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"Le Réveil" est une grande nouvelle mise en ligne par "Marcus Edwin".. Venez publier une grande nouvelle !
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Le R é v e i l Nouvelle
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- Va en enfer! lui hurla-t-elle. Marc venait encore une fois de se disputer avec sa chère épouse, une nouvelle dispute violente à inscrire dans le carnet des querelles, déjà plein à craquer. Il sortit de chez lui, en claquant brutalement la porte, tandis que sa femme prenait ses deux enfants dans ses bras pour les protéger de leur père qui, sous l’effet de l’impulsion, pouvait être capable de toutes les horreurs. Il entra dans sa voiture, un break familial beaucoup trop grand pour lui seul, et partit à toute vitesse, en direction d’une route qu’il connaissait très bien, une route qu’il empruntait plusieurs fois par semaine, lorsqu’il sentait que la tension, chez lui, allait le mener à commettre une atrocité. Pendant que la femme continuait à rassurer les enfants dont les larmes mouillaient le sol fraîchement lavé, Marc commençait à rouler ; la douceur de la conduite le calmait, il se sentait à l’aise, pas heureux, mais calme, serein, et ne pensait plus à rien. Cette route, il la connaissait bien trop par cœur. Il la prenait pour calmer ses nerfs, lorsque ceux-ci étaient prêts à exploser, à sortir de son corps pour tout détruire sur leur passage, prêts à tuer quiconque croiserait leur chemin. Cette route était une des plus longues lignes droites du pays, une route nationale qui parcourait plusieurs régions jusqu’à une petite ville à l’ambiance jeune et agréable, où il aimait se promener la nuit et observer les belles et frétillantes passantes. Plus Marc s’éloignait de sa maison et se rapprochait de cette ville, plus il se sentait vivant, éveillé, et calme. Il allait, là, encore une fois recommencer cette petite aventure personnelle. Il arriva à la sortie de sa cité, puis sur sa route. Il fut pris d’une intense émotion, cette route lui avait manqué. Elle était jonchée de part et d’autre de splendides arbres qui s’élevaient vers les cieux, et coupée par moment par de petits chemins, tantôt menant à des rivières, où des pêcheurs se racontaient des histoires de fantômes, tantôt menant à de petits bosquets où poussaient de magnifiques champignons d’une variété rare. Parfois, il empruntait certains de ces chemins, dans le but d’allonger encore plus son voyage. Il commença à repenser à la dispute qui l’avait fait partir, une dispute banale, après tout. Sa fille n’avait pas fait ses devoirs, il avait commencé à la gronder, puis, se montrant récalcitrante, il l’avait punie, il l’avait enfermée dans sa chambre, après l’avoir frappée. Sa femme avait pris la défense de la petite, déclarant qu’elle en avait assez de le voir frapper les enfants, puis celui-ci avait rétorqué que c’était le seul moyen de leur faire comprendre les choses. Estimant qu’il était impossible de parler avec lui, elle lui avait hurlé dessus, puis des objets avaient volé, des assiettes s‘étaient cassées, l’une d’elles manquant de décapiter le fils. La femme avait hurlé d’horreur et de peur, et Marc avait décidé de s’en aller, poussé par cette dernière. Ce fut une dispute aussi banale que le sommeil, dans cette petite famille sans histoire. Marc, dans sa voiture frappée par le soleil de l'été, tandis qu’il roulait droit devant lui, fut pris d’une pensée soudaine. Il pensa qu’il allait quitter sa famille, parce qu’elle l’empêchait de vivre et d’écrire. Il n’arrivait plus à trouver le temps pour écrire ses romans, il ne trouvait même plus les idées. Il était trop occupé par cette famille qui, pour lui, l'empêchait d'avoir les idées claires, respirait son propre oxygène, bloquait l'arrivée de l'inspiration dont il avait tant besoin. Alors il décida de les quitter, dès qu’il allait rentrer, si jamais il se décidait à rentrer… Il se vit seul, dans un petit appartement, sans ami, sans famille, seul avec ses feuilles, ses