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Le retour de Don Juan - Scénario ou Pièce de théâtre

Scénario ou Pièce de théâtre "Le retour de Don Juan" est un scénario ou pièce de théâtre mis en ligne par "Hagière"..

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LE RETOUR DE DON JUAN



Ou l'héritier de pierre







Comédie en cinq actes









Par Hagière






Personnages



Don Juan, fils de Don Louis.

Sganarelle, domestique de Don Carlos, et ancien valet de Don Juan.

Elvire, Religieuse, et épouse de Don Juan.

Don Carlos, frère d'Elvire

Victorine, fille d'Elvire et nièce de Don Carlos

Horace, fils d'Anselme

Charlotte, épouse d'Anselme

Gusman, écuyer de Don Carlos

Mathurine, domestique, épouse de Sganarelle

Serviteurs



La scène est en Sicile



Acte I



La scène se passe dans la résidence de Don Carlos, en Sicile. La pièce est une salle d'armes.

Scène 1

Sganarelle (en train de lustrer une épée), Gusman

Gusman .- Ah ! te voilà, Sganarelle, je te cherchais (un temps). Oh non, mon ami ! Je te surprends encore à astiquer cette satanée rapière.

Sganarelle.- Oui, car c'est la seule chose qu'il me reste de mon ancien maître, Don Juan. Elle représente ce qu'il y avait de mieux en lui. Et c'est le moins que je puisse faire pour honorer sa mémoire.

Gusman .- Parlons-en, de sa mémoire !

Sganarelle.- Je sais, Gusman, que ta maison ne le tient pas en haute estime, et je n'excuse pas ce qu'il a fait à ton ancienne maîtresse, Done Elvire, ni à Don Carlos, son frère. Mais il ne méritait pas cette punition horrible que le Ciel lui a infligée. Tu aurais dû voir ça…

Gusman.- Sganarelle, tu m'as déjà conté cette histoire des dizaines de fois !

Sganarelle (remettant l'épée dans son fourreau et se levant et mimant) .- Ah ! Imagine-toi un feu infernal, plus haut que le plus haut des chênes, une véritable cascade embrasée, sous un bruit de tonnerre puissant comme un grondement céleste …

Gusman.- Sganarelle !

Sganarelle.- Et là, tout à coup, surgie de nulle part, la statue du commandeur qui s'avance en prononçant des accusations terribles, un spectre effrayant l'accompagnant (ressortant l'épée du fourreau, il mime). Il brandit sa faux menaçante, nous exhortant de sa voix caverneuse de suivre la statue. Et, dans l'impossibilité de nous enfuir, nous avançons fièrement...

Gusman.- (souriant) « Nous », dis-tu ?

Sganarelle.- Euh ?

Gusman.- Tu disais « nous avançons fièrement ».

Sganarelle.- Nous avançons fièrement en faisant face aux deux figures venues d'outre-tombe, et tendant une main digne et courageuse (il lève la main au ciel), nous sommes entraînés dans le gouffre de la mort.

Gusman.- Ah ! Sganarelle, tu as l'art de faire des contes. La dernière fois, c'était la statue qui menaçait Don Juan et le spectre qui l'entraînait dans le ventre de la terre, et la fois d'avant, tu affrontais victorieusement ce spectre avec cette même épée que tu viens de nettoyer pour la millième fois, et la fois précédente, Dieu lui-même emportait...

Sganarelle.- Bon, bon... j'ai pu parfois enjoliver quelque peu le cours des événements, mais crois-bien que tout ce que je te dis-là est la stricte vérité.

Gusman.- Je te crois, moi. Mais tu n'ignores pas que beaucoup pensent que la mort de Don Juan t'a un peu dérangé le cerveau, et il faut bien admettre que toute cette histoire est un peu étonnante.

Sganaralle.- Et pourtant, elle est vraie.

Gusman.- Je reconnais que tout un côté de la forêt a été retrouvé calciné, et que le corps de Don Juan semble s'être volatilisé, mais ne pourrait-ce être un simple orage qui s'est abattu sur vous en pleine campagne, et il aurait été foudroyé, alors qu'une fois de plus, ton maître tentait de se soustraire à ses responsabilités ?

Sganarelle.- Et la statue ? Et le spectre ?

Gusman.- Nés te ton imagination trop fertile, mon ami. Allons, oublie cette histoire d'enfer et de mort qui a maintenant dix-huit ans. Profite de la situation qui est la tienne en cette maison, et bénis celui qui nous fait vivre. Souviens-toi que Don Carlos a eu la grande bonté de nous prendre à son service, toi et moi, après que Don Juan a disparu et que Done Elvire s'est retirée au couvent. La pauvre a dû bien souffrir durant toutes ces années, et je suis persuadé qu'aujourd'hui encore, elle prie pour l'âme de celui qui est, somme toute, le père de sa fille. Dieu n'est pas insensible aux prières d'une femme sincère , et il ne peut manquer d'avoir exaucé ses souhaits.

Sganarelle.- Le Ciel a montré, en la circonstance, qu'il avait en effet un œil sur toutes nos actions.

Gusman.- Mais toi, Sganarelle, n'es-tu pas satisfait de ce qu'il t'a apporté ? Tu vis dans une maison confortable, tu as même pu épouser Mathurine, la nourrice de Victorine.

Sganarelle (d'un ton crâneur).- Tu sais, je l'avais déjà rencontrée dans un village de paysans. Mon maître avait, en vain, tenté de la séduire, après que nous avions été sauvés d'une noyade certaine. Lorsqu'elle a perdu son propre enfant, et qu'elle est devenue la nourrice de Victorine, j'ai su, grâce à mon petit charme, à ma grande connaissance des choses...

Gusman.- Et à ta modestie légendaire...

Sganarelle.- J'ai su, dis-je, lui inspirer de l'amitié, et je crois bien qu'elle est plutôt satisfaite d'être devenue ma compagne.

Gusman.- Je le crois aussi, mais ça ne l'empêche pas, n'est-ce pas, de te mener à la baguette, comme le fit autrefois ton regretté maître.

Sganarelle (un peu vexé).- Je feins la soumission, ce qui n'est pas la même chose.

Gusman.- La nuance est subtile, en effet. Sache en tout cas qu'elle te veut voir, et c'est pour cette raison que je suis venu vers toi. Elle t'attend aux cuisines.

Sganarelle (d'un ton frondeur).- Holà ! Je ne suis pas homme à obéir dans l'instant aux trillées d'une femelle. Trouve-la, et dis-lui que si elle désire me chanter son couplet, je jouerai son public, mais ici.

Gusman.- J'y cours, Sganarelle, mais toi qui parlais d'orage tout-à-l'heure, prépare-toi à en affronter un (il sort).

Scène 2

Sganarelle

Sganarelle.- Ho ! Ho ! Le bougre d'homme croit m'impressionner ; c'est bien dans sa manière. Moi Sganarelle, j'aurais peur des remontrances d'une paysanne que j'ai sortie, par pure bonté d'âme, de sa médiocre condition (Un temps. Il marche de long en large d'un air inquiet). Il est vrai qu'elle n'est pas toujours commode, et si elle apprend que j'étais une nouvelle fois en train de briquer cette épée, je passerai un mauvais quart d'heure. Voilà, je vais la poser là (il la mêle à d'autres épées sur un présentoir). Faisons mine de frotter ces écussons. Je l'entends qui arrive.

