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Tics et tocs d'écrivains : des r... - Article

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Tics et tocs d'écrivains,

des routines pas toujours ordinaires...

"Ecrire, c'est mettre en ordre ses obsessions."

                                         Jean Grenier

    On le sait, certains enfants ont besoin de rituels pour se mettre au travail comme de sortir leurs affaires une par une du cartable, faire un tour vers la corbeille à papier ou tailler leurs crayons. Ne riez pas, les adultes ne dérogent pas à ces rituels et les écrivains encore moins.

  On connait par exemple les fameux paperolles de Proust, astucieux rajouts de feuillets autour du manuscrit principal pour les corrections ; ou encore la non moins célèbre « épreuve du gueuloir » de Flaubert destinée à tester l'équilibre sonore des phrases, ce qui explique le nombre de ratures sur ses manuscrits.

 Plus qu'une lubie, le gueuloir est un véritable outil.

  Flaubert explique sa démarche ainsi : « Les phrases mal écrites ne résistent pas [à l'épreuve de la littérature à haute voix] ; elles oppressent la poitrine, gênent les battements de cœur, et se trouvent ainsi en dehors des conditions de la vie."

  Saviez-vous qu'en cherchant l'inspiration, Hugo dessinait dans la marge gauche de ses pages ? Il considérait d'ailleurs cet espace secondaire comme une véritable stimulation à la réécriture. Perec, éminent membre de l'OULIPO, était également dessinateur à ses heures mais lui, ne se contentait pas de la marge, à l'instar de Paul Valéry. Griffonnages, croquis, illustrations se mêlent au texte jusqu'à parfois l'envahir, il dira d'ailleurs : "J’écris : j’habite ma feuille de papier, je l’investis, je la parcours."

                                              

  

    Paul Valéry                                         Victor Hugo                                 George Pérec

   Cependant qui n'a jamais griffonné sur ses brouillons dans un moment de rêverie ? Si ces habitudes sont plutôt sages, d'autres en revanche, sont bien plus surprenantes.

Dans son cabinet de travail de Guernesay, entièrement vitré et particulièrement étouffant aux heures les plus chaudes de la journée, Victor Hugo (encore lui) avait coutume d'écrire dans le plus simple appareil tandis qu'Edmond Rostand avait trouvé la parade et travaillait sa plume dans sa baignoire.

  Quant à Honoré de Balzac (cela rassurera peut-être certains caféinomanes) il pouvait boire jusqu'à une cinquantaine de cafés par jour, une autre donnée moins rassurante étant qu'il mourut d'une crise cardiaque à cinquante-et-un ans. Truman Capote, un autre adepte du café additionné cette fois de nicotine ou d'alcool se décrivait, lui, comme un « écrivain horizontal », comprenez par là qu'il ne pouvait écrire qu'allongé. J'avoue avoir essayé et franchement, c'est plus compliqué que ça en a l'air...

                                              Truman Capote en plein ouvrage ?

  Autre fantaisie, Edmonde Charles-Roux confesse porter de grosses chaussettes en laine trop petites et toujours du même modèle en pleine création, une extravagance qu'elle confie tenir de Salvador Dali (on comprend un peu mieux).

Dominique Fabre, lui, avoue n'être capable d'écrire que dans un lieu anonyme alors que Stephen King préfère travailler face à un mur pour ne pas être distrait par les éléments extérieurs.

Cela dit, si certaines manies relèvent parfois du mysticisme et représentent un moyen de lutter contre le manque d'inspiration, d'autres sont là afin de créer un cadre de travail fixe et méthodique.

  Pour lutter contre la page blanche, Colette, par exemple, n'écrivait que sur du papier bleu et elle n'était pas la seule ! Hugo (décidément) alternait entre du papier azuré, un autre d'un bleu plus soutenu ou du papier blanc bleuté selon les moments d'écriture quand Victor Ségalen préférait le calque d'architecte qu'il faisait couper toujours aux mêmes dimensions.

   En revanche, Romain Rolland rédigeait ses premiers jets sur des feuillets pliés en deux et on ne recense plus les auteurs qui se servent de cahiers d'écolier comme support. Alain aurait ainsi usé une cinquantaine de cahiers quand Raymond Radiguet en aurait plus de trois cents à son actif !

  Il existe donc un véritable lien affectif entre l'auteur et ses supports. Certains, comme les toiles et les peintures des artistes peintres, témoignent de certaines périodes de leur vie, de leurs habitudes, de leur état d'esprit. Le papier à lettre bordé de noir qui apparaît fréquemment dans les correspondances de Barrès ou Vaudoyer rappelle par exemple combien la première guerre mondiale fut meurtrière. Ces documents sont une véritable fenêtre sur leur intimité. Colette choisit ainsi le papier bleu sur les conseils d'Henri Duvernois :

     « Quittez le papier blanc, ma bonne dame, il vous râpe la rétine.

