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Rêves de guerre - Scénario ou Pièce de théâtre

Scénario ou Pièce de théâtre "Rêves de guerre" est un scénario ou pièce de théâtre mis en ligne par "Aïssa Musy-brelier"..

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Rêves de guerre

 

Age en aout 1914

1 – 1er soldat (23 ans -  service militaire tout juste fini) - Adrien

2 – 2ème soldat (23 ans -  service militaire tout juste fini) - Louis

3 – Fiancée du 1er soldat (18 ans) - Jeanne

4 – Sœur de la fiancée (15 ans) - Hélène

5 – Adolescent journaliste (16 ans) - Marius

6 – adolescent (16 ans) - Jacques

7 – Tirailleur sénégalais (23 ans) – Touré ALASSANE

Son du tocsin. Les jeunes femmes de la pièce vont distribuer l’affiche de l’ordre de mobilisation au public.

 

Scène 1 – aout 1914

 

S’installent sur scène tous les comédiens. Côté cour les deux soldats (consultant leur carnet de mobilisation), côté jardin les adolescents, au centre la fiancée. Les trois groupes vont discuter chacun leur tour. Les autres resteront en statique.

Louis – Je dois me rendre à l’entrainement la semaine prochaine.

Adrien – Moi dès demain.

Louis – Tu as de la chance. Tu es affecté où ?

Adrien – Je retourne à Cambrai. La 12ème compagnie du 1er régiment d’infanterie.

Louis – Tu n’y seras pas perdu ! Tu vas y retrouver tous les potes du service !

Adrien – C’est vrai.  Et toi tu vas où ?

Louis – Je suis de réserve autour de Mézières, avec le général Sordet. La cavalerie.

Adrien – Tu t’en tires bien !

Louis – Ouais, mon père est super fier… Mais je vais être drôlement seul !

Adrien – Bah, on se retrouvera vite, ça ne devrait pas durer bien longtemps.

 

Pendant que les adolescents discutent, le soldat rejoint sa fiancée au centre

Marius – La guerre est déclarée !

Jacques – Et alors ? Elle sera finie avant que tu puisses y aller !

Hélène – J’espère bien !

Jacques – Quoi ? Tu veux pas perdre ton amoureux ?

Hélène – Tu me lâches ? J’ai pas envie de perdre qui que ce soit. La guerre c’est juste bon à vous arracher à votre famille…

Marius – Qu’est-ce que tu dis ? Il faudrait rester sans rien faire ?

Hélène – Bah…

Jacques – Laisse tomber. Elles sont trop sensibles. On prononce le mot guerre, et elles se pâment toutes.

Marius – Je voudrais tellement pouvoir y aller et être reporter de guerre ! Sur le front directement !

Hélène – Tu ne comprends pas… Tu ferais mieux de t’occuper de politique. La guerre, tes articles seraient remplis de morts et c’est tout.

 

Jeanne – Mon chéri, vous ferez attention à vous n’est-ce pas ?

ADRIEN – Je ne vais qu’à l’entrainement pour le moment. Ne vous inquiétez pas. Et puis, je repasserai vous voir dès qu’il sera fini.

Jeanne – Je vous attendrai. Je suis tellement fière de vous ! Vous viendrez en uniforme n’est-ce pas ?

ADRIEN – Oui, si cela vous fait plaisir. Je sais que cela pourra vous paraitre précipité mais… Enfin… Accepteriez-vous que l’on avance notre mariage ?

Jeanne – L’avancer à quel point ?

ADRIEN – Et bien à ma permission après l’entrainement…

Jeanne – Mais c’est dans moins d’un mois ! Et combien de temps resterez-vous ? un ou deux jours ?

ADRIEN – Oui… Mais si je devais partir pour le front, et ne pas en revenir…

Jeanne – Bien sûr que vous reviendrez ! La guerre sera finie en quelques semaines, et alors nous aurons tout le temps d’organiser et de profiter de notre mariage… S’il vous plait…

ADRIEN – Bien sûr, bien sûr… Vous avez raison. Je me suis inquiété, mais bien sûr vous avez raison.

 

Scène 2 – Chambre septembre 1914

 

Hélène – Alors, il est parti ton amoureux ?

Jeanne – Arrête, Hélène.