Scène 3

Sganarelle, Mathurine

Mathurine.- Quien, Sganarelle , te v'là! On se sent l'âme à frotter les breloques, à c'que je vois. Je te signale que ces armoiries ont été nettoyées de ce matin.

Sganarelle.- Ah bon ? Je les trouvais plutôt encrassées, moi.

Mathurine.- Passe le doigt sul dessus de l'écusson (Sganarelle passe le doigt et constate)

Sganarelle (étonné).- Ah oui, c'est propre.

Mathurine.- Toi, t'es toujours à ruminer tes vieilles affaires, hein ? Arrête donc ces singeries,

Sganarelle, faut que j'te parle. Les choses vont de travers. Tout part en charpie.

Sganarelle.- De quoi parles-tu, Mathurine ?

Mathurine.- Tu tiens comme moi à l'bonheur de Victorine …

Sganarelle.- Bien entendu. Nous l'avons pour ainsi dire élevée. Tu as été sa nourrice, j'ai été pour elle comme un ami, un oncle, un parrain, un ...

Mathurine.- Ouais, eh ben figure-toi quella gamine a de quoi s'préparer à de mauvais jours. Tu sais que Don Louis, le père de Don Juan, a établi Victorine comme sa quasi p'tite fille. L'était même quasi son héritière. Eh ben, maintenant que l'est mort et enterré, semblerait que le prince ait décidé qu'c'est un autre qu'aurait les bians. La pauvrette n'en sait encore rian, mais semblerait-y que ce soit un moine venu de je'n sais où à qui iraient le palais et la fortune quy lui avait promis.

Sganarelle.- Quoi ? La petite serait déshéritée parce qu'un prêtre inconnu aurait su s'attirer les bonnes grâces du souverain ? Don Carlos n'acceptera jamais cette perfidie.

Mathurine.- C'est pour ça qu'il s'en est allé quérir queuques explications. La chose li chagrine l'esprit, et y veut entendre de la bouche du prince que la fille de Done Elvire et de Don Juan se fa voler par un curé.

Sganarelle.- Mon Dieu, vous ne pouvez pas accepter ça.

Mathurine.- Et marquenne, c'est pas encore tout. Tu sas que la p'tite s'est entichée d'Horace, le fils de Don Anselme et qu'al voudra le marier. Eh bin figure-toi que Don Carlos en veut point. Parsonne ne sa pourquoi, mais y dit nan. Al en est toute tourneboulée. J'a ben essayé de la rasonner, ma al dit qu'elle se mariera quand même, et qu'si faut, s'passera du consentement d'son oncle.

Sganarelle.- Ah ! Mathurine, arrête de baragouiner dans ton jargon, je n'y comprends rien.

Mathurine.- Ma, t'sais ben que quand j'suis énarvée, ça m'revient tout seul.

Sganarelle.- Donc, si j'ai bien compris, tu dis que Victorine va désobéir à son oncle et épouser Horace contre son avis ?

Mathurine.- Ouais.

Sganarelle.- Eh bien, les chiens ne font pas des chats. Je me doutais bien qu'un mélange entre Don Juan et Done Elvire ne pouvait que produire du soufre. La petite a le caractère de feu de sa mère, et le moindre obstacle provoque sa rébellion, comme c'était le cas chez son père. Si quelqu'un avait encore un doute sur sa paternité, il est bel et bien levé. Mais que comptes-tu que je fasse ?

Mathurine.- Par ma fi, j'veux qu'tu lui parles, car cette histoire me chagraine l'esprit. J'voudrais pas qu'al fasse la même faute que sa mère, en s'accolant au premier venu qui l'abandonnera peut-être dans un jour ou dans un mois. Le mariage, c't une grande affaire, et faut pas se j'ter la teste la première comme dans un mur. Moi aussi, j'a payé assez char pour l'avoir compris trop tard. Et si je n't avais pas trouvé, j'aurions été la risée du village avec mon ventre goinfré.

Sganarelle (un peu vexé).- Eh dis donc, j'espère que tu ne m'as pas épousé seulement pour te servir de caution morale ?

Mathurine.- Ma non, nigaud. T'sais que je suis entichée.

Sganarelle (requinqué, il lui sert la taille).- Alors, ma belle, j'aimerais que tu respectes ton sauveur comme il le mérite. Et que tu récompenses ton mari par un petit baiser (elle l'embrasse sur le front, et s'écarte). Ah ! Je vois que ton amour est calculé.

Mathurine.- Ya un temps pour tout, Sganarelle, et là, c'est-y pas l'moment de batifoler. La p'tite arrive. Essaie de la convaincre, je te prie.

Scène 4

Sganarelle, Victorine, Mathurine

Victorine (furieuse).- Ah ! J'en assez de cet oncle de misère, qui m'interdit tout, qui ne me permet rien, et qui ne trouve d'autre occupation que de se mêler de mes affaires !

Mathurine (la prenant dans ses bras) .- Calme-toi, ma fille. La colère n'est pas ben bonne compagnonne.

Victorine (pleurant).- Mais tu ne te rends pas compte. Il m'interdit d'épouser Horace, et même de le voir. Et tout ça sans raison. J'ai eu beau lui demander des explications, je n'ai rien obtenu. Il s'est contenté de se mettre en colère, et il a même juré. C'est la première fois que je le vois comme ça. Lui qui était si gentil lorsque j'étais petite. Pourquoi est-il devenu aussi intransigeant ?

Sganarelle.- Mazette, c'est parce qu'il tient à toi, comme Mathurine et moi nous voulons te protéger.

Victorine.- Me protéger contre quoi ? Qu'ont donc bien pu faire Horace et sa famille pour que mon oncle Carlos leur voue une telle haine ? Ce ne sont ni des comploteurs ni des détrousseurs. Leur réputation n'est plus à faire, et leur généalogie est remplie de noms glorieux dont nous ne pouvons qu'être envieux. On dit même de Don Anselme qu'il a les faveurs du souverain et qu'Horace a déjà été présenté à la cour. Notre famille ne peut pas en dire autant, il me semble. Nous devrions être fiers que de telles personnes posent les yeux sur la pauvre orpheline que je suis. Je ne comprends pas.

Sganarelle.- Je dois avouer que je ne comprends pas plus.

Mathurine.- Sganarelle !

Sganarelle. - Quoi, Sganarelle ? Tu réalises que cette petite est malheureuse, et tu sais bien que cette querelle entre les deux familles demeure un mystère inexplicable pour nous tous.

Mathurine.- Sganarelle !

Sganarelle.- Mmm ?

Mathurine (elle mime un baiser).- Mmm mmm !

