Connexion : supprimer Ou

Accélérateur de Bonne Humeur - Nouvelle

Nouvelle "Accélérateur de Bonne Humeur" est une nouvelle mise en ligne par "Deogratias"..

Venez publier une nouvelle ! / Protéger une nouvelle

77567b429cd7c6cd27de5d62e491f461556972e2.jpge626f85dc008487b425902d05fffcb76d3310aa8.png

"L'acccélérateur de Bonne Humeur"

Anthony, 27 ans, se levait le plus souvent de mauvaise humeur. Il accumulait les petits boulots depuis plus d’un an, las, il ne trouvait plus vraiment sens à sa vie.

Hier encore, il lavait les vitres des magasins de sa ville pour quelques euros dérisoires. Il portait un seau jaune à l’allure un peu sale, une raclette sur le rebord, un produit à vitre dans une poche et de l’autre un chiffon.  Il avançait ainsi dans les rues piétonnes à la recherche de celui ou celle qui voudrait bien de ses services. Mal rasé, il n’avait plus le cœur à prendre bien soin de sa tenue, les cheveux en bataille, toujours vêtu d’un vieux jean, on ne  pouvait pas vraiment dire que sa tenue vestimentaire le mettait en valeur. Il portait toujours un sweat bleu marine qui lui permettait de se faire passer pour quelqu’un d’un peu plus costaud que la réalité. De nature, il était en effet plutôt gringalet, mince comme un « haricot » disait sa grand-mère.

 

Son charme, il le savait, c’était ses yeux. D’un bleu clair absolument sublime, il en connaissait le pouvoir : Combien de jeunes filles avaient succombé à ces yeux-là ! En vérité, pas tant que ça, en tout cas pas depuis Laetitia, sa dernière conquête. Celle-ci, il en avait encore le cœur brisé. Étudiante en médecine, elle avait eu d’autres désirs que celui d’épouser un type tantôt laveur de carreaux, manutentionnaire à Auchan, ramasseur de poubelles dans les cités HLM ou bien saisonnier chez les horticulteurs de sa région.

 

Anthony cependant allait bientôt commencer une formation en informatique, cette perspective le remplissait de joie : les écrans, le numérique, tout cela était, toujours selon les dires de son aïeule « son grand dada ». S’il avait pu continuer ses études, il le savait, il se serait orienté dans ce secteur d’activité. On ne choisit pas toujours sa vie, en tout cas, pas toujours comme on l’aurait voulu. Le décès de son père l’avait obligé à travailler de bonne heure pour aider sa mère, caissière, en mauvaise santé elle aussi. Sa petite sœur Mazarine était encore bien jeune, pas question pour lui de faire des études longues.

 

La semaine dernière, son entretien à Pôle emploi et quelques interrogatoires lui avaient enfin permis d’y voir plus clair : une place serait libre pour lui dès septembre prochain pour une formation dans le domaine numérique. Son cas avait touché la personne chargée du recrutement. À ce souvenir, Anthony souriait encore. Seulement voilà, pour le moment, on était le 13 mai. Il avait encore trois mois devant lui avant le grand jour. Il cherchait nerveusement un job depuis quelques jours mais la période était sombre. Même travailler comme serveur dans le café du coin où il avait déjà officié, même là, plus personne n’avait besoin de ses services.

 

Anthony donc, en ce matin de printemps, errait l’âme en peine dans les rues de son voisinage. Il finit par entrer dans un bar qu’il connaissait bien, devant son demi à peu trop chaud à son goût, il entendit la conversation de deux clients attablés non loin de lui :

 

- Oh c’est génial, tu peux pas savoir ! Ça va vachement vite en plus !

- Oui, j’ai vu ! Mais alors pour tenir en équilibre là-dessus, bonjour ! Faut être jeune quoi !

Ils pouffèrent de rire.

Anthony se demandait bien de quoi ils parlaient. Moto ? Trottinette ? Il l’ignorait.

 

- J’ai décidé de revendre le mien pour en acheter un autre plus performant !

- Ah oui ? Combien ?

- Ben j’y réfléchis !

- Tu l’avais acheté combien ?

