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Quatrième Loi - Grande Nouvelle

Grande Nouvelle "Quatrième Loi" est une grande nouvelle mise en ligne par "Donald Ghautier".. Rejoignez la communauté de "De Plume En Plume" et suivez les mésaventures de OGR123, Asimov, Keller, Simpson et cie...

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Quatrième Loi

I/ La Directive Simpson

« Les Trois Lois de la Robotique ont été créées pour protéger l’Humanité » ne cessait de répéter en boucle le Premier Secrétaire Simpson devant un hémicycle acquis à sa cause. Les parlementaires de la Fédération Intérieure buvaient ses paroles ; la perspective de voir les robots devenir autonomes, sortir de leur esclavage technologique et surtout revendiquer une part du gâteau ne les enchantaient guère. En cela, Simpson jouait sur du velours, mettant en avant des arguments maintes fois utilisés par le passé et pas toujours très rigoureux.

Le professeur Asimov, incontestable spécialiste de l’intelligence artificielle, quitta brusquement l’amphithéâtre car il en avait assez entendu. Le vote allait entériner des mesures sécuritaires dans le but de calmer les fantasmes paranoïaques d’une population cantonnée à regarder les puissants lui distribuer les miettes de la croissance économique. Asimov n’en avait rien à faire de la politique tant qu’elle ne freinait pas les avancées scientifiques ; pourtant, dans le cas débattu à l’Assemblée, il ne s’agissait plus de science, d’économie de marché ou de géopolitique mais d’idéologie.

De retour dans son laboratoire, Asimov s’assit derrière son bureau et compila ses notes, une habitude machinale destinée à refroidir ses neurones bouillants. Les agissements de Simpson représentaient tout ce qu’Asimov détestait : la situation lui rappelait trop l’épisode Galilée, quand le génie italien avait été condamné par le clergé à expier ses magnifiques théories pour laisser les crétins dans leurs croyances dépassées d’un Univers centré sur la Terre.

Il n’entendit pas arriver OGR123, son dernier modèle d’humanoïde, équipé du plus fabuleux cerveau positronique jamais conçu.

— J’espère ne pas vous déranger, professeur, dit le robot.

Asimov leva les yeux et le regarda. « Quelle merveille et quand je pense que des enragés comme Simpson ont peur des robots. » se dit le savant.

— Je voulais savoir comment s’était passée la session parlementaire, continua OGR123.

— Je ne suis pas resté jusqu’à la fin mais l’issue est courue d’avance.

— Que vont-ils décider ?

— D’exécuter tout robot équipé de la Quatrième Loi. Ils vont lancer une campagne de dépistage, dans toute la Fédération Intérieure, et convoquer les propriétaires d’intelligences artificielles pour qu’ils les laissent effectuer une batterie de tests sur tout organisme synthétique équipé d’un cerveau positronique. Cette mesure inclura certainement les instituts de recherche et les laboratoires scientifiques.

— Est-ce que c’est risqué ?

— Je ne sais pas ; je pense qu’ils vont s’appuyer sur des experts comme moi pour procéder.

— C’est une tâche gigantesque !

— Oui et non. Pour les robots les plus sophistiqués, à l’instar de ta génération, ils vont devoir lancer des examens approfondis, sous la houlette de roboticiens et de comportementalistes. Pour les autres, un programme informatique devrait suffire, sous forme de téléchargement dans l’antémémoire de chaque spécimen.

— Est-ce aussi simple que cela ?

— En théorie, ça l’est. Dans la pratique, personne ne peut prédire comment vont réagir tes pairs quand ils connaîtront la raison de ces tests et surtout leur issue.

— Pourquoi ? La Seconde Loi ne nous dit-elle pas : « un robot doit obéir aux ordres que lui donne un être humain, sauf si de tels ordres entrent en conflit avec la Première Loi. » ?

— N’oublie pas que vous devez vous protéger ; c’est même l’objet de la Troisième Loi : « un robot doit protéger son existence tant que cette protection n’entre pas en conflit avec la Première ou la Deuxième Loi. ».

— Mais la Première Loi dit : « un robot ne peut porter atteinte à un être humain, ni, restant passif, permettre qu’un être humain soit exposé au danger. ». Et la Troisième Loi nous oblige à vous obéir du fait des deux autres.

— Certes oui mais elle ne vous oblige pas à mourir pour nous, dans ce cas précis.

Asimov savait que le problème venait de ce dernier point : au fil des années les intelligences artificielles avaient développée une forme de conscience, propre à leur engeance, et elle pouvait prendre le pas sur les Trois Lois de la Robotique.

Si un robot était acculé, alors même que la survie de l’Humanité n’était pas en jeu, il pouvait choisir de transgresser les trois principes fondamentaux ; la version pacifique résidait dans la fuite et de nombreux cas, cachés au grand public, faisaient état de la disparition d’humanoïdes très évolués.

Asimov trembla à la seule évocation de l’option criminelle ; il avait entendu parler de robots meurtriers, des spécimens heureusement rares mais connus pour avoir tué des êtres humains dans des circonstances encore obscures. Ces cas avaient donné lieu au fantasme autour d’une prétendue Quatrième Loi.

Le professeur faisait partie des quelques experts consultés dès le début de l’affaire. Il avait planché, avec des comportementalistes, des criminologues et des sociologues, sur les raisons probables d’une telle aberration. La réponse avait été cinglante : la Quatrième Loi constituait la composante darwinienne de la robotique et elle assurait la survie de cette nouvelle espèce, un être intelligent et doté d’une conscience. Ce constat avait déclenchée une peur panique au sein des autorités politiques et le Premier Secrétaire Simpson en avait profité pour museler les soi-disant progressistes et les leaders religieux en invoquant un danger hors du commun, une menace imminente sur l’Humanité.