Sganarelle.- Ah oui ! (rapidement). Ton oncle Carlos est du côté de l'entendement. Il t'interdit d'aimer Horace parce qu'aimer un Horace, ça ne s'autorise pas. Et s'il n'a aucune raison d'interdire que tu l'épouses, ça fait déjà assez de raisons pour que ce mariage soit interdit. Et quand un interdit est aussi justifié que celui-ci, on n'a pas de motif d'en décider autrement et d'autoriser quoi que ce soit.... (il cherche) Moi, par exemple, lorsque Mathurine a consenti de me donner sa main, eh bien je ne l'ai pas refusée, parce qu'aucun interdit (il cherche)... ne me l'interdisait. Et comme l'autorisation qui n'interdisait pas que je l'épousasse ne s'opposait pas à notre mariage... Eh bien ton oncle, Don Carlos, nous a donné son consentement. Voilà tout !

Victorine.- Mais qu'est-ce que tu racontes-là, Sganarelle ? Je ne comprends rien à ton galimatias.

Sganarelle.- Eh ?

Victorine.- Je dois dire que je n'avions pas trop compris non piu.

Sganarelle (embarrassé, lentement).- La permission ne peut laisser faire ce qu'un empêchement refrène. Et comme disait Aristote et toute la philosophie...

Victorine.- Ah non, Sganarelle, laisse Aristote en dehors de cette histoire.

Sganarelle.- J'avoue que ça m'arrange un peu (il s'affale sur un fauteuil, épuisé- il débouche sa gourde et boit)

Mathurine.- C'que Sganarelle se rompt le cou à te dire, ma cocotte, c'est que t'as déjà ben assez souffert pour ton compte.

Victorine.- Oui, oui... je sais. On ne cesse de me le répéter. Mon père, Don Juan, est mort en héros à la guerre, peu de temps après qu'il a épousé ma mère. Elle s'est retrouvée enceinte de moi et a dû affronter seule cette situation, sa passion ayant été bouleversée par cet événement dramatique. Et pour honorer sa mémoire et lui être à jamais fidèle, elle s'est retirée au couvent où elle vit toujours aujourd'hui, en pleurant cet amour aussi pur qu'éternel. Et c'est pour ça que tous, autant que vous êtes, avez consacré votre temps à me préserver, à me protéger, à me rendre la vie la plus douce possible, considérant que le malheur de mes parents ne devait en aucun cas m'atteindre. Mon grand-père, Don Louis, m'a légué tous ses biens, mon oncle Carlos m'a écartée du monde et des fâcheux, et vous deux m'avez servie, chaperonnée, nuit et jour, pour que mon quotidien ne soit obscurcit par aucun nuage.

Mathurine.- C'est bien ça.

Sganarelle.- Je n'aurais pas dit mieux (il boit à nouveau).

Victorine.- Mais toute cette histoire ne doit pas influencer mon destin. Ce n'est pas parce que j'aime Horace et qu'il est courageux, que je serai forcément sa veuve éplorée dans six mois. Le royaume est en paix pour longtemps, et ces nuages que vous redoutez tant, ils sont impuissants face à la chaleur des rayons qui illuminent mon âme lorsque je suis auprès de lui.

Mathurine.- Tu l'aimes donc tant que cela ?

Victorine.- Plus encore, Mathurine. Lorsqu'il est près de moi, je me sens vivante et entière. C'est comme si nous étions l'un et l'autre complémentaires, et une part de moi-même me semble disparaître lorsqu'il s'éloigne ne serait-ce qu'un peu.

Mathurine (irritée).- Ma vous vous estes à peine croisés. On ne peut pas amer en trois minutes.

Victorine.- Eh bien si, une seconde a suffi pour que nous prenions conscience, l'un et l'autre, des sentiments qui nous rapprochent. Peux-tu imaginer une seconde le soleil sans la lune, le jour sans la nuit, le printemps sans l'automne...

Sganarelle.- Mathurine sans Sganarelle, Elvire sans Don Juan...

Mathurine.- Ouh là là ! si vous vous accordez tous les deux à vous saouler de poésie, ça y va me cogner sur la teste. Je m'en retourne à ma cuisine. Il ne sortira rien de biau de toutes ces histoires-là, je vous le dis. (elle sort)

Scène 5

Sganarelle, Victorine

Victorine. - Mathurine me semble un peu fâchée. N'est-elle pas heureuse que je sois amoureuse ?

Sganarelle.- La pauvre s'inquiète pour toi. Et pour tout te dire, je crois qu'elle est surtout en colère contre moi, parce qu'elle voulait que je te fasse une leçon de morale et que je n'ai pas eu le cœur.

Victorine.- Tu n'avais aucune chance, Sganarelle. Seule ma mère, ou mieux encore, mon père, auraient peut-être pu trouver des mots propres à me faire me soumettre à leur autorité.

Sganarelle.- Ah ! Ah ! Ah !

Victorine.- Pourquoi ris-tu ?

Sganarelle.- Parce que tu n'ignores pas que j'ai été le valet de ton père pendant pas mal d'années, et crois-moi, j'ai eu le temps d'en bien faire le tour. Je ne l'ai jamais surpris une seule fois faisant la morale à quiconque. Bien au contraire.

Victorine.- Hein ? Que dis-tu ?

Sganarelle.- Euh... je dis simplement que personne ne lui aurait imposé de faire ce qu'il n'aurait pas décidé par lui-même. Je le reconnais bien en toi, et en ce point comme en d'autres, tu es sa digne fille. S'il vivait encore, il lui serait impossible de te renier.

Victorine.- Comme j'aurais voulu le connaître. Parle-moi de lui.

Sganarelle (il boit une nouvelle fois).- Ah ! J'ai très soif. La chaleur m'indispose.

Victorine.- Ne te défausse pas, Sganarelle. Il fait un froid de gueux dans cette salle.

Sganarelle.- Eh bien, Done Elvire, ta mère...

Victorine.- Non, Sganarelle ! parle-moi de Don Juan, mon père.

Sganarelle.- Elle a un sacré fichu caractère...

Victorine (de plus en plus irritée).- Sganarelle !

Sganarelle. - Mais quelle femme ! Une prestance, une autorité.

Victorine.- J'enrage.

Sganarelle.- Et avec ça, d'une beauté...

Victorine.- Aaaaaaaah !

Sganarelle (il reboit une gorgée).- A couper le souffle.

Victorine.- Sganarelle !

Sganarelle.- Et d'une piété irréprochable. La voix d'un ange.

Victorine.- C'est bon. Je vois qu'une nouvelle fois, tu ne veux rien m'en dire. Tu te moques de moi comme on se moque d'un enfant ; Puisque c'est ainsi, je vais vous prouver que je ne le suis plus. Je vais m'enfuir de cette maison. Je rejoindrai Horace, et je me donnerai à lui, et il faudra bien qu'on nous marie.

Sganarelle (boit encore une gorgée).- Euh ?... que dit-elle ?

Victorine.- Je dis que je vais me donner à Horace et l'épouser immédiatement après.

Sganarelle (il se parle à lui-même).- Oh ! Oh ! Oh ! La jolie noce !

Victorine.- Sganarelle, entends-tu ce que je te dis ?

Sganarelle.- Il y aura des pâtisseries, des vins de France. Elvire portera sa robe blanche. Don Juan aura son habit noir et son épée au côté.

Victorine (s'approchant pour évaluer son souffle).- Mais, ma parole, il est ivre...

Sganarelle.- Et la statue du Commandeur prononcera une oraison... (il ferme les yeux)

Victorine.- Il délire. Je n'en tirerai rien. Mais voilà Gusman qui s'en revient.



