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Lisa - Histoire Très Courte

Histoire Très Courte "Lisa" est une histoire très courte mise en ligne par "Steph P"..

Venez publier une histoire très courte ! / Protéger une histoire très courte

Lisa

 

Une névrosée de la littérature, Lisa? 

Ou bien une intellectuelle qui mépriserait autant nos évidentes lacunes culturelles que nos indéniables manques d'intérêt pour la lecture?

Ou pire, qui ne prendrait même pas la peine de nous considérer insignifiants, mes amis et moi, incapables de dénicher les "trésors cachés" qu'elle sait chasser, elle, dans les fonds des livres?

Incapacité que je revendique, tant lire me lasse.

Non, rien de tout cela n'explique ni la froideur ni le dédain de Lisa. 

Lisa est otage de ces foutus livres qui l'ont arrachée à nous il y a de ça une dizaine d'années maintenant. 

Un art qui ne nous la rendra plus. 

 

Pour elle, le monde n'est que platitude comparé à l'absolu des fictions parcourues depuis. La vie de ses contemporains inspire ennui et médiocrité à celle qui a vécu mille fois déjà . 

En tant que guerrier, amante, pirate, maman de trois enfants, gardienne d'immeuble, anarchiste, pilote de longs courriers, prisonnière ou bien poète, les livres l'ont fait voler, gueuler sur un hindou, tomber de peu, tomber dans l'eau, soigner un adjudant poilu, consoler un tyran, pisser sur une tombe, cogner si fort. 

Des paragraphes lui ont appris l'amour, des mots lui ont appris à jouir, et elle est morte vingt-sept fois en dix ans. 

Alors les hommes de la vie réelle...

Alors moi... 

Que nous soyons ses cousins, ses voisins, ses collègues ou des passants, nous sommes des passants. 

 

Lisa, c'était une charmante demoiselle victime d'un rapt à ses dix-sept ans.

Ils lui ont tout fait, les livres.

Ils l'ont attachée à des fauteuils et maintenue à son lit pour l'obliger à voir. Ils lui ont retourné le cerveau, l'ont marquée jusqu'au corps. Ils ont profité de son innocence et finit pas l'isoler de ses proches. Pour la forcer à les lire, ils l'ont droguée de mots jusqu'à ce qu'elle en ressente le manque et les supplie à genoux de la nourrir encore et encore. 

Telle une toxico, Lisa est prête à tout pour une ligne. 

 

Syndrome de Stockholm oblige, elle les aime, elle les défend et elle les protège, ces livres qui l'ont ravie. 

Inutile de lui dire la vérité, elle ne m'entend plus depuis longtemps. 

Mais je la veux. Au moins son corps, son esprit m'a tant blessé. 

J'ai souvent pensé que seul un écrivain aurait la chance d'obtenir d'elle ses faveurs, et bien plus encore. 

Qu'il soit maudit ou lauréat, qui d'autre qu'un écrivain n'entendra jamais les sons de Lisa qui se contracte, qui d'autre ne respirera jamais le souffle et les odeurs de Lisa qui jouit, qui d'autre qu'un écrivain ne pourra jamais raconter le regard de Lisa qui frémit ?

Mais, si je n'ai pas le goût de lire, je n'ai pas non plus celui d'écrire. Ni le talent. 

Cet écrivain, quand il se tiendra à genoux derrière celle que j'aime, y grimacera ses soupirs obscènes, malmenant ses fines épaules, scrutant ses fragiles vertèbres que dans un rêve j'avais comptées, matant les gouttelettes de sueur qui perleront de sa nuque qu'en rêve j'avais léchées, profitant pleinement de ses reins, alors, ce jour là , j'espère que l'écrivain pensera à remercier les dieux du don dont ils l'ont affublé. 

 

J'aurais tant donné pour être à sa place. 

Je payerais même pour être son livre de chevet. Celui qu'elle aura délicatement choisi pour être le compagnon de ses soiréees à venir. De ses doigts elle me tournera les pages. A celle cornée la veille, elle m'ouvrira en deux et me sourira, la miss, impatiente de se délecter de moi. J'agirai le dernier soir, celui consacré aux ultimes chapitres, et lui mettrai les sentiments sens dessus dessous. Pendant que mes phrases lui anesthésieront l'esprit, mes mots lui pénétreront le corps. Ses pupilles aussi se dilateront de tout ce que je lui raconterai. Je la ferai voyager au-delà des univers qu'elle a traversé jadis, je lui dirai tout ce qu'elle veut lire, je l'exciterai tant et tant qu'au mot de la fin, de sa main encore disponible, elle me retournera une dernière fois, repue. L'étreinte aura été telle qu'elle me laissera choir près de sa main à demi ouverte, à l'orée de sa chevelure brune en vrac retombée sur le drap, en même temps que son visage apaisé. Et qui s'endort déjà. 

 

Moi, livre d'un soir posé à ses côtés, je veillerai sur elle jusqu'au matin, comme je l'aurais fait si j'avais su écrire. 

Jaloux des écrivains, beaucoup l'ont été. Seul un amant peut rager de ne pas être de papier.

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Blog

Steph P

27-07-2016

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Lisa n'appartient à aucun recueil

 

Histoire Très Courte terminée ! Merci à Steph P.

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