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"Reflexions d'outre-tombe" est un essai mis en ligne par "Bob".. Venez publier un essai !
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"Les vivants ne peuvent rien apprendre aux morts François-René de Chateaubriand
Derniers instants :
La bête La bête n’est plus, asphyxiée par son trop long sommeil. Elle s’est tue, étranglée par ses mots sans sel. L’œil fixe, la gorge asséchée de haine La bête s’est vidée de son être. Lentement, la vie s’est dévêtue, La mort s’est encore, un peu, débattue Les muscles se sont relâchés pour que la bête, Enfin déridée, puisse lâcher prise et se propulser. Désengluée, désaveuglée, désenterrée, désemmurée La bête s’en fut, enfin, libérée…
Premiers instants :
Me voilà enfin passé de l’autre côté, un sentiment de soulagement m’envahit, je n’ai pas la sensation de mourir mais plutôt de passer de l’autre côté du miroir. Je vois sans être vu, je me déplace sans qu’aucun obstacle ne survienne et je ressens une sensation de légèreté qui me comble plus que tout. A cet instant, je pense que cela doit être cela le paradis car ce sentiment d’intense liberté fait qu’un simple billet aller me satisfait pleinement. Je traverse à toute allure ce long tunnel que certains revenants ont longuement décrit. La lumière blanche ressemble à un lit de coton doux et enveloppant, on s’y enfonce et n’y livre aucune résistance car le bien-être éprouvé est indicible. Je pourrais y voyager une éternité après ce que je viens de quitter mais tout tunnel finit par arriver quelque part. On me souhaite la bienvenue, moi qui ne connaissais même plus la douceur de ce mot si banal pourtant. On me propose mille soins, du repos à volonté mais pas pour une éternité. Non, je comprends que si le temps n’existe plus, il obéit à d’autres impératifs qui me laissent circonspect, tout néophyte que je suis. J’arrive et j’ai tout à apprendre des lois qui gouvernent ces espaces, j’ai tout à comprendre sans avoir le plus petit indice pour m’aiguiller sur ces nouveaux chemins à prendre.
Je suis encore entre deux mondes, la mémoire intacte de celui que je viens de quitter et la mémoire vierge de celui que je viens d’intégrer. Un moment, je me sens défaillir car une multitude de flashs m’assaillent. Je m’accroche à un filin invisible ; à l’accueil, j’ai refusé l’offre de repos qui m’était proposée. Qu’avais-je besoin de repos quand j’avais déjà perdu tant de temps à attendre de franchir l’ultime porte que je fixais depuis si longtemps. Non, je voulais embrasser de tout mon être ce nouvel espace qui m’était offert, j’étais prêt pour enrichir mon esprit de nouvelles connaissances, pour l’apaiser de mes souffrances. La traversée du tunnel m’avait rechargé en énergie et je me sentais aussi fort qu’à 20 ans ! Je me penchais en avant pour tenter d’apercevoir cette planète et les quelques vestiges que je laissais derrière-moi. Je m’apercevais que j’étais parti en omettant de libérer des paroles essentielles et je prenais furieusement conscience que ces non-actes risquaient de me clouer dans un sas que j’avais pris pour l’antichambre du paradis. J’entends au loin des questions qui traversent l’espace et arrivent à moi, elles fusent de partout et certaines reviennent plus pressantes. J’en attrape deux au vol et leur attribue un sens nouveau :
La vie La vie n’est qu’une vaste fumisterie. On épuise son temps à rebattre des cartes dont l’ordre ne détermine pas le sens. Il faudrait pouvoir vivre en choisissant ses cartes et en mettant au feu celles glissées dans le jeu qui vous la rende impossible. Trop peu de jokers pour se sortir du bourbier. Certains naissent avec des jeux truffés d’As de cœur et d’autres n’ont que des piques d’acier qui les poussent toujours plus loin. La vie, pour ceux qui ont la chance de pouvoir la courtiser, qu’ils en profitent, elle est comme toutes les belles, elle ne le reste pas longtemps.
La mort La mort est un paravent qui sépare en deux, visible et invisible. Qu’est-ce qui est visible, qu’est-ce qui est invisible ? Seul le paravent est au centre de la scène. Je suis un paravent, la mort nous plante les yeux au centre de chaque scène. Il n’y a pas d’angle-mort. Rien ne lui échappe, elle ne possède guère de paupières pour se reposer la vue. La mort n’est qu’un pont suspendu à franchir, il suffit de prendre son élan et on est déjà de l’autre côté. C’est la peur de l’inconnu qui nous fait reculer alors que l’inconnu, c’est celui qu’on va devoir affronter un peu plus tard. Il n’y a pas pire inconnu que celui qui se cache en nous et celui-là, il est sans doute le plus redoutable car il nous connait mieux que notre pire ennemi. Pour l’avoir fréquenté malgré moi, je peux assurer qu’il ne gagne pas à être connu car il sait tout, même ce que vous ne saviez pas. Dans la mort, c’est l’inconnu qui mène le jeu. Il vaut mieux ne pas se faire de cadeaux avant, c’est toujours ça de gagné après. Si l’erreur est humaine, elle ne doit pas être un alibi. A la douane, tout est à déclarer.
Ainsi, c’est cela « être mort ».
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Reflexions d'outre-tombe
n'appartient à aucun recueil
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