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Meurtrissures ! - Roman

Roman "Meurtrissures !" est un roman mis en ligne par "Marjoline"..

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 Meurtrissures !

 



Fiction sociale

 

 



Prologue :

 Tu es un monstre, il n’y a nul doute en ça. Tu es cette eau jaillissante des labyrinthes, miroitant, leurrant l’assoiffé. Une fois voulant s’abreuver, salée, il te découvre, hélas ! Plus, il en boit, plus assoiffé, il se sent. Tu es cette eau faufilant, coulant en un terrible clapotis, fonçant entre les arbres. Appelles-tu au secours à cause de nos vicissitudes ou au contraire nous invites-tu à ramasser nos forces pour pouvoir nous redresser de nouveau ?

 Je n’en sais rien.  

Tu es ces torrents qui émeuvent la terre, la font frémir, qui courent, courent plus vite que le temps, qui finissent par s’échouer en véhémentes cascades. Tu revêts plusieurs couleurs, tantôt grise, tantôt chatoyant, tantôt d’argent, d’or, tantôt de feu.

 Je l’ai saisi trop tard vilaine : tout l’argent, tout l’or, tout le feu n’est qu’un boa venimeux lâché sur ceux qui croient dur en toi. Tu bouillonnes, bouillonnes comme une multitude de cyclones, énervés qui arrachent tout ce qu’ils trouvent sur leur chemin. Tu es loin d’être silencieuse. Combien de ravages laisses-tu, pas seulement en moi, mais en quiconque tu fréquentes.

Tu étais moi, et j’étais toi.

Maintenant, c’en est fait.

Tu es ce flot d’ eau qui a réussi à s’infiltrer en moi, qui m’a envahi comme ça, à mon insu  par plusieurs portails : le portail des oiseaux, des papillons, et celui des poissons.

 Vestiges historiques, tous ces êtres ne sont que témoins des chimères que tu te plais à faire endurer à l’espèce humaine.

- Qui es-tu ? t’ai-je innocemment, interrogée…

- Ne t’inquiète pas m’as-tu répondu, je suis polyglotte, polymorphe, presque tous les humains me médisent, à réfléchir de prés vous êtes les proies et les chasseurs. Je te tourne et te retourne, pour faire de toi une Femme. tranchas-tu victorieusement.

Je ne réfléchis à rien à présent, je suis pareille à cette blessée, qui marche, en claudiquant, au jour le jour, sur ses pensées. Dans l’espoir de panser mes folies. Oui, ces idées fourmillent dans mes pieds, dans le septième sous sol de ce globe, elles sont ces cris qui appellent à la tolérance vis-à-vis de soi-même, vis-à-vis de la différence. Que des rêves me turlupinent !

 Des ailes déployées, tendues à craquer, à chaque fois qu’elles veulent  s’envoler, voilà l’état où j’en suis.

 Faible, faible, je m’avoue incapable d’apaiser cette exultation qui m’habite. Je suis réduite, à présent à un oisillon plumé, qui roucoule en frémissant l’hymne de la paix, de la tolérance. Ecrire est mon unique gosier.   

 

 

     Écrire, c’est une échappatoire ! Écrire, c’est un truchement vers Dieu ! Écrire, c’est s’envoler vers des étoiles, c’est se réfugier dans son monde, faute de trouver un monde intelligible. J’avais beau creuser tous les cieux pour essayer d’octroyer un sens à ce monde. Ma quête n’était que déception et fumisterie. Insignifiant, est ce monde.  Surtout quand on se rend compte que le jeu entamé ne nous procure pas la moindre once de satisfaction ni de bonheur ! Le bonheur ? Autant parler de midi à quatorze heures. J'avais voulu me taire, me terre, me terre. Mais maintenant,mes racines penchent vers toutes lueur de soleil, de sagesse. J’ai des racines et des ailes, moi.

 J’ai violé cette couche de terre qui m’oppressait, m'opprimait la  poitrine, me ligotait la plume.C’est une plume que j’ai extirpé de mes ailes.Ca fait mal, mais…

   Permettez-moi, toute atomisée, toute morcelée, toute volatilisée que je suis, de vous coucher sur ces pages les débris de mon histoire ! Parce qu’ on ne veut  pas m’entendre, ils en ont assez de mes folies ! Ils redoutent d'être éclaboussés d'encre, parait -il ! Jetée, sur la grève par les vagues de la solitude, la plume m'a soufflé que peut-être, un jour, d'autres comprendront, apprécieront  mes fantasmes.  Loin de vous laisser à bout de souffle, je vais vous raconter une vie qui m’était imposée ! Qui d’entre nous prétend avoir le libre arbitre dans sa vie ! On veut choisir, on croit choisir, finalement on ne choisit rien… 

 

 


1-  " Pourquoi retomberai-je en enfance ? Je ne l'ai jamais quittée "
 

 

Sur l’étroit trottoir, je faisais le pied de grue toute frémissante, je ne pensais plus à rien, mon esprit étriqué ne retenait qu’une seule idée : prendre l’autobus, afin de rendre visite à ma tante.

