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"Les Trois Royaumes d'Occimanie" est un roman mis en ligne par "Emeric Velliet".. Venez publier un roman !
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Avertissement ! Certaines pages de ce roman qui prend place à une époque qu'auraient pu connaître les Mérovingiens peuvent présenter un contenu choquant. Roman historique
Tome 1 Emeric VELLIET © Tous droits réservés
Mais Carlan en a décidé autrement : l’empire ne doit pas mourir. Tout revient à son fils aîné. C’est le prélude à une guerre sans merci entre les trois demi-frères, où tous les coups sont bons pour prendre le pouvoir. Batailles, intrigues, espionnage, séduction, assassinats : par bien des côtés, ce monde n’est pas sans rappeler le nôtre…
1. ODILÄR
Approchez-vous, tous. Venez, n’ayez donc pas peur ! Je ne suis qu’un vieux barde, à présent, avec bien des années derrière lui. Jouer de mes instruments est devenu difficile, chanter l’est encore davantage, et je ne compose plus guère. Mais il fut un temps où il en allait différemment. Cela peut vous surprendre, mais j’étais connu, alors, jusqu’aux confins de l’Empire d’Occimanie, et mes vers fleurissaient sur toutes les lèvres. Celles des puissants de ce monde, bien sûr – même si mes œuvres n’étaient pas toujours à leur goût et qu’ils en dirent pis que pendre plus souvent qu’à leur tour – mais aussi, et peut-être surtout, sur celles des humbles, comme vous : paysans, artisans, soldats, commerçants et brigands ; bonnes mères et filles de joie, enfants de tous âges. N’allez pas croire que j’en tire une quelconque gloire: notes et vers me venaient presque naturellement, sans effort. Il me suffisait d’observer autour de moi, d’écouter avec attention, et mon calame[1] transcrivait ce que mes yeux voyaient, ce que mes oreilles entendaient, au fil de pages de plus en plus nombreuses que je laissais derrière moi dans les palais, les auberges, les chaumières, enfin partout où je passais. C’est ainsi que mon nom fut peu à peu connu. Et croyez bien que j’en ai vu, des choses. Claires ou sombres, miracles et merveilles[2]. Le règne du Roi-Empereur Carlan avait été long et tissé de calculs, d’intrigues et de combats, mais ce n’était rien en comparaison de ce qu’il advint après sa mort, survenue en l’an 666 de la fondation de Haaken, lorsque l’empire fut légué au seul fils aîné au lieu d’être partagé équitablement entre les héritiers mâles. Sans doute la division d’un empire encore tout neuf aurait-elle risqué de faire renaître les anciennes querelles des Royaumes, mais elle aurait peut-être évité les rivalités fratricides que déclencha un invraisemblable déchaînement d’hubris[3]. Enfin il reste que, en bien ou en mal, ces évènements se sont produits, et refaire l’histoire ne conduira pas à une issue différente, même si la plupart d’entre nous l’auraient sans doute souhaité. Au crépuscule de ma vie, c’est cela que je vous veux conter. Approchez-vous donc, tendez l’oreille, et remettez quelques bûches dans ce feu bien pâle : c’est une longue histoire qu’il vous faut entendre. 2. REQUIESCAT IN PACE [4] 26 décembre 666. La nuit est tombée sur Haaken, capitale de l’empire. Assis dans son lit, appuyé sur des oreillers trempés de sa mauvaise transpiration, Carlan le Chevelu est mourant. Agé de 71 ans, cela fait déjà quelques mois qu’il n’est plus que l’ombre de lui-même. Peut-être l’y a-t-on aidé, peut-être pas. Le poison n’est pas rare, après tout. Mais il est tout aussi vrai que Carlan est maintenant très vieux. Celui qui a constitué de toutes pièces un si vaste domaine, par le fer, le feu, la ruse et le subtil jeu des mariages est aujourd’hui usé. Naturel ou sournoisement hâté, le temps est venu pour l’empereur d’entamer son voyage vers le paradis de Lugh. Autour de lui se pressent Matfed, Droghon et Adalar, ses trois fils nés de mères différentes[5], ainsi que le maire du palais Bernair[6]. Tous arborent les cheveux longs, apanage de la noblesse, et la barbe tressée, comme le veut la mode. Tous ont le visage grave. L’heure est aux legs et aux donations de toutes sortes, ça fleure bon l’héritage et chacun attend sa part. Certains plus impatiemment que d’autres, soit dit en passant. Aucune femme dans la chambre, pas même Swanahilde, la dernière épouse en date: il est question des affaires de l’empire et seuls les hommes ont droit à la parole. Que les femmes successives de Carlan aient apporté en dot des portions non négligeables du royaume, parfois même des territoires entiers, n’a plus aujourd’hui aucune importance : ces terres, ces bois, ces landes, ces rivages sont désormais perdus pour elles tant qu’il existe un héritier mâle. Les hommes prennent, les hommes reçoivent, les hommes disposent et les filles n’héritent qu’en l’absence de garçons. Ainsi en va-t-il depuis des générations, et personne n’a jusqu’ici songé