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Marengo Obscursis - Grande Nouvelle

Grande Nouvelle "Marengo Obscursis" est une grande nouvelle mise en ligne par "Maltis Goffar".. Rejoignez la communauté de "De Plume En Plume" et suivez les mésaventures de Ënora "Lamemort" et cie...

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Marengo Obscursis

 

 

Maltis Goffar

Prélude

 

Un vent violent fouette ses mèches noires. Adossée à une colonne, elle ne scille pas.

Sa cape sombre bat au vent, la pluie ruisselle sur ses cheveux, coule sur sa gorge et se mêle au sang frais maculant sa poitrine blanche, haletante, et glisse ensuite sous son harnais de cuir.

Ce sang n’est pas le sien. Et il est encore chaud.

Son regard s’attarde sur les ruines du Capitole, sur cette place jadis symbole d’opulence et de fêtes.

Il ne reste que carcasses de voiture et cabanes rafistolées. La mairie a perdue une partie de sa toiture, la façade est lézardée de bas en haut, une partie est effondrée.

Elle écarte légèrement les jambes, plante ses bottes dans le sol, et assure ses deux mains sur la garde son épée courte à deux tranchants.

Ënora a certes déjà donné la mort, trop diraient certains.  Hommes, femmes, bêtes, monstres, elle en a perdu le compte.

Mais ce soir elle assassine un dieu.

Un dieu dégénéré, une abomination.

Mais un dieu quand même.

« Pas mal pour commencer la semaine » souffle-t-elle entre ses dents.

Carnet d’Ënora, Juin 2043.

 

J’étais encore une enfant quand notre civilisation tomba. Mais comme tous les survivants, je n’ai pas oublié.

La chronologie des évènements est gravée là, dans ma mémoire.

Tout le monde s’accorde pour dire que pour une fois ce fut bref et surtout inattendu. Malheureusement, ce fut également irréversible.

Le 24 décembre 2019, des scientifiques du Massachussetts Institute of Technology  annoncent avoir isolé des gravitons. Félicitations du gouvernement américain et louanges de la presse scientifique.

Le 2 janvier 2020, leurs concurrents du Californian Institute of Technology clament qu’ils peuvent les contrôler. Acclamations et médailles.

Le 14 février : le Centre Européen des Rayonnements Nucléaires réussi à plier un fragment d’espace-temps. Réception et petits fours.

Le 18 février : le MIT ouvre un pont de Bolzstein-Jacob …. avant de le refermer en catastrophe quelques minutes plus tard.

Trop tard. Beaucoup trop tard.

La presse se taira, les gouvernements également.

Arrogance? Foi aveugle en la science? Qu’importe.

Le pont de Bolzstein-Jacob révéla que notre univers est en fait un mille-feuilles.

Une couche de crème, une couche de ténèbres, une couche de crème, une couche de ténèbres …

Nous étions jusque là confortablement installés dans la crème.

Et ils bâtirent un pont vers les ténèbres.

Une infime portion de matière sombre passa. Et le curseur de l’humanité se décala vers le noir.

La guerre, la famine, puis les épidémies, enfin nos gènes nous trahirent, nous dégénérâmes. Avant de nous entretuer, comme par le passé, mais avec plus de conviction.

Puis tout un bestiaire de démons apparu. Comme si nos plus basses pulsions, nos fantasmes les plus secrets, prenaient vie tout à coup.

Et notre monde bascula vers un univers baroque, décadent, violent, hybride. Une humanité augmentée en quelque sorte, mais pas du bon côté.

Vraiment pas du bon côté.

J’ai grandi dans ce monde. Fuyant la capitale d’abord, à pied, vers le sud.

Tout au long de la route, j’ai été entrainée et endurcie par mes parents. Ma mère était flic, mon père militaire de carrière. Ca aide.

Alors je suis devenu une combattante.

Puis arrivée à l’âge adulte, je me suis mis à l’ouvrage.

Et le curseur commença à s’inverser.

 

Fin de l’extrait du carnet

1. Toulouse, 2043

 

La célèbre ville rose ne l’est plus depuis longtemps déjà. Dans le centre, les murs noircis par le temps et la pollution, les façades lézardées, sinon carrément écroulées, donnent sur des rues jonchées de débris, de cadavres de voitures éventrées et d’habitations de fortune abandonnées. Les rares fenêtres encore vitrées sont fortement blindées. Les autres sont murées ou disparues.

Cela fait longtemps également qu’il n’y plus de carburant et que les véhicules à moteur ont cessé de tourner. Cela donne d’ailleurs une étrange atmosphère sonore à la ville, qui se retrouve étonnamment silencieuse.

Ca et là, on peut voir des crevasses importantes dans la chaussée, reliques de la guerre éclair qui opposa Toulouse et Bordeaux et 2035. Les murs aussi sont lardés de traces de balle. Pourtant, cela fait longtemps qu’il n’y a plus de munitions nulle part. Là aussi, ces vestiges sont les témoins des terribles luttes armées qui ont suivi l’avènement des âges sombres.

