Texte court
La mélodie d'une flûte de pan emplit mon appartement. Quelque part au Pérou, un musicien en costume traditionnel fait naître ce chant venu des montagnes. Le soleil brille tant sur ma façade, volets fermés ; mais j’ai pour horizon mes plantes vertes qui font la révérence avec leurs feuilles un peu timides et leur ascension sans fatigue. Un livre ouvert sur mon bureau, les lignes relues au hasard sont d’une grande intensité, le bonheur de feuilleter des pages d’une telle profondeur remplit l’â...
Texte court
« Chanter c’est prier deux fois » (St Augustin). Puisqu’il en est ainsi, élevons nos voix au-dessus du monde au bord duquel on peut s’asseoir, entre le ciel et la terre, entre les étoiles et la lune. Puisqu’il en est ainsi, psalmodions avec nos voix de soprano, d’alto, de ténor et de basse, au-dessus des forêts qui brûlent et des mendiants sur les trottoirs des villes. Ecoutons revenir en écho le chant du Divin qui répète notre office repris par les anges du firmament. Les vibrations de cett...
Poème
Au début fut le Verbe, souffle premier dans le silence, une lueur avant la lumière, un murmure au seuil de l’existence. Puis les noms nous furent enseignés, et, par l’invisible des mots, le visible entra dans la conscience. Le mot rend pensable l’invisible ; l’absent devient présent. Il donne un contour à l’air, une chaleur au souvenir, un nom à l’amour, une ombre à la haine. Mais la parole n’a qu’une voix et mille échos pour l’accueillir chacun y verse sa mémoire, ses cicatrices et ses lueur...
Poème Classique
Dans les cieux étoilés, je le jure, je n’ai jamais vu Dieu Mais vers lui, ma petite prière monte tous les jours Je voudrais un monde où l’homme soit plus heureux Avec moins de guerres, de catastrophes, plus d’amour Mon Dieu pourquoi aux guerres, aux accidents, aux combats Ajoutez vous les tremblements de terre et les tsunamis ? Assez d’humains par les bombes, le fusil partent vers le trépas Où est votre bienveillance ? Votre pitié ? êtes vous endormi ? Je sais que la distance de vous à moi e...
Texte court
Les branches pleurent en sève le long de leurs écorces, les fougères s’essoufflent avant même que l’ivresse des flammes ne vienne à les toucher, les feuilles se courbent dans le brouillard noir de la fumée, la chevelure désordonnée des grands pins d’Alep tombe à terre par le rasoir d’un grand coiffeur invisible. La forêt dans le tumulte d’une apocalypse incendiaire gémit sous les étincelles éclaboussées par le vent tapageur, les oiseaux oublient de chanter, les écureuils se meurent dans les ...
Texte court
Elle marchait dans une allée dépourvue d’ombre. Nous étions au mois de Juillet, en pleine canicule. Fatiguée de vivre derrière les volets clos de son appartement transformé en four, elle avait choisi de sortir. A l’obscurité, elle préférait la lumière, malgré la chaleur. Dehors, on respirait un peu mieux. Alors qu’elle avançait perdue dans ses pensées, elle vit juste à quelques mètres sur sa droite, des brumisateurs géants. Pour être plus précise, il s’agissait de piquets de fer bien droits ...
Histoire Courte
Je me reposais tranquillement dans mon cercueil en bois précieux quand mon valet Igor vint me déranger. - Maître, on sonne à l’entrée principale du château. - Quel est l’importun qui ose déranger ainsi le comte Donaldo pendant sa sieste ? - Une représentante en assurance-vie. - Qu’elle brûle en enfer ! Depuis quand le comte Donaldo a-t-il besoin d’une assurance-vie ? - Voulez-vous que je l’éconduise, maître ? - Que nenni, mon bon, après tout, je n’ai pas souvent l’occasion de jouer avec des m...
Histoire Courte
Le vaisseau ronronnait tranquillement dans l’hyper-espace. It-I, le capitaine et l’actionnaire principal, agitait en vain ses tentacules mais ses compagnons continuaient de gloser. Go-D, l’astrobiologiste, arguait de la valeur marchande de la cargaison. Al-F, le mécanicien, demandait qu’on lui verse en avance sa part du butin. - C’est qui, on ? - Tu le sais bien, Go-D. - Et comment le saurais-je ? Je ne suis qu’un pauvre actionnaire minoritaire. - Si tu n’avais pas joué tes parts aux cartes, ...
