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Premier contact - Nouvelle

Nouvelle "Premier contact" est une nouvelle mise en ligne par "Donald Ghautier".. Rejoignez la communauté de "De Plume En Plume" et suivez les mésaventures de Arnold, MAR-JANNA, Robert Wolkinson et cie...

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Premier contact

I/

 

La nuit s’éclaira soudainement, masquant des millions d’étoiles perdues dans le ciel et réveillant les rues de Paris. La Lune en pâlit de jalousie et disparut dans les limbes blanchâtres d’un jour sans soleil.

 

Arnold marchait tranquillement le long de la Seine quand le phénomène se produisit. Il vit d’abord le fleuve scintiller puis les réverbères s’éteindre et enfin les bancs publics prendre forme. Le jeune homme consulta sa montre bracelet : il était à peine deux heures du matin, trop tôt pour débuter la journée. Il leva les yeux à la recherche d’une lampe solaire capable d’expliquer un tel changement de lumière à un horaire habituellement bercé par les ronflements des dormeurs. Aucun astre majestueux, souvent bardé d’orange et de jaune, ne perçait la masse nuageuse du ciel parisien.

 

Les oiseaux commencèrent à chanter, d’abord timidement comme s’ils n’osaient pas user du triolet de peur d’effrayer le jour naissant, puis avec ferveur quand la voute céleste continua de s’illuminer en une intensité grandissante. Arnold trouva le moment agréable. Il aurait pu en composer un concerto pour quatuor à cordes, comme son lointain ancêtre au début du vingtième siècle, un fameux musicien autrichien mort en Californie dans une quasi pauvreté.

 

Le quai s’affichait désert, vide à désespérer le plus vaillant des clochards. Dans cette luminosité anormale, la ville semblait féérique, avec ses bâtiments figés dans le temps et ses ponts décorés comme des œuvres d’art. Arnold admira la perspective. Jamais Paris n’avait été aussi belle à ses yeux, même dans ses rêves romantiques où une Colombine le prenait par la main et l’emmenait valser dans les jardins publics. Arnold continua à marcher, profitant du spectacle pictural et de la musique des oiseaux.

II/

 

La sonde spatiale américaine HIDDEN1 assista la première à l’arrivée de la singularité dans le système solaire. Lancée pour un voyage secret de dix ans en direction de la banlieue jovienne, HIDDEN1 constituait le prototype du drone de l’espace, en version furtive, indétectable pour les observateurs non équipés de la lunette ad hoc. Nec plus ultra de la recherche militaire, HIDDEN1 était équipé d’une merveille d’intelligence artificielle, un ordinateur compact dénommé SISTER MOON en hommage à un vieux mythe indien chanté par un groupe gothique des années quatre-vingt.

 

SISTER MOON maintenait une liaison cryptée avec un centre de commandes appelé BROTHER WOLF, enterré quelque part dans le désert du Nevada. BROTHER WOLF utilisait le facteur humain pour prendre des décisions politiques, un terme galvaudé dans le langage militaire. En réalité, BROTHER WOLF tenait plus du calculateur géant que de l’androïde tant glorifié par les films de science-fiction. Il servait de support à une armada de techniciens, d’astrophysiciens assermentés par l’Oncle Sam et de militaires dédiés à la glorieuse Amérique. Tout ce beau monde n’avait qu’une seule et unique mission : établir le contact avec une civilisation avancée venue visiter en catimini les faubourgs de Jupiter et son fameux aquarium géant Europa.

 

SISTER MOON lança des calculs dans tous les sens pour expliquer la courbure du temps constatée dans la périphérie orbitale des satellites galiléens. N’arrivant à rien, elle contacta BROTHER WOLF.

— Suspicion d’activité extra-terrestre dans le secteur d’Europa.

— Envoyez vos données.

— C’est fait. Elles sont inexplicables dans notre connaissance actuelle de l’infiniment grand.

— On s’en occupe, SISTER MOON. Continuez à enregistrer !

— La courbure s’étend jusqu’à ma propre orbite.

