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Le loup, la princesse et le roi ... - Conte

Conte "Le loup, la princesse et le roi des andouilles" est un conte mis en ligne par "Mathi=U"..

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LE LOUP, LA PRINCESSE ET LE ROI DES ANDOUILLES

 

 

ROBERT LE LOUP (ET SA MACHINE A LAVER)

 

Il s’appelle Robert Leloup, son nom lui va comme un gant. Il n’est pas méchant, loin de là, mais il est bête, de cette bêtise de brute épaisse. 130 kilos, un regard un peu vide, un peu flou, d’énormes paluches rebondies et une face de pleine lune. Plongeur à l’auberge des marais, il manipule avec vigueur la machine à laver, ce monstre d’acier à l’haleine brûlante. Elle fume, elle crache, elle transpire mais Robert la mate de sa poigne de fer. C’est sa machine, nul autre que lui ne saurait la dompter.

 

 

LA PRINCESSE JOCELYNE, FILLE DE GUSTAVE I

 

Jocelyne, c’est notre princesse. Elle devrait être blonde, élancée, naïve et infiniment gentille. C’est presque ça, sauf qu’elle n’est pas blonde, ni élancée, ni naïve. On ne va pas chipoter, c’est la princesse, elle est comme elle est…

 

Si vous en doutez encore, voici un argument implacable : son père est Roi. Gustave premier, Roi Des Andouilles, unanimement reconnu comme tel par toute la population suite à ses faits d’armes héroïques. Le plus connu est la destruction par le feu de près d’un tiers de notre belle forêt communale consécutif au malheureux accident de barbecue de Sa Seigneurie Royale. Mais il y en a tant d’autres, de natures et d’envergures diverses…

 

 

CHAPITRE 1 : L’OMBRE DU LOUP

 

« Cours, ma fille, quêter pour moi du pur nectar à notre fidèle marchand ».

C’est ainsi que Gustave I envoyait chaque jour la princesse chercher trois bouteilles de gros plant du pays nantais à la superette de l’avenue Pompidou. Le roi levait déjà bien le verre du temps de sa jeunesse mais la mort prématurée de la reine Babette avait quelque peu précipité les choses. Feu la reine avait péri il y a dix années dans des circonstances troublantes. Son corps avait été retrouvé coupé en deux moitiés parfaitement égales à la sortie de la scie à panneau de son auguste majesté Gustave. Que faisait-elle au milieu de cet atelier abandonné (suite à une triste série d’accidents, le suzerain avait en effet été prié de changer de passe-temps) ? Comment avait elle pu actionner la machine, et dans quel but ? L’inspecteur Closedeyes de la police du comté avait conclu à un accident et l’affaire fut classée. Longtemps pourtant, les mots « meurtre » ou « suicide » avait été murmurés et il planait autour du château une lourde atmosphère de suspicion…

 

Ainsi donc, Jocelyne était en route, la monnaie dans sa poche et le panier sur la tête. Elle le portait toujours ainsi, comme Perette son pot de lait, parce qu’elle avait la tête plate et qu’elle trouvait ça cool. Il était 19 heures 12, la nuit tombait. Sur les façades des immeubles, l’ombre glissait irrémédiablement et on allumait çà et là de pâles chandelles. Ses pas résonnaient dans les rues soudain désertes ou d’étranges bruissements sortaient des caniveaux. La princesse cependant allait d’un pas tranquille, fredonnant « ça fait rire les oiseaux » de la Compagnie Créole.

Mais au 2 bis de la rue du gaz, entre le garage Peugeot et l’ancien dépôt de pain, son insouciance fut stoppée net : elle venait d’apercevoir….l’ombre du loup !!!