crayons, son ordinateur et son imagination, à écrire, écrire et encore écrire, car sa vie ne se résumait qu’à cela, il n’était fait que pour cela, et rien d’autre ne comptait pour lui. Il souhaita n’avoir jamais fondé de famille avec cette femme qui désormais n’était plus qu’une ombre dans la nuit de son esprit. Car tout n’était plus que ténèbres désormais, et même si le soleil brillait de tous ses majestueux rayons divins, Marc se sentait abandonné dans un tourbillon obscure et triste. Il imagina la sensation qu’il aurait à être seul, à inventer, perdu dans sa solitude qui le mènerait sans doute à la mort. Il pensa qu’il s’y sentirait agréablement bien, jusqu’au jour de la délivrance. Le soleil brillait encore et toujours, mais l’âme de Marc était noire à cette heure. Il prit une décision : il allait écrire sa propre histoire dans son prochain roman. L’histoire d’une vie destructrice et anéantie, une vie d’écrivain malheureux dont le seul bonheur se résumait à un écran d’ordinateur et à un traitement de texte. Il sentit alors que son cerveau travaillait trop. Il était venu sur cette route pour se calmer, après tout. Alors il alluma la radio. Mais la malchance était à l’œuvre. Aucune radio ne fut captée. Il poussa un soupir d’agacement. Il frappa son poste de radio, intégré au véhicule, lui hurla des injures, sans succès. Finalement, il abandonna et continua à rouler, observant l’horizon, tentant de distinguer les faibles silhouettes de la ville au loin, mais elle était encore beaucoup trop loin. Son voyage ne faisait que commencer. Tout en roulant, il espérait que son poste radio capterait enfin un signal, et c’est ce qui arriva… Il entendit des grésillements, comme une station captée très faiblement, mais aucun nom n’était indiqué sur le petit écran, puis les grésillements se firent de plus en plus intenses et bientôt ils furent presque insupportables à entendre. Il se boucha les oreilles, lâchant le volant et laissant son véhicule à la merci du sort. Mais ce n’était pas terminé, la voiture se mit à trembler. Ce n’était pas le sol qui tremblait, c’était bel et bien la voiture. Marc regarda l'autoradio, les chiffres devinrent fous et tremblèrent eux aussi, et très vite, ce n’était plus des chiffres, mais d’étranges symboles inconnus. La voiture tremblait toujours, le son devint douloureux, Marc crut que ses tympans allaient se briser, et à l’extérieur, le paysage ondulait comme lors d’une trop forte chaleur. Les arbres se déformaient, la route partait en zigzag et les collines au loin avaient l’aspect d’immenses vagues de terre. Voilà alors ma dernière heure, pensa Marc, et alors les couleurs à l’extérieur devinrent floues, elles changèrent, les champs jaunes devinrent rouges, toute la verdure devint bleue, les arbres se transformèrent en immenses colonnes de béton, les collines s’aplatirent et la route ondulante parut être une coulée de lave fluorescente. Marc ferma les yeux et attendit sa mort. Mais tout s’arrêta. Lorsqu’il rouvrit les yeux, il avait les mains sur le volant. Tout était redevenu normal, les arbres se dressaient à nouveau vers le ciel bleu azur, les champs jaunes attaquaient les yeux abimés de l’homme, les collines formaient à nouveau des bosses au loin, comme un rappel lointain de la beauté féminine, la route quant à elle, était redevenue droite, belle, grise. Que m’est-il arrivé? se demanda-t-il. Il crut avoir vécu une immense hallucination, mais c’était terminé. Il faut dire qu’il n’avait pas dormi depuis quelques jours. De puissantes insomnies l’avaient frappé et empêché de fermer l’œil. Il avait longuement réfléchi durant ces nuits, seul avec les ténèbres, aux côtés de sa femme, à demi-nue, belle comme un ange descendu du ciel. Il l’aimait, de tout son cœur, et il aimait ses enfants, il ne voulait pas leur faire de mal, alors il pensait qu’il serait mieux de tous les abandonner… Marc entendit alors de nouveau des grésillements, puis très vite, une voix sortit des enceintes du véhicule. Enfin une radio! pensa-t-il. - Marc… Avait-il bien