Scène 6

Sganarelle, Victorine, Gusman (arrive tout essoufflé)

Gusman.- Sga ...narelle ! Sgana...relle ! Ah... mademoiselle Vic...to....rine, vous êtes là !

Victorine.- Eh bien, Gusman, que t'arrive-t-il ?

Gusman.- Une nouvelle importante.

Victorine. Eh bien, vas-y parle.

Gusman (cherchant son souffle).- Qu'a... qu'arrive-t-il à Sganarelle ?

Victorine.- Oh, un léger malaise. Attends... Sganarelle... Sganarelle... (elle lui met des petites

gifles).

Sganarelle.- Mmmm ?... Oui ?... Monsieur, est-ce vous ?...

Victorine (grossissant sa voix).- Oui, c'est moi, je suis Don Juan.

Sganarelle (les yeux fermés).- Ah, je vous croyais mort... Je suis bien aise de vous voir.

Victorine.- Et moi de même...

Sganarelle.- Cette maudite statue... (il ouvre doucement les yeux).

Victorine.- Oui, cette statue maudite...

Sganarelle (reprenant doucement ses esprits).- Ah ! Gusman, Victorine... Tu veux me faire parler, friponne, mais je ne dirai rien. Car j'ignore tout, comme le confirmera Gusman qui sait très bien que j'ai tout oublié de ce que je ne sais pas.

Victorine.- Bien entendu, Sganarelle, tu ne sais rien.

Gusman (à part).- Euh ? Vous comprenez ce qu'il a dit ?

Victorine.- Bien sûr que non, mais avec un peu de chance, il va me livrer une petite information sur mon père qui pourra suffire à démonter le mensonge grossier qu'on me sert depuis ma naissance, tant sur sa mort et que sur sa relation avec ma mère.

Gusman.- Ah oui, c'est d'ailleurs un peu ce qui m'amène. La résidence de Don Juan... vous savez, celle que votre grand-père vous a léguée...

Victorine.- Alors ?... La résidence de Don Juan ?... Je t'écoute.

Gusman.- Eh bien... je n'ose le dire.

Victorine.- Vas-y, parle !

Gusman.- Elle est... elle est hantée.

Victorine.- Sottises.

Gusman.- Si ! Je vous assure. Cette nuit, des voisins affirment y avoir entendu des voix et des bruits de portes. On a même cru y déceler de la lumière.

Victorine.- Quelqu'un aura probablement forcé la porte ; il suffira d'y envoyer des gens pour faire chasser les intrus.

Sganarelle (se reprenant peu à peu).- Ne parle pas sans bavoir... petite ignorante... Euh... ne parle pas sans savoir.

Victorine.- Tiens, te revoilà, Sganarelle.

Sganarelle.- Oui. Et .... Et juste à temps pour te dire qu'il se passe autour de cette maison des choses bizarres... des choses extraordinaires dont tu ignores l'ampleur.

Victorine.- Hé, hé ! Je te savais déjà croyant, je te découvre superstitieux.

Sganarelle.- Jeune effrontée, si tu avais vu ce que j'ai vu, tu ne plaisanterais pas.

Victorine.- Vous avez, tous deux, piqué ma curiosité. Je veux savoir ce qu'il en est (elle sort).

Scène 7 

Sganarelle, Gusman

Gusman.- L'authentique fille de son père. C'en est effrayant.

Sganarelle (il vide sa gourde).- Il ne lui manque que … le pourpoint et le haut-de-chausse.



RIDEAU





Acte 2



La scène se passe dans l'appartement de Don Juan. Quasi obscurité. Les meubles sont couverts de draps

Scène 1

Sganarelle, Gusman

Gusman (effrayé, un bâton à la main, et s'accrochant à Sganarelle qui tient une bougie).- Ah ! Sganarelle, nous sommes bien fous de nous aventurer dans une maison où les fantômes ont établi leur résidence.

Sganarelle (effrayé, un bâton à la main, lui aussi).- Tais-toi, imbécile, tu vas les réveiller, et ta voix résonne dans mon crâne comme une cloche d'église... avançons doucement...

Gusman.- C'est convenu ? On jette un œil et on repart.

Sganarelle.- Et plutôt deux fois qu'une.

Gusman.- Sganarelle, j'ai peur.

Sganarelle.- On ne distingue pas grand chose.

Gusman.- On n'y voit rien du tout...

Sganarelle.- Oh, qu'est-ce que c'est ? Ah... c'est le fauteuil de Don Juan !

Gusman.- Ah oui ! Ce n'est qu'un fauteuil.

Sganarelle (en tâtonnant).- Et là, je devine sa table de travail.

Gusman.- Oui, sa table de travail.

Sganarelle.- Mais vas-tu cesser de répéter ce que je dis ?...

Gusman.- Oui, oui, je vais cesser de répéter ce que tu dis...

Sganarelle.- A tout bout de champ.

Gusman.- A tout bout de champ. (ils se cognent dans la table, un verre tombe et se brise). Ah! (Ils courent en tous sens pour se blottir l'un contre l'autre).

Sganarelle.- Bon sang, Gusman, tu es encore plus maladroit que moi. On croirait que c'est toi qui as vidé ma gourde, et tu ferais peur à la terre entière.

Gusman.- Nous n'aurions pas dû écouter la jeune demoiselle en venant ici. Nous allons nous attirer des ennuis. Et si les fantômes qui peuplent cette maison ne nous entraînent pas avec eux dans les limbes, c'est peut-être ce moine dont tu m'as parlé tout à l'heure qui, selon son droit, nous fera jeter au cachot.

Sganarelle.- Ce moine n'a aucun droit. C'est ici la maison de Don Juan, et aucun moine ne peut prétendre pouvoir hériter de ses biens. Bon, ouvrons les fenêtres et les volets... je te rappelle qu'il fait jour dehors.

Gusman.- Ah, surtout pas. On pourrait nous surprendre.

Sganarelle.- Si tu veux. Alors, cours chercher d'autres bougies pour que nous puissions y voir un peu plus clair..

Gusman.- J'y vais de ce pas (il sort en courant).