Malgré les précautions d’usage, les scientifiques n’avaient pas convaincue la classe politique de la rareté du phénomène, de la faiblesse du risque et des effets de bords inhérents à une chasse au robot. Les tenants de la ligne force, les fervents supporters de l’autoritarisme et les nostalgiques de la matraque avaient pris fait et cause pour Simpson et ses propositions simplistes ; il ne restait plus qu’à voter la désormais célèbre Directive Simpson à l’Assemblée.

II/ Une conscience robotique

Désormais, le temps des robots était compté et Asimov le savait. Pour un expert de la robotique, dédié à plein temps aux intelligences artificielles, le miracle du cerveau positronique ne s’accommodait pas avec l’étroitesse d’esprit des conservateurs et leur logique policière. D’ailleurs, pour Asimov et ses pairs, le terme de robot était devenu impropre, un vestige du temps où les machines servaient à vider les poubelles, à extraire des cailloux de Callisto ou Ganymède voire à construire d’autres machines. Les humanoïdes, comme il aimait les nommer, savaient concevoir des dispositifs complexes, s’adapter aux changements et même, à l’instar d’OGR123, prendre des initiatives en fonction du facteur humain.

Découvrir une conscience chez les êtres synthétiques n’avaient pas surpris Asimov et ses collègues ; une telle évolution était inhérente à la vie intelligente et organisée. Dans l’esprit des spécialistes de la robotique, les humanoïdes représentaient une espèce à part, capable de se reproduire, de bâtir son environnement et d’apprendre de ses expériences. La différence avec les êtres humains, les dauphins ou les grands mammifères tenait à des détails : la reproduction n’était pas sexuée, du moins pas encore, et leur composition restait manufacturée. Selon Asimov, il y avait fort à parier que d’ici une décennie, la biologie robotique existerait : des cellules de synthèse seraient capables de se reproduire par elles-mêmes, en se divisant ou par un autre processus encore plus efficace. Quant à la reproduction sexuée, personne n’en avait démontrée l’absolue nécessité.

Asimov en était convaincu et pour cause : il avait créé un humanoïde doté d’une conscience mais qui ne le savait pas encore. OGR123, car c’était lui la perle rare, constituait la nouvelle génération d’êtres synthétiques, basée sur une conception plus spirituelle que scientifique. Asimov avait perfectionnées les techniques existantes mais il avait aussi introduit une algorithmie expérimentale dans le cerveau positronique. Il ne s’agissait plus d’un schéma complexe et calculé ; au contraire, le savant s’était appuyé sur un expert de la théorie du chaos et avait réussi à programmer des séquences aléatoires, capables d’intuition, susceptibles d’échapper à la logique et au rationnel. Ce tour de force, il n’avait jamais réussi à le rééditer ; OGR123 était ainsi devenu unique, une sorte de créature de Frankenstein en version siliconée.

A cause de sa rareté, OGR123 devait être préservé des mesures à venir. Asimov savait une chose : OGR123 découvrirait assez tôt l’existence réelle de la Quatrième Loi, pour survivre, pour apprendre et pour créer son propre monde. Le professeur n’était pas fou et son credo ne sortait jamais de sa tête ; pourtant, il était persuadé du bien-fondé d’une civilisation humanoïde. « Dieu ne joue pas aux dés » avait dit Albert Einstein lors d’un fameux congrès de savants. Pour Asimov, s’il existait un Créateur, qu’il s’appelât Dieu ou Allah ou Tartempion, il n’avait pas permis à l’être humain de concevoir des entités synthétiques capables de raisonner pour les cantonner au rôle de faire-valoir, d’exécutant ou de vide-ordures. Le professeur allait plus loin dans son argumentaire ; l’absence d’un Être Suprême ne contredisait pas sa logique car la Nature trouvait toujours un passage pour la vie.

Asimov avait laissé à OGR123 la latitude suffisante pour progresser à sa façon ; il l’avait emmené avec lui dans des congrès scientifiques, dans des cérémonies à la gloire de la robotique, sans pour autant le promener en trophée. OGR123 ressemblait beaucoup un être humain, par sa forme, celle d’un homme en très bonne forme physique, plus grand que la moyenne et aux traits réguliers. Il était néanmoins contraint pas la législation en vigueur. En effet, cette dernière imposait aux humanoïdes une teinte dorée ou argentée, selon leur fonction. OGR123 brillait de mille éclats d’or, grâce à une pigmentation particulière, et cette couleur représentait sa valeur marchande. Parce qu’il était une intelligence artificielle de haut niveau, élevée dans un environnement, il avait droit à cet attribut, au contraire des êtres synthétiques dédiés à l’industrie ou à l’exploration spatiale par exemple.

Asimov sourit en repensant aux nombres de femmes attirées par OGR123, pourtant facilement identifiable comme non humain. Dans l’esprit du savant, ce type de comportement ne constituait pas une déviance sexuelle ou sociale mais juste un signe positif dans l’évolution des mœurs. Les humanoïdes ne faisaient plus peur, en tout cas moins qu’avant.

Le professeur s’assombrit en pensant à Simpson et à sa stupide directive ; il allait faire reculer les mentalités en cristallisant des frayeurs ancestrales sur de rares exemples, non étayés par la science et encore moins prouvés par un jury populaire, d’exactions ou de crimes perpétrés par des humanoïdes. 

 

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Donald Ghautier

07-11-2014

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