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Rampage - Critique de Film ou Série

Critique de Film ou Série "Rampage" est une critique de film ou série mise en ligne par "Jérôme M"..

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Rampage

Rampage est un film américain de 2009 réalisé par Uwe Boll avec entre autres comme acteurs Brendan Fletcher ( Bill Williamson ), Shaun Sipos ( Evan Drince ), Lynda Boyd ( mère de Bill ) et Matt Frewer ( père de Bill ).

Voici le synopsis d'Allociné ( avec la mention: Interdit aux moins de 12 ans ): "Un jeune désoeuvré, aigri par les frustrations quotidiennes, entre en rébellion contre la société. Il entreprend de se confectionner une armure et de rassembler un arsenal de guerre. Son but: une fusillade en pleine rue grâce à laquelle il réglera ses comptes. Qui pourra l'arrêter ?"

Avertissement: la bande annonce est assez dure, je vous met en garde contre quelques passages qui pourraient heurter la sensibilité de certaines personnes.

Je crois, j'espère sincèrement, que le personnage principal ne reflète pas les idéaux du réalisateur. Je ne connais pas suffisamment Uwe Boll pour l'affirmer, mais d'après moi, il ne veux pas utiliser une telle violence pour résoudre les problèmes, mais paradoxalement, montrer la violence dont certains seraient capables pour contrer la société qui les étouffe. Je prends ce film, non pas comme le fruit de ses intentions, mais comme une mise en garde face à la décadence sociale américaine dont les dirigeants semblent se contrefoutre.

C'est pourquoi avant d'aborder la critique, je tiens à préciser que je ne partage aucunement les agissements du personnage principal dans ce film. Il est important pour moi de le dire, car ma vision du film pourrait prêter à confusion.

Je vous conseille aussi de voir le film avant de lire ma critique, histoire de vous faire votre propre avis avant.

UN PERSONNAGE PRINCIPAL CONFUS DANS SES IDEES

Il y a tout le long du film une omniprésence oppressante des publicités ( à la radio dans la voiture ) ou des informations ( sur la télé dans sa chambre ). Ce flot d'informations complètement décousues fait qu'on s'y perd dans tout ce qui est dit, on n'arrive pas à se caler sur une idée, à poser son esprit, à être attentif. On énumère sans logique plein de problèmes à longueur de temps, et ça engendre chez nous, et chez Bill une sorte d'agacement irraisonnée. Par exemple, quand vous regardez les pubs à la télé pendant un quart d'heure en continu, vous avez l'impression d'avoir le cerveau en bouilli et êtes irrité. Et bien là c'est excatement le même effet, mais encore plus accentué.

Et pour amplifier cet effet confus, il n'écoute pas les discours médiatiques avec attention, il fait de la musculation en même temps, ou alors prépare ses affaires. Il n'écoute pas, il entend.

Même la manière de filmer est précipitée, instable, très rapprochée des visages et des actions, à l'image du caractère de Bill, qui "fonce dans le tas", s'occupe des priorités une par une, ne réfléchit pas sur le long terme, est très incisif et impulsif.

Quelques passages marquent sa déconnection totale avec le monde et les sentiments: par exemple, il tue un mec parce qu'il a mal fait son café, il prend tranquillement le temps de boire un verre d'eau avant d'excécuter des femmes. Bill est complètement imprévisible. Au contraire, parfois il lui arrive de ne tuer personne alors qu'il en a l'occasion, comme lorsqu'il entre dans une salle de bingo et épargne tout le monde car il se juge incapable de les aider.

Mais Bill agit parfois avec prémonition: il possède une combinaison anti-balles, il a expressément commandé son équipement complet. De plus il a installé pendant plusieurs jours un explosif télécommandé sur une camionette et préparé un bidon d'essence pour brûler ses vêtements une fois que le massacre serait terminé. Bill est incertain: parfois il anticipe les événements, d'autres fois il surprend par ses agissements irréfléchis. C'est un personnage très instable.

