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On the road to hell - Histoire Courte

Histoire Courte "On the road to hell" est une histoire courte mise en ligne par "Francis A.Denis".. Venez publier une histoire courte !
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On the road to hell !

(Sur la route de l’enfer!)


 

 

Putain de mal de tronche! J’avais trop forcé sur la Budweiser la veille au soir!

Pour ma défense, la musique était bonne et la bière aussi.

Ma tendre épouse tenait à l’œil la serveuse que mes charmes usés de capitaine du groupe ne laissaient pas indifférente.

C’est le curieux privilège du grade qui m’étonne chaque matin en rencontrant l’ombre de moi-même dans mon miroir maudit.

J’attisais la colère de ma vieille lionne en lorgnant aussi discrètement qu’un homme déjà éméché sait le faire vers l’insondable décolleté.

Aux « arrête de boire » ma compagne d’une vie ajouta donc les quolibets inamicaux qui promettent souvent la perte d’un œil d’un revers d’ongle manucuré.

Pour autant que ma mémoire me reste fidèle, la fille était vraiment belle! Sa croupe ondulante focalisait les envies masculines comme les haines féminines, encouragées par mon cinéma de vieux pervers…

J’ai lâchement profité de l’instant d’émotion pour vider d’un trait la chope de mon voisin et la remettre en place sans qu’aucun des présents ne s’aperçoive du subterfuge.

Avec l’age, le renard perd le poil, jamais le vice !

Le stratagème avait du fonctionner plus d’une fois dans la soirée pour que mes deux neurones me pètent ainsi la calebasse au matin, au point de prendre un tel retard sur le reste de la bande. Fumiers !!! Pas un clampin n’attendait le « captain »...

J’aurais pu crever sur le bord de la route, étranglé dans mon vomi sans qu’aucun n’ait l’idée de faire demi-tour… Et ma douce la première ! Son « 1340 Fat boy » caracolait sûrement en tête sans un regard dans les rétros.

Remarquez, j’aurai bien eu tort de me plaindre. Une trentaine d’échappements libres, un lendemain de cuite, ça vous fend une boite crânienne plus sûrement qu’un coup de clef anglaise. Je pleurais comme une madeleine et naviguait à l’estime. C’était plus dut au bol et aux lunettes climax qu’à la vitesse, vu que je ne dépassais pas le 80 avec mon étron. Au dessus, la vibration du « Shovelhead » devenait insupportable.

« Good vibrations » qui disent, les Ricains ! Peut-être, mais l’envie de pisser vous prend toutes les 30 bornes. Cette fois ci, je repérais un arbre qui m’attendit encore longtemps (pensez ! A cette vitesse…)

Une autre meule était déjà parquée à l’ombre… Je décidais de faire fi des spectateurs éventuels pour laisser parler l’instinct. Je bloquais tout et traversais la ligne continue pour me jeter au pied du grand chêne sans même prendre garde au risque de collision.

Il avait déjà du en voir, cet arbre là, des good vibrations !

Ahhh !!! Deux chopes moins lourd, la vision s’éclaircissait enfin.

C’est connu, le plaisir sèche les larmes !

J’avais presque terminé quand gronda la grosse voix, juste à ma droite, près du premier « chopper » arrivé.

- Fait chier, j’ai crevé !

Comme dans « Easy Rider », la bécane valait son pesant de cacahuètes… Un splendide Panhead modèle 56 à cadre rigide… Une pièce de musée dans un état rare. Les chromes étaient flambants neufs. Ils miroitaient au soleil comme si la poussière de la route avait interdiction d’en ternir l’aura. La peinture perso en jetait elle aussi... Bleu ciel constellé de nuages où une pléiade de petits anges copulait joyeusement un peu partout… Goût de chiotte, certes, mais de très belle facture.

Le mec, tout en longueur, portait une grosse chaîne en guise de ceinture. Ses bras, étaient couverts de tatouages à connotation judéo-chrétienne. On en voyait relativement souvent depuis que Madonna avait lancé la mode. Deux yeux bleus, d’une troublante gentillesse, éclairaient le visage émacié qu’encadraient des dreadlocks de cheveux longs et gras à la couleur indéfinissable.

Bonne bouille ! Tout de suite envie d’en faire un pote !

