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"Mme M." est une tranche de vie mise en ligne par "Bracadabla".. Venez publier une tranche de vie !
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Ce texte est un extrait d'un recueil de souvenirs d'enfance que je travaille par moments.Ce récit se situe durant l'été de mes quinze ans.
Mme M.
En août je remonte en selle. En août il y a les rencontres, et dans ces rencontres il y a Mme M. Nous allons chez Mme M., les après-midi à l'heure du café. La première fois Mme M. nous attend à la grille. Elle dit être ravie de me rencontrer depuis le temps que ma grand-mère lui parle de moi. Pourtant Mme n'est pas chaleureuse. Elle l'est dans ses attitudes et dans son accueil, de personne civilisé et très courtoise, de bonne maîtresse de maison. Mais la chaleur je ne la sens pas, comme chez certains parfois cette chaleur affichée est un leurre, chaleur de surface mais pas profonde. Seulement un masque pour mieux scruter pour mieux déceler. Mme M. m’ évalue, je le sens, c’est la journée test. Rien de bien méchant, le profil est courant et il m’est déjà arrivé de m’y frotter. La maison est immense, somptueuse, le jardin magnifiquement arboré. Elle commence la visite par-là, elle le décrit donne les détails des espèces. Les choix. C’est curieux et nouveau pour moi, je me dis que cela doit être une façon de procédé chez les gens d'une certaine classe sociale. Rien de commun ni avec ma grand-mère, ni avec les rencontres que j’ai l’habitude faire. Mais je ne m'étonne pas, ma grand-mère a un réseau de connaissance impressionnant et divers. Le contact facile, et facilement attachant, je ne sais pas pourquoi, c'est comme ça. Donc plus rien ne m'étonne, pas même ce duo improbable qu'elle forme avec Mme M. Mme M. nous entraîne à l'intérieur, la cuisine est baignée de lumière mais néanmoins l'endroit est frais et agréable. Sur un fauteuil en osier près de la fenêtre, une toute petite mémé, toute ratatinée et souriante. C’est le choc. —On a de la visite Maman! Dit madame M, d'une voix soudain teintée d'une grande chaleur cette fois réelle, puis: — Approchez-vous Claire, là devant, glissez vos mains vers les siennes, Maman est presque aveugle. J'ai la gorge nouée, je suis saisie. Non pas parce que la mère de Mme M. est presque aveugle non, mais parce que cette petite mémé toute ratatinée, elle ressemble à ma petite mémé à moi. Mon arrière-grand-mère qui nous a quittée justement l'été dernier. Je chuchote à ma grand-mère, qu'elle aurait pu me prévenir, parce que oui c'est vraiment une évidence. Mme M. comprend. Alors de suite j'ai une affection particulière pour la maman de Mme M., tout le monde à de l'affection pour elle d'ailleurs. Perdue dans l'ombre, elle est le soleil. Un sourire illumine toujours son visage. Mme M qui parle toujours de façon assez sèche, a toujours une voix empreinte de douceur lorsqu'elle s'adresse à sa mère. C’est touchant, je n'avais jamais vu ça. Elle l'appelle toujours "ma petite maman". Parfois elle partage son angoisse de la perdre. A demi-mots, avec pudeur, et toujours quand la petite mémé fait la sieste, car jamais elle ne ferait part de ses angoisses si sa mère était à proximité. Parfois je la comprends, parfois je trouve son partage d'angoisse indécent, irritant même. Quand je me dis qu'elle a de la chance de pouvoir en profiter si longtemps. Mais cette idée m’abandonne bien vite, on ne peut toujours tout ramener à soi. Chez Mme M on joue à toute sorte de jeux pour occuper l'après-midi. Mais chez Mme M. il y a un rituel, on écoute la lecture des nouvelles, et on fait le goûter. La lecture des nouvelles! En voilà une d'ailleurs de nouvelle! —Vous savez Claire que votre grand-mère ne s'informe jamais de rien? Amusement. — Je sais oui! — Alors voilà comme j'ai l'habitude de lire les nouvelles pour maman qui elle ne peut plus le faire, je le fais pour elle aussi, hein Rose ? — Oui. Tout petit, tout dépité de ma grand-mère. Heureusement que tout cela se passe à grand renfort de tarte aux pommes, de mousse au chocolat, et autre délicatesses meringuées, car la digestion serait bien trop longue pour ma grand-mère, je le sais! Parfois Mme M quand même se rend compte que les nouvelles n'intéressent guère ma Rose ... — Rose vous m'écoutez ?!!!! — Mais oui je vous écoute! — Qu'en pensez-vous alors ?! Ma grand-mère étoffe peu, « c’est bien », « c'est triste », « c'est la vie ». Voilà à quoi se résument ces commentaires, et même la petite mémé ratatinée fait mieux! Mais parfois elle répond d'une manière qui