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Le père - Grande Nouvelle

Grande Nouvelle "Le père" est une grande nouvelle mise en ligne par "Berndtdasbrot"..

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LE  PÈRE


Drame

Marie, infirmière bretonne d'une quarantaine d'années, élève seule sa fille Judith. Un terrible secret familial va bouleverser leurs vies et les faire se rendre à Lyon le temps d'un été.

Chapitre 1. La lettre

Marie actionna rageusement le klaxon. Ce feu était vert depuis deux minutes. Qu'attendait-il pour démarrer celui-là ?

L'individu lui répondit d'un doigt tendu en l'air.

-Oui, et bien je bosse moi. J'ai encore deux piqûres à faire, moi...râla t-elle, comme si l'automobiliste pouvait l'entendre.

Sa journée de travail touchait à sa fin. Mais quelle journée ! Une petite vieille qui perd connaissance, et l'autre vieux grigou qui s'oublie dans son pyjama ! Et pas le petit besoin en plus !

Elle eut la nausée à cette pensée, heureusement, elle était arrivée chez elle. Sortir de cette voiture et prendre une bouffée d'air ! Elle respira à fond pour décompresser.

Elle trouva Judith vautrée comme à son habitude dans un fauteuil, occupée à grignoter des gâteaux secs en regardant une sitcom sans intérêt.

Marie saisit précipitamment la télécommande pour baisser le volume. On ne s'entendait pas dans ce salon.

-Tu ne peux pas mettre plus fort ?

-J'm'en suis pas rendu compte

-T'aurais pu mettre la table, préparer le repas, je ne sais pas moi ! Tu n'as pas autre chose à faire que de te planter devant cette nullité ?

-Ça y'est, tu rentres, tu m'agresses. Tu peux pas rentrer, dire « Bonjour Judith, As-tu passé une bonne journée ? »

Marie se maîtrisa. Elle respira profondément.

-Alors, ce boulot, ça s'est bien passé ? Demanda t-elle d'un ton calme et peu naturel

-Oublies ça

-Comment ça ? oublies ça. Ça veut dire quoi ? S’énerva Marie

-Non, non, n'en parlons plus. Tu ne crois pas que je vais passer un été à regarder des poulets morts passer sur un tapis roulant. En plus, ça pue là-dedans ! Je suis imprégnée de l'odeur pour au moins dix ans ! Je me suis tirée au bout de trois heures. C'est le mieux que je pouvais faire.

-Je vais passer pour qui devant Henriette maintenant ? Cria Marie

Elle n'eut qu'une moue boudeuse pour réponse.

-C'est quand même elle qui te l'a trouvé ce travail tout de même !

-Elle n'a qu'à le faire, Henriette, attraper les poulets pour les mettre dans une barquette, toute la journée. Elle est tranquille, elle fait sa chef, elle tourne en rond.

-Oui, mais elle a commencé comme simple ouvrière, elle a réussi à grimper les échelons.

-Whaou, putain ! Quel bel exemple d'ascension sociale ! C'est fantastique, j'en reste scotchée sur mon fauteuil !

-Tu peux faire ton intéressante, toi ! Première année de droit, Échec total ! Tu comptes avoir ton agrégation à quarante ans ?

-T'inquiètes pas pour moi.

-Tu envisages de passer tout l'été le cul dans ce fauteuil ?

-Ouais, y'a des bons sitcoms en ce moment …..

Judith sentait qu'elle allait un peu loin dans la provocation

-Je blague maman, T'inquiètes pas, je vais trouver un job. C'est pas mon genre de glander, tu sais bien .

La colère de Marie était un peu retombée. Il faut bien reconnaître qu'elle avait confiance en sa fille. C’était encore une adolescente, Mais elle avait toujours montré beaucoup de détermination lorsqu'un projet lui tenait à cœur. malgré cette apparence de rebelle éternelle qu'elle affichait, elle possédait un bon fond.

Marie prit le courrier, négligemment posé sur la table de salon. Quelques dépliants publicitaires, la facture de téléphone et, cette lettre tamponnée « Lyon, Rhône-Alpes »

Marie blêmit visiblement. Ses mains tremblèrent un peu.