Rien que le Cromwell cuir, façon aviateur, avec la paire d’ailes plantées de travers, t’envoyait direct en prison sans toucher vingt mille…

D’habitude, les potes à Mickey m’indisposent mais l’ensemble valait une fortune et le top du lot restait quand même la souris qui l’accompagnait. Mazette ! La blondasse d’enfer ! La minijupe cachait juste le minimum syndical et le bustier débordait de silicone. Quand tu pensais qu’elle se tapait le fondement sur le minuscule pouf collé directement sur le garde boue en tôle, il te prenait des envies de lâcher la place de « leader » pour rouler sagement derrière, en priant pour que le trajet dure longtemps.

Mon sang ne fit qu’un tour! Retard pour retard, autant rendre service. Je remballais illico mon outillage personnel et m’essuyais les mains sur mon jean (ça tache pas, c’est de la bière). De là, je pris une profonde inspiration pour rentrer la bedaine et offrit illico mes services.

- Et tu comptes réparer tout seul sur le bord de la route ? Demandais-je au pilote pour engager la conversation, tout en souriant béatement à sa belette.

- Ca fait trop longtemps que je ne travaille plus de mes mains, répondit-il désolé en comprenant où dérivait mon intérêt.

   Je transformais mon regard bovin en sourire amusé en imaginant la déception de sa compagne… Si ce n’était pas malheureux avec un morceau pareil?

Bon prince, je lui proposais ma bombe anti-crevaison. J’avais de quoi jubiler car c’était la seule pour tout mon gang… En cas de besoin, les mutins qui m’avaient abandonné devraient se démerder autrement !

- Moi, c’est Jésus! Déclara le grand barbu en m’écrasant les phalanges d’une poigne ferme et décidée qui n’avait rien de celle d’un supplicié. La dame est Marie Magdeleine !

- Ouaip! Et moi c’est Tarzan assurais-je en trouvant qu’il en rajoutait un peu trop. Sa déclaration transforma ma sympathie initiale en méfiance de principe. Le cuir blanc, fallait déjà oser. Les effigies religieuses et la grosse croix en bois autour du cou transpiraient à plein nez le souffre de l’intégrisme.

Le gars m’offrit en échange de la réparation, comme il est d’usage lorsque qu’un frère de la route vous sort de l’embarras, de payer sa mousse. Il connaissait, à l’entendre, un gargotier sympa et compatissant (entendez: pas cher) non loin de là. En gentleman excité comme un chameau et assoiffé comme une puce… Heu… Ou le contraire… j’acceptais l’invitation malgré ma défiance. Mon mal de tête s’estompa curieusement à l’idée de combattre le mal par le mal.

Au moment d’enfourcher nos montures, (les bécanes pas la dame) ce mec m’a tué ! Non ! C’est juste une métaphore. Il claqua des doigts et la donzelle se précipita pour démarrer sa brèle. La jupe en guise de ceinture, le string tendu à nous péter à la gueule, elle sauta plusieurs fois sur le kick avec entrain avant d’ébrouer la bête.

- Je devrais la faire régler, elle ne démarre plus du premier coup, me souffla t’il avec un clin d’œil complice.

Cette saloperie de long « sissy bar » qui terminait sa selle me cacha une bonne partie du paysage espéré.

   Moins de dix minutes de vibrations plus tard, avec la vessie déjà pleine, nous quittions la nationale pour gagner une petite place fort sympathique.

J’avais suffisamment bourlingué sur cette route pour m’étonner de trouver là l’estaminet en question. Dans mes souvenirs les plus anciens, jamais « biker » digne de ce nom n’avait passé un bar sans s’y arrêter. Le nom de celui ci évitait tout de même la tentation. « Douceur paradisiaque »indiquait la pancarte encadrée de deux néons mauves. Une ambiance délétère régnait à l’intérieur. Les trois où quatre clients autour du billard, tout comme le barman m’adressèrent d’inquiétants sourires. On aurait pu leur donner le bon Dieu sans confession. Ils portaient tous du blanc à l’image de Jésus et un mauvais frisson me laboura l’échine en songeant un instant à l’éventualité d’un piège. Je décidais courageusement d’exploser par la fenêtre si l’un d’eux tentait d’enfourner un euro dans le jude-box pour écouter « Village people ».

La première bière, nectar divin lorsque la poussière de la route vous râpe la gorge à en user les cordes vocales, s’évapora sans étancher ma soif ; La seconde apaisa ma nervosité ; La troisième et la vue de la croupe de Magdeleine qui oscillait juste à coté au rythme d’une salsa endiablée, me remis d’humeur plaisante ; Ma tournée générale gagna à ma juste cause de nouveaux amis !