Hélène – Quoi ? T’es pas fière de lui ?

Jeanne – Eh bien si figure-toi, je suis très fière de lui ! Mais tu n’es qu’une enfant… Tu n’as aucune idée de l’honneur que c’est de se battre pour la France.

Hélène – T’as raison, j’en ai aucune idée. Mais je sais qu’une fois qu’on est mort, on est mort. Et à ce moment-là l’honneur on s’en fiche.

Jeanne – Tu ne sais pas ce que tu dis…Et tu fréquentes n’importe qui. Du haut de tes 15 ans tu penses savoir mieux que tout le monde, mais tu te trompes. Et tu devrais veiller à ne pas parler à tort et à travers. Tu ne sais pas qui peut t’entendre.

Hélène – Et alors ? Je pense ce que je dis !

Jeanne – Ce n’est pas plutôt ton Marius qui te met ces idées dans la tête ?

Hélène – N’importe quoi. Si tu veux savoir Marius il n’a qu’une hâte c’est avoir l’âge de partir sur le front !

Jeanne – Ah ! Voilà qui me surprend agréablement… Tu as peur pour lui ?

Hélène – Bien sûr que non ! Je n’aime pas la guerre !

Jeanne – Comme tu es sotte ! Mon Adrien est parti pour la guerre et je suis très fière de lui. Toi aussi tu seras fière d’un homme un jour, et il sera plein d’orgueil lorsque tu verras ses cicatrices de guerre.

Hélène – Je ne crois pas. Je ne pourrai pas aimer un assassin.

Jeanne – Un assassin ! Tu vois que tu n’y entends rien ! Va donc jouer ailleurs…

 

Scène 3 – Salon

Marius – Ah ce que je donnerai pour pouvoir y aller !

Jacques – Je comprends…

Marius – Ah oui ?

Jacques – Bah oui, tu crois quoi ?

Marius – Ben, j’ai jamais eu l’impression que tu pouvais avoir envie… Ou que tu t’intéressais à…

Jacques – Ah ça c’est sûr le journalisme je m’en fous. Mais tu les as vu partir tous, dans leur bel uniforme… Les filles se pâmaient toutes pour eux…

Marius – Je vois…

Jacques – Ils vont revenir avec de belles cicatrices, et nous on aura que nos yeux pour pleurer.

Marius – Il faut que tu en séduises une avant leur retour…

Jacques – Ouais… Je suis déjà éclipsé. J’suis qu’un gamin à leurs yeux et elles ont toutes un héros auquel écrire des lettres enflammées…

Marius – Eh mon ami, on parle de la guerre pas d’une promenade romantique.

Jacques – Ouais… en plus ils vont s’éclater à casser du boche !

Marius – Parfois je me dis que Hélène et moi on a du courage à te supporter si souvent…

Jacques – Arrête. Tu vois ce que je veux dire. Sérieux, lequel d’entre nous n’a jamais eu envie d’être beau comme un dieu dans son uniforme auréolé de gloire pour avoir combattu pour la France.

Marius – Ce n’est pas le cas de tout le monde, mais je vois ce que tu veux dire…

Jacques – Et nous, on est coincés là. Trop jeunes pour intéresser les filles restées seules et pas assez vieux pour aller casser du boche…

Marius – Moi ce que je veux c’est écrire. Etre reporter de guerre. Les filles, je te les laisse.

Jacques – Tu devrais dire ça à Hélène…

Marius – Pourquoi ?

Jacques – Bah elle perdrait moins de temps à te courir après… Et puis tu me laisserais une chance…

Marius – N’importe quoi… Hélène elle pourrait s’intéresser à toi si tu disais moins de conneries. Si je pouvais aller sur le front, ne serait-ce qu’une journée !

Jacques – T’y ferai quoi une journée ?

Marius – Je pourrais écrire. Ecrire une journée type du soldat au front ! Et faire publier mon article. Alors quelqu’un verrait bien que j’ai du talent ! Et je pourrais devenir vraiment journaliste !

Jacques – Pff… Et encore une fois, c’est toi qui brillerait et attirerait les filles… Pour le comble de mon malheur tu pourrais même revenir du front avec une cicatrice.

 

Scène 4 – Tranchée 1915

ADRIEN – La cavalerie doit bien te manquer maintenant ?