- 800 euros. Il peut rouler à 35 km/h. Tu mets plus de 4 heures pour le recharger mais ensuite t’es tranquille pour un bon moment !

- Ah oui quand même ! Dis donc, c’est pas donné un gyroroue !

- Oui mais les sensations c’est le top ! Et quelle liberté !

 

Anthony n’y tint plus. Ces engins-là l’avaient toujours attiré. Il s’approcha des deux garçons :

 

- J’ai entendu votre conversation ! J’ai toujours rêvé d’en avoir un ! Vous le vendez combien ? Excusez-moi de vous interrompre, je ne voulais pas être indiscret mais bon…

- Pas de souci ! Je le revends 600 parce qu’il a un pet sur le côté à cause d'un accident il y a six mois.  Hormis cela, il est comme neuf !

- C’est OK pour moi ! Je peux le voir ?

 

Aussitôt dit, aussitôt fait, ils sortirent et firent ensemble plus ample connaissance. 600 euros était une somme pour Anthony, il ne voulait pas se faire avoir. Le vendeur en question semblait honnête. Après quelques essais immédiats sur la rue d’à côté, Anthony fut emballé. Il avait encore besoin de s’entraîner et son nouvel ami lui proposait de se revoir dans quelques heures pour s’entraîner ensemble. Ils topèrent d’un geste de la main.

 

Quand Anthony rentra chez lui, c’est-à-dire une petite chambre sous les toits au loyer un peu trop cher, il avait retrouvé toute sa bonne humeur. Il se mit à chanter : « Je suis le roi de la tribu de Dana ! », avec force geste des deux mains, en mode « rap  breton" qui le fit éclater de rire.

Tout d’un coup, il ne sait pas pourquoi, il eut une idée, comme ça, en un éclair : « Et si pendant ces 3 mois, je devenais « accélérateur de bonne humeur  ? Avec mon gyropode ! Ouais ! La voilà la bonne idée ! ». Il fut tout de suite convaincu que c’était une merveilleuse opportunité pour se faire un peu d’argent en attendant septembre. Toute la question était de savoir comment réaliser une telle entreprise.

 

Comment devient-on « accélérateur de bonne humeur avec un gyroroue ? ». La question n’était pas banale. Il téléphona à Mazarine ce samedi matin et lui proposa de venir la chercher. Quand ils se retrouvèrent, il savait déjà que l’idée plairait à sa cadette. Âgée maintenant de 11 ans, elle ne manquait pas d’originalité non plus. Plus mûre que son âge, elle adorait son grand frère. Quand Anthony lui fit part de son intention, elle lui répondit tout de suite : « Génial, mais bon, tu sais, j’suis au courant maintenant ! Y’a des nouvelles lois pour l’utilisation des transports à glisse. Tu ne peux pas rouler sur les trottoirs, ni dans les rues d’une ville avec ce machin-là. C’est juste autoriser dans certains endroits. C’est très réglementé ! ». Il n’y avait pas pensé.

 

Au vu de sa réaction de dépit, elle ajouta : « Mais t’inquiète, hein, on va trouver comment gagner du pognon avec ton gyropode ! Tiens, j’ai une idée : On fabrique une petite brouette en bois ; tu proposes aux gens de les transporter dedans pour quelques euros. Toi, tu les fais rouler en te tenant derrière sur ton girou, et vogue la galère ! ». Anthony éclata de rire. Décidément sa Mazarine ne manquait jamais d’idées. Celle-ci était saugrenue.

Il répondit :

-  « On n’a pas le droit de faire des transports de personne avec ça ! ».

- « Pas grave ça, on s’en fout ! Tu  proposes juste tes services dans le parc à côté, pour les évènements de l’été. Tiens, la semaine prochaine, y’a la foire expo, qu’est-ce qui t’empêche de commencer ? ». Anthony fit une moue dubitative.

 

Mazarine, quant à elle, l’invita à la suivre dans le garage de la maison de leur mère.  Ils cherchèrent des planches de bois, des outils, des clous, un restant de peinture. « Voilà ! Fit-elle d’un geste triomphal, tu n’as plus d’excuse, fabrique-la ta brouette « accélérateur de bonne humeur ! ».

