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Paoli (et ses relations avec la ... - Article

Article "Paoli (et ses relations avec la famille Bonaparte)" est un article mis en ligne par "Francis A.Denis".. Venez publier un article !
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PAOLI

(et ses relations avec la famille Bonaparte)

 

 

 

 

Paoli

 

 


 

   S’il est un homme qui mérite qu’on affiche son nom au panthéon des grands défenseurs des idées républicaines, c’est bien « Filippo Antonio Pasquale de Paoli ».

Adulé des Corses, au titre de père de la nation, il reste tout simplement totalement méconnu pour la grande majorité des Français continentaux. Hors, la vision idyllique comme l’absence de vision semble bien dommage en regard de l’importance du personnage.

En Corse, de nombreux érudits ont étudié et décortiqué la vie et l’œuvre de Pasquale Paoli. Il va de soit que son histoire est donc bien connue et des centaines d’écrits très sérieux en Corse comme en Français ou même en Anglais en attestent.

Malgré tout, dans l’imagerie populaire insulaire, ne reste pratiquement que la légende du rebelle, porte drapeau de la cause indépendantiste.

Sur le continent, Paoli ? Inconnu au bataillon ! Le nom même s’éteint dans la propagande de la fin du 19eme. On n’allait pas porter au pinacle les idées d’indépendance d’une ile qui nous avait donné un empereur alors qu’on tentait de forger une identité nationale commune autour de quelques valeurs choisies. Dehors, Pasquale ! Allez voir ailleurs !

Ailleurs ???

Pourquoi pas en Angleterre où son cénotaphe (tombeau sans corps à l’intérieur) trône carrément dans l’abbaye de Westminster ? Ou encore aux Etats-Unis ou 5 communes dans 4 états différents portent le nom de Paoli ; Où Ebenezer McIntosh, l'un des chefs des Fils de la Liberté, baptisa son fils Paschal Paoli McIntosh.

 

Commençons par tordre le cou à quelques idées reçues :

- Paoli, ennemi juré de Napoléon ? Pas toujours et nous reviendrons sur leurs relations!

- Pasquale, défenseur acharné d’une Corse indépendante à tout prix ? Pas tout à fait !

- Traitre prêt à vendre l’ile aux Anglais par dépit d’y perdre le pouvoir ? Aucunement, si l’on considère le rôle politique d’Albion à l’époque.

- Dictateur ? Seulement pour tenter de sauver son rêve !

- Héros ? Assurément, mais pas uniquement pour la cause Corse… Pour tous les façonneurs des idées républicaines…

- La constitution de Pasquale servit à l’élaboration de celle des états unis ? Pas du tout ! Elle ne figurait même pas dans la liste des diverses constitutions retenues pour bâtir la nord-américaine mais toutes sont issues des mêmes grandes idées de Montesquieu, Rousseau, Voltaire et quelques philosophes étrangers que je connais moins. On y retrouve évidement de nombreux points communs.

- La Corse fut vendu comme du bétail à la France ? Simpliste, là encore ! La réalité est sans doute plus tortueuse.

 

Alors, le mythe Pasquale Paoli, fantasme ou réalité ?

 

Laissez-moi plutôt vous conter :

   Début 18ème siècle, la péninsule italienne, n’est qu’un conglomérat de micro-royaumes ou semi-républiques. La Corse est sous la coupe de la République de Gène depuis près de 400 ans. En fait, Gènes n’est plus qu'un administrateur pour le compte d’Aragon et sa puissance très illusoire, gangrénée par la corruption. Elle ne tient l’ile que grâce à une noblesse locale jalouse de ses privilèges. Ceux là sont riches tandis que la population reste d’une pauvreté écœurante, écrasée par les impôts. La grande famine de 1729 pousse la région du Nebbiu à la rébellion. Aussitôt, Gènes obtient l’appui de Charles VI (toujours Aragon) pour mater les mutins. A peine les armées impériales retirées, Jacynte Paoli (le père de Pasquale) fomente une nouvelle révolte.