UN PERSONNAGE PRINCIPAL A DEUX FACETTES

La manière de filmer, de prendre la caméra est aussi assez particulière: l'appareil est toujours très rapproché du visage de Bill, à mon avis pour faire ressortir un paradoxe: il a beau comettre des actes inhumains, quand on le regarde de plus près, on se rend compte qu'au fond il est bien un humain. Ce qui met le spectateur mal à l'aise et l'amène plus facilement à se demander comment il en est arrivé à de tels agissements.

Un passage du film révèle aussi ce décalage ahurissant entre les deux personnalités:

"Journaliste TV: C'est sûrement le pire tueur qu'ait connu l'humanité.

La mère de Bill: Bill, descend prendre le petit déjeuner !"

Pourtant on parle bien de la même personne !

LE DUEL BILL / EVAN

Evan est un ami de longue date de Bill. La seule personne extérieure qu'il cotoie et apprécie en dehors de ses parents.

Une sorte de duel entre Bill et Evan prend forme au fil du temps.

Le premier mélange tout, les idées se brouillent dans sa tête car il préfère agir, penser à l'action. Il affirme vouloir nettoyer le monde mais n'évoque quasiment jamais aucun argument, ni aucune réflexion. Il revendique la vérité mais son geste n'est pas à l'image de ce qu'il veut changer.

Son ami Evan, qui a de bonnes idées pertinentes, posées, calmes, concède qu'il faut agir, mais ne le fait jamais.

Comme un message du réalisateur, ( attention spoil ), Evan est la dernière personne tuée par Bill. Une manière de dire: parler ne sert à rien, on ne retient que les gens qui agissent, ceux sont eux qui au final, ont le dernier mot.

UN MESSAGE POUR LA SOCIETE AMERICAINE

Le réalisateur a choisi de faire passer des extraits rapides et brefs du carnage qui passent de temps en temps avant que Bill ne le comette, pour bien mettre en avant le lien entre les déceptions que subit Bill au quotidien et les réactions qu'il va entreprendre en conséquence.

Le système et les médias ont su faire monter en lui une immense haine nourrie de toute sa raison: c'est comme si l'oppression de la société lui bâtissait peu à peu un fusil sans viseur. De plus la menace est immatériel, qui est le responsable du système: tout le monde ou personne ? L'argent ? Mais on ne peut pas le tuer. Alors on tuera tout le monde. C'est le raisonnement qu'adopte Bill.

Le film n'est pas là juste pour décrire l'ascension d'un psychopathe. Il est, d'après moi, là pour montrer que le système ( américain surtout ), bienveillant en apparence, peut conduire indirectement aux pires monstruosités, lorsque certains protagonistes de la société sont trop frustrés, et dégoutés. Plus ces gens comprennent à quel point ils se font entuber, et plus leur besoin de vengeance aveugle leur raison à tel point qu'ils sont prêts à tuer n'importe quel innocent sans scrupules. On pourrait conclure, que le vrai meurtier dans ce film n'est pas Bill, mais toutes les choses qui ont fait de Bill ce qu'il est devenu, c'est-à-dire le système dans sa globalité, du moins ses aspects les plus révoltants et désespérants.

Ce film est d'autant plus pertinent que des massacres de ce type ne sont pas si exceptionnels que cela aux Etats-Unis, même s'ils sont de moindre importance.

LES PARENTS

Ses parents se battent avec lui pour qu'ils reprennent les études, ils ne demandent jamais à leur fils s'il est heureux, ils veulent juste qu'ils fassent des études, pensant peut-être que c'est la clé du bonheur. Dès l'annonce de sa décision d'envoyer son dossier à la fac, ses parents ne l'écoutent plus. Ils se contentent de le féliciter.

Sa mère répète par deux fois: "Tu as enfin un but dans la vie", ou "Il grandit enfin". Pour eux cela suffit à faire grandir un homme. Les actes sanguinaires qu'il va commettre par la suite prouvent le contraire.

