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Vive le Sport - Roman

Roman "Vive le Sport" est un roman mis en ligne par "Raymond Luob"..

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VIVE LE SPORT

Petit Polar humoristique

                                                                                                      Raymond LUOB

Le présent récit que vous me faites l'honneur de lire est basé sur des faits hautentiquement farfelus.

Les péripéties, fidèlement reproduites avec la plus grande fantaisie, racontent une histoire à coucher dehors avec un billet de logement.

Pour une bonne compréhension de l'intrigue, cette mise au point m'apparaissait nécessaire.

En fait, c'est tout simple. Le topo du machin de la chose, c'est l'histoire d'un gars qui aime une fille... Oui...! Mais non ! Cest plutôt l'histoire d'un gars qui monte à Paris pour faire fortune... Oui...! Si on veut ! Mais non, non plus ! En fait, il y a d'un côté, des voyous, des margoulins, des profiteurs et autres politiciens ; de l'autre, des flics et un narrateur. À moins que...

Alors, vous allez voir qu'il y a quelques passages en italiques. Parmi eux, les apartés ! Ils sont signalés pour la simple raison qu'ils n'ont aucun lien avec le présent récit.

Je vous rassure : ce qui suit est beaucoup plus clair (d'après moi) que ce préambule.

Quoi qu'il en soit, cette histoire ne manque pas de sel.

Précision supplémentaire : les quelques mots d'argot qui émaillent ce récit datent du siècle précédent. Désolé, ceux de l'époque actuelle, je n'y entrave que dalle !

Chapitre 1

Comme sur des roulettes

Aux abords du périph. Ouest, un bâtiment en projet de rénovation – donc délabré et aux trois-quarts déserté.

Dans une des caves dudit, un ramassis de paumés.

- Bon ! Je veux bien te donner encore une chance. Mais ce sera la dernière. Et si tu foires, tu peux numéroter tes abattis au cas où tu reviendrais ici. Vu ?

- T’occupes ! Ce coup-ci, j’en suis sûr, ça va aller comme sur des roulettes.

Alain Levade ne pense pas si bien dire.

Cet apprenti voyou avait, à maintes reprises, tenté d’intégrer la pègre parisienne. Sans succès ! Débarqué de son Ardèche natale avec pour tout bagage ses vingt ans, un viatique, son accent provençal et un culot phénoménal, il affiche une confiance en soi inébranlable. Les innombrables rebuffades ne l’ont jamais découragé. Tout d’abord, il envisageait de débuter comme porte-flingue au service de n’importe quel pacha. Confiant en sa destinée, il excluait toute autre alternative. Ce premier palier franchi, il aviserait le moment venu.

Et donc, dès son arrivée dans la capitale, il se mit en quête de relations utiles à son ascension dans le banditisme. Comme tout un chacun, il avait entendu parler de Pigalle. Il s’y rendit, se composa un faciès de dur revenu de tout (sans y être jamais allé) et déboula sans complexe dans une boîte à strip-tease. L’allure désinvolte, il louvoya jusqu’au bar, commanda un whisky – une boisson d’homme – et, un brin provocateur, demanda à "causer au taulier".

- C’est pourquoi ? s’enquit le barman.

- Personnel ! répondit l’impertinent.

D’un coup d’œil, le loufiat jaugea le jeune effronté. Il fit le tour de son bar, s’approcha de l’inconscient et lui posa familièrement une paluche de déménageur sur l’épaule.

- D’ordinaire, le patron reçoit sur rendez-vous. Mais, puisqu’il s’agit d’une affaire personnelle, je vais vous montrer le chemin, indiqua-t-il très urbain, au gamin qui déjà se rengorgeait.

Puis, l’orientant d’un bras ferme en direction de la sortie, il l’envoya valdinguer sur le trottoir, effarouchant deux demoiselles peu et très court vêtues. Étant-donné leur activité occulte (Ô combien !), c’était bien la première fois qu’un tendron effrayait ce duo de péripatéticiennes patentées.Ce soir-là, Alain Levade inaugura son premier coup de latte dans le train.