Après une bonne demi-heure, le véhicule partit, enfin. Heureusement, il n’y avait personne. Je rejoindrais ma tante sans être bousculée. Mais, une fois l’autobus arrêté des gens vinrent de toute part. Où étaient-ils ? Assis sur le seuil de certaines demeures pour se protéger de la chaleur brûlante du soleil. Cela, je ne l'avais pas remarqué, moi  Imane  , je n’arrivais pas à en croire mes yeux. Même les petits garçons s’agitaient. Ils écartaient de leurs faibles mains des masses de chair, blotties contre leurs maigres corps. Certains hurlaient : ils n’arrivaient plus à trouver leurs membres ni à bouger facilement leurs frêles mains. Mais, ils étaient contents à grouiller dans la poussière de Dieu ! Qu’est-ce qui les avait envoyés vers ce bourbier ? Je les plains, les pauvres ! Ils sont  comme des libellules enfermées dans un bol en verre ! Vainement, ils se démènent, jacassent, montent sur le dos les uns des autres pour échapper à l’écrasement. Ce spectacle, auquel s’ajoute un son étrange : le gémissement de ses pauvres insectes, me força à fouiller dans cet éternel, ce redoutable fugitif, à notre insu, qu'est le temps. Je fus catapultée dans ma belle époque, dans mon enfance. Je me voyais libre, insouciante, hilare, défiant le vent sur un large boulevard, qui ne devait être que celui qui menait à l'école. Dans l'esprit, d'une enfant de cinq, six ans, ce chemin, ne pouvait être que celui des sirènes chantant la symphonie de l'innocence, de l'avidité du savoir. Ces bribes de souvenirs se cramponnaient, comme un noyé qui refusait de  céder l'âme à cette montagne vacillante que fut ma mémoire ! Ces bribes éclataient violentes, tapageaient comme un magma, se faufilaient dans les vallées in-sinueuses de ma tête. Dieu ! Comme brûlantes, étaient les braises qu'on avait mis sur le chemin d’Imane datant de ce jour là ! Comme étouffant le cerceau enflammé au travers de quoi, je devais passer, veule acrobate que j'étais.

 Je plongeai de nouveau dans le brouhaha du bus et de ces enfants ! On avait écrasé leurs pieds, un autre enfant fouillait par terre pour retrouver quelque chose de perdu, ses sandales, sûrement. Quant aux adolescents, je les voyais monter dans l’air sur les marches rouillées de l’engin.

   Je fus la dernière à rentrer dans cette tombe où la respiration était coupée. Je n’aimais pas la bousculade, de la vitre, mes parents me faisait signe de faire vite. Quelques adolescents aigres, acides profitaient de ces circonstances pour commettre des vilenies. Dix minutes étaient passées et personne ne descendait, on ne prenait l’autobus ou le taxi que quand on avait un trajet très long à parcourir. Cinq dirhams, c’est du fric, ça avait tant de valeur pour les marmots parias, ils s’en servaient pour acheter des kilos de pommes de terre ou de n’importe quoi. Mon esprit endormi, fatigué, reprit tout à coup sa vigueur, une vigueur qui me surprit.

  Selon ma mère, Oum Elrith, j’étais la plus belle des filles, à condition que je réussisse dans mes études, que j’aie une valeur dans cette société !  

Oum Elrith, c’était un prénom bien choisi, et ma mère ressentait de la fierté. Fierté d'être  appelée ainsi, et d'avoir  pour fille,  Imane. Imane  en qui était condensés tous les espoirs.     

Oum Elrith, est dérivé d’un mot de l’arabe classique Al Raith, qui veut dire les pluies et « Oum » qui signifie La mère. Ma mère, la mère des pluies, la mère de tout ce qui vit sur ce globe avait donc un beau prénom, surtout que la pluie est la source des dons dont jouissent les humains.  Il n’y avait  de plus belle fille que celle de si Ahmed, mon père. « Une fève divisée en deux » c'est-à-dire une autre Oum Elrith crachée ! Très belle ! J’étais donc. Ma taille ? Ma taille n’était pas déplorable, un mètre soixante. J’avais des grands yeux noirs ombragés. Je pense que j’ai dit l’essentiel à vous laisser deviner mes yeux. Chez nous, les yeux suffisent à trancher sur la beauté d’une femme. Des cheveux lisses, noirs, ondulés que  ma mère me disait de toujours les tenir avec une barrette, tombait de temps à autres sur un visage scintillant de blancheur, de candeur. Un amour de petit frére, j’avais et il avait à peine trois ans, le petit Mounir. Mes parents, s'ils avaient pu, auraient dressé devant leur fille, un monde en étoffes de soie. Enfin je parle, je parle, je parle !

 L’étonnant, était que  les mères, que j’avais l’occasion de connaître, dissimulaient les travers de leurs filles, même laides, histoire de duper le mari éventuel, de ne pas garder une marchandise vieille, périmée. Ma mère, n’avait rien à craindre de ce côté. Je n’avais pas de tares tant que je m’intéressais aux études. Ces filles marchandises risquaient de s’éterniser chez elles ! Chose que toutes les familles abhorrent ! Après tout, une fille est une graine d’orge, où que tu la sèmes, elle pousse.