- Dis moi, Jésus, demandais-je moqueur, si le paradis est jonché d’alcooliques vilains comme des poux, accompagnés de somptueuses filles comme celle-ci, que deviennent nos légitimes de la vraie vie. Tu les colles en enfer ?

- Que non, malheureux ! répondit-il effaré comme si le blasphème lui arrachait le coeur. C’est une autre section ! Elles ont droit à de vaillants et beaux éphèbes tout à leur service.

Mon coté macho trouvait d’un coup l’idée moins marrante.

- Et alors, tu mets qui en enfer à part, je présume, les meurtriers et les violeurs d’enfants ?

- Les chanteurs de rap et quelques hommes politiques, déclara Jésus le plus sérieusement du monde.

L’éventualité d’y finir devenait simplement terrifiante. Pensez : Une éternité de discours de Georges Bush sur une musique de NTM. Les peintures de Dante étaient loin d’en représenter l’horreur.

- Ne t’en fais pas, me rassura le grand barbu imbibé, la plupart des motards cheminent auprès du Seigneur.

Alors c’est vrai, m’exclamais-je en manquant m’étouffer, Dieu est un Biker !

- Si l’on veut ! Il a roulé longtemps un vieux Harley knuckelhead mais ne le sort plus guère depuis que sa bergère ne veut plus lui démarrer.

- Ah ! Les femmes ! C’est partout pareil ! Soupirais-je compatissant en songeant à la ronflée mémorable qui m’attendait en rentrant.

- Ouaip ! dit-il tristement en replongeant le nez dans son litre. Remarque, faut la comprendre aussi ! Le paternel l’oubliait souvent sur le bord de la route pour peu qu’une pouliche un peu grivoise face le vœu d’un tour en bécane. C’est son problème à Dieu… Trop gentil ! Sait jamais dire non !

- Ah ! Les femmes, continuais-je entre deux lampées. Alors, il ne roule plus du tout ?

- Là, Jésus faillit s’étrangler à son tour et entre deux toux, son col immaculé se tacha d’une trace jaunâtre de débordement.

- C’est pire que ça ! Pendant un temps il est passé chez Guzzi… Une California d’origine… Même pas un chrome à lustrer… La honte ! Et je ne te parle pas de la queue de raton laveur accrochée au pare brise !

Sa moustache, délicatement ourlée d’un cordon de mousse frémissait d’indignation au souvenir de la désagréable image.

- Bah ! C’est bien aussi les Italiennes, tentais-je de le calmer… Même les anciennes ont un démarreur électrique...

- Sans doute, mais Papa ne fait jamais les choses à moitié. Il parlait tellement vite avec les mains qu’on comprenait plus rien. T’imagine le Bronx que ça mettait lors des meetings ? Et puis, entre nous, les Guzzistes boivent beaucoup trop !

- Non ???

- Si je te le dis ! Assura t’il un rien vexé.

- Enfin, il roule encore et c’est bien le principal, continuais-je en me signant par trois fois.

- Attends la meilleure! La mère n’a pas supporté ses écarts et pour la calmer… Femme de Dieu, tu remplaces pas facilement… il a finalement raccroché son casque.

- Merde ! Alors c’est cuit, il ne roule plus. Ahhh ! Les femmes…

- Heu, il a bien gardé un 125 Yamaha pour les petites courses, risqua timidement Jésus au comble de la gène.

- Tu déconnes ?

- Si je te le dis, homme de peu de foi, confirma le prophète la larme à l’œil.

- Et vous n’avez pas brûlé la Japonaise, rétorquais-je outré du manque de savoir vivre.

- Eh ! C’est quand même Dieu qui la conduit ! Le pire est qu’il insiste toujours pour prendre avec la tête de la parade dominicale. C’est la loi divine donc personne ne peut y échapper. On doit tous suivre comme des cons la bridée bénie.

- Putain, les boules !!!

   La nouvelle me catastropha au point de commander une tequila frappée pour faire glisser la bière. Nous restâmes un long moment sans échanger un mot, perdus l’un et l’autre dans les vapeurs d’alcool à prendre la mesure d’un abîme de tristesse. Juste à coté, sa compagne au jovial joufflu carburait timidement au whisky coca light. Elle me fit don d’un sourire engageant avant de se lever en titubant pour se diriger vers la porte des toilettes. Soit elle se foutait de la discussion comme de son premier implant mammaire, soit elle était déjà bien allumée.