- Écoute petit, lui conseilla le limonadier, je me contrefous de savoir qui tu es ni d’où tu viens, mais retournes-y rapidos et ne ramène plus ta frite dans le secteur. Crois-moi, tu risques d’y faire de très mauvaises rencontres. Surtout si tu croises mon chemin ! Car j’ai pas l’air, mais je ne suis pas toujours d’aussi bonne humeur. La preuve ? Bouge pas ! Je vais te le chercher, ton whisky !Ce qui fut dit fut fait, aimait à énoncer mémé Juju.

Le serveur revint, un verre en main et en projeta le contenu à la face du loulou de pacotille.

- Tu me dois vingt euros. Aboule la mornifle ! lui ordonna le barman.

Le gamin, désemparé, lui tendit le billet désiré.

- Maintenant, casse-toi et n’oublie surtout pas mon conseil !

Sur le moment, il obtempéra. Cependant, l’adversité semblait le galvaniser puisque, loin de suivre cette admonition, il s’obstina dans la voie qu’il s’était tracée. Il écuma donc, de manière systématique, les quartiers les plus mal famés de Paris. Telle nuit, il se hasarda dans les méandres poisseux des anciennes halles. Désireux d’intégrer n’importe quelle bande, il s’acoquina avec un trio de chenapans tellement nuls que lui-même finit par s’en rendre compte. Le seul acte hardi de cette clique de ratés tarés (et inversement) fut un lamentable fiasco. Les loubardillons déambulaient aux abords de la gare de l’Est lorsqu’ils remarquèrent un vieux monsieur en train...

Qui a dit que dans une gare, c’était à prévoir ?

C’est malin !

Je reprends ! Un vieux monsieur en train de retirer du pognon d’un distributeur. Leurs mines patibulaires, sensées filer les chocottes au bourgeois bedonnant, laissèrent de marbre le papy au moment où le quatuor l’aborda.

- File-nous ton blé, Pépère ! lui lança le chef.

- Deux choses, fiston ! Primo, tu ne me tutoies pas et secundo, tu ne m’appelles pas pépère !

Pris ainsi à partie, le meneur des paumés sortit une lame. Manque de pot pour lui et ses acolytes, le « Pépère », adepte des arts martiaux leur fit une démonstration cuisante d’aïkido. Il étendit les demi-sels en moins de temps qu’il n’en faut à un alcoolo pour régurgiter une gorgée d’eau bue par inadvertance. Puis, très facétieux, il leur remit une carte du club sportif au sein duquel il dispensait son art.

- À l’occasion, venez donc me rendre visite à cette adresse ; je vous y enseignerai une façon efficace de vous défendre et non d’attaquer à tort et à travers. Qu’est-ce qu’on dit ?

- Merfi, m’fieur ! crafotèrent (pardon) crachotèrent les tuméfiés.

Alors que le papy cogneur s’éloignait d’un pas serein, le plus ahuri des minus lui lança une bordée d’injures. Le vieux monsieur s’arrêta, coupant court aux insultes puis, se retournant, eu la satisfaction d’assister à la débandade éperdue de quatre voyous affolés.

L’Ardéchois qui prisait de moins en moins les gnons, abandonna ces minables à leur sort et décida de devenir souteneur. Pour parvenir à ses fins, une mise de fonds subséquente serait la bienvenue (surtout à Montparnasse). Papa Maman y pourvurent, leur Alain leur ayant soutenu (déjà) qu’il convoitait l’acquisition d’un négoce. Il fréquenta les guinches où règnent la fesse aguicheuse et le nichon frétillant. Bien sûr, il souleva des midinettes mais, bizarrement, pas une ne voulut turbiner pour ses belles mirettes. « J’ dois m’y prendre comme un gland » se lamentait-il. Une seule solution lui vint à l’esprit (si tant est qu’il en eût) : rencontrer des macs ! Des vrais, des durs, des tatoués ! À cette fin, il arpenta le bitume (un comble) aux alentours de la porte de Vincennes.

- Excusez-moi, messieurs...

- Qu’est-ce tu veux, toi ?

- J’ voudrais savoir comment on devient souteneur.

Imaginez la stupeur des deux maquereaux occupés à surveiller leur cheptel. Ils dévisagèrent le gugusse à l’accent provençal.

- Tu te payes not’ tronche ou quoi ?