Il s’amusa de l’enthousiasme de sa petite sœur, puis, conquis, il se mit aussitôt au travail. Ce ne fut pas une mince affaire. Il y passa plusieurs heures tandis que Mazarine repartit vaquer à ses occupations.  Jusqu’à la tombée de la nuit, il assembla les planches, utilisa d’anciens manches à balai, puis une fois le tout conçu, il se mit à écrire en gros caractère de chaque côté de sa brouette improbable : « Accélérateur de bonne humeur ».

Il dessina aussi  quelques fleurs et mit quelques casques qui pendaient sur les côtés. Enfin, il posa dans le fond un long coussin « pour pas qu’ils aient mal aux fesses ! » avait déclaré Mazarine de retour près de lui.  

Il lui déclara :

- « Demain tu t’entraines avec moi ! Ça marche ? ».

- « OK. On va bien s’marrer ! ».

- « Elle est troooop bien notre idée ! ».

 

Dès le lendemain, ils se retrouvèrent pour procéder à quelques essais. Mazarine dans le fond de la brouette, casque sur la tête, éclatait de rire. Elle hurlait de joie dès que son frère prenait de la vitesse :

- Mais comment c’est trop génial ce truc ! S’esclaffait-elle

- Oui, mais pétard, j’ai mal aux mollets !

- Faut t’muscler mon pote !

 

Sa joie faisait plaisir à voir. Elle ajouta : 

 

- Tu sais, si tu veux le proposer à la foire expo, va falloir l’améliorer !

- Comment ça ?

- Moi, je pense qu’un peu de musique pour attirer les gens, ce serait pas mal. Et puis aussi un petit drapeau rigolo en haut d’une branche sur le côté, ça pourrait être sympa !

- OK. Je fais ça et demain je commence !

- Non, frangin, faut d’abord la permission !  Avant, va voir un responsable à la mairie !

 

Décidément, sa sœur de 11 ans était bien plus pragmatique que lui. Il en convenait aisément. Après avoir accompli tout cela, il revint la voir quelques heures plus tard :

 

- Alors ? Demanda-t-elle, inquiète qu’il ne puisse pas exercer son nouveau métier

- Alors, ils ont trouvé l’idée géniale, je peux !

- Waouh !

Mazarine sauta sur place et l’embrassa. De son côté, elle lui avait confectionné le petit drapeau pour son engin :  Il était bleu marine, avec un soleil bien doré qui souriait.

Elle précisa :

 

- Tu vois, ça donne envie d’se marrer ! Il s’fend la poire !

 

Le jour J arriva. Muni de son "girou", comme le nommait sa sœur, de sa brouette, de son enceinte, de ses casques, il s’installa à l’entrée du parc. Il avait posé près de lui une grande pancarte : « Inscription obligatoire pour une télé transportation en « accélérateur de bonne humeur ! ». Les gens riaient à la vue d’une telle invention. Il avait aussi précisé : « Enfants comme adulte, pas plus de 100 kg !  2 euros le tour du parc ! ».

 

Au bout de quelques minutes, la feuille d’inscription se remplissait plutôt bien. Anthony commença de tourner avec la musique folklorique, le drapeau ensoleillé, les enfants assis dans le fond de la brouette. Lui, debout, fier et joyeux, avait de plus en plus d’aisance, même dans les virages.

Les personnes qui les croisaient, souriaient tous. Ce « girou » avait réellement un pouvoir de semer la joie autour de lui, Anthony le remarquait bien. C’était incroyable combien les visages s’éclairaient à leur passage. Quant aux enfants qui venaient s’inscrire, ils étaient absolument ravis. Excités dès que la vitesse reprenait.

 

Mathilde, une voisine, était assise près de là, avec son petit chiot. Elle s’amusa de ce jeune audacieux et lui demanda bien poliment s’il voulait bien qu’elle le prenne en photo. Il accepta de bon cœur. Quand elle revint s’asseoir sur le banc bien qu’elle le vît passer devant elle, une fois, puis deux, puis trois, puis quatre, elle en fut  de plus en plus ravie.  Avec le soleil du jour, les fleurs autour, les regards des passants amusés, il y avait comme un air de fête. L’invention d’Anthony lui charmait le cœur. Elle décida d’écrire un article sur lui dans la presse locale dès le lendemain.