Traçons uniquement les grandes lignes car dans les 10 ans qui suivirent, l’histoire n’est qu’une succession de soulèvements et d’interventions. Les premières incursions françaises datent de cette époque. Aragon préfère focaliser sur la Sardaigne et Gènes n’a plus les moyens de ramener le calme. Le traité de 1737 demande à la France d’intervenir pour « opérations de maintien de l’ordre » moyennant rémunération. Les chefs insurgés se voient contraint à l’exil. Jacynte et son plus jeune fils, Pasquale, prennent de fait le chemin du royaume de Naples. Pasquale à 15 ans ! Il entre comme élève à l'École militaire et devient cadet dans les troupes corses du Royaume des Deux-Siciles. L’ile, quant à elle, cherche la voie du salut jusque dans une tentative désespérée de royauté très éphémère et replonge d’insurrection en insurrection.

   En 1753 après une nouvelle campagne de pacification, les Français repartent en laissant les rennes à un régent rapidement assassiné et aussitôt remplacé par Clément Paoli (fils ainé de Jacynte). Celui-ci ne pourra tenir les divers clans dans son giron et en 1755, les principaux chefs s’entendent pour rappeler son jeune frère, Pasquale, au titre de General de la nation car on cherche un militaire avant un politique. Le frais Général mettra deux ans à fédérer les clans, de gré ou de force ! De là, il va se rendre maitre de l’ile à l’exception des grands centres maritimes qui resteront dans l’escarcelle de Gènes jusqu’en 1761.

   C’est donc le moment crucial ou sa légende va prendre forme effective. Car le rêve de Pasquale va bien au-delà d’une simple indépendance de l’ile. Nourrit dès l’adolescence aux idées de Montesquieu et La Rochefoucauld ; Admiré par Voltaire et Rousseau (à qui il demandera de rédiger une constitution) l’homme poursuit une utopie. Il veut appliquer les préceptes des penseurs de liberté et d’égalité au bénéfice de sa nation naissante. Il sait que le temps joue contre lui avant que les puissances du moment ne décident d’intervenir. Alors, il va aller très vite, trop vite peut-être…

- Il interdit la vendetta qui pouvait décimer des familles sur 7 générations.

- Créé l’université de Corte.

- Dote la Corse d’une constitution qu’il établit lui-même en s’entourant de juristes locaux (celle de Rousseau fut abandonnée car trop éloignée des réalités de l’ile)

- Introduit la pomme de terre pour lutter contre les famines trop fréquentes.

- Frappe sa propre monnaie.

- Ordonne la construction d’une marine de guerre.

- Incite la communauté juive à s’installer à l’ile rousse pour obtenir un pole économique énergique et bien réel.

   Ces essais sont balbutiants, contrecarrés sans cesse par les intérêts claniques toujours très puissants. Alors, il tente de garder la main en frôlant la dictature et passe des décrets lui donnant pratiquement tous pouvoirs ou droit de véto sur tout. Il glisse lentement vers « l’imperator » mais perd inexorablement le contrôle année après année. Trop rigide ! Trop sur que sa vision ne saurait se satisfaire de compromis pourtant nécessaires.

 

Mais… Dans le reste de l’Europe du 18eme, quelques esprits ne perdent pas une miette de l’aventure. Tous les grands penseurs que Pasquale admirait découvrent avec intérêt et délectation « l’expérience Paoli ». Ils clament à qui veut l’entendre que la Corse est le premier état démocratique de l’Europe du siècle des lumières et Paoli un « despote éclairé » et adaptent leurs écrits en fonction des erreurs observées. Ils n’étaient que des théoriciens, la tentative Corse va leur montrer les limites de l’idéologie.

 

   En 1768, la France octroie à Gènes, ruinée, un prêt de deux millions de livres. La république donne comme garantie la Corse qu’elle ne possède déjà plus. Vous connaissez le résultat !

Louis XV, roi guerrier, ayant fortement tendance à se prendre les pieds dans le tapis au regard de l’histoire, ne tarde pas à réclamer ses droits. Pour lui, la Corse est sienne et les envies d’indépendance des habitants un simple détail. Une erreur grossière quant on connait la personnalité du père de la nation Corse.