- Et toi, demandais je finalement pour rompre le silence. Pourquoi traînes-tu tes Santiags dans le coin ?

Jésus pris le temps d ‘un rot divin avant d’ouvrir un œil pour me jauger entre deux oscillations d’une amplitude à s’en taper la tête contre le plat du bar. Jugeant sans doute que le moment se prêtait aux confidences, il claqua sa langue contre son palais pour la désépaissir un peu et me posa doctement sa grosse battoire sur l’épaule.

- Je suis en mission pour le seigneur ! Déclara t’il pompeusement en tentant d’articuler le mieux possible. Je viens chercher Mike !

- Mike ??? Quel Mike ?

- Le Mike ! Mike Jagger des Rolling Stones… Qui d’autre pourrait éveiller l’intérêt de Dieu de par son œuvre ? On affiche déjà complet pour le premier concert ! Dieu ne se trompe jamais en matière de musique. Pour le business non plus, d’ailleurs !

 

   Cette "tafiole" tout de blanc vêtue m’a immédiatement flanqué la trouille. J’aurai du relativiser… Après tout, Mike n’est plus tout jeune… Mais mon coté rebelle n’a pu accepter la nouvelle. J’ai profité du retour de la pin-up pour prétexter à mon tour la visite aux urinoirs. J’ai gardé un peu mon envie pour fuir l’endroit sans réfléchir une seconde aux conséquences.

A l’extérieur, je me suis dirigé vers le joli pur sang bleu ciel pour ouvrir la trappe à essence et me soulager gracieusement dans son réservoir. C’est la règle… Quelle que soit la panique, toujours prendre le temps de pisser avant de chevaucher une vibrante Harley.

Puis, mon âme sombre a sorti son opinel pour lui déchiqueter le pneu encore intact.

Mon vieux Shovelhead à refusé de démarrer et j’ai du pousser un moment ses 450kg pour trouver une pente suffisante sur l’asphalte. Non de Dieu (sans offense) J’en ai vraiment chié mais ça valait la peine.

 

   C’est après que l’affaire c’est gâtée. Je n’avais pas péché depuis dix minutes que les emmerdements ont réellement commencés.

Les deux perdreaux avec leurs gyrophares sur les Bmw bleues qui m’ont serré n’avaient rien des anges de la route.

La cellule de dégrisement donnait plutôt un avant goût d’enfer que de paradis. J’avoue que la procédure en comparution immédiate pour seulement trois grammes d’alcool dans le sang m’a tout de même parut exagérée.

Tout à l’heure, ma tendre épouse viendra régler mon ardoise et je vous prie de croire que sa colère m’inquiète au moins autant qu’une éventuelle condamnation.

Je sais que personne, dans cette assemblée ne validera mon histoire et pourtant je reste persuadé ne pas l’avoir rêvée.

J’admets que le coup dans les meules que j’ai flanqué au gabier qui insistait pour me faire souffler dans son drôle de sifflet, ne prêche pas en ma faveur. Je jure cependant avoir réagi par pur reflex motard et sans aucune préméditation.

Là-haut, ils détenaient déjà Jim Morrison des Doors, Bon Scott d’AC/DC , Bob Marley et même Elvis alors… Non ! Aucun regret… Sans Mike, ici bas, vous conviendrez qu’on allait salement s’emmerder !

J’ai signé ma damnation mais j’en appelle à votre clémence, Madame ! Je suis déjà condamné pour l’éternité à subir les grincements de NTM en écoutant les conneries de Georges W Bush. Vous ne sauriez trouver pire châtiment !

Si Jésus était en mission pour le seigneur, je réclame quant à moi les circonstances atténuantes pour avoir défendu la cause de l’humanité.

C’est le propre du capitaine des bikers de se sacrifier pour ses ouailles !

Je comprends à votre moue sceptique, Madame la juge, que ma plaidoirie n’arrive à vous convaincre. Vous envisagez probablement de m’enlever le seul papier rose dont la perte fasse obstacle à ma liberté. J’en appelle donc à votre sens des responsabilités tout autant qu’à votre compassion!

Songez que priver un motard du droit à rouler signe toujours le début de son terrible voyage…

On the road to Hell !!!

 

Francis A.Denis

 

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Auteur

Francis A.Denis

30-03-2011

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On the road to hell n'appartient à aucun recueil

 

Histoire Courte terminée ! Merci à Francis A.Denis.

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