ne laisse place qu'à la compréhension. — Le monde tournait avant moi, il continuera donc de tourner après. Que voulez-vous que ça change, que je m'informe de là où il en est ? — J'ai eu mon lot d'horreur Mme M. celles du monde ne peuvent me touchées plus que celles que j'ai vécues. Au fil du temps, Mme M n'insistera plus. Elle a fini par comprendre, ou peut-être était-ce après que soit partie la petite mémé ratatinée. Un jour, peu de temps après la première rencontre Mme M nous a apellé. La petite mémé n'allait pas bien du tout. Mme M avait besoin d'aide. Ma grand-mère ne semblait pas décidée, on nepouvait la blâmer pour la même raison qu'on nele pouvait d'être imperméable aux nouvelles, mais j'avoue que sur le coup je ne comprenais pas, et fût sèche et dure. — Elle te dit qu'elle a besoin d'aide ! — Je ne me sens pas capable... —Tu te sens capable d'aller manger ses mousses au chocolat, mais pas d'aller un moment au chevet de sa mère ?! Ma jeunesse ne comprenait pas, que ma grand-mère avait déjà vu trop de chevets justement... Finalement, nous allons chez Mme M. qui doit allez à la pharmacie et prendre rdv auprès de l'infirmière. Un médecin est déjà passé, la petite mémé est au plus mal. Je crois que Mme M a saisi l'impuissance de ma grand-mère, car c'est à moi qu'elle confie la petite mémé. —Asseyez-vous sur la chaise près du lit, vous voyez il y a un gant pour la rafraîchir. Il y a de l'eau fraîche, servez en peu, car elle s'étouffe mais fréquemment. Je n'en ai pas pour longtemps, je fais au plus vite. — Allez y ça ira. Je pense que ça ira, mais en fait ça ne va pas. La mémé délire, elle me prend pour Mme M, lui expliquer que, non, je ne suis pas sa fille, ajoute à son stress, alors au bout d'un moment je fais semblant et je réponds comme si j'étais Mme M. Elle est mal, assez agitée, on la fait boire, ma grand-mère se décompose un instant et se reprend en sortant prendre l'air. Les secondes deviennent des minutes, et les minutes des heures interminables. Et surtout il y a l'odeur, une odeur qu'on ne pourrait ignorer et qui ne ressemble à rien d'autre. C’est une odeur prenante gênante, pas une de celles à se boucher le nez, mais néanmoins dérangeante et tenace. Une odeur qui m’est tristement familière. Au bout de deux heures Mme M revient. Elle explique pourquoi cela a été plus long, et je n’écoute pas, une seule chose compte, elle est là, et je suis soulagée, je me suis sentie dépassée, stressée. Dans un rôle qui ne m’appartenait pas. Ma grand-mère veut rentrer, je trouve ça un peu prématuré mais moi aussi j'ai envie de rentrer. On aurait dû rester avec Mme M. peut-être. Mais je fuis, la pièce, l’odeur. Plus tard dans la soirée nous discutons avec ma grand-mère de l’épisode, elle pense que la petite mémé se remettra, l’odeur que je peux sentir encore en fermant les yeux me dit que non. — Pourquoi pense-tu ça ? —Tu sais l'odeur? T’as sentis ça? — C'est vrai ça sentait un peu le renfermé. —Nan ce n’est pas ça, cette odeur c'était la même que celle de l'année dernière. —Qu'est-ce que tu racontes ?!! — Le soir, rappelle-toi, avant que je parte, elle était mal aussi, c’était la même odeur. — Ne parle pas de choses comme ça! Maladroit de partager ce ressenti car ce sont des choses dont on ne parle pas, des choses qu’on évite de partager sans doute... La mère de Mme M est partit 3 semaines après cela, tout comme mon arrière-grand-mère était partie, précédée d’une odeur. Est ce que j'ai rêvé, je ne crois pas, ce sont les seuls moments où j'ai senti la mort. Et elle était déjà là bien avant le dernier moment. Ce fût troublant, je n'ai jamais oublié. Tous les étés j’ai revu Mme M, avec de la chaleur, car je crois qu'elle n'a jamais oublié ce moment, cette fin que nous avions partagée. Elle m'a ensuite poussé à me dépasser d'autres façons et à semer en moi les germes du bénévolat. Du temps à passer auprès de très vieilles personnes dans un hospice sordide. J’en suis venue avec le temps, à lui dire, que comme ma grand-mère, le monde continuerait de tourner sans moi. Que je ne pouvais pas. Je voulais remonter en selle oui mais pour le soleil, pas pour l'ombre. Il y a des gens qui ont un capital inépuisable pour ce genre de situation et d'autre pas. En août c'est les rencontres, d’autres tournées vers le soleil viendront.
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Mme M.
appartient au recueil Cocos Bohème.
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Tranche de Vie terminée ! Merci à Bracadabla. |
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