Cette lettre était ouverte. Elle regarda sa fille.

Celle-ci guettait sa réaction, elle fixa sa mère, droit dans les yeux.

-Depuis quand te permets-tu d'ouvrir mon courrier, Judith ?

-Je l'ai ouverte par hasard, j'étais énervé en rentrant. Et puis, tu vois, après les poulets...lire ça...La totale !

Marie n'écoutait plus. Elle parcouru la lettre. Elle s'assit dans un fauteuil . Elle sentit que ses jambes ne la supporteraient pas longtemps.

-Maman, c'est quoi cette putain d'histoire de prison ? Je croyais que ton frère était boulanger aux States ! Tu m'as raconté des bobards, je le crois pas !

Marie ne quittait pas cette lettre des yeux. Les mots résonnaient dans sa tête. Les souvenirs se bousculaient aux portes de sa mémoire. Elle n'avait pas le courage d'affronter le regard de sa fille.

Elle trouva pour seul refuge de se noyer dans ces lignes qu'elle redoutait depuis vingt ans de devoir lire un jour.

-Il était en taule depuis tout ce temps ! Mais qu'est ce qu'il a fait ?

Judith considéra sa mère, elle ne lui avait jamais vu ce visage.

-Pourquoi ne m'as tu jamais rien dit ? Je suis ta fille quand même ! C'est mon oncle, merde !

J'avais le droit de savoir que mon oncle était taulard et pas en Amérique ...

-Qu'est-ce que tu aurais voulu ? Coupa Marie en hurlant, tu étais petite quand je recevais ses lettres. Je ne pouvais pas dire à ma petite fille, toute mignonne, toute innocente :

Ben voilà, ton oncle est condamné à vingt de réclusion, il a violé une fille puis il l'a balancé par la fenêtre !

Un silence pesant s'installa dans la pièce. Judith regarda bouche-bée sa mère vieillir de dix ans sous ses yeux.

Marie tremblait de tout son corps, ses lèvres vibraient, ses jambes fléchirent, elle s'appuya le long du mur puis glissa doucement jusqu'à atteindre le sol. Elle resta ainsi quelques secondes puis bascula sur le coté. Allongée sur le sol du salon, elle prit une position de fœtus.

Il se passa quelques minutes.

Elle murmura

-Je t'aime Judith. Tu n'avais vraiment pas besoin de ce fardeau pour t'épanouir et découvrir la vie. Je préférais porter ça seule.

Judith s'agenouilla prés de sa mère, lui passa sa main dans ses cheveux. Elle frissonna à son tour.

-T’inquiètes maman, je t'aiderai. Je ne suis plus une enfant, tu peux tout me confier maintenant. Tu verras, ça te feras du bien.

Le visage de Marie défiguré par la douleur esquissa un sourire un peu forcé.

Judith se leva d'un bond énergique. Elle déplia les jambes de sa mère, et glissa sous sa tête un coussin pris sur le canapé.

-Regardes, je vais faire ta psy. Allongez-vous sur le canapé Madame Forey.

Elle se plaça de dos. Prés de la tête de sa mère.

Judith à présent s'amusait de ce jeu. Elle se sentait une soudaine importance, et cette histoire de meurtre l'intriguait. Elle prit une intonation cérémonieuse :

-Alors Madame Forey, revenons au début de cette histoire...

Marie se releva péniblement. Elle n'avait pas envie d'entrer dans le jeu de sa fille. Elle s'exprima d'une voix fatiguée, la plus adaptée pour décourager Judith.

-Non Judith, je n'ai pas trop envie de rentrer dans les détails ce soir. Pas trop envie de replonger là-dedans, comprends moi..

Judith était excitée comme une gamine qui veut connaître un secret.

-Allez, Maman, racontes-moi un peu ..

-Il n'y a rien à raconter, Judith. Mon frère avait bu. Il a tenté de violer cette fille. Elle a sauté par la fenêtre, elle s'est tuée. Point. Il a fait vingt ans de prison, maintenant il sort. C'est tout, on ne va pas revenir là-dessus. C'est fait, voilà tout. Ce n'est pas ton histoire, ce n'est plus la mienne. La sienne s'est arrêté là.