L’argusci di Pasquale (l’armée de Pasquale) bat les Français à Borgo! Victoire héroïque… et illusoire ! L’année suivante les troupes de Louis XV écrasent en 4 jours les patriotes à Ponte Nuovo en alignant une armée de plus de 30000 hommes (la Corse comptait seulement 120000 habitants). Nous sommes donc en 1769, année de naissance de Napoléon Bonaparte dont les parents luttent justement aux cotés de Pasquale à Ponte Nuovo

 

   C’est le second exil ! Pasqual doit s’enfuir avec 500 de ses partisans. Il rejoint l’Angleterre tout en étant acclamé le long de son périple par tous les peuples qu’il rencontrera (Italie ; Autriche ; Pays bas et enfin Angleterre) grâce notamment aux récits dont il est le héros dans la littérature très prisée de l’écrivain anglais James Boswell, devenu son ami et compagnon de route.

Si l’Angleterre semble si attractive pour Pasquale Paoli, c’est simplement que son régime de l’époque (déjà une monarchie constitutionnelle) est le plus en accord avec ses idées.

D’ailleurs, avec le recul qui est le notre, il faut bien avouer que notre ennemi héréditaire à toujours su faire bon accueil à nos transfuges politiques (qu’on les nomme Voltaire, Hugo, Zola ou De gaulle)

L’histoire pourrait s’arrêter là ? Et bien non !

Paoli ronge son frein à Londres pendant 20 ans. Il y joue les mondains et attend son heure…

 

   La famille Bonaparte, au lendemain de la défaite de Ponte Nuovo choisit de rester en Corse. Charles, le père, doit bien composer avec le nouvel envahisseur et s’adapter au mieux. Il meurt d’un cancer en 1785, laissant son épouse Laetizia veuve à 35 ans avec 8 enfants à charge. Elle n’arrivera à les élever qu’à l’aide des bourses accordées par le roi de France. Napoléon prend à son tour le chemin des écoles militaires, mais cette fois ci, coté Français.

Devenu officier, il s’arrange pour passer plus de temps en Corse que sur le continent dès sa première garnison. Il aimerait commander aux milices corses ; Mieux ! Il rêve de régner sur la Corse et Paoli est son Dieu et son démon en même temps de par son histoire familiale. Il aura ce mot bien connu : Moi aussi je veux être Paoli !

 

1790, 1 an après la prise de la Bastille !

Paoli se rallie aux idées révolutionnaires et le directoire le rappelle en France (avec l’appui du jeune Napoléon).

Sa marche sur Paris est triomphale ! La moindre chaumière le vénère ! C’est Lafayette en personne qui l’accueille dans la capitale où il rencontrera Louis XVI… Mieux ! C’est Robespierre, « l’incorruptible » lui même qui le reçoit au sein des Jacobins et lui octroit le titre de Lieutenant Général et commandant de l’ile de Corse. Corse où il se hâte de revenir sous les ovations.

Pasquale n’a rien du mouton qui se satisfait d’un titre. Il veut retrouver son pouvoir d’antan et poursuivre son rêve d’indépendance. La convention ne lui laisse qu’un rôle d’exécutant qui ne peut lui convenir. Alors, il va prendre le contrôle du directoire de Corse en remplaçant un à un les membres par ses partisans. La convention prend ombrage de la perte progressive de son influence.

En 1794, son expédition sur la Sardaigne, commandée par Napoléon, tourne mal et l’on en attribue de suite la faute à Paoli qu’on dénonce comme traitre à la France dans le but de l’évincer. Sentant le vent tourner, Pasquale tente de rallier Laetizia Bonaparte à sa cause. Elle refuse, la France a nourrit ses enfants! Aussitôt, Pasquale déclenche une épuration de ses opposants dont la famille Bonaparte à Ajaccio. La tentative d’assassinat de Napoléon au retour de Sardaigne échoue.