 

CHAPITRE 2 : RUSé COMME UN LOUP

 

« C’est des conneries tout ça ! Malin comme un singe, con comme la lune ou bête comme chou …n’importe quoi ! La preuve : je suis un loup et je viens d’avoir une pure idée de renard… »

 

Ainsi ruminait Robert en marchant lourdement en direction du château. Son idée lui était venue lors du cycle de rinçage de la dernière vaisselle de la soirée. Elle était simple et limpide, elle ferait son bonheur ! Jugez plutôt : Il arrivait chaque jour devant sa machine à laver des verres à moitié plein et des carafes mal rincées. Jusqu’alors, le loup jetait tous ces résidus dans l’évier, sans même y penser. Mais ce soir là, au moment précis ou le bouton vert du rinçage s’était allumé, alors que l’esprit de Robert s’apprêtait à mouliner du néant pendant 1 minute 15, l’idée géniale l’avait brutalement foudroyé : il allait récupérer la vinasse et la négocier à prix d’or à son suzerain !

 

Il pensait en récupérer deux litres par jour – et avait même imaginé assez perfidement que si le quota n’était pas atteint, il pourrait toujours couper le breuvage à l’eau des marais –

« 2 litres par jour à vie…Le roi ne pourra pas me refuser la petite compensation que je vais lui demander… » . Et le sourire de Robert s’élargit encore alors qu’il poussait d’un doigt la lourde grille du château…

 

 

CHAPITRE 3 : TOPONS LA, LE LOUP !

 

Le souffle court, la princesse déposa son panier sur le perron et se lança silencieusement à la poursuite du loup dans les longs couloirs du château. Tout se bousculait dans sa tête : elle voyait le loup piller le garde manger, forcer le coffre fort, dérober l’argenterie, voler la télé…Puis elle l’imaginait dans sa chambre de princesse, piétinant ses poupées et bavant sur les tapis…Elle frissonna à nouveau. L’écho glacé des pas du monstre avait pris fin subitement et on entendit une porte grincer. Jocelyne reconnut sans peine ce bruit caractéristique : le loup venait de pénétrer dans le bureau particulier de son père. Sa peur diminua d’un cran. Gustave I ne craignait personne, pas même le loup.

Elle courut alors jusqu’aux escaliers du donjon et frappa trois coups secs avec le pouce au centre de la treizième marche. A sa gauche, une trappe carrée de 40 centimètres de côté se détacha très légèrement du mur. La princesse l’ouvrit avec mille précautions et s’engouffra dans l’un des nombreux passages secrets du manoir. Celui-ci était situé juste au dessus du bureau royal et l’acoustique y était remarquable…

 

- Sire, je sais de source sûre que vos finances vous font souci. Aussi ai-je pensé que ce business vous siérait…

- Vous êtes perfide, Robert ! Jamais je n’accepterai ce marché honteux, dussé-j’en mourir de soif !

- Et si je passais de 1 à 2 récipients par soirée, cela serait-il susceptible de forcer la décision de sa Seigneurie ?

- Deux dites-vous ? Mais de quelle exacte contenance ?

- Le litre Messire, cela va de soi !

- Parbleu, comment vous le procurez-vous donc ?

- Cela constitue mon secret personnel…Je serais reconnaissant à mon suzerain de ne pas insister sur le sujet.

- 2 litres, ce n’est pas rien, bon sang…Mais la qualité ?

- Excellente Seigneur ! Du cent pour cent succulent ! Seriez-vous intéressé par une dégustation succincte ? J’ai justement dans ma besace un soupçon de boisson à vous solliciter…

- Ma foi, je ne dis pas non...Voyons voir…La robe est claire…De la cuisse…Au nez des parfums de noisettes et de fleurs des champs…Hum, de bon augure ! La bouche est élégante et droite, avec une jolie matière. Je sens des notes mentholées, une fraîcheur ciselée… Vraiment, il est parfait mon cher Robert ! C’est un divin nectar !

- 2 litres chaque soir Messire, pour une compensation insignifiante…

- Topons là, le loup, marché conclu ! Ma fille est à vous : Nous vous marierons au printemps !