 « Que Dieu fasse que toutes les filles se marient !" répétait ma tante.

J’étais une adolescente, âgée de seize printemps, toute rêveuse, toute resplendissante, mais jamais je ne rêvais seule, il y’avait toujours mes parents avec moi et mon frère. Tout ce que je faisais plaisait à mes parents, parce que je ne faisais rien de mal qui puisse entâcher l’honneur de ma famille.

J’aurai aimé être une vigne, dans toute sa fraîcheur, sa verdure, sous l’ombre de laquelle paissait toute ma famille. Une vigne qui naguère si petite, voit tout d’un coup, ses racines surgir de la terre, vivre pour ensuite m’enfoncer dans la terre, la déchirer et pouvoir s’y ramifier en paix…

 Maintenant, grâce à la paix que me procurait mes pauvres parents, je me disais que nul ne pouvait m’arracher, que je pouvais grimper, grimper, et grimper sur des murs trops hauts, trop hauts de mutisme, de « c’est hchouma », « c’est honteux ». Il y’a tellement des sujets de la sorte. Mon Dieu que d' empêchements n’ a-t- on pas imaginé pour entraver, enterrer les élans, tous les sauts pour se surpasser.   Ma mère était la deuxième personne à apprendre que j’ai eu mes premières  règles."Hchouma", "aib" chez ma famille, chez ma société, cela s'avérait. Il fallait chercher quelqu’un pour le dire. Un proche, une voisine, ou bien la mère d’une amie ferait la bonne affaire.

 - Khalti, ma tante ! l’ai-je apostrophée, brusquement, sans même l’aviser, l’air de quelqu’un qui souhaitait ne plus être à cet instant, j’étais aux toilettes et j’ai vu… J’ai...
- Des gouttes de sang ? me sourit-elle ! C’est que tu as grandi ! Vous avez de la chance, vous les filles d'aujourd'hui, moi je n'ai eu mes règles qu'une année après mon mariage, je veux dire à treize ans ! ajouta-t-elle, comme pour m' apaiser.

- Tu avais douze ans lorsque tu t'es mariée ?

- oui, j'avais douze ans confirma-t-elle en hochant la tête !

- Douze ans ! et tu as accepté ?

- oui, j'étais docile aussi bien chez mes parents que chez mes beaux parents !

Le Jour du ramadan suivant, c'est à dire, un jour d'été, un jour du mois d'aout, j’avais mes règles, je devais m’abstenir de jeûner et de faire la  prière comme le stipule notre religion. Figurez-vous, encore une fois, que je ne devais pas manger devant mon père. HCHOUMA, honteux, c’était ! Je faisais même ma prière, j'avais mes règles ! Que Dieu me pardonne !Tout ceci devant mon père ! Tout ceci pour souffler à Si Ahmed que sa fille était toujours petite ! Nous sommes toujours petits aux yeux de nos parents. Mais, jusqu’à quand allons nous  le rester ? 

Papa travaillait comme vendeur de tissus chez un homme très riche. Il me disait qu’il était prêt à tout braver pour faire de moi une femme cultivée et importante dans notre société. Ma  mère et mon père se dévouaient, se battaient pour me faciliter ma future carrière dont nous rêvions tous. Ma pauvre mère travaillait sans trêve : elle lavait le linge à la main, épluchait les légumes, lavait le blé pour l’envoyer moudre. Ils subvenaient à mes besoins sans jamais geindre. J’étais donc gâtée, dans la limite de leur possible. J’avais des comportements irréfléchis, innocents, rapides mais flamboyants. Effaroucher mes parents ? Au contraire mes comportements attiraient leur fierté. Ils avaient confiance en moi et en ma future carrière à laquelle ils songeaient :

- Tu vois ma fille, je fait tout cela pour t’épargner d’endurer la même chose dans ta vie, pour que tu sois quelqu’un dans cette société. Si tu réussis dans ta vie, c’est Oum Elrith qui a réussi. Mon statut ne m’a jamais plu !Je suis Oum Elrith ! continua-t-elle toute fière, en dessinant sur son visage un sourire plein d’espoirs. C’est ma mère à humeur débonnaire, permissive dans la limite du possible.

Quant à mon père, malgré sa bonté, il était intransigeant côté morale, surtout religieux.  Mon père bossait du matin jusqu’au soir dans sa boutique, le riche propriétaire l’avait choisi pour son honnêteté, une qualité qui se fait rare voire inexistante de nos jours, comme vous le savez. Jamais mon père ne lui a dérobé un sou.

- Je  tâche de gagner de l’argent Halal, licite, me disait mon père, je me tuerai s’il le faut pour que tu sois une femme non dépendante, et pour que jamais tu ne tendes la main à quiconque, surtout à un homme. Il insinuait par là à mon futur mari, mais il n’osait pas le dire. Jamais mes parents ne boudaient entre-eux ni envers qui que ce soit, du moins à ce qui me parraissait.

 

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Marjoline

18-04-2013

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Meurtrissures ! n'appartient à aucun recueil

 

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