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Saut dans le temps - Histoire Courte

Histoire Courte "Saut dans le temps" est une histoire courte mise en ligne par "Clara Barbosa"..

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Saut dans le temps

 

Encore une longue visite ennuyeuse. Des ruines, des ruines et encore des ruines ! Je ne savais pas quel genre de troubles mentaux dérangeaient ma prof d’histoire, mais la passion pour les vestiges qui la dévorait était partagée par absolument aucun de ses élèves. Cette foi-ci, nous étions à l’endroit où se tenait une usine d’armement durant la Seconde Guerre Mondiale, en Alsace. Plus le guide avançait dans sa tirade à propos de ces « Malgré-nous », plus mes paupières se baissaient, me plongeant dans un noir profond.

Je fus soudainement réveillée par des sifflements stridents et insupportables. Des gens en panique courraient, criaient autour de moi. Ma classe avait complètement disparu. Les ruines s’étaient transformées en immenses murs qui m’entouraient. J’étais seule, avec des inconnus effrayaient.

Une jeune femme m’agrippa le bras et m’attira derrière une armoire en métal. On se trouvait dans un immense bâtiment orné de quelques fenêtres. De longues rangées de tables formaient d’étroits couloirs. Sur celles-ci se trouvaient des objets que je reconnu immédiatement. Il nous avait été présenté par Mme Tacos, cette fameuse professeur d’histoire, lors de l’énième visite d’un musée de guerre. J’étais donc bien dans une usine d’armement, en pleine Seconde Guerre Mondiale.

La peur faisait trembler mes jambes et rendait mes mains moites. J’étais tétanisée. Je me tournai vers la femme qui m’avait mise à l’abri. Un foulard beige noirci laissait à peine dépasser quelques cheveux bruns et entourait son visage sale et fatigué. Elle portait un chemisier sombre sous un tablier de travail couleur jean. Alors que mes larmes coulaient à flot, son regard restait de glace. Elle ne semblait qu’attendre. Attendre la fin de l’alarme. Attendre l’arrêt des bombardements.

Silence. Les bombardement s’étaient enfin tus. Je ne pus bouger, plaquée entre le mur et l’armoire. « Lili » se présenta la jeune femme, tendant la main vers moi. Je lui serrai en retour : « Moi, c’est Jane ».

Nous nous dégageâmes de notre cachette après quelques minutes. Une partie du toit s’était effondrée au centre de l’usine. Des corps inanimés jonchaient le sol couvert de poussière. Après avoir enjambé les pierres et les restes de tables explosées parterre, nous franchîmes la porte de sortie, avec les quelques survivants. Mais l’accueil des soldats allemands à l’extérieur gâcha mon plaisir d’être toujours en vie.

Main gauche en bas pour maintenir, main droite visse le couvercle avec précaution pour ne pas qu’elle n’explose entre mes doigts. On avait été transférée dans une autre usine d’armement, en Allemagne. De la fin des bombardements jusqu’à aujourd’hui, les soldats allemands nous tenaient en joue. Ils nous obligeaient à fabriquer des bombes pour eux.

Lili pleurait chaque soir. Elle me raconta que ses parents avaient été tué par les nazis au début de l’occupation. Certainement par les même bombes qu’elle assemblait tous les jours. Elle qui était forcée de participer à leur massacre. Elle qui avait un fiancé dans la Résistance. Elle n’arrivait pas à vivre avec le fait qu’il y avait une chance pour qu’une des armes qu’elle montait finissent par tuer son bien-aimée. Si lui mourrait, elle ne survivrait pas. Mais il n’était pas le seul à pouvoir être touché par ces bombes, cela pouvait être le boulanger de son village ou encore sa voisine et ses enfants. Tous pouvaient être la prochaine victime de l’objet qu’elle tenait dans les mains tous les jours. Son reflet la répugnait, elle se méprisait mais ne faisait, en fait, qu’essayer de survivre, comme tous, en temps de guerre.

C’est à ce moment précis que je me remémorai mon cours d’histoire sur ces femmes alsaciennes et mosellanes emmenées de force par les allemands pour travailler. « les collabo », ils les avaient appelées à leur retour. Elles étaient tondues quand elles n’étaient pas abattu pour avoir trahi la patrie.

Trahi ? Comment peut-on trahir sous la contrainte ? Lili, comme beaucoup d’autre, avait été obligée à aider son ennemi et à son retour, c’était devenu elle, l’ennemi. C’était elles, c’était eux : les « Malgré-nous ».

Soudain, tous réapparurent. Le guide, Mme Tacos et mes camarades de classes. « Vous vouliez ajouter quelques choses, mademoiselle ? » me demanda le guide. Tous s’étaient retournés vers moi. Sans m’en rendre compte, j’avais interrompu son monologue en toussotant comme si j’avais été en désaccord avec se qu’il disait. En fait, l’image de Lili me restait à l’esprit comme si elle voulait que je m’exprime pour elle. Je pris donc la parole : « Les Malgré-nous étaient des gens contraint à trahir. Ils n’avaient rien de ‘collabo’. Ils étaient d’ailleurs torturés par le simple fait de les aider. Je trouve ça injuste qu’on ne les ait reconnu comme des victimes de guerre que bien plus tard. ». Mme Tacos semblait stupéfaite par ce changement de comportement.

Je tirai alors deux leçons de cet étrange voyage spatio-temporel. La première, dès lors je m’intéressais bien plus aux leçons d’histoire qu’à mon propre nombril. La deuxième étant de ne jamais juger quelqu’un coupable avant de connaître la vérité. Je pense que cela pourrait éviter la destruction totale de vies complètement innocentes.

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Blog

Clara Barbosa

16-07-2017

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Saut dans le temps n'appartient à aucun recueil

 

Histoire Courte terminée ! Merci à Clara Barbosa.

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