entendu? Peut-être que sa femme lui faisait une dédicace par le biais d’une émission. Peut-être allait-elle lui demander de vite revenir à la maison. - Marc… La voix devint de plus en plus claire et les parasites s’estompèrent. C’était une voix féminine. - Marc, écoute-moi attentivement… Oui, c’était une belle voix féminine qui s’échappait de son autoradio, une voix douce et sensuelle qui éveillait en lui quelque désir secret. Mais il ne pouvait croire que cette voix s’adressât à lui. Pourtant, elle insista. - Marc, écoute-moi. Marc se demanda s’il n’était pas fou ; après cette hallucination, le monde qui avait ondulé sous ses yeux, et maintenant cette voix féminine qui lui parlait à travers l’autoradio. - Qu’est-ce que… qui est-ce? se risqua-t-il à demander. - Marc, tu n’es pas fou, je suis là pour te réveiller, cela fait bien trop longtemps que tu n’as plus conscience de rien… Il observait la route avec attention, tentant de ne plus entendre cette voix mystérieuse. La route était encore longue, et l’horizon était brumeux, comme si elle était infinie. Il prit une grande inspiration et scruta cet horizon. - Je connais ta vie, Marc, je connais tes malheurs, ce que tu infliges à ta femme, à tes enfants, ce que tu as subi étant petit. Il est temps de changer, Marc, il n’est jamais trop tard. La voix, désormais, était très nette, il l’entendait comme si une jeune femme sensuelle était à ses côtés. Paradoxalement, cette voix était à la fois reposante et très angoissante, car sortie de nulle part. mais cette note agréable dans le ton qu'elle prenait lui donnait l’envie de lui faire confiance. Il avait… oui… il avait l’impression qu’elle sortait de lui-même. - C’est un canular? demanda-t-il. - Non, Marc, il n’y a rien de vraiment irréel, les choses sont vraies si tu les fais devenir vraies. - C’est une blague de mauvais goût! Bien foutue, mais de mauvais goût. - Tu te rendras vite compte de ton erreur, Marc, mais ça ne sera pas la première, n’est-ce pas? Il crut un instant que le paysage ondulait à nouveau, mais ce n’était que son esprit qui lui jouait encore des tours, sans doute. Il arriva alors au niveau d’un champ labouré, dont la terre retournée faisait songer à un paysage apocalyptique. Au milieu de ce champ, au loin, il aperçut une camionnette équipée d’une parabole. Il freina brutalement, fit marche arrière et emprunta un petit chemin de terre rocailleux. Ça secouait, ça tremblait violemment. Arrivé à peu près au milieu du champ, un autre chemin à gauche, plus petit, plus boueux, menait à la camionnette. Il emprunta ce chemin, l’adrénaline montait en flèche dans son corps ; il allait s'occuper du voyou qui lui faisait cette plaisanterie mal pensée. Il arriva à la hauteur de la camionnette, vieille, rongée par la rouille, sans doute transformée en chambre à coucher mobile. Il sortit de sa voiture et claqua la porte, mais à l’extérieur il fut pris d’un faible vertige qui le fit tituber. Le ciel sembla clignoter de plusieurs couleurs et il crut entendre, au loin, résonnant comme dans une vallée, une voix familière, il crut distinguer ces quelques mots : « Je t’aime… te réveiller… » Puis le vertige disparut, tout redevint calme et stable, il fonça, coléreux, vers l’arrière de la camionnette et entra à l’intérieur, animé d’une force destructrice, et hurla. - Ça vous amuse de faire des blagues comme ça? À l’intérieur, un homme, seul, pas plus vieux que la quarantaine, mangeait, assis sur une chaise de jardin, devant un bureau tapissé de documents. En observant rapidement, Marc put distinguer, sur de petites étagères, des livres traitant des sciences occultes, des OVNI, mais aussi des ouvrages sur le sommeil, les Expériences de Mort Imminente, le coma, etc. Il vit également des romans de divers auteurs, dont Stephen King, Aldous Huxley, Emile Zola, Baudelaire, Chrétien de Troyes, etc. Tous étaient des auteurs qu’il adorait, qu’il avait lu et qu’il avait beaucoup apprécié. - Je peux vous aider monsieur? demanda l’homme très amicalement. Marc eut un instant de réflexion, remarqua