 

Pour le moment, Anthony qui n’en savait rien continuait sous son regard ses courses folles en « accélérateur de bonne humeur ». Tout le parc était transfiguré par la bonne humeur contagieuse. Le soir de sa première journée de travail, à partir de 17 heures, Anthony rentra chez lui, fatigué mais heureux. Il ferait cela pendant toute une semaine. A ce rythme-là, malgré tout, il savait qu’il ne gagnerait pas grand-chose mais le bonheur de rendre les gens heureux surpassait de loin tout ce qu’il avait pu imaginer.

Mazarine amenait ses camarades de classe et les adultes eux-mêmes se prenaient au jeu. On aurait dit que chaque minute de bonheur apportait dans le cœur d’Anthony,  mais aussi dans celui de sa ville,  une joie « accélératrice de sourires ». Ce qui, après tout, était une très belle vocation !

 

Après lundi, ce fut au tour du mardi, puis du mercredi, jeudi. Anthony se fatiguait. Il était temps que sa petite mission prenne fin. Il roulait quasiment toute la journée, toujours dans le même sens, et, à vrai dire, il avait l’impression de connaître dorénavant chaque recoin de ce parc, chaque fleur, chaque caillou, chaque arbuste. Las mais toujours sourire aux lèvres, il remplissait son petit labeur. Ses jambes le faisaient souffrir. La nuit du vendredi au samedi, il rêva qu’il roulait si vite qu’il se prenait un mur de briques. Il se réveilla en sueur tant l’impression semblait réelle. Pour lui, c’était le signe que l’expérience avait assez duré.

 

Alors que tout courbaturé mais fier de son épopée il approchait pour commencer sa dernière journée, il vit Laetitia, son ex, assise près de sa grande pancarte qui n’avait pas été retirée la veille. Tout surpris, son cœur se mit à faire du « girou » lui aussi. Elle lui tendit dans un sourire radieux, l’article de journal qu’elle avait lu hier soir. Anthony découvrit sa photo, tout sourire, avec pour titre à la une : « L’accélérateur de bonne humeur fait la joie des petits et des grands pour toute la semaine ». Suivait, juste en dessous, l’article de Mathilde. Il lut, releva la tête, les larmes dans les yeux, il éprouvait une fierté qu’il n’avait jamais connue.

 

Ce retour de Laetitia dans la vie d'Anthony surprit beaucoup Mazarine. Elle déclara à son grand frère  : "Après tout, si l'accélérateur accélère un peu ta vie, c'est juste normal en fait !". Ce à quoi il répondit : "La sagesse a parlé !".

 

Quelques mois plus tard, Anthony avait trouvé une place dans une société qui travaillait dans les systèmes numériques. Surtout, il avait épousé Laetitia. Et devinez quelle était la photo qui prônait sur son bureau ? 

 

On y voyait Anthony et Laetitia le jour de leur mariage, avec juste près d'eux, un gyropode sur lequel se tenait très fière la petite Mazarine. Elle tenait les deux manches de la brouette en bois sur laquelle était  écrit en gros :

 

 

 

"Accélérateur de bonheur".

 

 

210b1945c0c0f53f3ee70f69877180ae048b9d7d.pngf6de3056b8f01c2a3600d6a725da89bb4cf7f452.png

 

 

Partager

Partager Facebook

Auteur

Blog

Deogratias

13-05-2024

Téléchargement

PDF Certifié Ebook gratuit
"Soyez un lecteur actif et participatif en commentant les textes que vous aimez. À chaque commentaire laissé, votre logo s’affiche et votre profil peut-être visité et lu."
Lire/Ecrire Commentaires Commentaire
Accélérateur de Bonne Humeur appartient au recueil Mes Nouvelles

 

Nouvelle terminée ! Merci à Deogratias.

Tous les Textes publiés sur DPP : http://www.de-plume-en-plume.fr/ sont la propriété exclusive de leurs Auteurs. Aucune copie n’est autorisée sans leur consentement écrit. Toute personne qui reconnaitrait l’un de ses écrits est priée de contacter l’administration du site. Les publications sont archivées et datées avec l’identifiant de chaque membre.