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Si je fermais les yeux - Histoire Très Courte

Histoire Très Courte "Si je fermais les yeux" est une histoire très courte mise en ligne par "Aviana"..

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Si je fermais les yeux

Je fermerais les yeux, et je me laisserais emporter.

Je me retrouverais allongée sur du sable, du sable doré très doux qui glisserait sur ma peau.

Je serais seule sur la pente d'une dune, à regarder en silence les vagues ondulantes à perte de vue, cette mer de sable sous un ciel si bleu, si pur, avec cet immense soleil qui me frapperait sur la tête, écrasant, qui chaufferait jusqu'à les rendre brûlants mes cheveux. La chaleur étouffante me viderait de mon eau, je connaîtrais la soif et l'épuisement, le goût de sel sur mes lèvres. J'aurais les yeux plissés, aveuglée par la lumière mais incapable de regarder ailleurs, incapable de détourner le regard de la ligne d'horizon, et j'entendrais seulement le son si caractéristique du silence. La beauté épurée de cette immensité me rendrait muette.

Je me retrouverais au milieu d'un champ, au milieu des chants des grillons.

Le bruissement du vent me caresserait le visage, j'inspirerais profondément l'air parfumé, recevant les senteurs de pluie et de foin, de ces fleurs qui m'entoureraient, les petites fleurs dorées à la tige courte et les grandes fleurs rouges à la tige longue, lotiers corniculés et coquelicots. Je serais allongée dans l'herbe, et je verrais la verdure s'élever autour de moi, comme si je m'y enfonçais, tandis que je fixerais le ciel gris au-dessus de ma tête. Des nuages denses, fumeux, nébuleux, aériens, énormes, éphémères, tellement de nuages, tant de textures et formes différentes. Je suivrais des yeux la petite coccinelle rouge et noire grimpant le long d'une fleur, entendrais le bourdonnement de l'abeille venant butiner, admirerais les ailes chatoyantes d'un papillon passager. Et peut-être recevrais-je sur le front une perle d'eau venue du ciel.

Je me retrouverais sur une plage humide face à la mer.

L'odeur de sel et d'algue me heurterait soudain, je prendrais une profonde inspiration. Je tracerais des motifs brouillons dans le sable de mes pieds, sans me soucier de mes ongles encrassés, goûtant simplement le plaisir de vivre l'instant présent sans songer à l'avenir. Je laisserais mes cheveux me fouetter le visage en jouant avec le vent. Je tendrais l'oreille pour entendre le cri des mouettes qui tourbillonnent au-dessus des vagues, se posent sur les rochers, je sentirais l'écume me lécher les orteils. Je devinerais toute la vie sous l'océan tandis que la seule que je pourrais voir serait les crabes, et je m'émerveillerais naïvement devant le nacre d'un petit coquillage blanc. Et puis il y aurait ces flots sombres, remuant, le cycle éternel des vagues qui vont et viennent, mon cœur qui tanguerait au rythme de la marée qui monte et descend.

Je me retrouverais sur un tapis de neige près du sommet d'une montagne.

Je sentirais le froid me pénétrer et un frisson me parcourir, mon corps balancer sous une bourrasque soudaine et glacée. Je verrais un vaste ciel bleu, un bleu fade troublé par l'altitude et les nuages, un ciel qui s'étendrait très loin, et dessous le monde troublé par le brouillard, des écharpes de brumes, qui blanchiraient les petites silhouettes des maisons et les grandes étendues vertes. L'air serait si pur qu'il me brûlerait les poumons de sa fraîcheur, et j'observerais ma souffle créer une petite fumée devant mon visage à chacune de mes expirations. Le froid embuerait mes yeux. Je me sentirais si minuscule parmi ces grands pins tendus à la pointe recouverte de neige et aux épis habillés de givre. Et nos traces de pas dans le sol poudreux…

Alors j'ouvrirais les yeux, cherchant une nouvelle destination parmi tant d'autres.

Où aller ?

Et si je fermais les yeux et me laissais emporter…

Je me retrouverais près de toi.

Je me noierais la lumière de ton regard empli d'étoiles, je me perdrais dans le parfum de tes longs cheveux, je frémirais au contact du satin de ta peau, je m'enivrerais au goût de tes lèvres, je m'envelopperais de ta chaleur, je danserais au son de ta voix claire, je répondrais à la pureté de ton sourire, je suivrais des yeux les courbes de ton corps.

Car tu es un paysage, un pays, un voyage. Tu es l'île sur laquelle je voudrais m'exiler.

Tu es la femme désert, la femme champ, la femme plage, la femme montagne.

Tu es la femme rivière, la femme océan, la femme falaise, la femme vallée.

Tu es ma Terre. Et pourquoi pas mon ciel ?

De par ton prénom, tu es la Vie, tu es ma vie, tu es la volonté et l'action, une tempête de tendresse.

Je t'ai chérie, je t'ai admirée, je t'ai soutenue, je me suis nourrie de ta présence, j'ai appris de toi, parce que tu es un paysage, un pays, un voyage.

Et tu m'as aimée, je le crois. Nul besoin de m'aventurer ailleurs tant que j'étais avec toi.

Mais maintenant, tu n'es plus là.

Alors je rêve, je décolle en rêve afin de retrouver le sentiment de bonheur que j'éprouvais en t'observant, toi la femme paysage, en t'appartenant, toi la femme pays, en te vivant, toi la femme voyage. Revenir à cet endroit paradisiaque duquel j'ai été arrachée.

Alors je ferme les yeux…

FIN

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Auteur

Blog

Aviana

04-07-2017

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Si je fermais les yeux n'appartient à aucun recueil

 

Histoire Très Courte terminée ! Merci à Aviana.

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