d’autres ouvrages qu‘il avait lus, puis dit alors : - Je… c’est vous qui émettez avec votre parabole? - Oui j’émets des fréquences, pourquoi? - Je… j’ai reçu quelque chose sur mon autoradio… une voix qui me parlait, une voix féminine. C’est vous? - Ai-je vraiment l’air d’être une femme? Marc eut un petit sourire. Cet homme avait l’air sympathique, il se retrouvait en lui, dans son physique, dans sa façon de parler, dans sa manière de se retirer du monde, dans ses livres… - Non, bien sûr, répondit-t-il, mais est-ce que ça vient d’ici? - Ecoutez monsieur, je ne suis pas intéressé par les humains, voyez-vous… les seuls signaux que j’envoie sont destinés à eux. Il pointa son doigt en direction du ciel. - Ils sont là et tentent de nous parler, vous le savez aussi n’est-ce pas? Nous sommes comme un peuple endormi qui attend de se réveiller. Après quelques secondes de réflexion, Marc s’excusa puis laissa l’homme à ses occupations. Dehors, il jeta un regard vers le ciel, magnifiquement bleu, sans aucun nuage, et se surprit à penser qu’on pouvait l’observer, de là haut. Cela lui procura un soulagement, et même un peu d’espoir. Il retourna dans sa voiture, parcourut à nouveau le chemin de boue, puis fut secoué dans tous les sens par le chemin rocailleux, et reprit sa route, la route qu’il aimait, oubliant presque pourquoi il s’était arrêté. Mais alors, d’où ça venait? pensa-t-il. Cette voix féminine qui lui parlait à travers les enceintes de son véhicule, cette fréquence captée par l’autoradio… La route continuait droit vers l’infini, et tout se confondait. Les arbres semblaient identiques, les bandes blanches sur le bitume avaient un aspect hypnotique. Marc pensa soudain a une chose anodine : il n’avait vu aucune voiture sur sa route depuis qu’il y était entré. Mais qu’importe, il était mieux seul. - Marc… La voix… non, il ne pouvait pas être fou… qu’importe de toute façon, il était seul, dans sa voiture, personne ne le verrait. Alors il se risqua à entamer un véritable dialogue. - Qui es-tu? - Cela n’a aucune importance, qui je suis. C’est pourquoi je suis là qui est important. - Alors pourquoi es-tu là? - Je dois te faire prendre conscience du mal que tu as fait autour de toi, Marc… pour te libérer, tu dois avoir conscience. - J’en ai conscience. Je refuse qu’on en parle. Je suis parti pour oublier. - Mais non, Marc, car tu vas recommencer, et jamais ça ne changera. Tu dois te rappeler, tu dois te faire violence, car tu dois changer ça. - Mais qui es-tu pour me dire ce que je dois faire? - La voix qui te permettra de te réveiller, Marc. - Epargne-moi les métaphores. Je suis tout à fait conscient. - C’est ce que tu crois. Une biche traversa la route au loin, légère et souple. - Mais que veux-tu que je fasse? Je suis tout à fait conscient de qui je suis! - Je ne crois pas, Marc. Il y eut un bref silence, puis la voix reprit. - Ton caractère est fort, difficile à vivre, tu t’énerves très vite et tes crises de nerf font souffrir ta famille, qui pourtant t’aime plus que tu ne le crois. Quand ta femme et tes enfants ont besoin de toi, tu les maltraites, tu les frappes, tu les insultes, et à chaque fois, tu te réfugies sur cette route, qui pourtant ne te mène nulle part. - Qu’attends-tu de moi? - Je veux te réveiller, je veux te rappeler les pires évènements de ta vie, pour te purger de tous tes vices, de toutes les horreurs qui ont pourri ta vie et celle de tes proches. Tu n’as conscience de rien. Marc ne répondit pas. Il regardait droit devant lui, écoutant attentivement cette voix mystérieuse mais dont le ton mélodieux lui procurait une sensation agréable. Son voyage ne faisait que commencer, il le sentait. Devenait-il fou? Inventait-il tout cela? C’était possible, mais quelle importance? Il était seul, sur une route déserte, qui semblait de nouveau onduler légèrement. Il sentit une légère secousse, puis plus rien. La voix le rassurait, finalement. |
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Le Réveil
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