— Dégagez, SISTER MOON !

— J’essaie, BROTHER WOLF. Mon navigateur de vol indique du mouvement mais le chronomètre reste figé. J’avance dans la longueur, la largeur et la profondeur mais je stationne dans le temps.

 

BROTHER WOLF, déjà handicapé par une communication hachée par la distance entre la Terre et la planète géante où chaque envoi de données mettait trois quarts d’heure à arriver, n’entendit plus SISTER MOON. Impossible à détecter en visuel, du fait de l’éloignement et de son mode de camouflage, SISTER MOON existait uniquement pour les grandes oreilles déployées par BROTHER WOLF. Sans son, privé de lumière, BROTHER WOLF ne retrouverait probablement jamais la sonde furtive.

III/

 

MAR-JANNA détecta des fluctuations dans l’une des cordes. Elle ajusta ses instruments de mesure pour établir quelles dimensions étaient affectées par ces changements inattendus. Une fois la position établie, elle bloqua la trajectoire de son yacht sur quatre cordes et étudia de près les variations. Pas très versée en sciences de la matière, elle demanda de l’aide à son navigateur synthétique, une merveille technologique prénommée KRIS-TIAN001.

— Peux-tu m’éclairer, ô toi maître de la navigation spatiale, ironisa-t-elle.

— Veux-tu vraiment le savoir, MAR-JANNA ? Je ne voudrais pas gâcher tes vacances dans ce système planétaire.

— Tu parles de vacances ! A part ce satellite congelé, je n’ai rien vu de palpitant autour de cette géante gazeuse. Je ne sais même pas si l’autre, celle avec des anneaux, va s’avérer plus intéressante.

— Tu veux de l’exotique, de la bonne rigolade ?

— Si ce n’est pas une de tes blagues débiles ou un panorama de ton humour à deux crédits, pourquoi pas ? Qu’as-tu en stock ?

— Un module d’exploration venu d’une civilisation intelligente.

— Rien que ça ? Et tu n’en parles que maintenant ?

— Je n’allais pas te déranger pour si peu !

 

MAR-JANNA soupira. Elle n’avait jamais compris pourquoi les autorités scientifiques avaient accordé le statut d’être intelligent à des abrutis comme KRIS-TIAN001. Du coup, lui et ses pairs se croyaient obligés de penser pour les autres, de prendre des décisions dénuées de bon sens pour elle mais parfaitement logiques dans leur conscience numérique. Malheureusement, MAR-JANNA n’était qu’une touriste de l’espace, nulle en sciences dures, juste détentrice d’un permis de voyager à travers les cordes. Héritière d’une dynastie de commerçants, elle gérait sans passion sa marque de produits de luxe dans deux multivers. Acheter ce yacht constituait sa dernière lubie de petite fille riche. A défaut de fournir des amoureux valables, le Graal pour les cœurs d’artichaut comme MAR-JANNA, le vendeur lui avait dégoté une perle du voyage transdimensionnel, le modèle SPH-YNX tant vanté par moult conquérants de l’inutile. Bonne poire devant l’Eternité, elle avait également accepté l’option navigateur synthétique, sans l’essayer au préalable.

 

MAR-JANNA prit sur elle. Laisser KRIS-TIAN001 se prendre pour le maître des lieux l’irritait prodigieusement mais dans le cas présent elle n’avait pas le choix.

— Fais-moi profiter de ta science.

— Notre queue gravitationnelle a capturé un engin spatial. De construction rudimentaire, incapable de gérer plus de trois cordes, et encore de façon minimaliste avec des contraintes et des limites d’un autre âge, il trahit l’existence d’une civilisation capable de penser.

— Peux-tu passer à la version résumée ?

— Tu m’ôtes le plaisir, MAR-JANNA, de t’exposer l’intégralité de mes recherches sur ce bout de métal. C’est dommage, il y avait de la matière pour te faire progresser dans tes connaissances en histoire.

— Chacun sa vision du plaisir. Que conclus-tu de ton étude ?