Scène 2

Sganarelle (seul)

Sganarelle.- Hé ! Hé, mes yeux commencent à s'habituer à l'obscurité. J'y vois un peu mieux. Je reconnais les malles de mon ancien maître. Nous n'avions même pas eu le temps de les vider pour nous installer après que nous nous avions fui Done Elvire. Toutes ses affaires doivent encore s'y trouver. Si j'osais, j'y jetterais un œil... J'y trouverai peut-être un petit écu (il entend un craquement). Eh ? Quoi ? Quelqu'un ? (il fait un tour sur lui-même brandissant sa bougie pour voir les recoins). Non, rien. Allons, allons, Sganarelle, tu sais bien que les vieilles maisons sont toujours un peu vivantes, et un craquement de temps en temps est on ne peut plus normal... enfin, j'espère. Hé, Hé, mon petit Sganarelle, tu deviendrais courageux avec l'âge. Si Don Juan pouvait te voir, il en resterait tout stupéfié. Tiens, la table est encore dressée. C'est là qu'il a pris son dernier repas. Oh ! Oh ! Je me souviens de ce créancier venu lui réclamer de l'argent.... comment s'appelait-il, encore ? Ah oui, Dimanche. Le pauvre bougre s'en était reparti sans un as, et Don Juan s'était bien moqué de lui. Il aurait pu aisément le payer, mais ce n'était pas dans ses principes. Il y a des hommes, disait-il, qui sont nés pour tout obtenir sans rien jamais devoir. Et d'autres, qui doivent donner sans jamais rien recevoir. C'est l'ordre du monde. Je crois de toute manière que le bonhomme était un peu Juif (un temps)...comme son nom l'indique (nouveau craquement, plus fort). Oui ? (d'une petite voix timide) Eh bien ? Qui est là ? Monsieur le fantôme de mon maître? Personne ? Sganarelle, Sganarelle, mon ami, un peu de cran, que diable! Prouve que tu n'es pas le poltron que Don Juan a toujours prétendu que tu étais. Mais j'y pense, c'est aussi ici que la statue à convié mon maître à son souper funeste... Comment ai-je pu ne pas y penser ? Brrrr ! ça me donne le frisson... (Un buste s'éclaire progressivement)... Ahhhh ! Quel est ce mystère ? Le commandeur, ici ! Il vient pour moi, cette fois... Mais non, ce n'est qu'un rayon de soleil qui filtre à travers le volet (Don Juan en abbé s'avance lentement dans la pièce). Mais ne restons pas là, car il règne ici une atmosphère étrange.... je ne saurais dire. On sent comme une parfum un peu âcre, comme l'encens qu'on peut respirer dans les églises... et je crois distinguer... un spectre.

Scène 3

Sganarelle Don Juan (en soutane, couvert d'une cape).

Don Juan (d'une voix forte, le visage masqué par la capuche de sa cape).- Alors, maraud ? qui t'a permis d'entrer ici sans y être invité ?

Sganarelle (effrayé).- Ah Monsieur... monseigneur... mon père... mon frère... ma sœur... je ne sais... c'est que... on m'a dit de ...

Don Juan.- Eh bien, parle misérable. Confesse-toi à un envoyé du Ciel avant que la justice divine ne s'abatte sur toi.

Sganarelle (très vite).- Je vous salue Marie, pleine de pitié pour les valets indiscrets dans mon genre... Euh... Monseigneur est avec vous et Don Juan est puni ... Sainte Marie, priez pour

Sganarelle, un pauvre pêcheur repenti, qui se voit bien maintenant être à l'heure de sa mort...

Don Juan (enlève sa capuche).- Mais bougre d'âne, ne me reconnais-tu pas ?

Sganarelle.- Euh ?

Don Juan.- Ah ! Ah !

Sganarelle.- Ciel, qu'entends-je ? Que vois-je ? Le fantôme de Don Juan venu pour m'entraîner avec lui en enfer.

Don Juan.- Ah ! Sganarelle, Sganarelle... les années ne t'ont vraiment pas changé.

Sganarelle.- Vous dites ?

Don Juan.- Je dis que tu es toujours le poltron que j'ai connu.

Sganarelle.- Serait-ce vous, Monsieur ? En chair et en os ? (il s'approche doucement pour le toucher)

Don Juan.- Vas-y ! Vérifie par toi-même. Touche-moi ! Ton scepticisme est une nouveauté qui me plaît.

Sganarelle.- Incroyable... Un fantôme solide. Avec un corps, comme les vivants... qui l'eût cru ?

Don Juan.- Je ne suis pas plus un fantôme que toi, imbécile. Ouvre-moi un de ces volets pour que tu puisses te rendre compte que je suis un être de chair et de sang.

Sganarelle (ouvre un volet, la pièce s'éclaire).- Ah ! Monsieur, c'est bien vous... en un peu plus âgé. Mais vous êtes mort.

Don Juan.- Sganarelle, après tout ce temps, n'as-tu pas encore compris ?

Sganarelle.- Compris ? Et qu'aurais-je dû comprendre ?

Don Juan.- Ma mort. Tu l'as prise pour vraie, et elle n'était que feinte.

Sganarelle.- Comment ça, une feinte ?

Don Juan.- Eh oui, une feinte. Tout a été organisé par mes soins. La statue, les flammes de l'enfer. Tout le monde, toi y compris, voulait que le Ciel me punisse... j'ai fait en sorte de vous contenter . Voilà, tout !

Sganarelle.- Comment ? Une supercherie ?

Don Juan.- Mais bien sûr, Sganarelle. Il n'a pas été compliqué de trouver un couple d'acteurs pour jouer les rôles d'un spectre et d'une statue. N'as-tu pas reconnu une femme derrière un des personnages ? Un comédienne très affriolante, d'ailleurs. Et son mari. Un maître en ventriloquie. Un talent ! Tu n'imagines même pas. Quelques sols ont suffi à les contenter.

Sganarelle.- Mais ce spectre, je l'ai vu s'envoler et changer de visage.

Don Juan.- Un masque et un simple tour de prestidigitateur. Ces gens-là ont plusieurs cordes à leur arc, sais-tu !

Sganarelle.- Mais les flammes de l'enfer, le feu, les éclairs ?...

Don Juan.- Ah là, c'est cet incapable de La Violette qui a voulu en faire plus que je ne lui avais demandé. Il a poussé si loin l'illusion qu'il a bien failli mettre le feu à toute la forêt. Et sans cet orage qui s'est abattu sur nous, à point nommé si j'ose dire, tout brûlait.

Sganarelle.- Ce n'est donc pas vous qui avez commandé la foudre et les grondements du tonnerre ?

Don Juan.- Non Sganarelle, en cette circonstance, seule la chance m'a souri. Mais pas autant que je l'aurais espéré. J'avais envisagé que d'autres témoins que mon seul valet, dont chacun connaissait le tempérament extravagant et la tendance à l'affabulation, puissent accréditer ma mort, mais malgré mon invitation, ils ne sont pas venus. J'avais pourtant indiqué au frère de mon épouse le moment et l'endroit où venir me trouver.

Sganarelle.- Vous aviez tout combiné... et vous vous êtes servi de moi. Le Ciel ne vous a pas puni...

Don Juan.- Comme tu vois.

Sganarelle.- Et pendant tout ce temps, vous m'avez laissé croire que vous expiiez vos péchés en enfer.

Don Juan.- J'en suis désolé, mais tu as été le seul à assister à la scène. Et je dois dire que tu as été persuasif. Il s'en est fallu d'un cheveu pour que l'Eglise ne conclue à un miracle. Imagine-donc, Saint Don Juan, canonisé pour avoir su expier ses fautes sans lever un sourcil.

Sganarelle.- Mais... Mais... Je n'ose y croire. Vous m'avez abandonné.

Don Juan.- Ce n'était pas mon intention, crois-moi. Mais je n'ai pas eu d'autre moyen. Mais il me semble que tu n'en as pas trop souffert. J'ai appris que ta nouvelle place était confortable.

Sganarelle.- Je l'avoue. Mais vous, qu'avez-vous fait durant toutes ces années ? Et comment se fait-il que je vous retrouve en moine ?

