesses.

 

Quand Elsa se réveille, la joie de nouveau habite sa maison. Sans domicile mais heureuse. La vie lui tend les bras. C’est toujours ainsi, elle en a l’expérience. « Après la pluie vient le printemps ! ». Elle regarde autour d’elle le décor intérieur de la chambre qu’elle n’a pas choisie. Est-ce qu’on choisit sa vie, est-ce qu’on décide du chemin ? En tout cas, Nadège arrive sur le pas de la porte : « Tu as dormi deux heures ! Allez viens, on va manger ! ». Elsa acquiesce. Oui, Après la pluie vient le printemps, elle se tend de nouveau vers demain. Elle veut bien. La vie est là qui palpite sous un jour nouveau. La vie s’offre une nouvelle fois à son cœur liquéfié par l’espoir. Elle ne finira pas dans la mort toute sèche, dans le passé aride ou dans les sables mouvants du désespoir. Elle reprend pied dans le désert de son univers où tout est à bâtir. Elle y arrivera. C’est sûr. « Tu es comme les chats », disait son amie du ciel : « Tu retombes toujours sur tes pattes ! ». Elle avait raison.

 

Elsa prend son inspiration et se dirige vers son amie. Tout va bien.

 

 

« Après la pluie vient le beau temps ! ».

Partager

Partager Facebook

Auteur

Blog

Deogratias

12-12-2023

Téléchargement

PDF Certifié Ebook gratuit
"Soyez un lecteur actif et participatif en commentant les textes que vous aimez. À chaque commentaire laissé, votre logo s’affiche et votre profil peut-être visité et lu."
Lire/Ecrire Commentaires Commentaire
Après la pluie, le beau temps ! appartient au recueil Histoires courtes

 

Histoire terminée ! Merci à Deogratias.

Tous les Textes publiés sur DPP : http://www.de-plume-en-plume.fr/ sont la propriété exclusive de leurs Auteurs. Aucune copie n’est autorisée sans leur consentement écrit. Toute personne qui reconnaitrait l’un de ses écrits est priée de contacter l’administration du site. Les publications sont archivées et datées avec l’identifiant de chaque membre.