Texte
Un titanesque éléphant rouge écrase de tout petits ânes bleus dans les rues de la capitale fédérale. Des centaines d’ombres crayeuses applaudissent le spectacle de leurs mains tordues. Leurs voix stridentes réclament bruyamment le retour du Seigneur Dieu, de son fils Jésus Christ et des Pères Fondateurs. Une poupée peroxydée déchire avec violence un sombrero fumant sous le feu populaire. Les caméras du monde entier filment la foule en délire pour des millions d’étranges lucarnes avides de san...
Histoire Courte
« Ooh Ooh Baby Baby » scandaient les choristes du ténébreux George Michael, tandis que je remuais mon corps devant l’écran de télévision. Je me voyais grand, beau, brun, un dieu parmi les mortels. Soudain, la sonnerie retentit. Je maudis intérieurement Danny, Olger et Vera, me levai et ouvris à mes visiteurs. - Salut Ricky, beugla Danny. Prêt pour la fiesta du gros Francky ? - Ouah, c’est George Michael sur MTV, cria Vera. Il est trop canon ! Tu avais enregistré l’émission ? - Groumpf, rota ...
Texte
Introduction Tout a commencé ce matin par une place assise au fond du bus. Chose rare pour moi, car les places de l’avant étaient déjà prises. Je me suis installé, presque par défaut, sans me douter que ce petit déplacement allait changer ma manière de voir. J’étais un peu en retrait. Un peu plus haut, à cause de la plateforme arrière. Le regard portait plus loin, différemment. Ce matin-là, des milliers de personnes empruntaient un autobus, un métro ou un train pour se rendre au travail. Ce t...
Texte court
Les rivières courent dans les prairies de Juin, bien qu’essoufflées par les fragrances et les rires du vent, elles ne s’arrêtent jamais. Audacieuses, elles glissent sur les cailloux, elles se prennent pour une patineuse, en chorégraphie liquide sur la terre étonnée. J’écoute leurs murmures, que dis-je, leurs psalmodies ferventes, elles chantent mieux que les oiseaux, bien plus discrètes. Les fleuves impétueux s’en vont je ne sais où, quelque part, là où je ne peux les suivre. De leurs cascad...
Poème Classique
Très tôt dans le métro court le peuple golem, L'appel du souterrain le parque dans la rame, Sans un mot sans un son, juste pur amalgame, Des zéros et des uns, simulacres d'item. Et jusqu'au samedi, c'est le même chelem, La foule s'agrandit, tels des fils sur la trame, Anonyme cheptel en quête du sésame, Un fauteuil au bureau, son ultime totem. Tout nouvel arrivant se montre magnanime Devant le vain troupeau privé de son estime, Un bout d'humanité tombée au minimum. Cette course effrénée amène...
Texte court
Après des épreuves, je désire parfois m’enfermer dans une solitude absolue. Comme je suis croyante, je m’isole dans la prière et le silence. Je coupe le téléphone et ne tolère plus aucune visite, plus rien. Pendant ce moment unique, assise sur le rebord du monde, entre terre et ciel, je prends souvent mon casque pour écouter de la musique. Le « Miserere Mei Deus » (*) de Gregorio Allegri me connecte à la transcendance et à un « Je ne sais quoi qu’on ne rencontre que d’aventure » (*). Je me ta...
Texte court
L’ Absence et l’Extase Dans « Noire Claire » de Christian Bobin, j’ai trouvé une page blanche, en son milieu, une seule phrase : Absente pour cause d’extase. Je suis tombée sur cette parole dans un moment où l’actualité brûlante de ces derniers jours ne cessait de me donner la nausée. J’avais envie d’adhérer à ces quatre mots, mais j’en étais incapable. Alors, j’ai changé un peu la citation : Absente pour cause de surcharge. C’était bien suffisant pour expliquer mon départ. J’avais bien le dr...
Histoire Courte
Bobby nageait au milieu d'un lac entouré de gigantesques arbres noirs. L'eau reflétait de rares rayons de soleil et les ondes s'élargissaient en cercles infinis. Nul autre baigneur n'apparaissait dans l'étendue liquide. Aucun rivage ne semblait border l'univers aquatique. Bobby ne portait ni tenue de bain ni vêtement approprié à la baignade. Il ne se souvenait pas comment il était arrivé ici, mais il se sentait bien, en sécurité. L'eau réchauffait son corps. Nager ne le fatiguait pas outre-me...
Tranche de Vie
Le passé ne s’efface pas Revenir dans nos vies après 25 ans d’absence, poser questions sur questions, rire, raconter ta vie, tes soucis, tes joies. Et puis c’est tout. Comme si le passé se gommait de lui-même. Comme si le passé n’avait même jamais existé. C’est pas comme ça qu’ça marche mon gars. C’est pas comme ça du tout. Les années sans voir les enfants, sans nouvelles, sans sourires ni photos. Je ne t’ai même pas reconnu sur celles que tu m’as données. Je ne sais plus qui tu es. Je n’ai p...