- Allez, casse-toi, Dujnou !

- Ouais, retourne dans ton bac à sable et fais pas chier les hommes !

- Mais enfin...

- Arrache-toi d’ là, on t’ dit ! Sinon j’ réponds de rien ! le menaça l’un d’eux en brandissant un surin à lame effilée.

Une fois encore, une retraite stratégique lui fut salutaire. Mais le désir irrépressible d’emprunter les chemins fangeux de la voyoucratie le tenaillait trop. Parmi ses conquêtes féminines, il avait gardé le contact avec une certaine Francine, rousse authentique. Une payse qui s’en ressentait pour sa pomme. Alain Levade, beau parleur, physique agréable, l’avait séduite par sa faconde et son allure canaille. De surcroît, au plumard, il se comportait honorablement et remportait un succès de grande estime auprès de ces demoiselles, et parfois de ces dames. La belle Francine, au courant des mauvais penchants de son étalon, tentait d’user de ses charmes pour le dissuader. En vain. Un soir, elle le mit en relation avec Isidore Debout, une de ses connaissances qui faisait dans le "business". Ainsi, crut-elle pouvoir surveiller son élu.

Dès que lui fut présenté l’Ardéchois, Isidore, le chef d’une bande de maraudeurs, demeura sceptique. Son enthousiasme mesuré l’incita à ne pas abuser des talents de sa nouvelle recrue. Cependant, l’Opiniâtre s’incrusta et obtint finalement un petit rôle de comparse dans le projet de cambriolage d’une supérette de banlieue. Debout, en vue de le tester en minimisant les risques, lui confia la tâche délicate d’alerter ses acolytes en cas d’arrivée intempestive d’un indésirable. Las ! Au moment où une patrouille de police vadrouillait dans les parages, le guetteur fut pris d’une crise d’éternuement qui, fatalement, attira l’attention des bourremen. Son attitude suspecte les intrigua. Par chance pour les malfrats, l’un d’eux avait retapissé le manège des flics. Tout ce joli monde s’engouffra pêle-mêle dans une tire de forte cylindrée. Un des policiers avait eu le temps de relever le numéro du véhicule volé. Par acquis de conscience !

Cet avertissement sans lendemain aurait dû convaincre le malchanceux d’obliquer vers la voie de l’honnêteté. Que nenni ! Obstiné, têtu comme un bourricot, il revenait inlassablement à la charge. Rien ni personne ne le détournerait de sa destinée. Cette évidence ne souffrait aucune contestation. Isidore sembla l’admettre. Par amitié pour la rouquine, toujours accrochée aux basques du fada, il consentit à donner une dernière chance à ce dernier.

Alain Levade s’extrait de la cave abandonnée faute de propriétaire, suivi de loin par le clan de pieds nickelés. Leur chef, échaudé, a décidé de le laisser opérer seul. Ça limitera les dégâts au cas très probable où le calamiteux échouerait. « T’as bien compris ? » lui a-t-il demandé juste avant de le lâcher. Malgré un hochement de tête affirmatif, le dénommé Debout demeure perplexe... et confiant car, sauf miracle, l’inévitable échec lui fournira l’occasion de s’en débarrasser définitivement. D’ailleurs, sa menace est claire : « ... si tu foires», etc.

Le vol à commettre est à la portée d’un tire-laine boutonneux. Il s’agit de piquer le sac d’une vioque qui retire tous les lundis une somme d’argent au guichet de sa banque. La bande de bras cassés qui a remarqué cette habitude depuis belle lurette projetait de passer à l’action, histoire de garder la main.

Notre dauphinois, sûr de son fait, se poste à une encablure de l’établissement. Il patiente, tapi dans une ruelle calme et ombragée ; passage habituel de la personne âgée.

La voici.

Muscles bandés, le bandit bondit et barre le passage à la vieillarde. Pile au moment où la mamie terrorisée lui refile son réticule, trois flics à roulettes surgissent et surprennent – c’est le cas de le dire – le malfaiteur la main dans le sac.

« Comme sur des roulettes ! » qu’il avait dit.

Jugé en comparution immédiate. Alain Levade écope de trois mois de prison, dont deux avec sursis.

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Raymond Luob

15-02-2014

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