Don Juan.- En abbé, Sganarelle, en abbé ! Tu as devant toi l'abbé de Molina, qui a voyagé dix-huit ans à travers l'Europe pour servir son souverain, profitant de son statut d'ecclésiastique pour le renseigner sur les secrets des différentes cours dans lesquelles il a été reçu. Et tu n'imagines pas tout ce que j'ai pu apprendre dans l'intimité du confessionnal.

Sganarelle.- Incroyable. Don Juan, agent secret au service du royaume. Je le perds en armure et je le retrouve en robe.

Don Juan.- Je n'ai guère eu le choix, sais-tu. C'était ça ou la prison. Et comme je venais de faire avaler à mon père la dragée de mon repentir, j'ai opté pour la carrière religieuse. Et je dois dire que je ne l'ai pas regretté.

Sganarelle.- Eh ! Monsieur, vous avez pourtant forcément dû renoncer aux femmes...

Don Juan.- Ne crois pas ça, Sganarelle. Il m'a certes fallu abandonner la perspective d'épouser de nouvelles beautés, mais pourquoi aurais-je continué ? Si mes provocations à l'encontre du Ciel avaient dû avoir des conséquences fâcheuses, j'en aurais été le premier averti. Après trois cents mariages, la coupe n'aurait-elle pas dû déborder ? Et puis, je me suis imposé, en marge de mes obligations officielles, une petite mission personnelle qui m'a procuré bien du plaisir.

Sganarelle.- Une petite mission, dites-vous.

Don Juan.- Ah, tu n'imagines pas ce qu'est la cour d'une grande nation. Dans les salons ou dans les assemblées, les gens se flattent, se cajolent, et s'abreuvent de politesses. Les promesses pleuvent et chacun prétend servir sans retenue ceux qu'il présente comme ses amis les plus chers. Mais dès qu'on se quitte, ce ne sont que mensonges, tromperies et trahisons. Chacun agit pour son seul profit au moyen de complots, d'intrigues, et les assassinats moraux, chaque semaine, font des victimes en plus grand nombre que les filles que j'aurais pu épouser en toute une vie. Un jour, un sous-ministre m'a demandé si j'étais capable d'engrosser la jeune épouse d'un vieux barbon dont il était le secrétaire. Le bonhomme avait obtenu la fille contre une rente misérable versée à la famille. Car, sache-le, dans certains pays, certains vieux hommes défraîchis, mais très riches, s'offrent des jeunettes tout juste pubères, alors qu'ils ne sont même plus aptes à les honorer. Donc, disais-je, grâce à ma position, j'ai pu répondre à la prière qui m'avait été faite. La jeune mariée tomba enceinte quelques semaines plus tard. Le bruit courut dans toute la capitale que le vieillard s'était vu pousser des cornes, ce qui le rendit si ridicule qu'il en perdit son crédit au sommet de l'état. La naissance du bâtard, quelques mois plus tard, m'a inspiré l'idée de repeupler l'aristocratie européenne, car je l'ai jugée chancelante ; et depuis ce jour, je me suis fait un devoir d'honorer à ma manière toutes les âmes perdues qui se sont confiées à l'homme de Dieu que je suis devenu. Beaucoup de mes pénitentes ont quitté mon église à la fois satisfaites et enceintes.

Sganarelle.- Ah, Monsieur, je vous reconnais bien là.

Don Juan.- Détrompe-toi, Sganarelle. Je n'ai pas toujours agi ainsi. Certaines de mes épouses officielles sont demeurées vierges, parce qu'il a souvent fallu que je prenne la fuite sitôt la cérémonie achevée. Mon idée n'était ni d'abuser d'elles ni de les salir. Plusieurs d'entre elles ont d'ailleurs pu faire annuler leur noce, et ont vécu probablement heureuses avec un autre époux. En revanche, crois bien que je n'ai laissé que très peu de mes pénitentes repartir indemnes. Epouses, veuves, filles promises, la plupart sont rentrées chez elles dotées d'une absolution de neuf mois.

Sganarelle.- Et les familles ne vous ont pas inquiété ?

Don Juan.- Bah ! J'ai bien dû me soumettre à quelques duels, mais la caution religieuse a souvent été suffisante pour éteindre les rancœurs.

Sganarelle.- Et combien de pécheresses pensez-vous avoir converti de cette manière, Monsieur ?

Don Juan.- Je ne saurais dire... une ou deux centaines... peut-être plus.

Sganarelle.- Eh Monsieur ! vous êtes en train de me dire qu'un peu partout en Europe, vous avez semé un parterre de petits Don Juan qui vont croître et se reproduire, comme des pâquerettes dans un champ ?

Don Juan.- L'image est plaisante, mais c'est ça. Que ne ferais-je pour servir la cause de la classe à laquelle j'appartiens.

Sganarelle.- Quel homme ! Mais Monsieur, ôtez-moi un doute. N'auriez-pas fait, autrefois, quelques entorses à vos principes passés ?

Don Juan.- Que veux-tu dire ?

Sganarelle.- Je me demandais si quelques-uns de vos nombreux mariages n'auraient pas produit un ou deux fruits.

Don Juan.- Ça m'est arrivé, bien sûr. Certaines épousées n'étaient pas farouches, et parfois même, le mariage fut pour elle une heureuse réparation.

Sganarelle (à part).- Je me disais aussi que la pomme ne pouvait pas avoir poussé sans arbre.

Don Juan .- Hein ? Que dis-tu ?

Sganarelle.- Rien, monsieur... je me parlais à moi-même, pour être sûr de me bien entendre. Mais je crois qu'on vient. Sans doute Gusman qui revient.

Don Juan.- Alors, tiens ta langue, et n'oublie pas que je suis l'abbé de Molina.

Scène 4

Sganarelle, Don Juan, Victorine



Victorine (avec des bougies dans les bras).- Tu es là, Sganarelle. Gusman m'a demandé d'apporter ces bougies. Ah, tu as finalement ouvert une fenêtre (elle dépose les bougies).

Don Juan.- Eh bien, monsieur Sganarelle, n'allez-vous pas me présenter à cette jeune personne ?

Sganarelle.- Euh... Ah oui ! Victorine, je te présente l'abbé ...

Don Juan.- L'abbé de Molina (il lui fait le baise-main). Pour vous servir, Mademoiselle ?....

Victorine.- Victorine. Je suis enchantée, monsieur l'abbé.

Don Juan.- Je suis tout à votre service (il s'approche d'elle, Sganarelle s'interpose). Charmante petite personne, n'est-ce pas Sganarelle ? Et fraîche. Peut-être a-t-elle des péchés à confesser ?

Victorine.- Monsieur l'abbé, je vous en prie...

Don Juan.- Pardon !

Sganarelle.- Bon, bon ! Je disais justement à monsieur que...

Don Juan.- A monsieur l'abbé...

Sganarelle.- A monsieur l'abbé que nous nous étions venus nous assurer que des voleurs ne s'étaient pas introduits dans la maison de Don Louis cette nuit, et que nous allions partir sans attendre.

Victorine (riant).- Dis plutôt, Sganarelle, que tu croyais qu'il s'agissait de fantômes.

Sganarelle.- Moi, je croirais aux fantômes... Monsieur se doute bien que je ne suis pas si naïf.