Tranche de Vie
« L’enfant s’appelait Roger, il sera marqué à jamais par un incident lors du bombardement de la gare des Batignolles, à proximité du logement parental. Il eut tellement peur, surpris par l’intensité, qu’il en fut pétrifié sur place. Les yeux hagards, terrorisé par le bruit, il demeura comme figé, statufié devant la fenêtre par le vacarme des bombes. Au moment où cet évènement se produisit, sa mère s’était absentée quelques instants. Quand elle comprit enfin ce qui se passait, vite, elle finit...
Histoire Très Courte
Ding dong dang, me serine ma tête. Après un temps indéfini, je me rends compte de ma sortie de stase. L’ordinateur de bord ne m’explique pas le pourquoi du comment juste mon présent où l’astronef censé m’amener sur Uranus file dans la direction opposée. Je suis mal. Et ma rapide évaluation des réserves en nourriture ne me promet pas une longue durée de vie. Je me décide à appuyer sur le bouton rouge d’urgence tel que préconisé dans le manuel de bord. - C’est à quel sujet ? Cette voix métalliq...
Histoire Très Courte
La séquence de mise en orbite s’amorça sous la supervision de l’ordinateur de bord, une intelligence artificielle embarquée dernier cri dénommée SISTER. Les passagers sortaient de leur longue période de sommeil, une phase de stase de quatre années. Le voyage à destination de Kepler-199 z prenait fin. Ils pourraient étudier cette planète et peut-être, par la même occasion, découvrir ce qu’était devenue la précédente mission dirigée par le commandeur Wilson. La sphère verte s’affichait sur l’éc...
Poème
Je voulais seulement faire voyager mes mots. Leur trouver des lecteurs. Quelques regards. Quelques cœurs. Alors je les ai confiés aux courants du monde. J’ai appris les codes, les formats, les cadences, les heures et les silences. Puis j’ai découvert une étrange loi : ce qui brillait le soir s’effaçait avant l’aurore. Et ce qui attirait les regards hier encore, était déjà oublié le lendemain. Il fallait suivre la vague. Courir. Se transformer. Changer de forme. Changer de rythme. Comme si l’é...
Coup de gueule
« N’hésitez pas à me contacter, un humain vous lira et vous répondra ». Cette phrase qui accompagne, parfois, des emails en réponse à des questions que je pose concernant tel ou tel service sur des sites en ligne, a attiré mon attention. Elle en dit long. Très long. Elle sous-tend que nous sommes déjà passés à l’ère des robots, des algorithmes, des automatisations. Ce n’est pas nouveau. Certes, mais le phénomène se répand. Les lettres-types sont déjà des ancêtres ou presque. Nous voilà passés...
Poème
Écailles d’Antan Dragons imposants Voie lactée omniprésente Derrière l’ambre Une histoire se raconte Sur les genoux d’un oncle Rires insouciants De jeunes enfants La bête immense prend son envol Quand la berceuse retentit Sous le châle d’une mamie L’humeur chagrine s’étiole Le souffle glacé D’un destrier, regard ombré Lueur dans la nuit, blafarde Quand dansent les crabes Sur cette plage reculée Du reste de la terre mouillée L’humus dans les doigts Le sourire des villageois Le chant des ancien...
Jeu de Plumes
Jeu de plumes avec Paulette Pairoy-Dupré - Dans tous ses âges, la vie est collation, Douce, limpide, enivrante, sucrée, Amère, trouble, opaque, empoisonnée, Décoction, breuvage, nectar, philtre ou potion. La vie en ses débuts est un apéritif Qui vous met en appétit Que l’on partage avec des amis Ou que l’on sirote seul, désespéré. La vie est un café parfois corsé, Un café qui vous tient éveillé Comme le thé nous permet de voyager, Un café dont on aimerait lire le marc. La vie est une coupe de...
Texte court
Je me promène dans les rues de la ville baignée par le soleil de juin. À mes oreilles, de la musique grégorienne. Les envolées polyphoniques de la liturgie enveloppent tout alentour. Les vitrines des boutiques ne sont plus que des portes anonymes vers un ailleurs indéfini, les lampadaires se changent en étoiles muettes tandis que les trottoirs sont désormais des couloirs vers le ciel azuré. Je sens aussi sur ma peau la tiédeur du jour. Mon regard écoute la psalmodie des âmes que je croise, l...