Marie laissa Judith tout à sa curiosité. Elle se rendit à la cuisine préparer le repas. Elles dînèrent en silence, en regardant la télévision. Elle n'en parlèrent pas de la soirée.

Ce matin là, Judith se leva de bonne heure. Il devait être à peine huit heures, ça n'était pas dans ses habitudes. Elle déjeuna avec sa mère.

-Quand part-on ? Lança-t-elle sans lever la tête, en continuant de remuer le sucre dans son café.

-Où ?

-Ben, à Lyon ?

Sa mère se tendit soudainement

-Non, non. JE vais à Lyon, répondit Marie d'un ton directif en insistant sur le « Je ». Il n'est pas question que tu viennes avec moi, continua-t-elle. Je vais chercher un criminel à sa sortie de prison. Ce n'est pas une partie de plaisir, Judith ! On est pas au cinéma, là ! Je ne vois pas l’intérêt d'emmener une jeune fille dans une atmosphère aussi....aussi..., elle cherchait ses mots, ...aussi malsaine.

-Tu oublies que je fais des études de droit, Maman. Ce serait une expérience intéressante, et puis j'ai plein de questions à lui poser, moi .

-Intéressant ! Mon frère sort de taule, et toi, tu parles d’expérience intéressante ! Je rêve ! Tu vas aller faire tes expériences ailleurs que dans mes pattes ma petite ! Tu t'imagines qu’après avoir purgé une peine aussi longue, il est tout disposé à subir un interrogatoire de sa nièce qu'il ne connaît pas, parce que « madame » fait des études de droit.

-Oh, pas d'interrogatoire ! Je ne suis pas idiote, je ne vais pas arriver avec mon stylo et mon calepin ! Mais bon, petit à petit, on se liera d'amitié et je pourrai apprendre quelques trucs . Tu sais les cours sont vachement théoriques et la réalité souvent bien différente. C'est mon oncle tout de même.

-Vous liez d'amitié ! Mais c'est d'un criminel qu'il s'agit, Judith ! Je ne sais pas du tout dans quel état d'esprit je vais le trouver. Je m'y rends purement pour des raisons de nécessité, parce qu’il ne sait pas conduire, qu'il a perdu toute notion de ce qu'est la vie à l’extérieur. Je lui trouve un appartement, je règle les petites questions d'ordre matériel en attendant qu'il ai un emploi et je rentre. Crois-moi, je ne m'éternise pas là-bas.

-Et moi, je reste ici ?

-Oui, toi tu restes ici et tu te trouves un travail pour les vacances.

-Je reste ici toute seule ?

-Pourquoi, tu as peur ?

-Non, non ! On va se faire de sacrées fêtes alors !

-Tu ne vas rien faire du tout ! Je peux te faire confiance ?

-Non

-Judith !

-Si tu ne m'emmènes pas, je vais  mettre un sacré bordel dans la maison !

-Je vais t'envoyer chez ton père

-J'ai dix-huit ans, Maman, je vais où bon me semble, et moi cet été je vais à Lyon, ça va me changer un peu de ce trou ! Le fin fond de la Bretagne, c'est trop mortel.

-Très bien, et cette année, avec quel argent vas-tu acheter tes fringues et payer tes soirées ma petite fille ?

-T'inquiètes ...J'ai déjà mon plan là-dessus...

Marie but son café d'une traite et reposa sa tasse. Elle poussa un soupir et secoua la tête en affichant une moue de désolation. Cette conversation ne menait à rien, comme souvent lorsqu 'elle abordait des sujets importants avec sa fille. Elles s'entendaient bien au quotidien et lorsqu'elles discutaient à propos de choses aussi futiles que la musique, le cinéma, les vêtements ou même les beaux garçons, mais lorsqu'elles s'entretenaient sur des questions plus graves, Judith affichait toujours une insouciance, un coté marginal et une indifférence exaspérante. Marie avait rêvé d'une enfant tellement plus féminine et romantique, elle avait hérité d'un garçon manqué. Cependant, elle devait bien reconnaître que l’énergie, la bonne humeur communicative que dégageait Judith lui apportait beaucoup.