LOUIS – Bah la compagnie fut si vite dissoute que je ne suis pas certain de m’en souvenir…

ADRIEN – C’est sûr qu’avec toute cette merde maintenant… Les bons souvenirs sont déjà loin.

LOUIS – Eh ! On va les avoir !

ADRIEN – On n’a couru à la mer, et maintenant ? Nous voilà bien avancés…

LOUIS – Tu déprimes mon vieux… Ta Jeanne te manque…

ADRIEN – Oh oui… Jeanne, si douce… La maison… Un abri sec et chaud !

LOUIS – Allez, l’année 1915 vient juste de commencer !

Touré – Et elle est déjà bien pourrie…

LOUIS – Ah, monsieur, vous ne m’aidez pas à lui remonter le moral…

Touré – Je le comprends… Je suis venu pour la bataille de la Marne… J’ai l’impression d’être parti de chez moi il y a plusieurs années…

LOUIS – Je comprends… Monsieur ?

Touré – Je suis Touré ALASSANE, des tirailleurs sénégalais.

ADRIEN – Adrien et Louis. Infanterie.

Touré – Ta belle te manque ?

ADRIEN – Pas envie de crever là…

Touré – Hum… Z’en voulez une ? leur tend des cigarettes

LOUIS – Ah on va s’entendre tous les deux si tu commences comme ça !

Touré – Je ne vous garantis pas d’en avoir tous les jours… Mais j’arrive à me débrouiller.

ADRIEN – T’es sorti déjà ?

Touré – Ouais…

LOUIS – Oh, ça suffit ! Ça ne va pas durer je te dis ! On va percer leurs foutues lignes et on avancera de nouveau très bientôt !

Touré – Il est toujours comme ça ?

ADRIEN – Ouais… C’est un optimiste…

Touré – Comme tous nos généraux !

ADRIEN – rires Pas faux ! C’est parce qu’il en a fréquenté de trop près !

LOUIS – Abruti.

ADRIEN – Monsieur aurait dû être dans la cavalerie.

Touré – Et ?

ADRIEN – Compagnie dissoute, le piston de papa n’a pas suffi, le revoilà coincé avec moi !

LOUIS – Tu me lâches, oui ?

Touré – Et ta belle, elle est comment ?

ADRIEN – Belle…

LOUIS – ça, c’est vrai !

Touré – Elle te soutient ?

ADRIEN – Je suis son héros…

 

Scène 5 – Chambre juillet 1916

Coups à la porte

Jeanne – Oui ?

LOUIS – Bonjour Jeanne.

Jeanne – Bonjour Louis ! Comment allez-vous ? Adrien n’est pas avec vous ?

LOUIS – Il va arriver. Mais avant il faut que je vous dise quelque chose.

Jeanne – Qu’est-ce qu’il y a ? Il est blessé ?

LOUIS – Oui…

Jeanne – Vous pouvez tout me dire Louis ! Quoi que ce soit je n’ai pas peur !

LOUIS – Mais…

Jeanne – C’est très grave c’est ça ? Il est défiguré ? Depuis le début de cette bataille de Verdun on a vu tellement de soldates défigurés… Mais je serai là pour lui ! Je serai là, je ne le laisserai pas tomber !

LOUIS – Non, il n’est pas défiguré. Il est blessé à la main.

Jeanne – Ah ce n’est que cela… Il pourrait même ne plus avoir de main vous savez… Quel idiot vous faites !

LOUIS – Jeanne… Il s’est blessé lui-même. Il s’est tiré dessus.

Jeanne – Comment ? Vous voulez dire que c’est un accident ? Pas en combattant ?

LOUIS – Non, pas en combattant mais ce n’est pas un accident non plus.

Jeanne – Ce que vous dîtes n’a aucun sens ! Comment aurait-il pu se blesser sans combattre et sans que ce soit un accident ?

LOUIS – Oh… Jeanne…Adrien s’est volontairement blessé tout seul.

Jeanne – Mais pourquoi ?