— Ce système planétaire héberge une espèce vivante, débutante dans l’exploration spatiale mais assez futée pour nous avoir repérés.

— Comment ça ?

— Leur objet volant a livré ses secrets. Nous avons suscité leur attention quand nous nous sommes posés sur l’aquarium géant.

— Et alors ?

— Ils veulent établir le contact avec nous.

— Je suis en vacances. Amusons nous un peu avec ces primitifs !

IV/

 

Le colonel Simpson, en charge de BROTHER WOLF, expliqua les raisons connues de la perte de SISTER MOON, avec force détails techniques et considérations stratégiques. En clair, il exposa sa totale ignorance et l’impuissance de son équipe face à un phénomène imprévisible dans une mission pourtant maîtrisée, en théorie. Son auditoire, des généraux bardés d’étoiles, des conseillers scientifiques et des représentants du Pentagone, l’écoutait sans passion.

 

La vidéo-conférence s’anima quand le Secrétaire d’Etat aux Affaires Etrangères, un dénommé Wilkinson, s’invita dans la réunion.

— Si je comprends bien, colonel Simpson, notre premier contact avec des extra-terrestres a eu lieu, interpréta Wilkinson.

— Je ne dis pas ça, monsieur.

— J’ose une variante à votre théorie du rien. Vous permettez ?

— Faites donc !

— HIDDEN1 est un module furtif, indétectable par nos confrères russes ou chinois pourtant les mieux armés pour nous prendre en flagrant délit de non respect des conventions spatiales. Nous l’avons conçu suite à la découverte de signaux extra-terrestres provenant d’une source mécanisée, dans la banlieue de Jupiter. Le Président a accepté, sans passer par le Congrès, de débloquer des fonds spéciaux pour accélérer la mise en œuvre de HIDDEN1. Je me rappelle ses mots lors d’un conseil extraordinaire : « Messieurs, nous devons être les premiers à serrer la pince de E.T ! ».

— Je n’y étais pas mais on me l’a rapporté.

— Et encore, je vous sers la version édulcorée. Je reprends. HIDDEN1 est arrivé à bon port, s’est placé en orbite autour de la planète géante et a commencé à chercher des traces physiques d’une présence extra-terrestre.

— Rien de nouveau par rapport à l’exposé de Simpson, fit remarquer le général Reagan, un ultra-conservateur juste sorti du placard où l’avait enfermé le précédent président démocrate.

 

Wilkinson, un ancien des services secrets, sourit intérieurement à la remarque de Reagan, un dinosaure, un nostalgique de l’ennemi soviétique et de la bonne vieille guerre froide.

— Certes, général Reagan, je reprends, en plus synthétique, les principaux éléments du colonel Simpson. La variante va arriver. Ne soyez pas impatient, l’heure est encore à la détente.

L’assemblée ne put se retenir de rire un bon coup. Reagan n’était pas vraiment populaire dans les arcanes du pouvoir, essentiellement à cause de son implication dans quinze ans de guerre en Irak, vingt ans de conflit en Afghanistan et autant de mensonges sur une supposée menace nucléaire en Iran où des va-nu-pieds essayaient tant bien que mal de fusionner deux atomes d’uranium.

— Reprenons. Dans les services secrets, nous avons un adage : « l’ennemi se manifeste par son absence. » Je crois bien que c’est le cas ici. HIDDEN1, censé repérer un vaisseau extra-terrestre, a disparu corps et bien dans un environnement que nous maîtrisons depuis des décennies.

— Et alors, ça arrive, objecta Reagan.

— Oubliez un instant les réflexes d’antan, Reagan ! Nous ne sommes pas en face de bolcheviks assoiffés de sang. Toutes les missions cachées de nos ennemis préférés, nous les avons démasquées en deux temps trois mouvements. L’Amérique, notre patrie adorée, reste le Numéro Un en matière de coups fourrés technologiques, de conquête spatiale et de petits hommes verts. Si nous sommes incapables d’expliquer la disparition du module HIDDEN1, c’est la preuve évidente d’une force supérieure à la notre. Elle a décidé, pour des raisons encore inconnues, de s’emparer de notre engin.