Choisissez entre le mauve, le rose, le vert d’eau. Laissez-moi le jaune un peu mélancolique, le bleu vous va si bien. Vous demanderez rue du Jour, à Gaubert, le «simili-Japon teinté coupé pour avocats. »

   On pourrait se demander ce qu'il en est à l'aube du XXIe siècle, une ère où l'ordinateur s'est démocratisé pour les écrits administratifs et la correspondance, de plus en plus dématérialisés.

  Difficile de nier le côté extrêmement pratique du traitement de texte informatique : réécriture instantanée, pas de ratures, rapidité d'écriture et surtout adieu les problèmes de de stockage (rappelez-vous Radiguet et ses trois cents cahiers) ainsi que la fameuse crampe de l'écrivain ! 

  Pourtant, l'écriture au clavier a aussi quelques inconvénients :les données sont volatiles et exposées aux caprices matériels et les processus liés à la génèse du texte disparaîssent au profit d'un texte  « propre » dès le début de la rédaction, sans rature ni modification apparente. On perd donc la trace des brouillons et des hésitations de l'auteur, cependant tous n'ont pas renoncé à écrire « la plume à la main ». En effet, comme pour le choix du papier, celui d'écrire à la main ou de taper à l'ordinateur relève de la sensibilité de chacun et il n'est d'ailleurs pas rare que les auteurs utilisent les deux.

  Il y a ceux qui ont besoin de passer par l'écriture manuelle avant de reprendre leurs textes sur écran, c'est le cas de Katherine Pancol, qui avant d'écrire ses romans, prend des notes dans des cahiers de couleur différentes : noir pour les personnages, rouge pour les généralités.

 

  Frédéric Beigbeder est lui aussi un inconditionnel de la prise de notes. Il se balade toujours avec un carnet sur lui pour noter ses idées, y compris dans les endroits les plus incongrus (et aussi les états les plus invraisemblables). Le passage sur écran lui permet de faire de découpages, des insertions, des modifications afin d'assembler ses idées à la manière d'un puzzle.

John Irving, célèbre auteur américain de son état, écrit tous ses premiers jets à la main pour une raison simple : il tape plus vite qu'il n'écrit et fait donc beaucoup d'erreurs. Ecrire à la main lui permet donc de réfléchir pour mettre ses pensées en mots et de se corriger plus facilement.

Quant à Umberto Eco, il apprécie le côté spontané de l'écriture au clavier et les différentes versions qu'il favorise. Pour lui, avec l'existence de l'ordinateur, la nature même des variantes change, elles ne sont ni un repentir ni un choix final car ce choix peut-être modifié à tout moment sans laisser de trace.

 En revanche, Pierre Michon écrit à la main et corrige au clavier mais pour lui, peu importe l'outil ou le support qui ne sont que des intermédiaires à la pensée. Dans le cadre de l'exposition  Brouillons d'écrivains  à la BNF, il dira :

  « Je ne crois pas le moins du monde à l’écriture au crayon : si j’avais appris à quatre ans à me servir à dix doigts d’un clavier, la connexion organique se serait faite entre cet éventail horizontal et mon esprit, et non pas entre la crispation oblique de la main sur un objet et mon esprit. »

 De son côté, François Bon affirme avoir retrouvé les habitudes des anciens cahiers manuels dans l'ordinateur portable mais pour nier l'aspect « fini » du texte sur écran, il reprend ses textes en changeant les polices et les formats de page. Son brouillon est ce qu'il appelle l'écriture « nuage », c'est à dire l'écriture en ligne qui permet d'accepter l'imprévu et l'imperfection de la forme.

 Au fond, nous avons tous nos rituels et nos préférences, aussi incongrus soient-ils. Sont-ils révélateurs de notre personnalité ? Difficile à dire mais ils accompagnent notre écriture et cela en dit long sur l'importance que l'on peut y accorder.

   Pour ma part, je suis une droguée de café, heureusement pas autant que Balzac mais à dose suffisante pour être en manque si par malheur j'oublie de renouveler mon stock. Je suis également incapable d'écrire une ligne si je n'ai pas un fond sonore, de la musique instrumentale pour le premier jet et le bourdonnement de la télé pour le remaniement. Je n'ai pas de problème pour taper des deux mains mais j'ai besoin de toucher du papier et d'y faire glisser mon stylo avant de me lancer sur le clavier, même si je pourrais difficilement en expliquer la raison.

Et vous, quelles sont vos habitudes ?

"Je travaillerai avec des ordinateurs, j’achèterai de nouveaux programmes ! 
À partir d’une matrice, il est possible d’inventer des centaines d’histoires, des textes mobiles. La littérature ne fait que commencer !"

                                                                          Michel Butor

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emmalys

10-07-2014

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