La rupture est consommée ! Les Bonaparte défendront la jeune république Française qui leur a évité la misère et le père de la nation, Pasquale, se tourne vers ses alliés anglais pour leur proposer de créer un royaume Anglo/Corse. Evidement, ceux-ci acceptent aussitôt, trop heureux de prendre pied dans cet endroit stratégique. En cette même année 1794, la flotte anglaise commandée par Lord Nelson (futur vainqueur de Trafalgar) prend Saint-Florent, Bastia puis Calvi. Sir Elliot est nommé vice roi et, moins d’un an plus tard, les premiers heurts avec Pasquale apparaissent. Paoli est encombrant ! Tellement encombrant qu’on l’oblige au rapatriement vers l’Angleterre d’où il ne reviendra plus.

Trahit, dépité, usé, il s’éteindra en 1807 à l’âge de 81 ans. Il aura passé 15 ans à Naples, moins de 26 ans en Corse et 40 ans en Grande Bretagne. L’indépendance de l’ile aura duré 14 ans, dont seulement 8 pour la totalité du territoire.

 

Qu’a donc fait Pasquale de ces quatre décennies perdues outre manche ? Et bien pas grand-chose en vérité ! Le sang de l’homme d’action ne s’échauffe qu’aux parfums de son ile natale… A Londres, il s’installe dans un confort un peu terne ; Il obtient une rente du gouvernement anglais ; Donne des cours (beaucoup de philosophie où il prône ses théories, il parle 5 langues) et profite de son statut passé. On lui connaît surtout une grosse correspondance avec sa muse de l’époque, le peintre Maria Cosway. Mais les écrits sont insipides et sombrent facilement dans la mélancolie. Trop peu de politique et l’analyse devient plus fataliste, moins utopiste. Il finira même par reconnaître l’alliance Franco-corse comme bénéfique au point de demander à ce que ses petits neveux reçoivent une instruction en France.

Digne mais fatigué, il encouragera les siens à oublier les dissensions entre Paolistes et Bonapartiste et admettra, non sans une certaine fierté teintée d’amertume, la réussite d’un jeune empereur aux origines insulaires.

 

En 1796, un an après le départ de Pasquale, les Anglais furent chassés de l’ile par l’armée française d’Italie. A sa tète, se tenait Napoléon Bonaparte !

Celui-ci, a bien appris de l’essai Paoli. La maitrise du pouvoir n’est possible qu’aux mains d’un seul homme, sans prendre en compte les aspirations partisanes. Lorsqu’il deviendra empereur, en souvenir de son admiration passée pour le « babbu de la nation Corse » il aura le geste de clémence d’accepter le retour du grand homme sur sa terre natale. Néanmoins, les conditions sont si draconiennes (presque une assignation à résidence) que Pasquale refusera.

 

Paoli est-il le père de la Nation Corse ? Assurément ! C’était un grand politique et un stratège avisé. Mais, même s’il l’espérait, il n’a jamais réellement envisagé une indépendance pleine et entière de l’ile. Il était trop lucide et pragmatique pour ne comprendre que la Corse n’aurait pu maintenir intacte l’intégrité de son territoire, sans restée adossée à une grande puissance… Ne serait-ce que par la trop faible densité de population… Son rêve s’apparentait plutôt à une autonomie associative(ou indépendance association). Ce qui, replacé dans le contexte de l’époque, en fait déjà un visionnaire.

 

Là où « l’expérience Paoli » ne peut réduire l’homme au simple titre de héros local, c’est que pendant prés d’un demi siècle, elle va se propager pour servir d’exemple à tous les protagonistes des révolutions et velléités d’indépendance dans une grande partie du monde. A ce titre, Filippo Antonio Pasquale de Paoli mériterait assurément quelques lignes dans nos livres bien mieux qu’une simple image d’Épinal au caractère exclusivement insulaire.

Et pour s’en convaincre :

 

   En Amérique du Nord, les « Fils de la liberté » combattants pour l’indépendance, se disaient inspirés par Paoli et sa lutte contre le despotisme… Et en 1768, juste avant la défaite de Ponte Nuovo, le rédacteur en chef du New York Journal écrivit que Pasquale Paoli n’était rien de moins que :

« Le plus grand homme de la terre ».

 

Francis A.Denis

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Auteur

Francis A.Denis

09-10-2011

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Paoli (et ses relations avec la famille Bonaparte) n'appartient à aucun recueil

 

Article terminé ! Merci à Francis A.Denis.

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