— Comment allons-nous procéder ? La dernière communication de SISTER MOON, l’intelligence artificielle embarquée, nous a donné des coordonnées précises mais tous nos sondages restent infructueux. Il faut se rendre à l’évidence : la zone est vide de toute présence physique.

— Ce n’est pas le Triangle des Bermudes, conclut Wilkinson. Il faut considérer le cas sous un autre angle. La balle est dans le camp des experts scientifiques. Nul doute qu’ils trouveront une solution.

V/

 

Arnold vit descendre une Vénus sortie du ciel, blonde et nue sur son coquillage blanc. Au début, il pensa à une hallucination, une illusion d’optique. Pourtant l’image se précisa : la femme qui descendait lentement des cieux arborait une totale nudité, cachant à peine son pubis avec ses longs cheveux dorés, identique au tableau de Botticelli. « La beauté de la Renaissance. » se dit Arnold, sensible aux chefs d’œuvre d’antan.

 

L’inconnue le regarda puis s’approcha de lui en marchant doucement. Elle lui sourit d’une bouche parfaite puis engagea la conversation.

— Aimes-tu le jour en pleine nuit, Arnold ?

— C’est étrange mais ça me plait.

— Il n’y a personne. D’ailleurs, que fais-tu ici, à cette heure tardive ?

— Je cherche l’inspiration.

— Penses-tu la trouver sur ce quai ?

— Pourquoi pas ? Tout est possible. Tu en es la preuve vivante.

 

L’inconnue pouffa de rire. Arnold admira ses dents bien alignées, sa poitrine joliment arrondie, ses hanches généreuses et sa chevelure magnifique. Elle ne ressemblait en rien aux mannequins anorexiques imposés au regard masculin par des publicités mensongères vantant les mérites de yaourts au bifidus actif ou de céréales censées aider à maigrir. Elle était la femme, Vénus la divine, celle dont il rêvait depuis sa tendre adolescence, une icône reléguée aux manuels d’histoire de l’art.

— Pourquoi ris-tu ?

— Tu es différent.

— De qui ?

— Des autres, de ceux qui parlent dans les airs.

— Tu veux dire par les ondes radio ?

— Si tu veux. J’entends des voix, je capte des images avec des personnes pressées, angoissées, stressées, courant dans tous les sens pour des raisons qui m’échappent.

— Tu n’es pas Vénus, c’est ça ?

— Non. Es-tu déçu ?

— Pas vraiment. Je préfère garder ce mythe dans son écrin. Toi, tu es réelle. Du moins, j’espère.

— Je le suis, Arnold, sois en persuadé.

 

Arnold respira mieux tout à coup. Il n’aimait pas être déçu. Ce trait de caractère constituait un sérieux frein à ses ambitions artistiques mais il ne pouvait l’empêcher.

— L’as-tu trouvée, Arnold ?

— Quoi ?

— L’inspiration !

— Ce n’est pas aussi simple.

— Explique-moi, alors ! Je ne demande qu’à comprendre.

— Je suis un artiste. Mon problème, c’est que je n’ai pas encore choisi entre la musique, la poésie, la littérature ou la chanson.

— Pourquoi choisir ?

— Parce que dans mon métier il faut rentrer dans une case, porter une étiquette sur le cou, dans le but d’une identification plus facile pour mettre un produit culturel en face d’un public adéquat.

— Je vois. Est-ce qu’une nuit transformée en jour sans soleil ne peut pas t’inspirer ?

— Possible. La question demeure : vais-je chanter ce jour en pleine nuit ou l’habiller en concerto pour violoncelle et orchestre ? Je pourrais même en tirer une nouvelle poétique ou un poème épique. Tu en serais la reine, le centre, l’alpha et l’oméga. Qu’en penses-tu ?

— Tu me parais emprunter la bonne voie. Laisse ton imagination voguer à sa guise !

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Auteur

Blog

Donald Ghautier

01-07-2017

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