-Bon, prépares tes valises. Nous partirons samedi prochain. Je vais chercher une remplaçante. Mais promets-moi de surveiller un peu plus ton langage et trouves-toi un autre pyjama que ce vieux tee-shirt troué.

Marie tira sur le vêtement en question.

-Regarde ça , on voit toutes tes fesses !

Judith jubilait

-Ouah, trop cool maman

Elle sauta au cou de sa mère.

Dans la semaine, Marie se rendit à la gare, réserver les billets de train.

Judith de son coté, partit à la recherche de Kévin, un petit dealer de la région qu'elle fréquentait occasionnellement. Elle le trouva dans un café branché de la ville.

-J'ai un bon plan, Kévin, je dois me rendre à Lyon

-A Lyon....Qu'est-ce que tu vas faire là-bas ?

-Oh, une affaire de famille. Je vais y rester trois semaines minimum.

-Ouais....Lyon, ça bouge bien.....ils font pas mal de raves sauvages là-bas....c'est géant, il paraît.

-Justement, je me disais qu'on pourrait se faire pas mal de fric.

-C'est sûr...Tu auras de la clientèle...

Kévin parlait toujours très lentement. Il donnait l'impression de chercher ses mots, de réfléchir à tout ce qu'il devait dire. D'une extrême méfiance due au caractère très illégal de son commerce, il semblait ne jamais dévoiler totalement le fond de sa pensée. Judith n'avait aucune confiance en ce type, mais elle avait déjà collaboré auparavant avec lui et il avait toujours été très loyal, notamment pour payer.

Judith connaissait ses limites, elle s'adonnait de temps en temps à la vente de stupéfiants mais elle restait prudente et ne projetait absolument pas de continuer à temps plein dans cette voie. Là encore, elle envisageait dans cette activité l'occasion de briser le train-train quotidien. Judith aimait vivre dans l'insécurité et le risque.

-Mais tu dois être prudente !

-Les flics soupçonnent moins les filles

-Je ne pensais pas spécialement aux flics...Plutôt les autres dealers...Tu empiètes sur leur marché...C'est généralement mal perçu..

-Je serai discrète

-Bien tu veux combien ?

-Disons 60%

Tu blagues...Faut déjà soustraire le coût de revient de la came...Je t'offre 25%..Et je peux te garantir que ce n'est pas le tarif habituel ma chérie...

-Ouais, Je suis pas ta chérie

-Façon de parler, Judith..

Il passa sa main autour de l'épaule de la jeune fille. Celle-ci se défit rapidement de l'étreinte esquissée par le dealer.

-Bon, 30%, dernier prix , et ne t'avises plus jamais de me toucher !

Kévin lui sourit, dévoilant ses dents noircies

-T'as du caractère...C'est bien..Pour le business...C'est l'idéal.

Kévin lui fixa rendez-vous pour le surlendemain, le temps de rassembler la marchandise .

Judith rentra chez elle précipitamment. Elle se rua sous la douche.

Kévin l'avait touché et il se dégageait de ce type une ambiguïté que Judith ne supportait pas. En fait, elle détestait ce mec et son trafic. Elle ressentit le besoin de se laver comme pour purifier sa conscience.

Elle se retrouva donc à la date prévue, dans une boite de nuit. Il lui présenta quelques-uns de ses amis. Il n'étaient absolument pas au goût de Judith. Ces types là se prenaient pour des caïds, ils étaient totalement superficiels. La petite amie de Kévin était encore plus insupportable que le reste de la bande. Elle prenait de grands airs qui agaçaient Judith. Elles passèrent la soirée à s'agresser verbalement de petites remarques assassines. Judith abrégea sa sortie, elle suivit Kévin dans les toilettes et pris possession des cachets d'ecstasy. Elle les dissimula le soir même dans une boite de serviette hygiénique. Elle déposa cette boite dans sa valise parmi ses sous-vêtements.

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Berndtdasbrot

19-02-2016

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Le père n'appartient à aucun recueil

 

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