Don Juan.- Monsieur l'abbé ! La bravoure de Monsieur Sganarelle est de notoriété publique.

Victorine.- Mais monsieur l'abbé, que faites-vous donc dans la maison de mon grand-père ?

Sganarelle.- Oui, que faites-vous donc dans la maison de son grand-père ?

Don Juan.- Ah ! Je suis un vieil ami du fils de Don Louis, un nommé Don Juan. J'étais venu lui présenter mes hommages après un pèlerinage de dix-huit longues années. Et j'ai été bien surpris de ne pas le trouver ici, car il m'avait laissé cette adresse.

Victorine.- Mais Sganarelle, n'as-tu pas dit à Monsieur l'abbé que mon père est mort à la guerre, peu avant ma naissance ?

Don Juan.- Votre père ?

Sganarelle.- Votre père ?

Victorine (à Sganarelle).- Oui, mon père, nigaud. Le mari de Done Elvire, ma mère... tu sais, celle qui s'est retirée dans un couvent pour honorer sa mémoire …

Don Juan.- Ainsi, vous êtes la fille de Don Juan et de Done Elvire, et le pauvre homme nous a quittés. J'ose croire qu'il mourut en héros.

Sganarelle (s'épongeant le front avec un mouchoir).- La famille s'enorgueillit encore de ses exploits.

Victorine.- C'est en tout cas ce que prétend mon oncle, Don Carlos.

Don Juan.- Bien, bien ! J'y vois un peu plus clair. Et vous dites que la chère Done Elvire vit aujourd'hui au couvent et qu'elle continue à le pleurer. Le pauvre homme, paix à son âme, a eu tout de même la grande chance d'épouser une telle femme.

Sganarelle.- C'est ce qu'il me répétait tous les jours.

Victorine.- Vous l'avez connue, elle aussi, monsieur l'abbé ?

Don Juan.- A peine, à peine. Je l'ai rencontrée lors d'un mariage. Une très noble dame. Altière et respectable. Quel dommage qu'elle se soit retirée du monde. C'est une grande perte pour la beauté et pour l'amour ! (A Sganarelle) Mais sa fille n'a pas grand chose à lui envier.

Sganarelle (de manière injonctive).- Sa fille qui est aussi la fille de Don Juan.

Don Juan (à part).- Ah oui, j'oubliais ce léger détail.

Victorine.- Vous disiez, monsieur l'abbé ?

Don Juan.- Je disais à Monsieur Sganarelle que vous êtes la digne fille de vos parents, ma chère demoiselle.

Victorine.- Sans mon oncle Carlos, vous pourriez déjà m'appeler madame. Il s'obstine à m'interdire d'épouser Horace, le fils de Don Anselme. Si les parents éloignés d'une jeune fille lui interdisent d'épouser l'homme qu'elle aime, où allons-nous ?

Don Juan.- Je vous le demande...

Victorine.- Ah monsieur l'abbé, je devine en vous un homme de cœur qui pourrait contribuer au bonheur de la jeune orpheline que je suis.

Sganarelle.- Vous avez bien cerné le personnage.

Victorine.- Vous pourriez intervenir auprès de mon oncle, lui expliquer en quoi le mariage est un sacrement merveilleux parce qu'il est unique et éternel. Je suis persuadée qu'il écouterait quelqu'un comme vous.

Sganarelle.- Il est bien vrai que l'abbé est expert en la matière.

Victorine.- Il suffirait que je l'aille chercher en lui disant que quelqu'un le demande et …

Don Juan.- Peut-être n'est-il pas disponible ?

Victorine.- Je vais de ce pas m'en assurer. Je vous garantis qu'il sera là sous peu (elle sort).



Scène 5

Don Juan, Sganarelle

Don Juan.- Eh bien, je n'imaginais pas me trouver impliqué, sitôt rentré, dans une affaire de famille.

Sganarelle.- Si vous me permettez, monsieur, vous ne pouvez vous en prendre qu'à vous-même.

Don Juan.- Que veux-tu dire ?

Sganarelle.- Je veux dire que si vous n'aviez pas fait une cour pressante à Done Elvire, si vous ne lui aviez pas fait un enfant en catimini, si vous ne vous étiez pas enfui peu après le mariage en changeant de ville, si vous n'aviez pas eu un nouvel amour en tête, si nous n'avions pas fait naufrage dans un sot projet d'enlèvement, et si vous ne vous étiez pas amusé aux dépens des deux premières paysannes rencontrées, je n'aurais pas rencontré Mathurine et je ne serais pas marié...

Don Juan.- La peste soit du coquin. Que vient faire ton mariage dans cette histoire (un temps)? Mais, tu es marié ? Toi, Sganarelle ?

Sganarelle.- Oui, monsieur, et avec une des deux paysannes que vous avez courtisées, si je puis m'exprimer ainsi.

Don Juan.- Mathurine, dis-tu ? Je n'en ai aucun souvenir.

Sganarelle.- Elle a pourtant eu, elle, le loisir de se ressouvenir du présent que vous lui avez fait.

Don Juan (étonné).- Ne me dis pas que...

Sganarelle.- Eh si !

Don Juan.- Tu es sûr ?

Sganarelle.- Certain. Hélas ! il n'a pas vécu.

Don Juan.- Tu m'en vois désolé.

Sganarelle.- Vous comprendrez donc que lorsque nous sommes entrés au service de la famille de Done Elvire, et après que la petite est née, nous nous soyons attachés à elle.

Don Juan.- Je vois.

Sganarelle.- Je suis un peu comme un ami, un oncle, un parrain, un …

Don Juan.- Un père.

Sganarelle.- Eh non ! Le père, c'est vous. Et c'est de vous qu'elle tient son caractère obstiné, son mépris des conventions et des usages, et sa détermination à braver tous les interdits.

Don Juan.- Je suis obstiné, moi ?

Sganarelle.- C'est peut-être de sa mère qu'elle tient ce trait-là.

Don Juan.- Cette femme qui m'a poursuivi dans toute la Sicile a surtout montré qu'elle était persévérante, et qu'elle avait de la suite dans les idées.

Sganarelle .- Comment ? Vous Don Juan, vous feriez l'éloge de Done Elvire ?

Don Juan.- Et pourquoi pas ? Une femme qui consacre dix-huit années de sa vie à prier pour moi mérite quelques égards, non ?

Sganarelle.- Monsieur, une occasion inespérée vous est donnée de racheter vos fautes envers elle. Occupez-vous des amours de votre fille. Jugez par vous-même de la sincérité du jeune Horace. S'il ne l'est pas, il ne devrait pas tromper très longtemps un homme comme vous. Et s'il l'est, essayez de convaincre Don Carlos de permettre ce mariage. D'ailleurs, j'entends qu'on vient. Ce doit être lui.

Don Juan.- Eh bien soit. Cette jeune fille m'a fait une bonne impression. Sa spontanéité et sa franchise m'ont touché. Mais retire-toi un moment, Sganarelle. Entre Carlos et moi, un vieux compte reste en suspens, et nous pourrions fort bien le régler sur l'heure (Sganarelle sort, pendant que Don Juan remet sa capuche).

