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Revivre - Nouvelle

Nouvelle "Revivre" est une nouvelle mise en ligne par "La p'tite Marie".. Rejoignez la communauté de "De Plume En Plume" et suivez les mésaventures de Jeanne, Cécile, Etienne et cie... Venez publier une nouvelle !
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Revivre

A Mme H.L


 

Elle sent la douceur d’un tissu contre sa joue, derrière sa nuque. Non, elle rêve bien sûr. Dans quelques minutes le sifflet va transpercer son esprit englué de fatigue, il faudra se jeter au bas de la paillasse et lutter, comme chaque jour. Un noeud de terreur compacte se recroqueville au fond de sa poitrine, comme pour grappiller quelques secondes d’oubli, encore. Et si elle cessait de lutter au fond ? Ce serait  si facile. Il suffirait de laisser l’épuisement l’engloutir, comme une vague tiède…

Elle sent une douleur sourde à la saignée du coude. Ce doit être sûrement un coup qu’elle a reçu hier, à l’appel ou au travail. Toujours pas de sifflet. Encore quelques minutes alors avant…avant…

-          Jeanne ? Jeanne vous m’entendez ?

Au fond de son esprit une lueur vacille.

-          Jeanne ?

On lui parle. Qui ? Geneviève ? Maman ? Mais pourquoi sa mère l’appelle-t-elle Jeanne ?  Ce n’est pas son vrai nom, Jeanne…

-          Jeanne vous m’entendez ?

Elle glisse. Son corps si lourd d’habitude ne pèse plus rien. Il lui semble qu’elle flotte dans du coton. Si c’est cela mourir, comme c’est doux… ! Enfin se reposer. Dormir.


21 e jour


-          Jeanne, ouvrez les yeux, Jeanne.

A nouveau cette voix. La douleur dans le bras gauche à la saignée du coude. Un brouillard où  les sons se disloquent, résonnent, s’évaporent. Son esprit lutte pour s’en extirper, se secoue, suffoque, et soudain, au prix d’un ultime effort, une sensation de voile qui se déchire, les sons trop proches qui heurtent son oreille comme si ses sens émergeaient d’un moment sous l’eau. Elle prend conscience de la légèreté d’un tissu sur sa peau. Une odeur s’infiltre dans ses narines, va frôler un souvenir dans son esprit exsangue. Elle connait cette odeur. Fade, chaude, un peu rance. Une image vacillante prend forme dans son esprit. Un mot. Maman ?

La voix l’appelle à nouveau. C’est une voix de femme, jeune, douce. Ce n’est pas la voix des gardes. Elle plisse les paupières. La lumière insiste, frappe avec insistance à ses yeux fermés. L’étincelle qui rougeoie faiblement au creux de son esprit reprend des forces. Si elle pouvait voir le soleil, juste une dernière fois. Elle convie les forces qui lui restent. Appelle les images de son enfance, les plaines joyeuses du Nord sous la lumière franche et piquante du début de l’hiver, le ciel bleu délavé qu’elle contemplait à loisir dans la cour de l’école et qui faisait scintiller les pavés humides. Une fraction de seconde. La lumière s’engouffre dans la brêche de ses paupières entrouvertes, lui brule les yeux, aveugle les souvenirs, lape sa dernière force. Le noir l’engloutit à nouveau.



25 e jour

Elle a le souvenir confus de voix brouillées par la fièvre, de cris et de rires qui s’entrechoquent pour ne plus former qu’un hurlement dans son esprit malade, de quelques instants où elle luttait pour émerger de ses cauchemars, où elle croyait pouvoir reprendre pieds sur une voix, une sensation tangible, avant de sombrer à nouveau dans des fosses , de s’empaler sur des fils barbelés.

Elle cligne des paupières, ouvre enfin les yeux. Une forme se matérialise dans son champ de vision encore flou, se précise alors qu’elle se penche vers elle.

-          Hé bien Jeanne, vous voila enfin réveillée ! Pour de bon cette fois !  Bienvenue.

C’est cette voix qu’elle a entendu des jours durant. Qui l’a hissé hors de ses cauchemars. Elle appartient à une jeune femme vêtue de blanc, les traits tirés de fatigue qui la regarde avec un doux sourire. Elle doit être à peine plus âgée qu’elle. Peu à peu, son environnement lui apparait. Elle est allongée dans un grand lit sous des draps blancs, une couverture. La chambre est claire avec un fauteuil en velours, une petite commode et de lourds rideaux grenat. Un hopital ? Une perfusion est branchée à la saignée de son coude droit. Le soleil qui perce derrière les rideaux déchirés l’éblouit, la force à fermer les yeux.  La vérité se fait jour, elle sent sa poitrine devenir soudain trop grande pour elle : elle est vivante. Elle reporte les yeux sur la femme en blanc pour s’en assurer. Les mots grondent aux tréfonds d’elle-même. Elle les pousse en avant, jusqu’à ses lèvres. Elle brule de les entendre résonner, pour tester cette vie revenue. En aura-t-elle la force ?

-          Où suis-je ?

Ce n’est qu’un murmure, rauque, déformé, un souffle. A peine si elle-même s’est entendue parler. Pourtant la jeune infirmière l’a entendue.

-          Vous êtes à l’hôtel Lutétia à Paris. C’est là que sont logés les déportés. La guerre est finie vous savez.

Oui, elle le sait. Elle n’en n’a aucun souvenir, ne parvient pas encore à le concevoir et pourtant elle le sait. Tout cela n’a donc été qu’un long cauchemar, un de plus en somme. Elle balbutie :

-          Et…je suis ici depuis…combien de temps ?

-          Vingt-cinq jours exactement.

Elle ne parvient pas à saisir. Vinq-cinq jours… C’est si long… Elle regarde à nouveau la jeune infirmière penchée sur elle.

-          Mais…vous en êtes sûre… Comment… ?

-          Oui, répond-elle, je suis venue vous voir tous les jours. Au début vous étiez dans le hall avec d’autres et puis j’ai réussi à vous trouver une chambre seule car votre état empirait. Vous allez continuer à reprendre des forces Jeanne, ajoute la jeune femme en souriant, il faut vous reposer. Je vais revenir.

Non, non, il ne faut pas que la jeune femme parte ! Les questions se heurtent dans son esprit, l’espoir, les souffrances cognent à ses lèvres, elle doit savoir, savoir qui est revenu…

-          Attendez !

A nouveau ce n’est qu’un murmure. Pourtant la femme s’est retournée. Se rapproche. Maintenant qu’elle est là, Jeanne se sent brusquement épuisée. A-t-elle vraiment envie de savoir ? De se bercer d’illusions ? Elle voudrait parler mais les mots, épuisés, préfèrent se lover dans la douce torpeur qui enveloppe lentement ses membres. Ses yeux se ferment, elle ne saura pas aujourd’hui. Elle en ressent une sorte de soulagement. Une main fraiche effleure son front.

-          Reposez-vous Jeanne.



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Note Globale

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Auteur

La p'tite Marie

21-11-2011

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Revivre n'appartient à aucun recueil

 

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