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Littérature et Littérarité (Autant que les études en fac servent à quelque-chose!)
Est reconnu communément comme appartenant à la littérature des ouvrages représentatifs d’une époque, d’un courant d’écriture et auxquels on accorde une certaine qualité stylistique et esthétique. Cependant, de nombreux auteurs n’ont eu de cesse de repousser les frontières de la littérature à travers notamment l’apparition de multiples mouvements littéraires tels que le surréalisme, étroitement liés aux courants artistiques. Au XXe siècle, le groupe OULIPO (OUvroir de LIttérature POtentielle) bouscule encore la définition même de la littérature en inventant des contraintes d’écriture et donc une littérature sous contrainte, infinie, soumise à aux règles non plus de son époque mais de son propre auteur. George Perec en est le parfait exemple avec son ouvrage La Disparition publiée en 1969 et qui a la particularité d’avoir été écrit sans la lettre « e ».
Les frontières de la littérature sont mouvantes et évoluent au fil du temps au point que de nombreux auteurs, linguistes et chercheurs ont réfléchi à la nature même de la littérature et aux critères qui la définissent. C’est ce que l’on appelle la littérarité.
1.La position de Sartre Sartre, philosophe et écrivain du début du XXe siècle, est l’un des premiers auteurs à s’interroger sur les critères de littérarité. Dans son essai intitulé Qu’est-ce que la littérature ? il développe l’idée que la littérature vient du style de l’auteur qui s’ajoute au fond. Sartre souligne également l’importance de l’engagement de l’auteur concernant ce qu’il écrit, dans l’intention qu’il met dans son texte et surtout dans le message délivré au lecteur. Sartre insiste également sur le rôle du lecteur et sur le fait que la lecture est un moyen de communication différée qui ne peut exister qu’à travers le récepteur du message. Ce sont tous ces éléments qui constituent la littérature et qui posent les bases des recherches à venir.
2 La mort de l’auteur selon Barthes Barthes, écrivain et sémiologue contemporain de Sartre, va plus loin dans la définition qu’il donne d’un texte littéraire en s’intéressant davantage à la polysémie du texte d’un point de vue linguistique. Dans l’article « En lisant Roland Barthes : écriture, lecture, relecture et lisibilité » paru en 1970 dans l’ouvrage Communication et Langage, François Richaudeau explique en effet que d’après Barthes tout texte littéraire se prête à plusieurs significations. Tout comme Sartre, Barthes reprend l’idée que le lecteur contribue au sens du texte dans la mesure où il ne se contente plus de recevoir l’information mais devient « producteur de texte » en lui donnant un sens. En effet, selon Barthes, la structure d’un texte n’est pas linéaire. L’axe linéaire du langage, fonction de l’auteur, s’oppose à un autre axe, fonction du lecteur qui affecte à chaque signifiant (les mots) un ou plusieurs signifiés (ou sens). La compréhension de la lecture devient donc multidimensionnelle. La correspondance signifiant/signifié fait intervenir plusieurs facteurs à plusieurs niveaux. Le premier niveau est défini par l’auteur. Il s’agit de la structure apparente des phrases, c'est-à-dire de la suite de mots lus. Le deuxième niveau dépend surtout de l’auteur et un peu du lecteur. Il s’agit de la structure profonde des phrases qui permettent de dégager le premier sens élémentaire de la phrase. Le troisième niveau est constitué de la structure d’évocation, d’interprétation où le lecteur passe de consommateur à producteur de texte. Le lecteur, s’appuyant sur les deux premiers niveaux, construit sa propre structure de lecture. Ces trois niveaux sont la base de l’une des théories les plus célèbres de R. Barthes, ce qu’il appelle « la mort de l’auteur », l’auteur doit céder la place au lecteur qui réécrit le texte pour lui-même. Rechercher les intentions de l’auteur d’un texte, c’est perdre finalement une partie de son sens. Pour appuyer sa théorie, R.Barthes prend exemple sur un texte de Balzac où il met les lecteurs au défi de retrouver qui parle, l’auteur ou son personnage ?
3. La production du texte selon Riffaterre Dans son ouvrage La production du texte paru en 1979 aux éditions du Seuil, Riffaterre propose une approche stylistique de la littérarité en lien avec le schéma de communication de Jakobson. Il reprend les théories de Sartre sur la notion d’un processus de communication entre le texte et le lecteur. Riffaterre s’appuie également sur les recherches d’Umberto Eco, en particulier concernant les textes « réticents », terme que Catherine Tauveron emploie pour rappeler la position de Riffaterre et de Eco, où le lecteur doit combler « les blancs du texte », ce qui n’est pas dit par l’auteur mais que le lecteur doit interpréter en fonction de ses propres connaissances encyclopédiques. La notion d’implicite se retrouve également chez Barthes avec le troisième niveau de compréhension de lecture. Riffaterre développe l’idée d’un schéma de communication littéraire qui correspond à un lien direct entre le décodeur et le message. Le lecteur ne peut que déduire les intentions de l’auteur dans la mesure où il s’agit d’une communication différée, il n’a pas accès aux référents et à la réalité externe du texte. Le langage littéraire ne cherche donc pas à représenter le réel mais à instaurer un système unifié et cohérent de signification. Tout comme Sartre, le style de l’auteur est le premier critère de littérarité. Pour Riffaterre, chaque texte est unique en son genre et cette unicité constitue la définition de la littérarité.
En dépit des recherches menées pour définir ce qu’est la littérature, M.Poslaniec, écrivain spécialiste de la littérature de jeunesse et chercheur à l’Institut national de recherche pédagogique remet en question la notion même de littérature. Dans son ouvrage Vous avez dit littérature ? paru chez Hachette Education en 2002, Poslaniec affirme qu’il n’existe pas de véritable définition de la littérature. L’auteur appuie cette théorie sur un test effectué à partir de différents textes soumis à la lecture sans que soit mentionné ni le titre ni l’auteur. Les résultats ont montré qu’il y avait une véritable difficulté à différencier ce qui appartient à la littérature de ce qui ne l’est pas.
Cependant, des critères tels que le style d’un auteur, la polysémie d’un texte et la part d’implicite constituent les éléments essentiels de ce que l’on appelle des textes « résistants », aujourd’hui admis comme étant des textes littéraires.
Nous pouvons en déduire que la littérature est complexe, complexe à définir, complexe à reconnaître, complexe à analyser pour ceux qui ne sont pas experts. Si nous reprenons le développement précédent, la littérature est apparue bien avant que nous ne puissions la définir. Les contes de fées relèvent de la littérature, tout comme les fables qui font partie des genres incontournables de l’acculturation littéraire. Ces textes sont témoins d’une époque mais comme l’ont montrés Bruno Bettelheim, Roland Barthes ou Michael Riffaterre, le lecteur joue un rôle dans la dimension littéraire d’un texte et ce même s’il n’en a pas forcément conscience.
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Littérature et littérarité
n'appartient à aucun recueil
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