Scène 6

Don Juan, Don Carlos



Don Carlos.- Inutile de vous cacher derrière ce déguisement grossier, Don Juan, je sais qui vous êtes. J'ai rencontré ce matin le Prince qui m'a tout révélé à votre sujet.

Don Juan.- Dans ce cas (il se découvre et se saisit d'une épée).

Don Carlos.- C'est inutile, Don Juan. Nous ne nous affronterons pas. Le Prince l'interdit car il vous a pris, dit-il, sous sa protection. J'ignore quels services vous avez pu lui rendre, mais je sais en revanche que rien ne peut excuser l'ignominie de votre conduite passée, tant à l'égard de ma sœur qu'au mien. Mais je suis gentilhomme, et j'obéirai, quoi qu'il m'en coûte. Si les secrets d'état justifient que l'honneur d'une famille reste entaché, je ferai en sorte que cette souillure soit entretenue jusqu'au jour où il me sera possible de la laver. J'ai pu patienter dix-huit ans, je saurai attendre encore. Je sais que le Prince vous a rappelé en Sicile, contre votre avis, pour que vous puissiez régler la question de l'héritage de votre père, et que ce que je croyais n'être qu'une infâme captation de biens n'est finalement qu'une juste décision. J'ose simplement espérer que vous ferez en sorte de ne pas priver votre fille de ce qui lui reviendra de droit, le jour où vous ne serez plus.... Ne feignez pas l'ignorance, elle m'a informé que vous aviez prétendu être un ami de son père.

Don Juan.- Je n'ai pas l'intention de feindre ni de priver qui que ce soit, sachez-le. Vous n'ignorez pas qu'un homme qui consacre sa vie au Ciel ne peut mentir à celui qu'il sert, et qu'il ne lui faut en ce monde terrestre que peu de biens matériels.

Don Carlos.- Cessez ce jeu, Don Juan, vous me l'avez déjà servi en un autre temps.

Don Juan.- Bien. Puisque vous voulez que vous parle en toute franchise, je vais vous apprendre trois choses. La première, c'est que mon exil prolongé commençait à me peser. La mort de mon père a simplement précipité mon retour en Sicile. La deuxième, c'est que, contre toute attente, la rencontre fortuite d'une fille insoupçonnée a su m'intriguer, et que j'ai la ferme intention de m'intéresser à ses affaires. Et j'ai cru comprendre qu'elles n'étaient pas au mieux. La dernière, c'est que mon épée est là, toute disposée à ferrailler avec la vôtre dans l'instant. Vous savez comme moi que personne ne mettra en cause la parole de l'un d'entre nous si, d'aventure, l'autre devait perdre la vie dans le règlement du différend qui nous oppose.

Don Carlos.- Ah, Monsieur, vous m'avez mal compris. Je ne me battrai pas ici contre vous. Par contre, vous savez comme moi que, comme nous tous jusqu'à aujourd'hui, Victorine vous imagine en victime héroïque de la guerre. Croyez-vous qu'il soit heureux de briser cette image idyllique du père irréprochable ? Quant à votre désir de vous mêler de ses affaires, je vous invite à le refréner. Je sais des choses que vous ignorez, et vous pourriez bien regretter un jour ou l'autre les conseils mal avisés que vous pourriez lui donner.

Don Juan.- Je n'ai pas pour habitude de me laisser imposer ma conduite, et sachez que votre nièce, ma fille, m'a demandé expressément ...

Don Carlos.- Non ! Don Juan, ne m'obligez pas à tout vous révéler.

Don Juan.- Mais enfin, quels sont ces mystères ?

Don Carlos.- Ah, je vois qu'il me faudra tout vous dire. Depuis dix-huit ans, j'entretiens, en accord avec Don Anselme, une haine factice dont le but est d'éloigner autant que possible nos deux familles. Car il a un fils prénommé Horace. Or, ce fils est né à peu près à la même époque que Victorine, et il semblerait que ce fils soit aussi le vôtre, Don Juan.

Don Juan.- Hein ?

Don Carlos.- La mère, encore fille à cette époque, avait été mise enceinte par un aristocrate de passage dont le valet s'appelait Sganarelle. Un mariage rapide avec Anselme a étouffé cette histoire, mais il n'empêche que le jeune Horace n'est rien de plus qu'un bâtard, et ce bâtard est celui-là même dont elle s'est éprise. Dois-je en vous dire plus ?

Don Juan (amusé).- Eh bien ! Me revoilà père à nouveau !

Don Carlos.- Riez si vous voulez, mais je vous le demande, laissez-moi régler cette affaire. Votre vie de débauche passée a suffisamment causé de dommages pour que vous aggraviez les choses par des interventions malencontreuses. Réfléchissez avant de contribuer à l'irréparable. Je vous en conjure ! (il sort alors que revient Sganarelle).

Scène 7

Sganarelle.- Alors, Monsieur, les choses semblent s'être bien passées, au bout du compte.

Don Juan.- Le mieux du monde. On vient de me révéler une nouvelle paternité.

Sganarelle.- Euh ? Que dites-vous là ?

Don Juan.- Il semble qu'on veuille que je sois le père de tous les enfants de Sicile. Si j'en crois Don Carlos, je serais celui du jeune Horace.

Sganarelle.- Horace... le même Horace que celui dont est tombée amoureuse votre fille ? Non, ce n'est pas possible. Cet Horace si bien élevé, si obligeant, si respectueux … Pas cet Horace-là ?

Don-Juan.- Celui-là même...

Sganarelle.- Je ne comprends pas. Comment diable avez-vous pu réussir à faire un enfant à la femme d'Anselme ?

Don Juan.- Je l'ignore autant que toi. Je ne connais ni le bonhomme ni l'épouse.

Sganarelle. Horace... votre fils. Je ne peux y croire.

Don Juan.- Ne trouves-tu pas la situation cocasse ?

Sganarelle.- Ah ! Monsieur, je la trouve monstrueuse. Quelle horreur ! Imaginez-vous qu'ils aillent sans prévenir... (il mime) Vous voyez ce que je veux dire... ce qu'on fait forcément à deux... Un frère et une sœur … Imaginez un enfant ...

Don Juan (riant).- Horace serait à la fois père et oncle, et Victorine mère et tante. Ça ferait une jolie famille nombreuse tout d'un seul coup.

Sganarelle.- Ne vous moquez pas. Je comprends maintenant pourquoi Don Carlos était aussi inflexible. Il faut à tout prix les empêcher de commettre l'irréparable. Je vous supplie, monsieur, de ne pas vous en mêler, et permettez-moi de partir au plus vite pour éviter que ne se produise un désastre.

Don Juan.- Va, Sganarelle, va... et que le Ciel t'assiste.

Scène 8

Don Juan, seul

Don Juan.- Don Juan, ton passé te court après, à ce que je vois. Et cette famille a décidément le don de te mêler à ses problèmes (il se prépare à sortir). Puisqu'il en est ainsi, voyons de plus près comment les événements vont s'enchaîner.

RIDEAU


(la suite et fin sera proposée sur demande personnelle)

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Auteur

Hagière

31-07-2016

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Le retour de Don Juan n'appartient à aucun recueil

A suivre...

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