Même la relation qu'il entretient avec eux est confuse, ils parlent tous vite, tous en même temps, mais des deux côtés on se ment: c'est un dialogue de sourd.

"Une mère ressent ses choses" dit sa mère en se convaincant que son fils va bien. On se rend compte que les parents sont complètement à coté de la plaque, ils tentent en vain d'intégrer leur fils dans une société à laquelle ils adhèrent pleinement, alors qu'au contraire Bill la rejette totalement. On a affaire aux deux extrêmes: les parents qui ne remettent rien en question, trop naifs et complètement influencés, tandis que Bill s'insurge contre tout jusqu'à en venir à des actes immondes.

MON AVIS

Je trouve que la tuerie à laquelle il s'adonne est tout de même exagérée: il n'a pas un passé extrêmement lourd psychologiquement, il vit plutôt bien, même si la routine l'emmerde et ce monde le dégoûte. Je pense que pour justifier une telle cruauté, le réalisateur aurait dû insister davantage sur son passé, avec des incidents qui l'auraient bien plus traumatisé qu'un simple "café mal fait " ou des informations qui passent en boucle et lui montent à la tête.

"Je veux passer le monde au Karcher." déclare Bill sur une vidéo. Sous-entendu faire une sélection, et tuer ceux qui, d'après lui, doivent mourir. Alors pourquoi fusiller des inconnus pris au hasard dans la rue, qui peut-être partagent le même point de vue que lui, et épargner les joueurs du bingo qui semblent obnubilés par l'argent à tel point qu'ils ne remarquent pas sa présence pourtant détonnante avec son accoutrement inhabituel ?

Quoi qu'on en dise, c'est avant tout un film extrêmement violent, c'est l'apogée du anti-héros. Mais du coup cet aspect extrême interpelle vraiment, et on se pose plus de questions que si le personnage s'était contenté de faire un discours: on est réellement choqué, la brutalité des scènes remuent nos entrailles et attire l'attention sur la visée du film.

J'aimerai revenir sur un passage qui m'a fait réagir, lors d'une discussion entre Bill et sa mère:

"Bill: Maman, je compte envoyer mon dossier à la fac, pour devenir ingénieur en mécanique.

Sa mère: Je suis contente que tu aies trouvé ta voie. Tu as enfin un but dans la vie."

Parce que devenir ingénieur en mécanique, c'est un but dans la vie ? Uwe Boll montre là d'une manière percutante le cynisme quotidien et la banalité d'une vie moyenne. On résume, de nos jours, le bonheur à un bon métier et au salaire qui va avec. Certes, ça ne justifie pas l'abomination d'une tuerie, mais ça explique en partie le désespoir et la désillusion des jeunes gens qui doivent troquer leur rêve d'un monde meilleur contre un job en ingénieur en mécanique, tout en restant stoique face à la misère humaine. Ce n'est là évidemment que mon opinion.

Pour moi, Bill identifie bien le problème, mais met en place les mauvaises solutions. Je me rallie plutôt à Evan, sur le fait que la politique et l'économie sont des mascarades à l'échelle planétaire, en particulier aux Etats-Unis, et qu'il y a beaucoup de choses contre lesquelles il mériterait qu'on hausse la voix, pacifiquement bien entendu.

RAMPAGE 2

Rampage 2 est donc la suite des "aventures" de Bill Williamson. Ce n'est pas l'objet de cette critique, mais ayant également vu ce film, le message y est encore plus explicite, tout comme la cible du tueur. Je vous invite aussi à le regarder, en vous précisant que cette fois-ci, l'accent est davantage mis sur le fond que sur la forme ( la fusillade parait moins longue et les propos sont plus développés ).

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Auteur

Blog

Jérôme M

31-10-2015

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Rampage n'appartient à aucun recueil

 

Critique de Film ou Série terminée ! Merci à Jérôme M.

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