à remettre en cause ce qui constitue l’un des piliers de la société. Mais prêtez l’oreille, car voici que Carlan marmonne dans ses longues moustaches[7], sans que plus personne dans cette grande chambre ne reconnaisse la profonde voix éraillée qui a si souvent retenti dans les salles voûtées des palais comme sur les champs de bataille. Dans un souffle, il murmure avec difficulté que si Lugh lui a accordé trois fils (qu’il en soit béni) son premier et principal enfant est l’empire lui-même, à qui il a consacré sa vie, ses efforts et son énergie, qu’il a façonné de ses mains, année après année. Qu’il est hors de question qu’une telle splendeur soit partagée. Que l’empire doit donc échoir dans son intégrité au seul Matfed, afin qu’il survive à son créateur; tandis que Droghon, le cadet, entrera en religion avec le rang de Grand Prêtre et qu’Adalar, le benjamin, se verra attribuer l’une des marches de l’Empire, au choix du nouvel Empereur. Tandis que l’aîné entrevoit pour la première fois l’immensité de son destin, les deux autres serrent les mâchoires et les poings, pétrifiés de stupeur et brûlants de rage. Ils avaient beau être au courant de certaines rumeurs de Cour, ils ne pensaient pas que leur père irait au bout de son projet délirant. Là où Carlan choisit la raison politique, ils ne voient quant à eux qu’injustice, favoritisme et spoliation, ou plus simplement la sénilité d’un vieillard. Ils jurent, pourtant, à cet instant, comme le fait Matfed. De respecter la volonté du défunt. De ne pas convoiter son héritage. D’œuvrer pour le bien de l’empire et de ses sujets. Ils promettent tout ce qu’on voudra, fermement décidés à transgresser ce serment inique à la moindre occasion. Par la persuasion, la ruse ou la force. Ou grâce à un malencontreux accident, quitte à violer un peu la Providence qui n’est après tout qu’une faible femme… Pauvre Carlan. Tu pars serein, mais tu es bien le seul. Ceux qui restent caressent des rêves de gloire et d’omnipotence. Ils veulent chacun ce que tu as eu, même s’ils n’ont quant à eux pas fait grand chose pour le mériter, à part peut-être Adalar qui a un temps combattu à tes côtés. Le maire du palais reste muet. Il consigne tes paroles en vue de rédiger le codex[8] du testament qui portera ton sceau ainsi que celui de chaque héritier. Ce faisant, il ne peut se défendre d’un mauvais pressentiment, et regrette que tu n’aies pas jugé bon de faire préparer à l’avance un document d’une telle importance. Bien sûr, tu as été accaparé par les mille et une décisions, grandes ou vétilles, que requiert quotidiennement l’administration de l’empire. De par ses fonctions, Bernair est idéalement placé pour le savoir. Tout comme il sait que, pareil en cela aux autres hommes, tu n’as pas échappé à cette vieille superstition qui veut que préparer sa mort, c’est aussi la hâter. Mais tout en prenant note de tes dernières paroles, le maire du palais ne peut se défendre d’un mauvais pressentiment. Déjà il pressent qu’approche le temps de la discorde, de la haine et de la guerre. Ce qu’il ignore, c’est qu’il sera la première victime.
[1] Roseau taillé pour l’écriture. [2] Contrairement à la signification actuelle, une merveille signifie au Moyen-Age quelque chose de surnaturel et surtout de foncièrement maléfique et mauvais. Un épisode des aventures du roi Arthur met par exemple en scène le château des merveilles, endroit quasiment hanté, où les tentures s'enflamment toutes seules, où les murs saignent et où des épées meurtrières surgissent du toit de lit. [3] Ambition ou orgueil démesurés. [4] Repose en paix [5] Les rois d’Occimanie attachent un grand prix à la pureté du sang. En ces temps où les maladies notamment infantiles sont fréquemment mortelles, il n’est donc pas rare qu’ils soient polygames, pour multiplier les chances d’engendrer des descendants mâles. [6] Le maire du palais est le principal conseiller et l'intendant du roi : c'est un serviteur en charge des affaires domestiques du palais. Représentant des puissantes aristocraties régionales, il commande les intendants chargés de l'exploitation du domaine royal, gère la fortune du souverain et dirige le gouvernement intérieur du palais. [7] A la Nietzche. Longue vie au groupe Les Blaireaux. [8] Les parchemins en peau de veau mort-né, d'une structure très fine, sont appelés vélins. Ils diffèrent des autres parchemins par leur aspect semi-transparent. Ils sont fabriqués à partir de très jeunes veaux, les plus beaux et les plus recherchés provenant en général du fœtus. Contrairement au volumen, qui forme un rouleau, le codex est un ensemble de feuilles cousues en cahiers qui peuvent être considérés comme l'ancêtre du livre moderne. |
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Les Trois Royaumes d'Occimanie
n'appartient à aucun recueil
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