LOUIS – Pour échapper à toute cette boucherie…

Jeanne – Mais… il voulait partir faire cette guerre…

ADRIEN et Touré entrent, Touré soutient ADRIEN visiblement mal

Touré – Bonjour Mademoiselle. Vous savez ils voulaient tous faire cette guerre… Mais ça va faire 2 ans qu’elle dure…Et 6 mois que dure ce massacre à Verdun…

Jeanne – Mais… Je ne comprends pas…

ADRIEN – Je suis désolé Jeanne.

Jeanne – Mais vous ne m’avez jamais parlé de la guerre comme ça ! Je croyais que…

LOUIS – On n’écrit pas ce genre de choses…

ADRIEN – C’est un massacre Jeanne… On trempe dans la boue jour et nuit. C’est dégueulasse, ça pue la mort et la merde.

Jeanne – Oh !

Touré – Pardonnez-le mademoiselle…

LOUIS – Tu ne devrais pas parler comme ça à Jeanne, Adrien.

ADRIEN -  Ah oui ? Elle devrait continuer de croire que je suis un héros ?

Touré – Mademoiselle, il faut le cacher chez vous.

Jeanne – Comment ?

Touré – Autrement il se fera fusiller pour acte de lâcheté.

Jeanne – Mais… Je ne peux pas… Mes parents… ma sœur…

ADRIEN – Ce n’est pas grave Jeanne… Je comprends. Vous êtes déçue, je ne suis pas le héros que vous attendiez…

Jeanne – Non ! Ce n’est pas ça, non !

Touré – Gardez-le mademoiselle, le temps qu’on trouve une autre solution…

Jeanne – Mais si on venait le chercher ici ?

LOUIS – Ils sont trop occupés pour le moment. Et je vous promets que l’on cherchera une autre solution.

Jeanne – Soit, mettez-le sur le canapé. Je tâcherai de m’en occuper.

 

Scène 6 – Salon

Jacques – J’ai 17 ans, je peux m’engager maintenant comme volontaire !

Marius – A condition que ton père soit d’accord…

Jacques – Pff… Il a bien trop peur !

Hélène – Et il a bien raison ! Je ne comprends pas que tu sois si pressé d’aller mourir sur le front. Ou de revenir handicapé à vie.

Jacques – Je peux aussi revenir en héros. Je sais ce que je vaux !

Hélène – Ah parce que tu crois que tous ceux qui reviennent mutilés ne valent rien ?!

Jacques – Mais non ! Mais ils ont sans doute été moins bons que les autres, c’est tout !

Marius – Les journaux ne décrivent pas la guerre dont tu parles Hélène.

Hélène – Evidemment. Ils sont tous soumis à la censure.

Jacques – A mon avis tu es surtout trop sensible au discours de ce lâche d’Adrien !

Hélène – folle de rage Tais-toi ! Tu n’as aucune idée de quoi tu parles ! Il est bien plus courageux que n’importe lequel d’entre vous !

Marius – Hélène… Il s’est auto-mutilé, tu ne peux pas le comparer à ceux qui sont restés se battre au front…

Hélène – Je n’aurai pas dû vous parler de ça. Vous n’y entendez rien. Vous croyez que la guerre est un jeu !

Jacques – Absolument pas. Mais je sais que ma place est là-bas.

Marius – Si je pouvais m’y rendre comme je le demande, je pourrais comprendre et témoigner de ce carnage dont tu nous parles. Mais pour le moment, nous n’en avons que la version de la presse et celle d’Adrien, qui n’est pas forcément la plus fiable, tu en conviendras ?

Hélène – Non ! Non, je n’en conviens pas. Il est très fiable à mon avis ! Vous le connaissez aussi bien que moi ! Il n’est pas un lâche !

Jacques – Il n’en avait pas l’air, mais qui peut savoir ? On ne connait jamais vraiment bien les gens…

Hélène – Tu me dégoûtes !

Jacques – Et toi tu le défends drôlement le fiancé de ta sœur ! Tu en es amoureuse ?

Hélène – Je vous déteste !

Elle sort.

Jacques – Ah les filles !

Marius – Tu l’as provoquée là quand même…

Jacques – Bah demain elle aura oublié… Elle est fragile, ça la rend inconséquente. Demain, elle pleurera et demandera pardon… Je lui dirai que ce n’est rien et nous en resterons là.

Marius – En effet, tu ne connais jamais vraiment bien les gens, toi…

 

 

 

 

 

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Aïssa Musy-brelier

07-10-2017

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