 

Tapie dans sa cachette, Jocelyne n’avait pas perdu une miette de la conversation. Son propre père venait de négocier son destin contre deux litres de blanc ! Elle s’évanouit en silence dans un nuage de poussière…

 

 

CHAPITRE 4 : LE SPLEEN DU SUZERAIN

 

Le roi cependant avait des remords. Comment annoncer à sa fille que le preux chevalier qui la ferait femme était le plongeur de l’auberge des marais ? Comment lui cacher qu’il s’était fait honteusement graisser par la patte ? Ah, son futur beau fils s’était bien joué de lui, profitant d’un moment de faiblesse pour le soûler de vin et de paroles…

Gustave I décida alors d’adopter une ligne de conduite digne de son rang : il évita soigneusement tout contact avec sa fille.

 

« Laissons passer tranquille la morsure de l’hiver,

Pour apprendre à une fille la traîtrise de son père.

Ce pacte avec le loup est vraiment trop atroce,

Nous attendrons encore pour annoncer les noces. »

 

Ainsi était le roi, poète à ses heures et mélancolique d’humeur. Il s’enferma de longues journées dans son bureau, noyant ses états d’âmes dans des alexandrins douteux ponctués de larges rasades de blanc du marais…

 

Mais cela faisait finalement les affaires de la princesse. Car pendant que Gustave I se faisait discret, elle préparait activement la parade à son funeste destin…

 

 

CHAPITRE 5 : UNE FIN DE LOUP

 

Les cloches séculaires de l’église romane sonnèrent onze fois sur le village assoupi. Les réverbères jetaient vainement une triste lumière sur les pavés disjoints des ruelles orphelines, et le brouillard, lentement, embrassait le village, caressant les façades de son haleine fraîche. C’était l’heure où le loup passait la grille du château, ses deux bouteilles quotidiennes cachées sous sa chemise.

 

Mais ce soir, une frêle silhouette l’accosta sous le porche. « psitt ! Le loup ! C’est moi, Jocelyne ! ». « Dame Jocelyne ! » s’exclama-t-il. Et il ne trouva ensuite plus rien à dire, ce qui lui arrivait toujours quand une femme l’abordait. Mais la princesse rompit bien vite le silence en chuchotant : « mon père m’a appris pour nos proches épousailles et mon cœur s’est empli d’un bonheur infini ! Il me tarde tant de me blottir dans vos bras et de mêler nos sentiments dans de furieux ébats ! ». « grmf grmf » répondit le loup en se dandinant. « Peut-être… » continua-t-elle « peut être que… ». « grmf ? » demanda le loup. Elle reprit plus bas encore « Peut être pourrions-nous devancer l’équinoxe et consommer notre amour dans l’entrepôt voisin ? ». « grmf ! grmf ! » acquiesça le loup, joignant à la parole des hochements de tête qui faisaient osciller ses oreilles cramoisies. « Prends ma main, le loup, je te conduis au septième ciel »

 

Et ce soir là, le loup alla bel et bien jusqu’au ciel. Et y resta. Car alors que sa promise le couchait furieusement dans la sciure dorée de la scie à panneau, cette dernière se mit mystérieusement en marche et coupa le malheureux en deux moitiés égales.

 

Mais soudain, la princesse sentit une présence : le roi, alerté par les cris et le vacarme mécanique se tenait chancelant devant le cadavre du loup. La panique et le manque d’alcool le faisaient trembler de toute part. Jocelyne le fixa du regard.

« Je l’avais déjà dit à maman : je ne veux pas me marier, un point c’est tout ! »

 

 

MORALE

 

Retiré une nouvelle fois dans son bureau particulier, le roi couchait sur le papier la morale de cette histoire. Sa main était lente, son visage torturé et des sanglots incontrôlés mouillaient le parchemin. Mais il écrivait malgré tout, espérant secrètement que sa triste expérience pourrait servir de leçon…

 

 

« Si un jour la vinasse et la nécessité

vous poussent à accepter des marchés malhonnêtes,

Si vous promettez plus que vous n’pouvez payer

La faucheuse, toujours, viendra gâcher la fête. »

 

 

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Auteur

Mathi=U

21-10-2014

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Le loup, la princesse et le roi des andouilles appartient au recueil La saga Boudinville

 

Conte terminé ! Merci à Mathi=U.

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