De toute façon, les bonnes vieilles méthodes pour s’entretuer sont réapparues rapidement: armes blanches, massues, poisons, étranglement.  Ainsi que d’autres, plus inavouables.

Plus personne n’habite dans les rues maintenant, c’est trop dangereux. Il est même rare de voir circuler des âmes seules. Les seuls cortèges qui osent parcourir la ville sont lourdement gardés. Souvent par des Trolls domestiques. Seuls les riches peuvent se payer des Trolls. Les pauvres ne bougent plus de leurs quartiers, ou font affaire avec les démons.

Chose étrange, tous les rez-de-chaussée, à l’exception de quelques rares lieux publics, sont murés. Les habitants descendent du premier ou second étage par des échelles rétractables. Plus faciles à sécuriser.

Il règne dans la ville une atmosphère de mort calme. Même en plein jour. Il faut dire que l’explosion simultanée en 2038 de toutes les usines chimiques sur Terre n’a pas arrangé l’état du climat sur la planète. Ce fut un coup de maître, parfaitement orchestré par les « Bénificateurs du très Grand », une secte apocalyptique comme il y avait beaucoup au début de cette nouvelle ère.

Elles ont toutes pratiquement disparues aujourd’hui. Il n’y a plus rien à professer, tout à espoir a sombré, seul les démons ont prospéré.

La ville a pourtant gardé un charme étrange. L’éclairage, pratiquement inexistant, donne un aspect fantomatique aux immeubles jadis opulents.

Un décor parfait pour un film d’épouvante. Ca tombait bien justement, c’était devenu le quotidien de la ville.

Carnet d’Ënora, septembre 2043

 

Le cannibalisme est à la mode à Toulouse.

Ceux de St Aubin sont les plus affamés. Des bâtards de toutes races. Les pires.

Les raids sont nombreux.  Et violents.

Sous Jean Jaurès, c’est les vampires. Organisés en ruche, ils ont colonisé les parkings souterrains.

Dangereux d’y entrer, même pour chasser.

Basilique St Sernin, c’est les hommes et les goules, ils vivent en communauté, et s’accouplent aussi. Ignoble.

Les Carmes, c’est le coin des sectes de Golems. Complétement dégénérés. Mais nombreux, et bien armés.

Ces tribus-là, elles sont les plus organisées, mais d’autres démons participent à la fête, ainsi que des humains, et leur descendance immonde.

Ca fait beaucoup de chasseurs, et encore plus de proies.

La faim est grande.

Et la viande est rare.

Les tribus s’attaquent et se servent.

Je les laisse faire, souvent.

Ils s’éliminent entre eux. Pourquoi intervenir ?

Il faut parfois s’occuper d’un chef un peu moins crétin que la moyenne. Un qui veut fédérer les tribus, un qui prend un peu trop d’assurance.

Mon épée courte est efficace pour ça. Ca va vite, et c’est définitif.

De toute façon, la panique que j’engendre me facilite la tache. Mêmes les goules les plus stupides me craignent.

‘LameMort’. C’est comme ça qu’elles m’appellent.

Mais en général je préfère les regarder se dévorer entre eux. Je me perche sur un toit ou une terrasse. Et je les observe. Accroupie dans mon manteau sombre, au chaud.

Ils m’amusent et m’écœurent en même temps.

Je les tuerais bien tous.

Il y a du mouvement près du Capitole, ce soir.

C’est vrai, un restaurant ‘chic’ pour anthropophage a ouvert récemment.

Le Bibent.

Tenu par des Harpies, admission sur réservation uniquement.

Style rococo, on m’a dit qu’on servait du filet de vampire à la vapeur, de la soupe d’œil de Troll ou du gigot de nouveau-né aux racines de lierre.

35 couverts. Sous le regard éteint des bustes dorés, défraichis. En prime, les clients peuvent contempler des portraits aux couleurs ternies, couvertes de tâches de sang et de graisse. Super !

Des Syrielles gémissantes font le service. Aux tables, la bourgeoisie pervertie de Toulouse se toise, s’affiche, se demande qui se retrouvera dans l’assiette de l’autre la prochaine fois.

Le quotidien des insignifiants.

Bon appétit.

---

Depuis quelques temps, les tribus évitent un secteur de la ville.

Des chuchotements, une rumeur se répand partout où je suis passé.

Un nom.

Marengo. Marengo Obscursis.

Quelque chose de sombre se terrerait là-bas, paraît-il. Même les vampires et autres Golems évitent la zone.

Je vais aller voir.

 

Fin de l’extrait du carnet.

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Auteur

Blog

Maltis Goffar

10-03-2017

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Marengo Obscursis appartient au recueil Gardiens des mondes

 

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